Héraion de Samos

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Pythagoreion et Heraion de Samos *
Patrimoine mondial de l'UNESCO
L'Héraion de Samos, grand sanctuaire ionien d'Héra
L'Héraion de Samos, grand sanctuaire ionien d'Héra
Coordonnées 37° 40′ 19″ N 26° 53′ 08″ E / 37.671944, 26.885556 ()37° 40′ 19″ Nord 26° 53′ 08″ Est / 37.671944, 26.885556 ()  
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Subdivision Samos, Égée-Septentrionale
Type Culturel
Critères (ii) (iii)
Superficie 668 ha
Zone tampon 402 ha
Numéro
d’identification
595
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
Année d’inscription 1992 (16e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

L'Héraion de Samos est un grand sanctuaire ionien, au sud de l'île de Samos, à 6 km au sud-ouest de l'ancienne cité, sur un terrain marécageux, près de la mer.

Le site du sanctuaire, avec son unique colonne debout, est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, avec le Pythagoréion voisin, depuis 1992.

Culte et mythologie[modifier | modifier le code]

Naissance d'Héra[modifier | modifier le code]

Vitex agnus-castus ou gattilier

Le mythe fondateur du culte d'Héra à Samos est celui de sa naissance. Selon la tradition locale, la déesse serait née sous un arbre lygos (Vitex agnus-castus) ou gattilier, dont les baies ont des vertus thérapeutiques calmantes, réelles ou supposées.

Lors des grandes réunions samiennes annuelles, appelées Toneia (« les liens »), la statue de culte de la déesse était rituellement associée à des branches de lygos. Cet arbre figure encore sur les monnaies samiennes de l'époque romaine.

Description du sanctuaire[modifier | modifier le code]

Les premiers établissements[modifier | modifier le code]

Les plus anciennes traces de construction du sanctuaire remontent au VIIIe siècle av. J.-C. et peut-être à l'époque mycénienne, selon l'archéologue Helmut Kyrieleis[1] qui a fouillé le site.

Le temple archaïque fut le premier en date de la série des grands temples ioniens Le premier temple, appelé hécatompédon, « temple de 100 pieds », était effectivement une construction étroite, longue de 100 pieds, comportant une colonnade centrale qui soutenait la toiture.

Le temple de Rhœcos[modifier | modifier le code]

Héraion de Samos

Un nouveau temple fut construit vers -570-560 par les architectes Rhoikos (Rhoecus) et Théodore de Samos. Il était situé face à l'autel d'Héra, sur son téménos. C'était un temple diptère, c'est-à-dire entouré d'une double rangée de colonnes, avec un pronaos couvert donnant accès à la cella. Les deux salles étaient partagées en trois nefs par deux rangées de colonnes intérieures longitudinales. L'ensemble formait donc une véritable forêt de colonnes, 8 en façade et 21 en longueur, qui se dressaient sur des bases inhabituelles de forme torique, cannelées horizontalement[2].

Le temple de Polycrate[modifier | modifier le code]

Il ne fallut guère qu'une dizaine d'années pour qu'un tremblement de terre, très probablement, vienne détruire cet ensemble exceptionnel. Succède alors au temple de Rhœcos un bâtiment encore plus grand, 40 m plus à l'ouest, le plus vaste, en plan, de tous les temples grecs connus : il nous est resté sous le nom de « temple de Polycrate », qui se réfère à Polycrate, tyran de Samos (-538-522).

C'était un temple diptère, auquel appartient la colonne anastylosée visible sur le site. Il mesure 108 × 55 m, à trois rangées de colonnes sur les petits côtés, à l'exemple du temple d'Artémis à Éphèse qui lui est peu antérieur. Il comptait 155 colonnes, avec un entablement probablement en bois. On n'a pas retrouvé de tuiles, ce qui semble indiquer l'inachèvement de ce temple[3].

Un kouros géant de l'Héraion est conservé au Musée archéologique de Samos. En 1879, Paul Girard découvrit la statue dite « Héra de Chéramyes », à l'angle nord-est du sanctuaire. Elle est exposée au Louvre[4].

La construction s'est poursuivie durant la période romaine, mais le sanctuaire ne fut jamais achevé. Sous l'Empire romain, la statue de culte fut transférée dans un bâtiment plus petit, à l'est, et elle y resta jusqu'à l'Édit de Théodose en 380, qui interdit les rites païens. Une église chrétienne, construite avec les pierres du sanctuaire, vint alors s'installer sur le site de l'Heraeum romain[5].

L'Héraion fut dévolu durant la période byzantine à un usage de carrière qui fit parfois disparaître jusqu'aux fondations des bâtiments.

Groupe de Généléos

L'autel d'Héra[modifier | modifier le code]

L'autel monumental, de 36 × 16 m, est contemporain du temple de Rhoikos et Théodoros. Il a été reconstruit en marbre à l'époque romaine[3].

La voie sacrée[modifier | modifier le code]

La voie sacrée qui mène de la cité de Samos au sanctuaire était bordée d'un grand nombre de monuments votifs, dont le « groupe de Généléos » (une copie a été mise en place sur le site) et le kouros découvert en 1980, conservé au musée de Samos. Le revêtement dallé est d'époque romaine (ca. 200)[3].

Recherches archéologiques[modifier | modifier le code]

Le premier visiteur occidental du site de l'Héraion est le botaniste Joseph Pitton de Tournefort, chargé par Louis XIV de rapporter des témoignages de son voyage d'exploration en Orient. Tournefort visita Samos en 1704 et publia les gravures de ses dessins. Les vestiges étaient alors dissimulés par l'envasement du site, qui eut pour avantage d'éviter les fouilles des antiquaires des XVIIIe et XIXe siècles.

Les premières fouilles archéologiques ne commencèrent qu'en 1890, sous la direction de P. Kavvadias et Th. Sophoulis, d'Athènes. Le troisième temple ne fut révélé dans toute son étendue que par la campagne de fouilles de Theodor Wiegand en 1910-1914.

En 1925, les archéologues de l'Institut archéologique allemand à Athènes, sous la direction d'Ernst Buschor, reprirent les travaux sur le site jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, puis de nouveau à partir de 1951. Le site a alors été minutieusement décrit dans une série de volumes en allemand sous le titre général de Samos. Les archéologues Helmut Kyrieleis et Hermann J. Kienast ont repris les fouilles en 1976.

Littérature[modifier | modifier le code]

Le sanctuaire est à peine mentionné dans la littérature : seuls sont cités l'autel et le temple. Pausanias n'évoque pas l'île de Samos dans sa Description de la Grèce[6].

Hérodote, quant à lui, cite brièvement les trois grands ouvrages d'architecture et de génie civil de Samos (l'aqueduc souterrain dit tunnel d'Eupalinos, le môle antique et l'Héraion) :

« Je me suis d'autant plus étendu sur les Samiens, qu'ils ont exécuté trois des plus grands ouvrages qu'il y ait dans toute la Grèce.
On voit à Samos une montagne de cent cinquante orgyies de haut. On a percé cette montagne par le pied, et l'on y a pratiqué un chemin qui a deux bouches en ouvertures. Ce chemin a sept stades de longueur sur huit pieds de hauteur et autant de largeur. Le long de ce chemin, on a creusé un canal qui traverse toute cette montagne. Il a vingt coudées de profondeur sur trois pieds de largeur. Il conduit à la ville, par des tuyaux, l'eau d'une grande fontaine. L'architecte qui a entrepris cet ouvrage était de Mégare et s'appelait Eupalinos, fils de Naustrophus. C'est un des trois ouvrages des Samiens.
Le second consiste en un môle, ou une grande digue faite dans la mer, près du port, d'environ vingt orgyies de haut et de deux stades et plus de long.
Leur troisième ouvrage est un temple[7], le plus grand dont nous ayons connaissance. Le premier architecte de cet édifice est un homme du pays, nommé Rhoecus, fils de Philée. C'est à cause de ces ouvrages que je me suis étendu sur les Samiens. »[8]

Article détaillé : Tunnel d'Eupalinos.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Kyrieleis 1993, p. 128.
  2. Kyrieleis 1993, p. 133.
  3. a, b et c Maria Vigdaki, Odysseus
  4. Maria Vigdaki, Odysseus
  5. Kyrieleis 1993, p. 127.
  6. Kyrieleis 1993, p. 125.
  7. Il s'agit de l'Héraion de Samos
  8. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], III, 60. Traduction Larcher, 1850.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Helmut Kyrieleis, « The Heraion at Samos » in Greek Sanctuaries : New Approaches, Nanno Marinatos and Robin Hägg, 1993.

Liens externes[modifier | modifier le code]