Langue homérique

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Histoire de la langue grecque
(voir aussi : alphabet grec)
Proto-grec (vers 2000 av. J.-C.)

Mycénien (vers 1600-1100 av. J.-C.)


Grec ancien (vers 800-300 av. J.-C.)
Dialectes :
éolien (en), arcado-cypriote (en), ionien-attique,
dorien, pamphylien (en) ; grec homérique.
Dialecte possible : ancien macédonien.


Koinè (dès 300 av. J.-C.)


Grec médiéval (vers 330-1453)
Parlers :
helladique (Έλλαδική) en Grèce, autour de l'Égée et à Constantinople,
katoïtaliote (Κατωιταλιώτικη) en Calabre et Sicile,
paléopontique (Παλαιποντική) autour de la Mer Noire,
anatolien (Ανατολική) en Asie Mineure intérieure, Anatolie et au Proche-Orient
notique (Νοτική) en Cyrénaïque et Égypte.


Grec moderne (dès 1453)
Dialectes :
cappadocien, crétois, chypriote,
démotique, griko, katharévousa,
pontique, tsakonien, yévanique


Romanisation du grec, Greeklish

On appelle langue ou dialecte homérique la langue employée dans l’Iliade et l’Odyssée d’Homère.

Cette langue épique, déjà archaïque au VIIIe siècle av. J.-C., est fondée essentiellement sur les dialectes ionien et éolien. Elle alterne formes archaïques et classiques. Déjà sous l’Antiquité, ces particularités étaient expliquées par les nécessités de la métrique grecque. Les scholiastes et les grammairiens, comme Eustathe de Thessalonique, parlent ainsi de la « contrainte du mètre » (ἀνάγκη τοῦ μέτρου), en l’espèce l’hexamètre dactylique.

Les Modernes ont repris cette analyse, montrant que cette contrainte préside à la préservation de formes archaïques, l’introduction de nouvelles ou même la création de formes artificielles. Pour Milman Parry, l’existence d’un tel langage, artificiel et adapté aux besoins spécifiques du poète, prouve que ce langage est traditionnel et employé par tous les aèdes de l’époque homérique. Ce postulat a formé la base de sa thèse de l’oralité et de ses explications sur l’épithète homérique.

Phonétique[modifier | modifier le code]

Voyelles[modifier | modifier le code]

De manière générale, l’alpha long () de l’ionien-attique (grec classique) est remplacé en ionien par un êta (η). Ainsi, ἡμέρα / hêméra (le jour) devient ἡμέρη / hêmérê, Ἣρα / Hèra (la déesse Héra) devient Ἣρη / Hếrê. Les conservés s’expliquent par un allongement compensatoire, un éolisme (par exemple θεά / theá, « déesse ») ou encore un allongement du alpha bref () pour les besoins de la métrique. Cet allongement métrique se retrouve également dans le passage de ε à ει ou de ο à ου.

Homère emploie souvent, par archaïsme, des formes non contractes. Ainsi, il utilise ἄλγεα / álgea pour ἄλγη / álgê (la douleur). Certaines formes contractes sont irrégulières. De même, les finales ne subissent pas de métathèse (permutation) de quantité : βασιλῆος / basilễos et non βασιλέως / basiléôs.

Il existe des formes qui subissent une distension (diektasis), c’est-à-dire que d'une longue accentuée peut naître une brève : εἰσοράασθαι < εἰσοράσθαι.

L’apocope est automatique pour certaines prépositions telles que παρά, κατά ou ἀνά, mais touche aussi beaucoup d'autres mots. Elle est généralement associée à un phénomène d’assimilation.

Consonnes[modifier | modifier le code]

Homère conserve le double sigma (σσ) de l’ionien et de l’ancien attique, là où l’ionien-attique écrit un double tau (ττ). Il alterne également formes à simple ou double sigma, pour des raisons de scansion.

Bien que le digamma (Ϝ) ait disparu dès le Ier millénaire av. J.-C., il est encore employé pour des raisons de scansion. Ainsi du vers 108 du chant I de l'Iliade :

ἐσθλὸν δ’ οὔτέ τί πω [ϝ]εἶπες [ϝ]έπος οὔτ’ ἐτέλεσσας
« et jamais rien de bon n’a pu sortir de tes paroles »

À l’initiale, le digamma permet d’empêcher l’hiatus ; à l’intérieur d’un mot, il empêche la contraction. Il peut aussi allonger une voyelle par sa chute. On trouve par exemple κούρη à la place de κόρη.

Le dialecte homérique est partialement un dialecte à psilose (amuïssement du son [h] et donc disparition de l’aspiration) : ἥλιος / hếlios (soleil) devient ἠέλιος / êélios.

Morphologie[modifier | modifier le code]

Déclinaison[modifier | modifier le code]

Certaines terminaisons adverbiales sont utilisées dans la déclinaison : -θεν pour le génitif et -φι pour le datif.

Première déclinaison[modifier | modifier le code]

Certains masculins, employés dans des épithètes homériques, ont un nominatif en alpha bref : ainsi, Homère utilise ἱππότᾰ / hippotă au lieu du classique ἱππότης / hippótês (cavalier).

Le génitif masculin est en -εω (ex : Πηληιάδεω Ἀχιλῆος, « Achille fils de Pélée », premier vers de l’Iliade). Quelques formes archaïques en -ᾱο subsistent (ex : Ἀτρείδαο ou Αἰακίδαο).

Au génitif pluriel, la forme non contracte en -άων (ex : θεῶνθεάων) est d’origine dorienne.

Deuxième déclinaison[modifier | modifier le code]

Le génitif singulier peut être aussi bien l’archaïque mycénien -οιο que le classique ου. De même, le datif pluriel en -οισι alterne avec le classique -οις.

Troisième déclinaison[modifier | modifier le code]

Le datif pluriel peut être une forme en -εσσι. Le type πόλις fait son génitif en -ιος et son datif en . Le type βασιλεύς voit parfois apparaître un η.

Conjugaison[modifier | modifier le code]

Le verbe « être »[modifier | modifier le code]

On notera la présence de nombreuses formes irrégulières :

  • ἔσσι = εἶ
  • ἔσσεαι = ἔσει
  • ἔσσεται = ἔσται
  • ἔην / ἦεν = ἦν
  • ἔσαν = ἦσαν

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Pour les positions classiques :

  • P. Chantraine, Grammaire homérique, Klincksieck, coll. « Tradition de l'humanisme », tomes I (1958) et II (1953), nombreuses réimpr. ;
  • (en) M. Parry, « The Study of Homeric Style », dans The Making of Homeric Verse: The Collected Papers of Milman Parry, Oxford University Press, 1971 ;
  • (en) L. R. Palmer, « The Language of Homer », dans A. J. B. Wace et F. H. Stubbings (éd.), A Companion to Homer, Macmillan, Londres, p. 75-178 ;
  • P. Wathelet, Les Traits éoliens dans la langue de l’épopée grecque, Ateneo, Rome, 1970.

La part respective des éléments ioniens et éoliens est débattue, avec des résultats antagonistes, dans deux livres capitaux :

  • (de) O. Hackstein, Die Sprachform der homerischen Epen. Faktoren morphologischer Variabilität in literarischen Frühformen. Tradition, Sprachwandel, Sprachliche Anachronismen, Reichert, Wiesbaden, 2002 ;
  • D. Haug, Les Phases de l'évolution de la langue épique. Trois études de linguistique homérique, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 2002.