Prélude

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En musique, un prélude est « une pièce instrumentale sans forme particulière, servant d’introduction[1]. »

L’étymologie du mot provient du latin : prae, « qui précède » et ludo, -es, -ere, « jouer ».

Origine[modifier | modifier le code]

À l'origine, le prélude consiste en improvisations de l'artiste pour se préparer à jouer, pour lui permettre de vérifier l'accord de son instrument — important pour les instruments qui se désaccordent très vite, tels le luth : dès 1508, Joan Ambrosio Dalza compose un tastar de corde suivi d’un ricercare, prémices du prélude & fugue[2] – ou, dans le cas des clavecinistes et des organistes, d’essayer leur instrument, comme l’écrit François Couperin dans son Art de toucher le clavecin : « non seulement les préludes annoncent agréablement le ton des pièces qu’on va jouer, mais ils servent à dénouer les doigts et souvent à éprouver des claviers sur lesquels on ne s’est point encore exercé[3]. »

Dans son Dictionnaire de musique, à l’article « préluder », Jean-Jacques Rousseau souligne l’importance de cet acte musical : « C’est surtout en préludant que les grands musiciens, exempts de cet extrême asservissement aux règles que l’œil des critiques leur impose sur le papier, font briller ces traditions savantes qui ravissent les auditeurs. C’est là qu’il ne suffit pas d’être bon compositeur ni de bien posséder son clavier, ni d’avoir la main bonne et bien exercée, mais qu’il faut encore abonder de ce feu de génie et de cet esprit inventif qui fait trouver et traiter sur le champ les sujets les plus favorables à l’harmonie et les plus flatteurs à l’oreille[4]. »

Tradition française[modifier | modifier le code]

Dans la tradition française du XVIIe siècle, et notamment chez Louis Couperin, ce caractère improvisé est souligné par le fait qu'il est souvent « non mesuré » c'est-à-dire sans que la partition n’indique ni la place des barres de mesure, ni la durée des sons, tous notés par des rondes ; des « liaisons » (comme les appelle Monsieur de Saint-Lambert dans son traité « Les principes du clavecin » de 1702[5]) surmontant certaines notes dont le son doit être prolongé. L'interprète dispose donc d'une grande liberté d'exécution qui lui permet de mettre son expressivité et sa sensibilité en valeur. Le premier Prélude pour clavecin de Jean-Philippe Rameau, bien qu'écrit en 1706, comporte encore une première section non mesurée. Les derniers préludes non mesurés semblent avoir été écrits par Nicolas Siret dans son Livre de pièces de clavecin édité à Paris en 1719 où ils ne sont que partiellement non mesurés.

Époque Baroque[modifier | modifier le code]

Pendant la période baroque, le prélude précède souvent la fugue ou une suite de danses. La structure et l’écriture du prélude sont très diverses : chez Johann Sebastian Bach, qui a fait 48 fois précéder un prélude à une fugue dans les deux cahiers du Clavier bien tempéré, le prélude adopte soit un véritable caractère introductif à la fugue, soit un caractère résolument opposé à ladite fugue[6]. Dans ses préludes du Clavier bien tempéré, Bach utilise « le style polyphonique soit sous la forme ancienne du ricercare, soit sous la forme du bicinium, soit encore en imitations à plusieurs voix[7]. »

Époque Romantique[modifier | modifier le code]

Durant la période romantique, on constate diverses tendances. D’une part, l’art de préluder reste une préoccupation, comme en témoignent diverses méthodes : Méthode simple pour apprendre à préluder en peu de temps avec toutes les ressources de l’harmonie (Grétry, 1802) ; Die Kunst des Präludierens in 120 Beispielen, op. 300 [L’art de préluder en 120 exemples] publié par Karl Czerny à Vienne en 1833 ; ou encore le Traité d’harmonie du pianiste. Principes rationnels de la modulation pour apprendre à préluder et à improviser de Friedrich Kalkbrenner (1849).

D’autre part, le prélude se libère complètement de ses fonctions antérieures et devient une pièce totalement autonome et souvent très virtuose, notamment chez Tommaso Giordani et Jean-Jacques Beauvarlet-Charpentier. Le prélude atteint des sommets chez Frédéric Chopin qui le traite soit librement, soit sous forme de lied ou de rondeau[8].

Par ailleurs, César Franck l’insère à nouveau en tête d’une série de pièces et lui donne une envergure inédite en France (Prélude, choral et fugue, 1884 ; Prélude, aria et finale, 1887). Claude Debussy compose des préludes descriptifs, à la suite de Heller, Florent Schmitt et Erik Satie, entre autres. Gabriel Fauré, auteur de 9 préludes, traite cette forme de manière très organisée. Enfin, de nombreux compositeurs écrivent des recueils de préludes, tels Scriabine, Sergueï Rachmaninov, Kabalevski, Frank Martin, Martinu, Villa-Lobos et Gershwin[9].

Exemples de préludes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hering, Hans, « Präludium », dans : Die Musik in Geschichte und Gegenwart, Kassel-Basel, 1989, vol. 10, col. 1540-1543.
  • Ferguson, H., « Prelude », dans : The New Grove Dictionary of Music and Musicians, London-New York, 1980, vol. 15, p. 210-212.
  • Zenatti, A., « Le prélude », dans : La musique à travers ses formes, Paris, 1978, p. 170-185.
  • Pistone, D., « Prélude », dans Honegger, M. (dir.), Dictionnaire de la musique. Science de la musique, Paris, 1977, p. 826-828.
Avant le XIXe siècle
  • Kinkeldey, O., Orgel und Klavier in der Musik des 16. Jahrhunderts, Leipzig, 1910/R.
  • Merian, W., Der Tanz in den deutschen Tabulaturbüchern, Leipzig, 1916/R.
  • Dietrich, F., Analogie-formen in Bachs Tokkaten und Präludien für die Orgel, dans : Bach Jahrbuch, 1931.
  • Hibberd, L., The Early Keyboard Prelude: a Study in Musical Style. Thèse de doctorat, Université de Harvard, 1941.
  • Chomiński, J.M., Preludia, Cracovie, 1950.
  • Appel, W., « Der Anfang des Präludiums in Deutschland und Polen », dans : Chopin Congress, Varsovie, 1960, p. 495–502
  • Rokseth, Y., « The Instrumental Music of the Middle Ages and early 16th Century », dans : The New Oxford History of Music, III, 1960, p. 406–465.
  • Zenatti, A., « Le prélude dans la musique profane de clavier en France au XVIIIe siècle », dans : Recherches, V, Picard, 1965.
  • Apel, W., « Solo Instrumental Music », dans : The New Oxford History of Music, IV, 1968, p. 602–701
  • Apel, W., The History of Keyboard Music to 1700 (traduction anglaise de Hans Tischler), Indiana University Press, 1972. ISBN 0-253-21141-7
  • Stauffer, G., The Organ Preludes of Johann Sebastian Bach, Ann Arbor, 1980.
  • Archbold, L., Style and Structure in the Praeludia of Dietrich Buxtehude, Ann Arbor, 1985.
  • Wolff, C., « Präludium (Toccata) und Sonata: Formbildung und Gattungstradition in der Orgelmusik Buxtehudes und seines Kreises », dans Wolff, C. (éd.), Orgel, Orgelmusik, und Orgelspiel: Festschrift Michael Schneider zum 75. Geburtstag, Kassel, 1985, p. 55–64.
  • Dehmel, J., Toccata und Präludium in der Orgelmusik von Merulo bis Bach, Kassel, 1989.
  • Ledbetter, D., « French Lute Music 1600–1650: towards a Definition of Genres », The Lute, XXX, 1990, p. 25–47.
  • Levin, R.D., « Mozart's Solo Keyboard Music », dans : Marshall, R.L. (éd.), Eighteenth-Century Keyboard Music, New York, 1994, p. 308–349.
XIXe et XXe siècles
  • Chomiński, J.M., Preludia, Cracovie, 1950.
  • Spektor, N., Fortepiannaya prelyudiya v Rossii konets XIX – nachalo XX veka [Le prélude pour piano en Russie à la fin du XIXe et au début du XXe siècle], Moscou, 1991.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pistone, D., « Prélude », dans Honegger, M. (dir.), Dictionnaire de la musique. Science de la musique, Paris, 1977, p. 826
  2. A. Zenatti, « Le prélude », dans La musique à travers ses formes, Paris, 1978, p. 174
  3. Couperin, François, L’art de toucher le clavecin, Paris, 1716, p. 51
  4. Rousseau, Jean-Jacques, Dictionnaire de musique, Londres, 1756, p. 377
  5. Les principes du clavecin : contenant une explication exacte de tout ce qui concerne la tablature & le clavier : avec des remarques nécessaires pour l'intelligence de plusieurs difficultés de la musique : le tout divisé par chapitres selon l'ordre des matières, Monsieur de Saint-Lambert, Paris, 1702
  6. Pistone, D., « Prélude », dans Honegger, M. (dir.), Dictionnaire de la musique. Science de la musique, Paris, 1977, p. 827
  7. Zenatti, A., « Le prélude », dans : La musique à travers ses formes, Paris, 1978, p. 177
  8. Zenatti, A., « Le prélude », dans : La musique à travers ses formes, Paris, 1978, p. 180
  9. Zenatti, A., « Le prélude », dans : La musique à travers ses formes, Paris, 1978, p. 181-183

Article connexe[modifier | modifier le code]