Deutsche Mark

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Mark, DEM et DM.
Deutsche Mark,
deutschemark,
mark allemand
Ancienne unité monétaire
Pays officiellement
utilisateurs
Drapeau de l'Allemagne Allemagne (1948-31/12/2001)
de facto :
Drapeau de Serbie-et-Monténégro Monténégro (1999-2002)
Drapeau du Kosovo Kosovo (1999-2002)
Banque centrale Bank Deutscher Länder (1948-1957), Deutsche Bundesbank
Appellation locale Deutsche Mark
Symbole local DM ou D-Mark
Code ISO 4217 DEM
Sous-unité 100 pfennigs (allemand : Pfennig le plus souvent invariable, parfois au pluriel : Pfennige)
Taux de conversion EUR = 1,95583 DEM
(1er janvier 1999),
DEM = 1 DDM
(1er juillet 1990),
100 Francs sarrois =

0,8607 DEM(1er janvier 1957),
DEM = 1 ou 40 Reichsmarks
()
Chronologie de la monnaie
Précédent Reichsmark (20/06/1948)
Franc sarrois (01/01/1957)
Mark est-allemand (DDM) (1989)
Flag of Europe.svg euro (EUR) Suivant

Le Deutsche Mark (prononcé [ˈdɔʏtʃə ˈmaʁk ][note 1], signifiant littéralement en allemand mark allemand, code ISO 4217 DEM) fut d'abord la monnaie officielle de l'Allemagne de l'Ouest dès (succédant alors au Reichsmark) puis de l'Allemagne réunifiée à partir du (remplaçant alors le mark est-allemand en ex-RDA) jusqu’au , avant son remplacement par l’euro. Le deutschemark était subdivisé en 100 pfennigs.

La graphie francisée[note 2] « deutschemark »[note 3] permet l’usage du pluriel français usuel.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Juin 1948 : la Währungsreform conduit aux comptoirs des banques des milliers d'Allemands qui échangent leurs vieux reichsmarks contre des deutschemarks imprimés aux États-Unis (Bundesarchiv).

La capitulation allemande de mai 1945 laisse l'Allemagne exsangue avec près de 7 millions de morts, dont 600 000 du fait des bombardements stratégiques, plusieurs millions de personnes déplacées, surtout à l'est du pays. La période qui suit la Seconde Guerre mondiale est marquée par d'énormes problèmes sociaux et économiques, par l'absence de perspectives politiques et par le désordre monétaire. Assez rapidement, les Alliés se disputent la suprématie sur le pays. Finalement, les États-Unis et le Royaume-Uni décident d'une uniformisation économique en zone occidentale, créant la bizone en janvier 1947, celle-ci qui deviendra 18 mois plus tard la trizone lorsqu'elle sera rejoint par la France.

Lucius D. Clay, gouverneur général de la zone américaine, charge Edward A. Tenenbaum (en) de sauver la monnaie allemande : il est considéré comme le « père du Deutschemark ». Tenenbaum travaille conjointement avec l'Economic Cooperation Administration (en), qui fut chargée, dès 1947, de faire appliquer le plan Marshall. Entre 1945 et 1948, les prix à la consommation en Allemagne sont soumis à l'inflation, la fuite devant le reichsmark entraîne, sur le marché noir, une utilisation au quotidien du dollar américain, mais aussi de la livre sterling, du franc français et des monnaies d'occupation servant aux militaires.

Cette situation malsaine prend fin grâce à ce plan Marshall, tenu secret jusqu'à l'annonce de la réforme monétaire du , et qui lie l'économie des trois zones allemandes de l'ouest au système économique occidental. En mars, est créée la Bank Deutscher Länder[1], qui remplace la Reichsbank, dissoute suite à la dénazification de l'économie. Forte d'un capital initial de 100 millions de DM, c'est cette institution qui prend en charge l'émission de la nouvelle monnaie, et ce jusqu'au 31 juillet 1957, où elle est remplacée par la Deutsche Bundesbank. Son siège est à Francfort-sur-le-Main.

La nouvelle unité monétaire est imprimée aux États-Unis, pour un montant total de 6 milliards[2] : le Deutsche Mark, dont les billets (de 1/2 à 100 DM) ressemblent fortement aux dollars, remplace donc dans la trizone le reichsmark, toujours en vigueur depuis la fin de la guerre mais de plus en plus dévalué. Le taux de change initial était de 1:1 pour les 40 premiers reichsmarks, puis de 10:1 pour les suivants. Cette vaste opération de change (appelée Währungsreform) eut un effet relativement désastreux pour les personnes qui possédaient d'importants capitaux sous forme de grosses coupures, mais cette opération de conversion était inévitable : ce fut le seul moyen de limiter les abus nés du marché noir et de l'accumulation de liquidités peu avant l'armistice. Le même phénomène eut lieu en France le 4 juin 1945 où les porteurs eurent 12 jours pour venir convertir leurs espèces en billets de réserve aux comptoirs des banques, et sous conditions.

La zone soviétique suit le même chemin avec la création du Ostmark (ou « Mark de l'Est »). La Ostmark était la monnaie de la République démocratique allemande (fondée 7 octobre 1949).

Au début, la qualité des différents billets est fort irrégulière. C'est ainsi que les billets de 5 deutschemarks doivent être remplacés presque immédiatement par de nouveaux billets fabriqués au Royaume-Uni par l'entreprise De La Rue. Ce sont les premiers billets allemands portant une bande de sécurité métallique.

Ce n'est qu'en 1955 que le gouvernement fédéral allemand reprend la maîtrise de la production de sa monnaie nationale. Entre temps, le miracle économique (Wirtschaftswunder) s'est produit, en grande partie grâce au plan Marshall (European Recovery Program, 1947-1951). Les conditions financières sont donc totalement différentes de celles de 1918-1923 : la monnaie a été sauvée par une maîtrise de l'inflation, la confiance est restaurée, les exportations permettent une accélération de la croissance, le chômage recule.

Le 1er janvier 1957, lors de l'intégration du protectorat de la Sarre au sein de la République fédérale d'Allemagne, le nouveau land de Sarre ainsi constitué adopte le deutschemark en remplacement du franc sarrois.

Le miracle économique[modifier | modifier le code]

La croissance économique des années 1950 et 1960 (Wirtschaftswunder) est fondée sur un énorme potentiel industriel, une main-d’œuvre qualifiée, l’aide américaine et une forte demande. L’excédent de la balance commerciale amène des réévaluations du deutschemark en mars 1961 (+ 5 %)[3], en octobre 1969 (+ 9 %)[4] et en décembre 1971 ("Smithsonian agreement")[5].

À partir de 1972, le deutschemark, en tant que monnaie forte, évolue dans le serpent monétaire européen, puis en 1979 dans le système monétaire européen (SME). Le deutschemark a ainsi été réévalué à plusieurs reprises face aux autres monnaies du SME.

C’est seulement après la chute du Mur de Berlin en novembre 1989 et la réunification de l'Allemagne que le Deutsche Mark est introduit (officiellement) 1990 dans la République démocratique allemande (RDA) et devient la monnaie de tous les Allemands. L’union monétaire entre en vigueur le 1er juillet 1990 et le traité d'unification fixe les conditions d'adhésion des cinq Länders orientaux à la RFA.

En février 1991, le Traité de Maastricht fixe les conditions d’accès à l'union monétaire européenne.

Le deutschemark devint de facto la monnaie de plusieurs pays d’Europe de l'Est, comme les anciennes républiques de Yougoslavie.

Depuis 1998, la monnaie nationale de nouveaux États européens comme la Bosnie-Herzégovine était le mark convertible (Konvertible Mark, symbolisé KM, code BAM), aligné au départ sur le deutschemark et dont la valeur a été convertie en euro le 1er janvier 1999, date à laquelle la valeur du deutschemark fut fixée définitivement par rapport à la nouvelle monnaie unique européenne, à raison de 1,95583 DEM pour 1 EUR.

L'euro et la fin du Deutsche Mark[modifier | modifier le code]

50 ans après la réforme monétaire de 1948, le mark était pour de nombreux Allemands un symbole d’identification nationale dont la séparation fut très impopulaire. Le DEM symbolisait également la prospérité et la solidité de l'économie allemande. Le , l'Allemagne est cependant le premier membre de l'Union monétaire européenne (UME) à délaisser sa monnaie nationale pour adopter l'euro comme monnaie courante.

En souvenir du Deutsche Mark, les pièces de 1 et 2 euro allemandes ont gardé l'aigle allemand sur la face nationale; les pièces allemandes de 1, 2 et 5 centimes d’euro ont conservé la branche de chêne qui figurait sur les pfennigs.

Le Deutsche Mark se survit en Bosnie-Herzégovine sous la forme du Mark convertible, toujours lié à l'euro au taux de change exact du mark allemand lors de sa conversion, tout comme l'est d'ailleurs le Lev bulgare sans pour autant s'appeler un Mark.

Les pièces de monnaie allemandes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : pièces de monnaie allemandes.

Les billets de banque[modifier | modifier le code]

4 séries de billets ont été émises :

  • La première à partir de 1948, par la Bank deutscher Länder, une institution du gouvernement d'occupation de la zone occidentale. Les billets étaient semblables au dollar américain ;
  • La deuxième à partir de 1951, coexistante avec la première et la remplaçant peu à peu ;
  • La troisième à partir de 1961, par la Deutsche Bundesbank. Elle comprend des billets de 5, 10, 20, 50, 100 (avec Sebastian Münster), 500 et 1 000 DEM.
  • La dernière à partir de 1989, par la Deutsche Bundesbank pour faire face à la contrefaçon. Les billets représentent des artistes et des scientifiques allemands. Elle comprend en plus le billet de 200 DEM.

Taux de conversion avec l’euro[modifier | modifier le code]

Le taux exact de conversion fut fixé la veille de l’entrée en vigueur de l’Union économique et monétaire (UEM) le 1er janvier 1999, quelques années avant l’introduction de l’euro :

  • Flag of Europe.svgEUR = 1,95583 DEM

Pièces et billets libellés en Deutsche Mark sont actuellement toujours échangeables contre des euros sur tout le territoire allemand.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En allemand die (la) Deutsche Mark
  2. Sans les majuscules caractéristiques de l’allemand
  3. Couramment utilisée dans le journal Le Monde

Références[modifier | modifier le code]

  1. dans la zone américaine: 'Gesetz Nr. 60' du 1er mars 1948, Royaume Uni par 'Verordnung Nr. 129' (mème date) et la France par 'Verordnung Nr. 203' du 26. mars 1948 (texte complet)
  2. Le transport et le convoyage de cette masse de billets - un poids de 500 tonnes - fut appelée Operation Bird Dog.
  3. Otmar Emminger, D-Mark, Dollar, Währungskrisen. Erinnerungen eines ehemaligen Bundesbankpräsidenten. 1986, ISBN 3-421-06333-8, p. 98
  4. Emminger (1986), p. 135-171
  5. Emminger (1986), p. 205

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Helmut Kahn, Martin Pontzen, Michael H. Schöne, Karlheinz Walz, Die Geschichte der Deutschen Mark. In Ost und West, Gietl Verlag, 2003

Articles connexes[modifier | modifier le code]