Hibakusha

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Hibakusha (被爆者/被曝者?, soit respectivement « victimes de la bombe » et « victimes de la bombe atomique ») est un mot japonais qui désigne les survivants des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki.

Le gouvernement japonais a reconnu le statut de hibakusha à 650 000 personnes.

Scène de rue d'Hiroshima, à environ 1,1 km de l'Hypocentre, après "Little Boy"

En mai 2005, il y avait 266 598 hibakusha reconnus par le gouvernement japonais[1]. Au 31 mars 2018, 154 859 étaient encore en vie, principalement au Japon[2].

Les mémoriaux à Hiroshima et Nagasaki (en) contiennent la liste des hibakusha reconnus et décédés depuis les bombardements. Ils sont mis à jour annuellement à l'anniversaire des bombardement. En Août 2018, les mémoriaux contenaient les noms de 495 000 hibakusha; 314 118 à Hiroshima[3] et 179 226 à Nagasaki[4].

Même si controversé car ne correspondant pas exactement à la traduction japonaise, le terme "Hibakusha" est également parfois employé pour désigner les victimes de la centrale nucléaire de Fukushima dans les médias occidentaux[5].

Brûlures thermiques d'un Hibakusha.

Classification[modifier | modifier le code]

Certains hôpitaux japonais spécialisés et militaires Américains (en) (dont l'ABCC à partir de 1947[6]) durant l'occupation ont appris à diagnostiquer, classifier, analyser les répercussion des bombes nucléaires sur le corps et éventuellement traiter les séquelles des hibakusha, dans des situations encore inconnues jusqu'alors. Leurs traitements se perfectionnèrent dans un contexte expérimental[6].

Ces traitements ont amené une typologie en quatre types de survivants de la Bombe :

  • ceux qui étaient présents à quelques kilomètres de l'épicentre des explosions quand elles ont eu lieu ;
  • ceux qui ont été à moins de 2 km d'un épicentre pendant les deux semaines qui ont suivi une des explosions ;
  • ceux qui ont été exposés aux radiations des retombées ;
  • Brûlures de Hibakusha suivant les motifs du vêtement porté à la déflagration.
    Les bébés qui étaient dans le ventre de leur mère à la déflagration entrent également dans l'une trois catégories précédentes.

On notera que le terme hibakusha n'est pas synonyme d'irradié. Moins de 1 % des hibakusha vivants actuellement sont reconnus comme souffrant d'une maladie causée par les radiations[7].

Voir l'article Bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.

Fragilités médicales[modifier | modifier le code]

Si l'immense majorité des victimes des bombes nucléaires est décédée dans l'année qui a suivi les déflagration, les Hibakusha ayant survécu à long terme sont principalement sensibles à certaines maladies:

  • Les leucémies : à partir de 1947, une augmentation de l’incidence des leucémies a été observée parmi les survivants irradiés. Un maximum fut atteint en 1951, ensuite cette incidence a décliné[8] pour "disparaître" en 1985. Sur 49 204 survivants irradiés suivis de 1950 à 2000, il a été observé 94 cas de leucémies mortelles attribuables aux radiations[9] ;
  • les cancers « solides » : Le suivi des survivants irradiés a montré, à partir de la fin des années 1950, une augmentation progressive de l’incidence des cancers, en particulier ceux du poumon, du tube digestif et du sein. Sur 44 635 survivants irradiés suivis de 1958 à 1998, il a été observé 848 cas de cancers mortels attribuables aux radiations[10] ;
  • effets médicaux autres que les cancers chez les survivants irradiés : survenue de cataractes, de stérilité(souvent réversible chez l'Homme), d’une augmentation de la fréquence des maladies (non cancéreuses) pulmonaires, cardiaques ou digestives avec une possible diminution de la durée de vie. Le nombre de ces décès semble égal au nombre ou à la moitié du nombre de ceux dus aux cancers et leucémies (soit environ de 0,5 % à 1 %)[11].

Aide sociale[modifier | modifier le code]

Le premier hôpital pour Hibakushas a ouvert à Hiroshima en 1956[12], date à laquelle a commencé leur recensement, soit 11 ans après les bombardements. L'immense majorité des Hibakushas est donc décédée des suites de l'irradiation sans aucun recensement, aucune reconnaissance légale, juridique ni aide médicale spécialisée.

En 1957, le parlement japonais passa une loi donnant accès à une prise en charge médicale gratuite pour les Hibakushas dans les centres spécialisés. Durant les années 70, les Hibakushas non-japonais ayant souffert des attaques atomiques demandèrent à pouvoir également avoir accès à ces soins et la possibilité de rester au Japon pour raisons médicales. Cette loi a été votée et appliquée par la cour suprême japonaise en 1978. [1][2]

L'État japonais garantit depuis 1995 à tous les hibakusha une allocation à hauteur de 100 000 yens[13]. Parmi eux, ceux reconnus comme étant atteints de maladies liées aux radiations reçoivent une allocation de santé spéciale depuis juin 2001.

La Haute Cour d'Hiroshima a ordonné en 2005 à l'Etat japonais de verser 48 millions de yens (380 000 euros) de compensations à quarante survivants coréens amenés à Hiroshima avant 1945 comme travailleurs forcés[13].

Le , pour la première fois au Japon, un homme (Tsutomu Yamaguchi) a été reconnu comme victime des deux bombardements atomiques[14]. Il a succombé à un cancer de l'estomac le lundi 4 janvier 2010, selon les journaux nippons Mainichi, Asahi et Yomiuri.

La plupart des droits sociaux acquis pour les Hibakushas a été poussée par les organisations de Hibakushas comme Nihon Hidankyo (en).

Discrimination[modifier | modifier le code]

Les hibakusha ont été et seraient encore victimes de fortes discriminations dû au manque de connaissances concernant les maladies liées à l'irradiation, certaines personnes pensant que ce sont des maladies congénitales ou que leur radiation serait contagieuse[15],[16],[17], et selon certains à cause de leur association avec la défaite du Japon à la guerre ou la peur que le fait de leur venir en aide ait pu être considéré comme de l'antiaméricanisme durant l'occupation post-guerre[6].

On notera que les descendants d'Hibakushas ont tendance à être également victimes de discrimination si connus comme tel, alors même que la recherche n'a pas permis d'observer une augmentation des malformations ou des troubles génétiques de ces derniers[18].

Hibakushas de Nagasaki durant la cérémonie de commémoration de la bombe atomique en 2012

Les Hibakushas ont notamment souvent eu de grandes difficultés ou impossibilité à obtenir un emploi, à se marier et avoir une famille, à avoir droit à un logement et une assurance ou simplement à entrer dans un onsen[13]. Ce rejet a causé outre les morts prématurées dues aux radiations un fort taux de suicide des Hibakushas, leur stress post-traumatique n'ayant pas été pris suffisamment en compte, devant souvent cacher leur statut de victime, n'ayant souvent plus aucune ressource, dû à la mort de nombreux membres de leur propre famille et face au désespoir d'une mort souvent proche.

Si une loi a été adoptée en leur faveur en 1968, ce n'est qu'en 1994 que le Japon a fini par octroyer une compensation à ces victimes, à hauteur de 100 000 yens (700 euros), et leur assurance de prise en charge médicale complète n'est entrée en vigueur qu'en juin 2001[13].

Colette Magny (avec la collaboration d'André Almuró) évoque les hibakusha et leur discrimination dans sa chanson Bura Bura dans l'album Mai 68 - Vietnam 67.

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Terumi Tanaka (en) témoignant de son expérience de la bombe nucléaire en conférence à Vienne à l'ONU dans le cadre de la sensibilisation au TNPN, 2007.

Les Hibakushas sont toujours invités d'honneur aux cérémonies annuelles de commémoration de la bombe nucléaire les 6 août à Hiroshima et 9 à Nagasaki, qui laissent généralement la place à au moins un témoignage ou discours de l'un d'entre eux.

Plusieurs Hibakushas (Setsuko Thurlow, Sunao Tsuboi (en), Terumi Tanaka (en), Shuntaro Hida parmi d'autres) se mobilisent et sont souvent amenés à témoigner de leur expérience de l'utilisation nucléaire à des fins militaires afin de sensibiliser à l'aspect unique de ces armes et leur dangerosité. Ils sont souvent invités et ont une place prépondérante dans les discours et organisations anti-nucléaires, anti-militaristes et pacifistes[19],[20],[21],[22],[23],[24],[25].

Setsuko Thurlow, Hibakusha de Hiroshima, ambassadrice d'ICAN et conférencière d'honneur à la réception du prix Nobel de la Paix de ICAN en 2017.

Hibakushas célèbres[modifier | modifier le code]

Représentations[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Journal d'Hiroshima : 6 août-30 septembre 1945, Michihiko Hachiya (en)
  • Le jour où le soleil est tombé - J'avais 14 ans à Hiroshima, Hashizume Bun, 2007, Ed. Cénacle de France, 219 p.
  • Hiroshima, fleurs d'été (夏の花 Natsu no hana), Tamiki Hara, 1946
  • Il y a un an Hiroshima (Genshi bakudan kaiko), Hisashi Tôhara, 1946
  • Yoko’s Diary: The Life of a Young Girl in Hiroshima During World War II, Yoko Hosokawa
  • Rituel de mort (Matsuri no ba), Kyôko Hayashi, 1975
  • Hiroshima (en), John Hersey, 1946, 160p
  • Pluie noire (黒い雨 Kuroi Ame), Masuji Ibuse, 1965, 384p
  • Little boy: Récit des jours d'Hiroshima, Shuntaro Hida, Quintette, 1984

Mangas[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Source : Article du Japan Times daté du 15 mars 2006.
  2. (en-US) The Yomiuri Shimbun, « Mayor vows to pass on Hiroshima history / Ceremony marks 73rd anniversary of bombing », The Japan News, {{Article}} : paramètre « date » manquant (lire en ligne)
  3. (en) « Hiroshima mayor questions nuclear nations' nationalism, wants Japan to do more », Mainichi Daily News,‎ (lire en ligne)
  4. « Nagasaki marks 73rd anniversary of atomic bombing », SFGate,‎ (lire en ligne)
  5. (en) « - The Washington Post », sur Washington Post (consulté le 11 août 2018)
  6. a b et c « Le professeur Juntaro Hida raconte l'horreur de la première bombe atomique », L'Humanité,‎ (lire en ligne)
  7. (en)http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/ed20070815a2.html.
  8. « Wikiwix's cache », sur archive.wikiwix.com (consulté le 12 août 2018)
  9. « Wikiwix's cache », sur archive.wikiwix.com (consulté le 12 août 2018)
  10. « Wikiwix's cache », sur archive.wikiwix.com (consulté le 12 août 2018)
  11. « Wikiwix's cache », sur archive.wikiwix.com (consulté le 12 août 2018)
  12. « «C'étaient des monstres carbonisés» », Libération.fr, {{Article}} : paramètre « date » manquant (lire en ligne)
  13. a b c et d « Au Japon, le long calvaire des survivants de la bombe A », Libération.fr, {{Article}} : paramètre « date » manquant (lire en ligne)
  14. Masami Miyashita (宮下 正己?), « Elderly man officially recognized as double hibakusha », sur Mainichi Shinbun,‎ (consulté le 25 mars 2009).
  15. « Des survivants contaminés, indésirables et déshumanisés », Le Monde.fr, {{Article}} : paramètre « date » manquant (lire en ligne)
  16. (en-US) Tetsuo Shintomi, « Nagasaki hibakusha recalls struggle to dodge discrimination », The Japan Times Online,‎ (ISSN 0447-5763, lire en ligne)
  17. (en-US) « Who Are The Hibakusha? | Hibakusha Stories », sur hibakushastories.org (consulté le 11 août 2018)
  18. (en) W. J. Schull, M. Otake et J. V. Neel, « Genetic effects of the atomic bombs: a reappraisal », Science, vol. 213, no 4513,‎ , p. 1220–1227 (ISSN 0036-8075 et 1095-9203, PMID 7268429, DOI 10.1126/science.7268429, lire en ligne)
  19. « Setsuko Thurlow, survivante d’Hiroshima, ira à Oslo recevoir le Nobel de la paix pour l’ICAN », Le Monde.fr, {{Article}} : paramètre « date » manquant (lire en ligne)
  20. (en) Justin McCurry, « The man who survived Hiroshima: 'I had entered a living hell on earth' », sur the Guardian, (consulté le 11 août 2018)
  21. (en) « 1 year after Obama's visit, A-bomb survivors see no progress on abolishing nukes », Mainichi Daily News,‎ (lire en ligne)
  22. « Japan A-bomb survivors hail ICAN Nobel Peace Prize win », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant, paramètre « date » manquant (lire en ligne)
  23. (en) « “War Makes Everyone Crazy”: Hiroshima Survivor Reflects on 69th Anniversary of U.S. Atomic Bombing », Democracy Now!, {{Article}} : paramètre « date » manquant (lire en ligne)
  24. « Fukushima ranime les affres d'Hiroshima », sur www.20minutes.fr (consulté le 11 août 2018)
  25. (en) ABC News, « Video: Hiroshima Atomic Bombing Victim's Vivid Tale of Survival », sur ABC News (consulté le 11 août 2018)
  26. (en) « Isao Harimoto », dans Wikipedia, (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]