Tous à Zanzibar

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Tous à Zanzibar (titre original : Stand on Zanzibar) est un roman de science-fiction, écrit en 1968 par l'écrivain britannique John Brunner et traduit en français par Didier Pemerle assisté et préfacé par Gérard Klein.

Résumé[modifier | modifier le code]

En 2010, le nombre des êtres humains est tel que, s'ils se tenaient au coude à coude sur l'île de Zanzibar, ils la recouvriraient en entier. La surpopulation entraîne la disparition de toute sphère privée, un contrôle génétique draconien et une anarchie urbaine généralisée. La pollution fait qu'à New York, des distributeurs d'oxygène sont à la disposition de ceux qui ont besoin de faire le plein avant de traverser les rues. La consommation de tranquillisants, pour limiter les nécessaires tensions sociales dues à la promiscuité et les velléités révolutionnaires, s'est généralisée.

Les radiations ont entrainé l'augmentation du taux des maladies héréditaires à un tel point que des mesures draconiennes sont prises : les individus porteurs sont automatiquement stérilisés et seuls se reproduisent ceux qui ont des caryotypes sains. L'eugénisme est développé. Évidemment, la liberté individuelle est résolument refusée.

À New York, Norman, un jeune Afro-Américain, travaille pour la toute-puissante General Technic Corporation dont le superordinateur Shalmaneser organise l'achat pur et simple d'un pays africain. Son compagnon d'appartement, Donald, apparemment un simple étudiant, est en fait recruté par les services secrets qui l'envoient s'emparer de la découverte d'un généticien d'un pays du tiers monde qui ferait de tous les nouveau-nés des génies prédéterminés.

Commentaire[modifier | modifier le code]

À l'origine, John Brunner avait écrit un très court récit paru en 1967 et qu'il reprit et amplifia jusqu'à en faire un livre trois fois plus long qu'un roman normal. C'est en effet un livre-monde, qualifié de non-roman par son auteur. Le récit traditionnel est déconstruit, car la narration court sur quatre pistes différentes, imbriquées les unes dans les autres, mais séparées au sommaire afin que des lecteurs désireux de ne pas lire telle ou telle partie puissent le faire sans inconvénient. Cette écriture se rapproche de celle d'un John Dos Passos dans la trilogie U.S.A.

D'abord le contexte qui, comme le mot l'indique, permet de se faire une idée de ce monde de 2010. Puis le monde en marche, composé de très rapides vignettes, des instantanés aux phrases parfois inachevées, sur l'époque, qui permettent non plus d'en avoir une vision d'ensemble, mais de le regarder par le petit bout de la lorgnette comme les gens qui y vivent. Ensuite, jalons et portraits où, cette fois, l'auteur nous présente des êtres vivants, ne faisant généralement pas partie de l'intrigue, mais habitant ce monde et le vivant au sens le plus quotidien du terme. Enfin, la continuité raconte l'histoire proprement dite de Stand on Zanzibar. Pour rendre la panique qui s'empare de cette humanité, John Brunner a une langue exubérante, déploie une remarquable invention dans le langage, fort bien rendue par le traducteur français.

Le procédé narratif est annoncé d'emblée dans le court chapitre intitulé "Contexte 0" servant d'exergue au roman, citation d'une page de "La Galaxie Gutenberg" du sociologue et théoricien des médias Marshall McLuhan. Cette page décrit la méthode d'Innis et selon cette méthode, le roman qui suit est une mosaïque, une configuration ou une galaxie destinée à éclairer le monde futur imaginé par l'auteur.

C'est une œuvre maîtresse. On peut considérer qu'avec les œuvres de Philip K. Dick, c'est l'un des fondements du cyberpunk. L'univers de Stand on Zanzibar avait tellement marqué John Brunner qu'il écrivit un second roman se déroulant dans le même cadre, L'Orbite déchiquetée (The Jagged Orbit, 1969).

Prix littéraires[modifier | modifier le code]

Tous à Zanzibar de John Brunner a reçu le prix Hugo du meilleur roman de science-fiction et le prix British Science Fiction en 1969 et le prix Apollo en 1973.

Classique de la science-fiction[modifier | modifier le code]

Ce roman est considéré comme un grand classique de la science-fiction dans les ouvrages de références suivants[1] :

Critiques spécialisées[modifier | modifier le code]

Dans son Histoire de la science-fiction moderne, parue en 1984, Jacques Sadoul déclare à propos de ce roman :

« En un mot, nous croyons réellement avoir vécu à l'époque de Stand on Zanzibar quand nous refermons le livre. Ajoutons-y enfin une remarquable invention dans le langage, qui a été fort bien rendue par le traducteur français [...] et nous aurons un ouvrage peut-être un peu trop artificiel, un peu trop fabriqué, mais absolument passionnant. C'est un tour de force et une œuvre maîtresse. »

— Jacques Sadoul, Histoire de la science-fiction moderne. 1911-1984, Robert Laffont,‎ 1984 (ISBN 9782221044643), p. 297

Prédictions historiques[modifier | modifier le code]

L'action du livre, située en 2010, narre maints aspects du monde futur qui correspondent étrangement à des évolutions bien réelles de notre monde actuel, ce qui a conduit à de récentes discussions sur internet suggérant que ce livre de 1968 serait "davantage prophétique que science-fiction":

  • Le leader du pays africain au centre de l'action (le Béninia) se nomme le Président Obomi.
  • La plus grande source d'instabilité et de violence vient des terroristes, qui projettent de s'en prendre aux gratte-ciels américains.
  • Les États-Unis ne sont désormais plus en rivalité avec l'Union soviétique mais avec la Chine, et leur affrontement n'est plus sur le plan militaire mais économique, commercial et technologique.
  • Les Européens ont formé une union de nations pour améliorer leurs perspectives économiques et leur influence sur le monde des affaires. La Grande-Bretagne, elle, reste en dehors de cette alliance et tend plutôt à se ranger du côté des États-Unis.
  • L’Afrique demeure loin derrière les autres continents en termes de développement, tandis qu'Israël reste le centre des tensions du Moyen-Orient.
  • Les personnes homosexuelles et bisexuelles sont devenues monnaie courante et n'ont plus peur de s'afficher comme telles.
  • Un médicament pour améliorer les performances sexuelles a été mis sur le marché et on ose même en faire des publicités.
  • Le mariage est en déclin, et la jeune génération préfère les relations de courte durée sans engagement officiel.
  • Les chaînes de télévision sont devenues globales grâce au satellite, et il est possible de regarder une émission en différé.
  • Les sièges d'avion sont équipés d'écrans de télévisions sur lesquels les passagers peuvent visionner les nouvelles ou des vidéos.
  • Les documents informatiques sont générés par des imprimantes laser.
  • La cigarette a été marginalisée par les autorités, tandis que la marijuana est en passe d'être décriminalisée.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pour consulter les listes complètes, voir le site Top des Tops.
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Seigneur de lumière par Roger Zelazny
Prix Hugo du meilleur roman
1969
La Main gauche de la nuit par Ursula K. Le Guin
L'Île des morts
Prix Apollo
1973
Rêve de fer de Norman Spinrad