Amblyopie

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L’amblyopie est une différence d'acuité visuelle entre les yeux, qui ne peut pourtant pas être expliquée par une lésion organique[1]. Ce trouble semble affecter 2-5% de la population[2]. L'amblyopie est un trouble cortical: la partie du cerveau traitant l'information venant d'un œil ne fonctionne pas de manière optimale[3]. Repérer l'amblyopie au plus tôt chez les enfants, permet un traitement plus efficace.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Ce mot vient du grec ancien ἀμϐλύς / amblús (« obtus ») et ὄψις / ópsis (« vue »), « œil obtus » (Plenk, 1788)[4].

Définition et prévalence[modifier | modifier le code]

L'amblyopie est définie comme une différence inter-oculaire de deux lignes ou plus sur le Tableau de Snellen[3][5], après correction optique maximale. Entre 2%[2] et 5%[6] de la population souffre de ce trouble. Au Royaume-Uni, 90% des rendez-vous de santé visuelle chez l'enfant a pour cause l'amblyopie[7].

Les différents types d’amblyopie[3][modifier | modifier le code]

Ce qu'on appelle couramment amblyopie recouvre principalement l'amblyopie fonctionnelle, qui est liée à un trouble d’apprentissage de la fonction binoculaire (strabisme, anisométropie, amétropie, privation visuelle)[3].

Plus rarement, l'amblyopie peut signifier:

  • une amblyopie organique, une différence inter-oculaire de deux lignes ou plus, liée à une lésion organique curable ou non (défaut de transparence tels : cataracte congénitale unilatérale, anomalie cornéenne, ptosis par exemple). Ce type n'est pas censé être réversible, alors qu'il existe un traitement de l'amblyopie fonctionnelle, sous certaines conditions.
  • une amblyopie mixte (organique et fonctionnelle).
  • une amblyopie binoculaire, c'est-à-dire, une baisse d'acuité aux deux yeux après correction optique maximale, sans cause organique apparente.

Types fonctionnels d’amblyopie[3][modifier | modifier le code]

On distingue deux types d’amblyopie fonctionnelle :

  • l’amblyopie de distorsion spatiale: elle a lieu lorsque les yeux présentent des indices de réfraction différents (l’anisométropie) ou des astigmatismes différents (amblyopie méridionale) ou lorsqu'une privation visuelle monoculaire a eu lieu sur un temps prolongé (Cataracte (maladie), ptosis). Elle peut guérir par le port de la correction optique totale;
  • l’amblyopie de suppression corticale: lorsque les yeux sont mal-alignés (strabisme), il est possible que le cortex correspondant à un œil supprime celui de l'autre œil, afin d'éviter la double-vision (diplopie).

L’association des deux est toujours possible (amblyopie mixte).

Âge de découverte (âge de diagnostic)[modifier | modifier le code]

Le diagnostic d’amblyopie est possible dès la naissance dans les amblyopies organiques sévères. C'est une recherche systématique par un examen ophtalmologique soigneux dans diverses situations où elle peut être suspectée: strabisme notamment, dès l'âge de 3-4 mois. Cela comporte une étude des mouvements oculaires, du comportement de l'enfant lors de divers tests: occlusion alternée, méthode du regard préférentiel, mesure de la réfraction et examen du Fond d'œil qui permettent d’en faire le diagnostic et de préciser l’origine de l’amblyopie.

Trou sténopéïque[modifier | modifier le code]

Le trou sténopéïque est d’une certaine aide. Si l’acuité visuelle reste constante, il s’agit d’une amblyopie fonctionnelle, si elle diminue on parle d’amblyopie organique. Par contre si elle augmente on est face à un problème réfractif. Cet examen est toujours utilisé[8],[9][réf. incomplète].

Méthode du regard préférentiel[modifier | modifier le code]

Utilisée pour dépister l'amblyopie entre 4 mois et 1 an (âge pré-verbal et coopérant) : l'enfant, dans un environnement calme, sur les genoux de sa mère, est placé devant un théâtre où apparaissent des cartons comportant d'un côté une mire faite d'un réseau plus ou moins structuré. L'enfant tourne son regard là où il voit ce réseau. L'examinateur observe ce comportement à travers un orifice du carton qu'il présente.

Traitement[modifier | modifier le code]

Chez l’enfant (avant 6 ans)[modifier | modifier le code]

Le traitement doit être débuté avant l’âge de 6 ans[10]. Plus il est débuté tôt, plus il est court et efficace, si possible débuté dès que suspecté. La surveillance d'éventuelles rechutes ou d'amblyopies « à bascule » (amblyopie de l'autre œil) devra être prolongée jusqu'à l'âge de 5 à 6 ans, âge où la maturation des voies visuelles sont pratiquement celles de l'adulte. Surveillance au-delà dans certains cas.

Le traitement est basé sur :

  • la correction optique totale déterminée après cycloplégie (élimination transitoire de toute possibilité d’accommodation par instillation d'un collyre) (Le collyre d'examen provoque aussi la gène d'une dilatation de la pupille, responsable d'un éblouissement, heureusement transitoire) ;
  • l’occlusion du bon œil, pour une durée fonction de plusieurs paramètres : sévérité de l'amblyopie, de la cause, délai entre découverte et prise en charge, âge. La durée de ce traitement va de quelques jours à 1 mois, sous surveillance rapprochée (cette occlusion est dite « sauvage » car mal vécue au début par l'enfant qui a du mal à comprendre qu'on le prive de la seule vision du bon œil, qui lui suffit) ;
  • la pénalisation est une méthode efficace parfois délicat à mettre en œuvre (équipement correct par lunettes adaptées que l'enfant doit accepter et porter correctement) ;
  • d’autres traitements peuvent être proposés : secteurs, filtres, occlusion alternée, pénalisation alternée, etc.
  • la rééducation par orthoptie n’a pas d’efficacité prouvée[réf. nécessaire]. L'orthoptiste est en revanche le plus à même de s'assurer de la bonne conduite du traitement, de l'adhésion de tous les intervenants, avant tout des parents au bien-fondé de celui-ci.

Ce traitement bien codifié, s’il est bien suivi et précoce, est très efficace: guérison de 80 à 90 % des amblyopies fonctionnelles[réf. nécessaire].

Chez l’adulte[modifier | modifier le code]

En dehors de la correction optique totale, il n’y a pas de traitement de l’amblyopie de l’adulte. Au contraire, l’amblyopie de l’adulte doit être respectée. Les traitements actifs (rééducation active, post-images, posturologie, etc.) sont déconseillés car inefficaces et dangereux (risque de vision double dans certains cas d'anisométropie associant myopie et hypermétropie)[réf. nécessaire].

Quelques pistes de recherche se sont cependant ouvertes dans les années 2010, en utilisant l'apprentissage perceptif chez l'homme[11][12], ou en stimulant la plasticité neuronale du cortex visuel chez l'animal, pour lui permettre de réapprendre à voir[13].

Méthodes alternatives[modifier | modifier le code]

De nombreuses méthodes alternatives peuvent être proposées dans le traitement de l'amblyopie : la méthode Régine Zékri-Hurstel et Laurence Puchelle, les post-images, etc. L'acupuncture[14] s'est ajoutée à cette liste et suscite une controverse[15],[16],[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Amblyopie sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales consulté le 1er décembre 2013.
  2. a et b M. C. Flom et R. W. Neumaier, « Prevalence of amblyopia. », Public Health Reports, vol. 81,‎ , p. 329-341 (ISSN 0094-6214, PMID 4956100, PMCID 1919787, lire en ligne)
  3. a, b, c, d et e Wright, W. K., Handbook of Pediatric Strabismus and Amblyopia, New-York, Springer,‎ , 103-137 p.
  4. Étymologie rapportée par WikiAmblyopie.net.
  5. « Amblyopie et son traitement », sur www.afsop.fr (consulté le 19 juillet 2015)
  6. Heike M. Elflein, Susanne Fresenius, Julia Lamparter et Susanne Pitz, « The prevalence of amblyopia in Germany: data from the prospective, population-based gutenberg health study », Deutsches Ärzteblatt International, vol. 112,‎ , p. 338-344 (ISSN 1866-0452, PMID 26043421, PMCID 4458790, DOI 10.3238/arztebl.2015.0338, lire en ligne)
  7. (en) C. E. Stewart, A. R. Fielder, D. A. Stephens et M. J. Moseley, « Design of the Monitored Occlusion Treatment of Amblyopia Study (MOTAS) », British Journal of Ophthalmology, vol. 86,‎ , p. 915-919 (ISSN 1468-2079, PMID 12140215, DOI 10.1136/bjo.86.8.915, lire en ligne)
  8. Tuil E, de Nicola R, Mann F, Miléa D, Ophtalmologie en urgence, Issy-les-Moulineaux, Elsevier Masson, coll. « Médecine en poche »,‎ , 418 p. (OCLC 495414120, lire en ligne), p. 6
  9. MJ Bot-Escluse, Abord clinique en ophtalmologie, Paris, Springer, coll. « Abord clinique », 236 p. (OCLC 857069596)
  10. Marjean T. Kulp, Susan A. Cotter, Alan J. Connor et Michael P. Clarke, « Should amblyopia be treated? », Ophthalmic & Physiological Optics: The Journal of the British College of Ophthalmic Opticians (Optometrists), vol. 34,‎ , p. 226-232 (ISSN 1475-1313, PMID 24588534, DOI 10.1111/opo.12124, lire en ligne)
  11. Dennis M. Levi et Roger W. Li, « Perceptual learning as a potential treatment for amblyopia: a mini-review », Vision Research, vol. 49,‎ , p. 2535-2549 (ISSN 1878-5646, PMID 19250947, PMCID 2764839, DOI 10.1016/j.visres.2009.02.010, lire en ligne)
  12. (en) Li Jinrong, Thompson Benjamin, Deng Daming et al. « Dichoptic training enables the adult amblyopic brain to learn » Current Biology 2013;23(8):R308-R309.
  13. David N. Bochner1, Richard W. Sapp, Jaimie D. Adelson, Siyu Zhang, Hanmi Lee, Maja Djurisic, Josh Syken, Yang Dan & Carla J. Shatz (2014), Neurosciences : Blocking PirB up-regulates spines and functional synapses to unlock visual cortical plasticity and facilitate recovery from amblyopia ; Sci Transl Med 15 10 2014: Vol. 6, Issue 258, p. 258ra140 ; Sci. Transl. Med. DOI: 10.1126/scitranslmed.3010157 (résumé)
  14. (en) Zhao J, Lam D, Chen LJ et al. « Randomized controlled trial of patching vs acupuncture for anisometropic amblyopia in children aged 7 to 12 years » Arch Ophthalmol. 2010;128(12):1510. PMID 21149771
  15. « Le blog du Pr Alain Péchereau, une source d'échange entre nous : Le traitement de l'amblyopie », sur fnro.net,‎
  16. (en) P. Lempert « Acupuncture therapy for amblyopia » Ophthalmology 2012;119(4):886; réponse de l'auteur:886-7. PMID 22472263 DOI:10.1016/j.ophtha.2011.11.009
  17. (en) LE. Leguire « Occlusion vs acupuncture for treating amblyopia » Arch Ophthalmol. 2011;129(9):1240-1; réponse de l'auteur:1241-2. PMID 21911682 DOI:10.1001/archophthalmol.2011.256

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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