Takfirisme

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Les takfiri (du mot arabe : تكفيري, de Takfir wal Hijra (en arabe : تكفير والهجرة, Anathème et exil, groupe fondé en 1971) sont des extrémistes islamistes adeptes d'une idéologie violente. Le terme takfiri signifie littéralement « excommunication ». Les takfiris considèrent les musulmans ne partageant pas leur point de vue comme étant des apostats, donc des cibles légitimes pour leurs attaques.

Histoire[modifier | modifier le code]

Takfir wal Hijra[modifier | modifier le code]

Le mouvement Takfir wal Hijra est fondé, à sa sortie de prison en 1971, par Moustafa Choukri (en) (1942–1978), un ingénieur agronome égyptien originaire d'Assiout, emprisonné par Nasser suite à la grande répression des islamistes de 1965. Initialement, le nom de Takfir wal Hijra a été donné ironiquement par la police et la presse égyptienne, ses membres se désignant sous le nom de Jama'a al-muslimun ("association des musulmans")[1]. Il s'agit d'une scission des Frères musulmans par un groupe de puristes qui non seulement jettent l'anathème (Takfir) sur les autres groupes musulmans, mais refusent de prier avec eux et se mettent donc en exil (Hijra) de la communauté, en contradiction avec les principes régissant l'Oumma[2]. Le groupe s'inspire des théories de Sayyid Qotb en les appliquant littéralement[3]. Il souligne sa rupture totale avec la société musulmane traditionnelle qu'il qualifie de mécréante (kufr)[2]. Les partisans de cette doctrine s'isolent alors dans des communautés alternatives, ou même dans des grottes en Haute-Égypte. Ce mouvement recrute des personnes marginalisées ou aliénées dans l'Égypte moderne, et qui y trouvent une nouvelle communauté[4]. Le mouvement attire beaucoup de femmes. Celles-ci peuvent alors rompre tout lien avec leur famille, considérée comme mécréante, se dessaisissant ainsi de leur responsabilité de femme au sein de leur famille. Bénéficiant d'une autorité incontestée à l'intérieur du groupe, Choukri s'autoproclame comme une sorte de Mahdi, arrangeant les mariages et interdisant les contacts externes, ce qui entraîne des plaintes des familles dont les filles ont rejoint le groupe.

En 1977 l’Égypte sévit contre le groupe arrêtant ses membres et exécutant Moustafa Choukri suite à l’assassinat d'un ancien ministre des biens religieux[5]. Le groupe semble avoir disparu, mais en 1995 la police égyptienne découvre des vidéos de propagandes takfiris et met à jour tout un réseau se réclamant de son héritage[1].

Utilisation dans les conflits modernes[modifier | modifier le code]

Plutôt que l'organisation structurée originale, le terme Takfir wal Hijra désigne aujourd'hui plusieurs mouvements néo-fondamentalistes développant une rhétorique de retour à une pureté de l'Islam originel[6]. Le terme a été popularisé dans les médias occidentaux par le journaliste d'investigation de la BBC Peter Taylor, dans un documentaire intitulé Le Nouvel Al Qaida.

Il désigne des groupes armés particulièrement violents et cruels. Leur inspiration idéologique et religieuse provient du kharidjisme et du ikhwanisme. Les atrocités qu'ils commettent sont rarement dénoncées.

Aujourd'hui, le Takfir wal Hijra inspire des groupes dans plusieurs pays où est aussi présent Al-Qaïda, notamment en Libye[7], en Éthiopie[8] ou en Russie[9]. Chérif Kouachi, l'un des auteurs de la fusillade au siège de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, se réclamait du Takfir wal Hijra lorsqu'il préparait l'évasion de l'un des responsables de l’attentat de 1995 dans le RER C[10].

Les combattants takfiristes ont des pratiques de guerre qui les caractérisent :

  • Profanation de tombes[11], destruction des mausolées[12], et de lieux de cultes ;
  • Atrocités, parfois filmées, utilisées pour intimider et terroriser les populations[13] ;

Doctrine et traits psychologiques[modifier | modifier le code]

Leur idéologie exige l'élimination de tous les non-musulmans (ils sont opposés à la dhimmitude) ainsi que de la majorité des musulmans[réf. nécessaire][14]. Les opposants musulmans aux takfiristes considèrent souvent ces derniers comme les équivalents modernes des Kharijites[15], un mouvement religieux qui, au VIIe siècle, lança la guerre contre le calife `Ali ibn Abi Talib. Ceux-ci furent mis en déroute mais finirent quand même par le tuer plus tard en organisant son assassinat. Au départ les Kharidjites étaient des disciples d'Ali qui refusèrent que ce dernier accepte un traité de paix avec Muʿāwiya Ier qui eut lieu après la bataille de Ṣiffīn en argüant que « Alī est choisi par Dieu pour être calife et qu'il ne doit pas lui désobéir ». Ali reçut alors l'ordre de tuer les opposants à ce traité. C'est pour cette raison que les Kharidjites décidèrent d'entrer simultanément en guerre contre les deux mouvances chiites et sunnites, afin de détruire ce qu'ils considéraient comme des apostats en se référant au verset coranique suivant :

« Si deux partis de croyants se combattent
rétablissez la paix entre eux
Si l'un se rebelle encore contre l'autre,
Luttez contre celui qui se rebelle
Jusqu'à ce qu'il s'incline devant l'ordre de Dieu. »

— Le Coran, « Les Appartements », XLIX, 9, (ar) الحجرات.

Le takfirisme est souvent perçu comme idéologiquement proche (ou même comme une émanation) du kharidjisme, à la différence majeure que le takfirisme use systématiquement de l'excommunication comme arme pour arriver à ses fins, là où le kharidjisme peut user du dialogue pacifique afin de tenter d'établir la paix entre les intervenants.

Enfin, les takfiristes peuvent venir d'horizons spirituels très divers et ne pas être issus directement de la doctrine kharidjite.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b https://books.google.fr/books?id=XhP2ayaqyeUC&pg=PT149&dq=Takfir+wal-Hijra&hl=fr&sa=X&ei=X-SvVKTnJ4zKaLHqgvgK&ved=0CDgQ6AEwBA#v=onepage&q=Takfir%20wal-Hijra&f=false
  2. a et b http://books.google.fr/books?hl=fr&lr=lang_fr&id=W2MdAgAAQBAJ&oi=fnd&pg=PT19&dq=Takfir+wal-Hijra&ots=yRBLODVHLW&sig=AOutrOCakEKhB1o9pTFXkqQQ8Q8#v=onepage&q=Takfir%20wal-Hijra&f=false
  3. http://www.wluml.org/fr/node/703
  4. http://books.google.fr/books?hl=fr&lr=lang_fr&id=PsSis3j9u40C&oi=fnd&pg=PA3&dq=Takfir+wal-Hijra&ots=T4kAPUkv8N&sig=E24bLS4W6g6prvCnhF7_hP7wkaA#v=onepage&q=Takfir%20wal-Hijra&f=false
  5. http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=738512
  6. http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=COME_057_0025
  7. https://hal-sciencespo.archives-ouvertes.fr/hal-01065475/document
  8. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01076280/document
  9. http://www.bbc.co.uk/afrique/monde/2013/11/131127_russie_islamistes_moscou
  10. http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/09/cherif-kouachi-sous-l-emprise-d-un-mouvement-sectaire-salafiste_4552546_3224.html
  11. http://french.irib.ir/info/moyen-orient/item/255387-syrie-al-nosra-revendique-la-profanation-de-la-tombe-de-hojar-ben-uday
  12. http://www.franceinfo.fr/monde/nord-mali%C2%A0-destruction-des-derniers-mausolees-de-tombouctou-par%C2%A0des%C2%A0islamis-842617-2012-12-23.
  13. http://www.rfi.fr/europe/20130627-al-nosra-decapite-trois-moines-franciscains-diffuse-video.
  14. « La construction de la menace "islamiste" - Arrêt sur info »,‎ (consulté le 22 janvier 2015)
  15. http://www.salafidemontreal.com/index.php/refutation-des-sectes/le-manhaj-des-neo-khawaarijs.html