La Grande Porte

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La Grande Porte
Auteur Frederik Pohl
Genre Roman
Science-fiction
Version originale
Titre original Gateway
Éditeur original St. Martin's Press
Langue originale Anglais américain
Pays d'origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Date de parution originale 1977
Version française
Traducteur C. Meistermann
L. Meistermann
Lieu de parution Paris
Éditeur Calmann-Lévy
Collection Dimensions SF
Date de parution 1978
Type de média Livre papier
Nombre de pages 288

La Grande Porte (titre original : Gateway) est un roman de science-fiction de l'auteur américain Frederik Pohl publié en 1977.

Argument[modifier | modifier le code]

Robinette Broadhead, un riche citoyen américain qui vit à New York sous un dôme appelé la « Grosse Bulle », consulte toutes les semaines Sigfrid von Shrink, son ordinateur-psychanalyste, qui l'aide à surmonter les traumatismes liés à son passé de prospecteur de la « Grande Porte ». Cet astéroïde abandonné depuis un million d'années par les mystérieux « Heechees », une race alien disparue, est un astroport qui permet d'explorer toute la galaxie à bord de petits vaisseaux aux destinations préprogrammées. Si les missions d'exploration intersidérales peuvent être l'occasion rêvée de faire fortune, elles comportent également de nombreux risques et beaucoup de prospecteurs n'en reviennent jamais.

Présentation du roman[modifier | modifier le code]

Le roman est conçu comme une double narration qui alterne, de chapitre en chapitre, entre le présent et le passé du héros, Robinette Broadhead. Les chapitres successifs sont entrecoupés de pages de publicité, d'extraits de journaux, de petites annonces, de rapports de mission ou d'interviews de scientifiques spécialistes des Heechees qui décrivent divers aspects de l'univers de la « Grande Porte ». Le style de Frederik Pohl est toujours alerte et plein d'humour.

Situation dans l'œuvre[modifier | modifier le code]

Ce récit, qui ouvre le Cycle de la Grande Porte (titre original Heechee Series), sera suivi de trois autres romans (Les Pilotes de la Grande Porte, 1980 ; Rendez-vous à la Grande Porte, 1984 ; Les Annales des Heechees, 1987) et d'un recueil de nouvelles (À travers la Grande Porte, 1990), dont la réputation n'a pourtant jamais égalé celle du premier roman[1].

Genre[modifier | modifier le code]

L'univers de science-fiction de la « Grande Porte » est simplement esquissé, car Frederik Pohl privilégie le développement de la dimension psychologique des personnages et socio-critique de son univers. D'un point de vue formel, le monde de la « Grande Porte » fait appel à des éléments traditionnels de la science-fiction comme la construction de dômes protégés pour les plus fortunés, les voyages intersidéraux, les soins pour dépression administrés dans des cuves psychologiques et les progrès techniques accomplis par la médecine et la chirurgie. Les « mines alimentaires » où l'on extrait de l'huile de schiste pour subvenir aux besoins vitaux de la population semblent être en revanche une invention originale de l'auteur.

Sans être vraiment nouvelle, on peut également y trouver l'idée d'une technologie capable de franchir l'horizon évènementiel des trous noirs, une des clefs cette série, et également l'idée de trous noirs énergétiques. La réflexion sur la conscience, via l' I.A. informatique entre autres, y est également centrale, et historiquement traçable.

Si Frederik Pohl met également à profit cet autre genre littéraire que sont les grands récits d'explorateurs comme Christophe Colomb ou les pionniers américains (tous deux expressément cités dans le roman), c'est surtout pour en décrire les peu reluisantes coulisses : la peur, le doute, la misère ou la cupidité qui pousse aux grands exploits et l'omniprésence de la mort.

Résumé[modifier | modifier le code]

Robinette Broadhead, un riche citoyen américain qui vit à New York sous un dôme appelé la « Grosse Bulle », rend visite à Sigfrid von Shrink sa machine-psychiatre. Il essaie de surmonter divers traumatismes liés à son enfance et à son passé de prospecteur sur un astéroïde dénommé la « Grande Porte ».

Robinette Broadhead commence à travailler dans les mines alimentaires du Wyoming dès l'âge de douze ans et rêve de devenir prospecteur. À 26 ans, il gagne à la loterie et s'embarque enfin pour la « Grande Porte », un astéroïde qui renferme pas moins de mille vaisseaux construits par une race alien disparue depuis un million d'années, les Heechees. La « Grande Porte » est gérée par la « Corporation », une firme internationale, et surveillée par les forces militaires de différentes nations. La « Grande Porte » est le point de départ de missions d'exploration dont le but est soit la collecte de données scientifiques sur l'univers, soit la découverte d'artéfacts heechees qui peuvent faire la célébrité et la fortune des équipages qui les rapportent.

En arrivant sur l'astéroïde, Robinette Broadhead découvre un monde confiné et glauque, doté d'un air vicié et nauséabond, avec des cellules d'habitation étroites et des tunnels sombres. Pire, il apprend au cours de sa formation que les missions d'exploration sont très dangereuses et que de nombreux explorateurs n'en sont jamais revenus. Tétanisé par la peur, il renonce provisoirement à toute prospection et décide de se faire embaucher comme jardinier par la Corporation. Un jour, pourtant, surmontant sa peur, Robinette décide de partir en mission avec Gelle Klara Moynlin, sa maîtresse, et trois autres membres d'équipage homosexuels. La mission se solde par un échec, mais chaque membre de l'équipage reçoit une petite prime de la Corporation. Quelque temps plus tard, après une violente dispute avec Klara qui s'éloigne peu à peu de lui, Robinette solde tous ses comptes, dilapide son argent au casino de la « Grande Porte » et s'embarque pour une mission solitaire dans un petit vaisseau heechee. Au bout du voyage, il se retrouve devant l'autre astéroïde heechee, la « Grande Porte II ». Profondément déçu de n'avoir trouvé ni la fortune, ni la mort, Robinette tente de modifier au dernier moment la destination de son vaisseau, mais ne réussit qu'à le détruire avant d'être recueilli par le personnel de la « Grande Porte II ».

Lorsqu'il rentre à la « Grande Porte », Robinette échappe aux lourdes sanctions financières prévues par la Corporation pour destruction de vaisseau heechee, car son aventure a permis de calculer une nouvelle trajectoire plus rapide entre les deux portes. Encouragé par son ami Shikitei Bakin, Robinette s'embarque avec Klara pour une dernière mission richement dotée. Il s'agit d'une expérience scientifique conçue par la Corporation : programmer deux vaisseaux heechees sur une même destination, les faire partir à quelques secondes d'intervalle et observer ce qui se passe. Malheureusement, la mission se termine en catastrophe : les deux vaisseaux s'arrêtent à proximité d'un trou noir qui les attire inexorablement. Alors que l'équipage fait une dernière manœuvre désespérée pour tenter d'échapper à la force d'attraction du trou noir, Robinette, coincé dans une autre partie du vaisseau, ferme un sas de séparation et enclenche la mise à feu, croyant ainsi sauver la vie de ses coéquipiers. Finalement, c'est son vaisseau à lui qui réussit à échapper au trou noir.

De retour à la « Grande Porte », il est fêté comme un héros, touche une prime de plusieurs millions de dollars, puis retourne sur Terre. Depuis, il mène une vie de luxe parmi les privilégiés de la « Grosse Bulle » de New York, mais sa conscience est minée par le sentiment d'avoir involontairement assassiné l'amour de sa vie : Gelle Klara Moynlin. Cette culpabilité refoulée le pousse chaque semaine chez Sigfrid von Shrink, sa machine-psychiatre, qui réussit finalement à lui faire accepter la mort de Klara.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

Les principaux personnages du roman sont présentés dans l'ordre alphabétique :

  • Robinette Stetley Broadhead, également appelé Bob ou Robbie, héros du roman ;
  • Professeur Hegramet, universitaire et conférencier, spécialiste des Heechees ;
  • Shikitei Bakin, cantonnier de la « Grande Porte », originaire du Japon et amputé des deux jambes ;
  • Forehand, famille de prospecteurs qui cherchent fortune à la « Grande Porte » ;
  • Emma Fother, secrétaire de direction de la Corporation ;
  • Francesco Hereira, membre de la flotte brésilienne en orbite autour de la « Grande Porte » ;
  • Susie Hereira, membre de la flotte brésilienne, cousine de Francesco, flirt du héros ;
  • M. Hsien, directeur de la « Grande Porte », originaire de Chine ;
  • S. Ya Lavorovna, maîtresse new-yorkaise du héros, spécialisée en Intelligences Artificielles ;
  • Sylvester Macklen, découvreur historique de la « Grande Porte » ;
  • Dane Metchnikov, prospecteur russe homosexuel ;
  • Gelle Klara Moynlin, instructeur à la « Grande Porte », grand amour de Robinette Broadhead ;
  • Sigfrid von Shrink, nom donné par Robinette Broadhead à sa machine-psychiatre.

Heechees[modifier | modifier le code]

Les connaissances des humains sur les Heechees sont extrêmement réduites. Comme dans Rendez-vous avec Rama d'Arthur C. Clarke, publié cinq ans plus tôt, c'est simplement à partir des leurs artefacts que les scientifiques essaient de comprendre le mode de pensée et la technologie des Heechees. Le système de navigation des vaisseaux heechees dotés d'une, trois ou cinq places, est très complexe et leur code n'a jamais vraiment été percé.

Les spéculations sur les Heechees vont bon train, que ce soit de la part des scientifiques ou dans l'opinion publique. Un artefact en cristal qui se déplie en éventail est rapidement baptisé « Éventail à prières » par la population, tandis que les anatomistes les plus éminents formulent de courageuses hypothèses sur la forme des fesses des Heechees en étudiant les sièges de leurs vaisseaux. D'autres spécialistes pensent que les Heechees mangeaient des comètes.

Commentaires thématiques[modifier | modifier le code]

Un anti-héros ?[modifier | modifier le code]

L'histoire de Robinette Broadhead ressemble de prime abord à une véritable success story, celle d'un jeune mineur de fond qui réussit à faire fortune au péril de sa vie. Pourtant, à y regarder de plus près, Robinette a tout de l'anti-héros. Il semble lâche, indécis, pétrifié de peur à l'idée de tenter l'aventure, traître envers des amis comme Shikitei Bakin et violent envers son grand amour Klara. Ses réussites et ses exploits sont toujours le fruit du plus grand des hasards : à aucun moment du récit, il ne semble maîtriser quoi que ce soit dans sa propre vie. Pourtant, Frederik Pohl a réussi à en faire un personnage attachant et profondément humain, faisant le choix de mettre en avant ses faiblesses, ses doutes existentiels et la naïveté de ses espoirs.

Loterie et Destinée humaine[modifier | modifier le code]

La loterie, le jeu et le hasard jouent un rôle important tout au long du roman et la « Grande Porte » elle-même finit par ressembler à une vaste métaphore de la Grande Roue du Destin. Les prospecteurs jouent leur vie à chaque fois qu'ils prennent place à bord d'un vaisseau heechee pour une nouvelle mission dont personne ne connaît jamais ni la destination, ni les dangers. Les différents protagonistes semblent d'autant moins maîtriser leur destinée qu'ils affrontent à chaque instant l'inconnu et le hasard.

Cynisme social[modifier | modifier le code]

Frederik Pohl décrit un monde où la précarité économique et sociale pousse les individus à prendre des risques inconsidérés dans l'espoir d'un avenir meilleur. Beaucoup paient de leur vie. C'est également un monde où l'on doit parfois vendre ses organes pour survivre. Le monde économique présenté par Frederik Pohl est un monde où l'on troque la dignité humaine contre de vains espoirs de célébrité et de richesse. De ce point de vue, on retrouve dans ce roman tous les éléments typiques du phénomène de la « ruée vers l'or » transposés dans les étoiles.

Satire de la psychanalyse[modifier | modifier le code]

L'humour de Frederik Pohl se manifeste surtout dans les scènes entre le héros et son ordinateur-psychanalyste. L'auteur s'est d'ailleurs amusé à donner aux deux protagonistes des noms en relation l'un avec l'autre : Broadhead (en français large tête) s'oppose à Shrink (nom populaire donné couramment par les Américains à leur psy et qui signifie réducteur de tête), dans la version germanisée de Sigfrid von Shrink qui rappelle les origines autrichiennes de la psychanalyse freudienne.

À une époque où la société américaine fait entrer la psychanalyse dans les mœurs, Frederik Pohl passe en revue tous les poncifs du genre : la signification cachée des rêves, la sexualité infantile, l'homosexualité refoulée, les symboles phalliques et vaginaux, les lapsus (« je m'abusais » au lieu de « je m'amusais »), la pulsion de mort, le complexe d'Œdipe, le voyeurisme psychanalytique (la lecture des dossiers confidentiels d'autres patients) et la vulgarisation des termes techniques de la psychanalyse.

Mais la psychanalyse de Robinette Broadhead culmine à des sommets d'humour lorsque le héros explique à sa machine-psychiatre que son goût inavoué pour les relations homosexuelles anales remonte à sa plus tendre enfance, une époque où le seul véritable signe d'affection que sa mère lui donnait était ce thermomètre rectal qu'elle utilisait pour prendre sa température quand il était malade !

Enfin, l'ironie de la thérapie de Robinette Broadhead réside dans le fait de devoir confier un vécu douloureux et des émotions fortes à une machine qui en est totalement dépourvue.

Prix littéraires[modifier | modifier le code]

Le roman de Frederik Pohl La Grande Porte a remporté plusieurs prix :

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

Classique de la science-fiction[modifier | modifier le code]

Ce roman est considéré comme un grand classique de la science-fiction dans les ouvrages de références suivants :

Critiques spécialisées[modifier | modifier le code]

Dans son Histoire de la science-fiction moderne, Jacques Sadoul déclare à propos de ce roman : « Fred Pohl signe avec ce roman, qui lui valut un Hugo l'année suivante, une de ses meilleures réussites où l'humour et la sensibilité le disputent à l'invention. »[2].

Citations[modifier | modifier le code]

Les numéros de page des citations suivantes font référence à l'édition J'ai Lu (1984) citée en bibliographie.

  • « Toutes les émissions de télévision ont des publicités pour nous gonfler le moral en nous disant combien notre travail est important, combien le monde entier compte sur nous pour se nourrir. », chap. 2, p. 19 ;
  • « Sigfrid est très intelligent si l'on pense à l'étendue de sa bêtise. », chap. 3, p. 22 ;
  • « Je déteste l'idée d'être tué. Je déteste même l'idée de la mort qui viendra un jour : ne plus être vivant, voir tout s'arrêter, savoir que tous les autres gens continueront à vivre, à s'envoyer en l'air et à s'en payer une tranche sans que je sois là pour prendre ma part. », chap. 6, p. 34 ;
  • « C'est curieux la frousse. Je ne l'éprouvais pas. Je savais qu'elle était la seule raison qui me poussait à rester, mais je n'avais pas l'impression d'avoir peur, seulement d'être raisonnablement prudent.  », chap. 12, p. 115 ;
  • « C'est le genre de bagarre entre homme et femme que j'essaie aussi souvent que possible d'attribuer à une tension prémenstruelle. », chap. 20, p. 184 ;
  • « Les sociétés malades rejettent les aventuriers comme des pépins de raisin. Les pépins de raisin n'ont pas tellement droit à la parole. Je suppose qu'il en allait de même avec les marins de Colomb ou les pionniers qui conduisaient leurs chariots bâchés à travers les territoires comanches ; ils devaient avoir une frousse terrible, comme moi, mais ils n'avaient pas tellement le choix. », chap. 22, p. 233 ;
  • « Freud a dit que tout garçon qui est persuadé d'avoir été le favori de sa mère ne peut devenir névrotique. », chap. 25, p. 260 ;
  • « La culpabilité ? C'est une chose pénible ; mais parce qu'elle est pénible, elle est modificatrice de comportement.  », chap. 31, p. 317.

Adaptations[modifier | modifier le code]

L'univers de la « Grande Porte » a été adapté aux États-Unis dans le domaine des jeux vidéo :

  • (en) Frederik Pohl's Gateway, Legend Entertainment, 1992 ;
  • (en) Gateway 2 : Homeworld, Legend Entertainment, 1993.

Le premier de ces deux jeux vidéo sous DOS est téléchargeable gratuitement à partir du site : Home of the Underdogs

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir la critique du webzine de SF Le Cafard Cosmique à ce sujet.
  2. Voir Jacques Sadoul, Histoire de la science-fiction moderne. 1911-1984, Robert Laffont, coll. « Ailleurs et Demain », 1984, p. 341.