Etty Hillesum

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Etty Hillesum
Description de l'image Etty Hillesum 1939.jpg.
Naissance
Middelbourg, Pays-Bas
Décès (à 29 ans)
Auschwitz, Pologne
Nationalité Drapeau des Pays-Bas néerlandaise
Pays de résidence Pays-Bas

Compléments

A rédigé un Journal Intime à Amsterdam de 1941 à 1943, avant son internement au camp de Westerbork (P.B.) et sa déportation à Auschwitz, Pologne.

Esther « Etty » Hillesum, née le à Middelbourg, en Zélande, aux Pays-Bas et morte le au camp de concentration d’Auschwitz, est une jeune femme juive et une mystique connue pour avoir, pendant la Seconde Guerre mondiale, tenu son journal intime (1941-1942) et écrit des lettres (1942-1943) depuis le camp de transit de Westerbork.

Biographie[modifier | modifier le code]

Esther Hillesum est née le 15 janvier 1914 à Middelbourg dans une famille juive libérale[1]. Son père, Louis Hillesum, est docteur en lettres classiques et proviseur du lycée de Deventer[2]. Sa mère, Rebecca Bernstein, a fui les pogroms russes en 1907[2]. Etty Hillesum a deux frères, Jaap qui étudiera la médecine et Mischa qui étudiera le piano[2]. Elle obtient une maîtrise de droit en 1939 tout en poursuivant des études de russe. Le 10 mai 1940, les troupes nazies envahissent les Pays-Bas[2]. Après une scolarité aboutie au lycée de Deventer en 1929, elle entame — sans passion — des études de droit public à Amsterdam et obtient une maitrise en 1939[3]. Durant ces études, elle emménage chez l'expert comptable retraité Hans Wegerif qui héberge plusieurs étudiants et avec lequel elle entretient une relation jusqu'en 1942[4]. Gravitant dans un milieu de gauche et contestataire, Hetty, qui est douée pour les langues, gagne sa vie en donnant des cours particuliers de russe[5].

Julius Spier[modifier | modifier le code]

Le 3 février 1941[3], Etty Hillesum entreprend une thérapie avec Julius Spier[6] que lui a présenté son logeur. Réfugié aux Pays-Bas en 1937 pour fuir les lois antisémites nazies, ce dernier pratique la « psychochirologie »[5], une forme de thérapie que Carl Gustav Jung — dont il a été l'élève puis le collègue — lui a recommandé de développer[5]. Il devient son maître spirituel, elle l'appelle « l’accoucheur de mon âme »[7] sans qu'elle exprime clairement les motivations de cette thérapie.

Sur les recommandations de Spier, elle entame la rédaction d'un journal à partir du 9 mars 1941, au fil duquel on apprend qu'elle estime qu'il n'y a pas de personne plus malheureuse qu'elle sur Terre, qu'elle manque de confiance en elle et — « éprouv[ant la] pénible sensation d'un désir insatiable devant la beauté des êtres et du monde »[8] — qu'elle connait des moments dépressifs. Des relations complexes se tissent entre la jeune femme et le psychologue quinquagénaire : elle est à la fois sa cliente, son élève, sa secrétaire et son amie de cœur[9], et ils ne cessent de se défier pour se faire grandir mutuellement. Douze mois plus tard, elle écrit : « je pense que désormais je fêterai mon anniversaire le 3 février »[10] et célèbre sa première année, la « plus belle année » de sa vie.

Persécutions nazies et mystique chrétienne[modifier | modifier le code]

Dans son journal intime, elle relate la spirale inexorable des restrictions des droits et des persécutions qui amènent en masse les juifs néerlandais vers les camps de transit, puis vers la mort en déportation. D'innombrables notations font de ce texte, et de ses lettres de Westerbork, camp de transit situé au nord-est des Pays-Bas, où elle séjourna à plusieurs reprises, des documents historiques de premier plan pour l'étude de l'Histoire des Juifs aux Pays-Bas pendant la guerre. Dans son journal, elle évoque aussi son évolution spirituelle qui, à travers la lecture, l'écriture et la prière, la rapproche du christianisme, jusqu'au don absolu de soi, jusqu'à l'abnégation la plus totale[11], tout en gardant, avec une admirable constance, son indéfectible amour de la vie, et sa foi inébranlable en l'Humain, alors même qu'elle le voit journellement accomplir des crimes parmi les plus odieux. Au camp de Westerbork, elle est chargée d'enregistrer les noms des personnes qui partent en déportation. Elle y notera notamment celui de la carmélite juive Édith Stein.

Mort et postérité[modifier | modifier le code]

Etty a deux frères, Jaap (interne en médecine au moment de sa déportation) et Mischa (pianiste dont les dons exceptionnels firent un moment espérer à la famille Hillesum qu'il échapperait au sort des Juifs). Mischa et les parents d'Etty succomberont comme cette dernière à Auschwitz en 1943. Jaap ne survivra pas à l'évacuation de Bergen-Belsen en 1945. Ce sont les écrits d'Etty qui donneront une postérité à cette famille, par leur grande valeur historique, spirituelle mais aussi littéraire.

Le chemin intérieur[modifier | modifier le code]

Lorsqu'elle entreprend sa thérapie avec Julius Spier, elle commence, conseillée par lui, à rédiger son journal intime. Elle y évoquera son évolution spirituelle en scrutant son for intérieur[12]. Benoît XVI, lors de l'audience générale du mercredi 13 février 2013, a déclaré :

« Je pense aussi à la figure d'Etty Hillesum, une jeune Hollandaise d’origine juive qui mourra à Auschwitz. Initialement éloignée de Dieu, elle le découvre en regardant en profondeur à l’intérieur d’elle-même et elle écrit : « Un puits très profond est en moi. Et Dieu est dans ce puits. Parfois, j’arrive à le rejoindre, le plus souvent la pierre et le sable le recouvrent : alors Dieu est enterré. Il faut à nouveau le déterrer » (Journal, 97). Dans sa vie dispersée et inquiète, elle retrouve Dieu au beau milieu de la grande tragédie du XXe siècle, la Shoah. Cette jeune fille fragile et insatisfaite, transfigurée par la foi, se transforme en une femme pleine d’amour et de paix intérieure, capable d’affirmer : « Je vis constamment en intimité avec Dieu »

— Benoît XVI, Audience Générale (Mercredi des Cendres), 13 février 2013[13]

.

Catherine Chalier, philosophe et spécialiste du judaïsme, citant cet extrait du journal d'Etty Hillesum, « Je retrouvais le contact avec moi-même, avec ce qu'il y a de plus profond en moi et que j'appelle Dieu et avec toi aussi », rapproche Etty des grands mystiques : « Ce « plus profond » la relie en effet aux autres êtres humains et à tout ce qui vit car il est la source du « grand courant de vie » dont, à la façon de Bergson, Etty Hillesum pressent la force créatrice en elle-même aux jours où elle se tient en sa proximité[14]. » Cependant Catherine Chalier affirme qu'il est douteux de faire d'Etty Hillesum une chrétienne[15].

Odile Falque rattache également Etty Hillesum aux mystiques, chrétiens cette fois, dans Mystique du quotidien avec Etty Hillesum[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Textes d'Etty Hillesum traduits du néerlandais
  • Etty Hillesum (trad. Philippe Noble), Lettres de Westerbork, Paris, Éditions du Seuil, , 124 p. (ISBN 978-2-020-10358-9, OCLC 19363767)
  • Etty Hillesum (trad. Philippe Noble), Une vie bouleversée : Journal 1941-1943 [« Het verstoorde leven »], Paris, Éditions du Seuil, , 249 p. (ISBN 978-2-020-08629-5, OCLC 18020878)
  • Etty Hillesum et Klaas A. D. Smelik (dir.) (trad. Philippe Noble), Les écrits d'Etty Hillesum : journaux et lettres, 1941-1943, Paris, Éd. du Seuil, , 1080 p. (ISBN 978-2-020-56833-3, OCLC 778345000).
Études consacrées à Etty Hillesum
  • Yves Beriault (préf. Jean Vanier), Etty Hillesum : Témoin de Dieu dans l'abîme du mal, Montréal, Médiaspaul, , 192 p. (ISBN 978-2-89420-811-3).
  • Karima Berger, Les attentives : un dialogue avec Etty Hillesum, Paris, Albin Michel, , 203 p. (ISBN 978-2-226-25395-8, OCLC 893769867).
  • Catherine Chalier, « Etty Hillesum, rejoindre la vie que je portais en moi », dans Le Désir de conversion, Paris, Seuil, (ISBN 978-2-02-095907-0), p. 229-276.
  • Jeanne-Marie Clerc, Etty Hillesum écrivain : Écrire avant Auschwitz, Paris, l'Harmattan, coll. « Critiques littéraires », , 250 p. (ISBN 978-2-336-00564-5).
  • Pascal Dreyer, Etty Hillesum : Une voix bouleversante, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Témoins d'humanité », , 162 p. (ISBN 2-220-04046-1).
  • Marie-Hélène Du Parc Locmaria (préf. Didier Decoin), "Tant souffrir et tant aimer" selon Etty Hillesum, Paris, Salvator, , 248 p. (ISBN 978-2-7067-0852-7).
  • Cécilia Dutter, Etty Hillesum : Une voix dans la nuit, Paris, Robert Laffont, , 199 p. (ISBN 978-2-221-114018).
  • Cécilia Dutter (dir.), Un cœur universel : Regards croisés sur Etty Hillesum, Paris, Salvator, , 182 p. (ISBN 978-2-7067-1071-1).
  • Cécilia Dutter, Vivre libre avec Etty Hillesum, Editions Tallandier, 2018
  • Armand Duval, Etty Hillesum : Quand souffle l'esprit : essai, Paris, François-Xavier de Guibert, , 143 p. (ISBN 978-2-7554-0298-8).
  • Michel Fromaget (préf. Sylvie Germain), Un joyau dans la nuit : introduction à la vie spirituelle d'Etty Hillesum, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Essai », , 234 p. (ISBN 978-2-220-06581-6, OCLC 878360505)
  • Sylvie Germain, Etty Hillesum, Paris, Pygmalion, coll. « Chemins d'éternité », , 211 p. (ISBN 2-85704-586-7).
  • Ingmar Granstedt, De cendres et d'amour : Portrait d'Etty Hillesum : Amsterdam, Westerbork, Auschwitz, Paris, Lethielleux, , 238 p. (ISBN 978-2-249-62133-8).
  • Ingmar Granstedt, Portrait d'Etty Hillesum, Paris, Desclée de Brouwer, , 224 p. (ISBN 2-220-04978-7).
  • Odile Haumonté, Je veux consoler Dieu : Etty Hillesum, Éditions Pierre Téqui, coll. « Les Sentinelles », , 120 p. (ISBN 978-2-7403-1832-4)
  • Jean-Michel Hirt, La Dignité humaine : Sous le regard d'Etty Hillesum et de Sigmund Freud, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Espaces du Sujet », , 252 p. (ISBN 978-2220064680).
  • Charles Juliet, Dominique Sterckx et Claude Vigée (préf. Liliane Hillesum), Etty Hillesum : Histoire de la fille qui ne savait pas s'agenouiller : huit prières commentées suivies de deux lectures, Paris, Arfuyen, coll. « Les carnets spirituels » (no 56), , 184 p. (ISBN 978-2-84590-106-3).
  • Paul Lebeau, Etty Hillesum : un itinéraire spirituel, Amsterdam 1941-Auschwitz 1943, Paris, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes » (no 180), , 308 p. (ISBN 2-226-12169-2).
  • Catherine Millot, La Vie parfaite : Jeanne Guyon, Simone Weil, Etty Hillesum, Paris, Gallimard, coll. « L'infini », , 259 p. (ISBN 2-07-078140-2).
  • Alexandra Pleshoyano, Etty Hillesum L'amour comme "seule solution" : Une herméneutique au cœur du mal, Berlin, LIT, coll. « Interdisziplinâre Forschungen zu Religion, Wissenschaft und Kultur », , 392 p. (ISBN 978-3-8258-0824-2).
  • Alexandra Pleshoyano, J'avais encore mille choses à te demander : L'univers intérieur d'Etty Hillesum, Paris, Novalis/Bayard, , 243 p. (ISBN 978-2-89646-116-5).
  • Olivier Verdun, « Etty Hillesum : Une vie bouleversée et Lettres de Westerbork », La République des lettres, 2 avril 2008.

Film[modifier | modifier le code]

  • Le convoi, documentaire, A. Bossuroy, 60 minutes, 2009 – Voyage initiatique de deux étudiants en Europe, inspirés par la lecture d'Etty Hillesum.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Société canadienne de théologie Congrès et Robert Mager, Dieu agit-il dans l'histoire?: explorations théologiques, Fides, (ISBN 9782762126648, lire en ligne), p. 166
  2. a b c et d (en) Meins G. S. Coetsier, Etty Hillesum and the Flow of Presence: A Voegelinian Analysis, University of Missouri Press, (ISBN 9780826266286, lire en ligne), p. 17-22
  3. a et b François Coppens, Variations sur Dieu: langages, silences, pratiques, Faculté St Louis, (ISBN 9782802801573, lire en ligne), p. 284
  4. Michel Fromaget, Un joyau dans la nuit, Desclée De Brouwer, (ISBN 9782220076287, lire en ligne), pt 9
  5. a b et c (en) Meins G. S. Coetsier, Etty Hillesum and the Flow of Presence: A Voegelinian Analysis, University of Missouri Press, (ISBN 9780826266286, lire en ligne), p. 26
  6. (en) Meins G. S. Coetsier, Etty Hillesum and the Flow of Presence: A Voegelinian Analysis, University of Missouri Press, (ISBN 9780826266286, lire en ligne), p. 29
  7. Michel Fromaget, Un joyau dans la nuit, Desclée De Brouwer, (ISBN 9782220076287, lire en ligne), pt 103
  8. François Coppens, Variations sur Dieu: langages, silences, pratiques, Faculté St Louis, (ISBN 9782802801573, lire en ligne), p. 285
  9. (en) Meins G. S. Coetsier, Etty Hillesum and the Flow of Presence: A Voegelinian Analysis, University of Missouri Press, (ISBN 9780826266286, lire en ligne), p. 30
  10. (en) Patrick Woodhouse, Etty Hillesum: A Life Transformed, Bloomsbury Publishing, (ISBN 9781408183472, lire en ligne), p. 26
  11. Dominique de Gramont, Le Christianisme est un transhumanisme, Paris, Les Éditions du Cerf, (ISBN 978-2-204-11217-8), p.273, p. 358 :

    « Que je reste ici ou que je sois déportée [...] je ne me sens sous les griffes de personne, je me sens seulement dans les bras de Dieu. »

  12. Paul Lebau, Etty Hillesum. Un itinéraire spirituel, Amsterdam 1941-Auschwitz 1943, Collection Spiritualités
  13. Audience Générale du 13 février 2013
  14. Catherine Chalier, Etty Hillesum. Rejoindre la vie que je portais en moi in Le désir de conversion, Seuil, Paris, 2011, p. 229-267, p. 245-246.
  15. Catherine Chalier, Le désir de conversion, p. 232.
  16. Adolescence 1/2008 (no 63) , p. 23-39. lire en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]