Polonium
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Le polonium est un élément chimique hautement radioactif et toxique de la famille des chalcogènes, de numéro atomique Z = 84 très rare à l’état naturel, qu’on trouve à l’état de traces dans les minerais d’uranium. Il s'agit d'un métalloïde.
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[modifier] Histoire
C’est le premier élément découvert par Pierre et Marie Curie en 1898 dans leurs recherches sur la radioactivité de la pechblende. Ce n’est que plus tard qu’ils découvrirent le radium. Le mot polonium a été ainsi choisi en hommage aux origines polonaises de Marie Skłodowska-Curie.
[modifier] Propriétés physiques
Le polonium (isotope 210) est un métalloïde à température de fusion basse et relativement volatil : en effet, 50 % d'une masse donnée de cet élément s'évapore dans l'air à 50 °C en 45 heures.
C’est un émetteur de rayonnement alpha. Le 210Po a une période de demi-vie de 138 jours.
Il est généré par la suite de désintégrations qui partant de l’uranium 238, et passant entre autres par le radium 226, le radon 222 et le plomb 210 aboutissent au polonium 210 puis se terminent par le plomb 206 stable.
Chaîne de désintégration :
238U α→ 234Th β→ 234Pa β→ 234U α→ 230Th α→ 226Ra α→ 222Rn α→ 218Po α→ 214Pb β→ 214Bi β→ 214Po α→ 210Pb β→ 210Bi β→ 210Po α→ 206Pb (stable)
Il se désintègre en émettant des particules alpha dont l’énergie typique est de 5,3 MeV. Pour comparaison, l’énergie transportée par les rayons du soleil (domaine visible) n’est que de l’ordre de quelques électrons volts (eV). Ces particules alpha sont des rayonnements ionisants de forte énergie capables de générer des dégâts importants lors de leurs interactions avec la matière vivante (cellules, ADN). L’exposition aux rayonnements ionisants augmente les risques de cancer, d’anomalies génétiques, et pourrait avoir de nombreuses conséquences sanitaires autres que les cancers. Le polonium 210 présente une très forte activité spécifique[réf. nécessaire].
Un seul gramme de polonium 210 présente une activité de 166 000 milliards de becquerels (166 000 GBq) et par conséquent émet 166 000 milliards de particules alpha par seconde. Pour comparaison 1 milligramme de polonium 210 émet à chaque seconde autant de particules alpha que 4,5 grammes de radium 226 ou 13,5 tonnes d’uranium 238.
Elément radioactif naturellement présent dans l’environnement et la chaîne alimentaire, le polonium 210 est présent en quantité infinitésimale (en masse) dans l’écorce terrestre. Mais compte tenu de sa très forte radioactivité, les résultats exprimés en becquerels par kilogramme de sol ne sont pas négligeables.
La radioactivité du polonium 210 est tellement élevée qu’il dégage une importante chaleur (140 watts par gramme). Ainsi, selon l'Argonne National Laboratory aux USA, la température d’une capsule contenant environ un demi-gramme de polonium 210 peut dépasser 500 °C. Cette propriété a été utilisée pour développer des générateurs thermo-électriques légers utilisés par exemple dans le domaine spatial comme source d’énergie pour les satellites.
[modifier] Utilisations
- Source alpha,
- Source de neutrons, en mélange avec le béryllium : ce dernier émet un neutron lors de l'absorption d'une particule alpha, produite par le 210Po. Ce système est utilisé comme source primaire au démarrage des réacteurs nucléaires, comme détonateur dans les premières bombes nucléaires[1] ou dans le domaine spatial comme source d’énergie pour les satellites.
- Poison : c'est avec cette substance qu'aurait été empoisonné l'ancien espion russe, Alexandre Litvinenko. Le coût de la dose de polonium-210 qui l'aurait tué est estimé à 25 millions de dollars US (Berliner Zeitung). La quantité de polonium 210 qui lui aurait été « administrée » était probablement très élevée - puisqu’elle a conduit à son décès en 3 semaines. En utilisant des données toxicologiques sur les animaux de laboratoire, on peut imaginer qu’il s’agissait de quelques microgrammes de polonium 210.
L’activité d’un microgramme est d’environ 166 millions de becquerels. Dans ces conditions, la moindre sécrétion corporelle (salive sur un verre, transpiration sur un objet touché, un siège où il s’est assis, etc.) a pu conduire au dépôt sur ces objets d’une quantité non négligeable de polonium 210 (plusieurs centaines de becquerels, voire bien plus).
[modifier] Précautions
Le polonium est un élément hautement radioactif et toxique. Même pour de faibles quantités (quelques microgrammes), la manipulation de 210Po est très dangereuse et nécessite un équipement spécial et des procédures strictes. Absorbé dans les tissus, il provoque des dommages directs par émission de particules alpha. L'absorption de 1 à 10 microgrammes est suffisante pour provoquer la mort.
L’activité maximale admissible pour du polonium ingéré est seulement de 1 100 becquerel, soit l’équivalent à 6,6×10-12 gramme. À masse identique, le polonium est environ 106 fois plus toxique que le cyanure de sodium ou le cyanure de potassium.
[modifier] Présence dans le tabac
Du fait de l’utilisation d’engrais à base d'apatites, le tabac contient du 210Po. La fumée inhalée par les fumeurs contient une proportion infime (de l'ordre de moins d'un micro Sv ) mais déjà dangereuse de polonium. [2]. On estime qu'1% des cancers du poumon aux États-Unis sont causés par le polonium-210[3].
A la suite de la découverte du polonium dans la fumée de cigarettes au début des années 1960[4],[5], les grands fabricants américains se sont penchés sur des méthodes susceptibles de réduire les quantités présentes, allant dans le cas de Philip Morris jusqu'à développer le premier laboratoire capable de mesurer de façon fiable les doses libérées. En dépit de résultats internes favorables indiquant que la présence de polonium était deux à trois fois inférieure aux premières estimations[6], la décision fut prise par les avocats de la compagnie de ne pas publier cette information, le risque en terme de relations publiques et de procès étant perçu comme très supérieur aux bénéfices d'une telle annonce[7]. En outre, les diverses tentatives menées par les compagnies pour diminuer la présence du polonium dans les plants se révélaient insatisfaisantes[8],[9],[10]. Communiquer sur ce sujet risquait, selon ces responsables, de "réveiller un géant endormi" en générant une nouvelle controverse[11],[10].
[modifier] Annexes
[modifier] Sources et bibilographie
- [pdf] Bruno Chareyron, Note CRIIRAD N°06-92 / Polonium 210 / Affaire Litvi nenko, CRIIRAD, Valence, décembre 2006.
[modifier] Notes et références de l'article
- ↑ Affaire Litvinenko : l’hypothèse du terrorisme nucléaire, article de Claude Rainaudi sur le site maniprop.com dont il est co-responsable avec Jean-Léon Beauvois
- ↑ (en) J. Marmonstein, « Lung cancer: is the increasing incidence due to radioactive polonium in cigarettes? », 1986
- ↑ Radford E., "Radioactivity in cigarette smoke [letter to the editor]", N Engl J Med (1982), 307(23):1449–1450
- ↑ Radford EP Jr, Hunt VR, "Polonium 210: a volatile radioelement in cigarettes", Science (1964) Jan 17;143:247-9"
- ↑ Kelley TF, "Polonium 210 content of mainstream cigarette smoke", Science (1965) Jul 30;149:537-8
- ↑ Martell E., "Radioactivity of tobacco trichomes and insoluble cigarette smoke particles", Nature (1974) 249:215–217
- ↑ Seligman R., Philip Morris. January 18, 1990. Bates no. 100372 5602. R. Seligman, « America’s electric energy companies’ad. ». Consulté le 5 septembre 2008 cité par Monique E. Muggli, Jon O. Ebbert, Channing Robertson, et Richard D. Hurt, « Waking a Sleeping Giant: The Tobacco Industry’s Response to the Polonium-210 Issue », American Journal of Public Health 98(9):1643-1650.. Consulté le 5 septembre 2008
- ↑ Philip Morris, « Radiochemistry polonium », 15 avril 1977. Consulté le 5 septembre 2008
- ↑ W. Gannon, « 210Po Manuscript », 30 mai 1978. Consulté le 5 septembre 2008
- ↑ a b Monique E. Muggli, Jon O. Ebbert, Channing Robertson, et Richard D. Hurt, « Waking a Sleeping Giant: The Tobacco Industry’s Response to the Polonium-210 Issue », American Journal of Public Health 98(9):1643-1650.. Consulté le 5 septembre 2008
- ↑ P. Eichorn, « note manuscrite », 2 juin 1978. Consulté le 5 septembre 2008
[modifier] Liens et documents externes
- Dossier Polonium 210 de la CRIIRAD.
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