Michel Adanson

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Michel Adanson

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Michel Adanson par Jules Pizzetta (en)

Naissance 7 avril 1727
Aix-en-Provence, France
Décès 3 août 1806 (à 79 ans)
Paris, France
Nationalité France Française
Profession
Famille
Aglaé Adanson (fille), Alexandre Adanson (neveu), Émile-Auguste Doûmet (petit-fils)

Michel Adanson, né le 7 avril 1727 à Aix-en-Provence et mort le 3 août 1806 à Paris, est un naturaliste français d'ascendance écossaise. Il a exploré des régions peu connues des Européens, comme le Sénégal ou les Açores. Principalement botaniste, systématicien original, auteur d'un mémoire célèbre sur le baobab, il a aussi apporté des contributions à la zoologie, à la géographie, à l'ethnographie et aux recherches sur l'électricité.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Jacques, le grand-père paternel de Michel Adanson, appartenait à ces familles écossaises qui suivirent en France Jacques II d'Angleterre (Jacques VI d'Écosse), détrôné en 1688. Léger, son père, natif de Villejacques, en Auvergne, époux d’une Aixoise, Marthe Buisson, était écuyer de Mgr de Vintimille, archevêque d’Aix-en-Provence. Michel Adanson avait un frère cadet, Jean-Baptiste, qui allait être drogman et chancelier de France en Orient.

Mgr de Vintimille ayant été nommé au siège épiscopal de Paris, la famille Adanson le suivit dans la capitale, où le jeune Michel fut un des plus brillants élèves du collège Sainte-Barbe. Remarqué par le célèbre John Turberville Needham, il reçut de lui un microscope, avec ces paroles : « Puisque vous avez si bien appris à connaître les ouvrages des hommes, vous devez maintenant étudier ceux de la nature ». Il avait alors 14 ans ; Georges Cuvier écrit : « il n'eut point de jeunesse ; le travail et la méditation le saisirent à son adolescence, et pendant près de soixante-dix ans tous ses jours, tous ses instants furent remplis par les recherches laborieuses d'un savant de profession[1] ».

Voyage au Sénégal[modifier | modifier le code]

Adanson suivit les cours de Ferchault de Réaumur et de Bernard de Jussieu au Jardin du roi, ancêtre du Muséum national d'histoire naturelle.

Désirant voyager et explorer, il se décida pour le Sénégal, la mauvaise réputation de son climat en ayant éloigné les autres naturalistes[2]. Il fit donc, à ses frais, un voyage dans ce pays (du 20 décembre 1748 au 18 février 1754) ; Jussieu lui obtint un poste, très modeste, de commis à la Compagnie des Indes. Durant la traversée, malgré son mal de mer[3], il visita les Açores et les Canaries. Au Sénégal, il décrivit un nombre considérable de plantes et d'animaux nouveaux, mais fit aussi beaucoup d'observations géographiques et ethnographiques. Il observa un poisson électrique, le rapprochant de la bouteille de Leyde[4],[5]. D'Afrique, il envoya à Réaumur les minéraux et les collections zoologiques qu’il avait recueillis ; à l’astronome Le Monnier, ses observations astronomiques et météorologiques ; et à Jussieu ses collections botaniques, classées suivant une méthode naturelle.

Après cinq ans, il ramena d’importantes collections botaniques, dont plus de mille récoltes (conservées aujourd’hui au Muséum national d'histoire naturelle) ainsi que plus de 300 plantes vivaces qu’il acclimatera au Jardin du Roi à Versailles. Il rapportait également 33 espèces d'oiseaux qui sont décrites par Mathurin Jacques Brisson dans son livre Ornithologie ou méthode contenant la division des oiseaux en ordres, sections, genres, espèces et leurs variétés (tome 1 en 1760)[6]. Il publia le compte rendu de son voyage en 1757 sous le titre : Histoire naturelle du Sénégal. Cet ouvrage contient le récit de son voyage et la description des coquillages observés et récoltés. L'ouvrage se vendit mal et, après la faillite de l'éditeur et le remboursement aux souscripteurs, Adanson estima que le livre lui avait coûté 5 000 livres ; sa situation financière s'en ressentit toujours[7].

Il publia également en 1761 un mémoire illustré sur le baobab, dont il fit connaître l’accroissement progressif. Il décrivait déjà cet arbre dans son livre sur le Sénégal[8] : « un arbre dont la grosseur prodigieuse attira mon attention. C’était un calebassier, autrement appelé pain-de-singe[9], que les Wolofs nomment goui dans leur langue ». Adanson composa également un mémoire sur les arbres qui produisent la gomme d’Arabie (Acacia senegal), l’un des principaux objets du commerce du Sénégal à cette époque.

Outre le baobab, grâce aux liens établis avec des Sénégalais (il se débrouillait en wolof[8]), il découvrira la gomme arabique, l'indigo, les palétuviers, le palmier à huile[3].

Systématique[modifier | modifier le code]

Mais ces ouvrages imprimés sont peu de chose en comparaison de la masse extraordinaire de manuscrits laissés par Adanson. Toutefois la notoriété de ses écrits, et notamment sa description des coquillages observés et récoltés au Sénégal[3], lui permit d'entrer en 1757 (à trente ans), à l'Académie des sciences en remplacement de Fougeroux de Bondaroy et il fut nommé censeur royal en 1758. Installé dès son retour du Sénégal chez le botaniste Bernard de Jussieu, il cherchera pendant plus de dix ans à ordonner ses collections botaniques. Sous l’influence de Jussieu, il élabora une méthode de classification qui rejetait les systèmes — jugés artificiels — de John Ray, Tournefort et Linné. Il put ainsi publier en 1763 son livre intitulé Familles des Plantes, qui présentait cette nouvelle classification ainsi qu’une nouvelle nomenclature basée sur 65 caractères végétaux et pas seulement ceux de la fleur comme proposé par Linné. Il devint membre de la Royal Society en 1761 et associé-botaniste à l'Académie des Sciences en 1773.

Adanson soumit le 15 février 1775 à l'Académie des sciences le plan d'une œuvre immense, couvrant tous les êtres connus. Elle consistait en 27 gros volumes expliquant les relations entre toutes les entités ; il y avait de plus 150 volumes de plus, consacrés à 40 000 espèces, un glossaire de 200 000 mots, des mémoires particuliers, 40 000 figures et 30 000 spécimens des trois règnes de la nature. Un comité conseilla fortement à Adanson de publier séparément tout ce qui était de son cru, laissant de côté ce qui n'était que compilation[10]. Adanson rejeta obstinément le conseil, et le travail, qu'il poursuivit et auquel il consacra ses ressources, ne fut jamais publié[11]. À cette époque, le jeune mais ambitieux Antoine-Laurent de Jussieu, neveu de Bernard de Jussieu, considérait la classification proposée par Adanson comme une copie de celle proposée par son oncle alors qu’elle résultait plutôt de leur coopération passée ; toutefois, l'ouvrage d'Adanson venait d'ouvrir la voie au sien, Genera plantarum (1789).

Il a aussi rédigé plus de 450 articles pour le Supplément à l'Encyclopédie[12].

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Le 27 mai 1775, Jeanne Bénard, son épouse, mit au monde leur unique enfant Aglaé Adanson, qui suivra plus tard ses traces. Ce bonheur fut de courte durée ; le couple divorça en 1784 et Aglaé vivra avec sa mère chez Girard de Busson, ami proche de sa mère. En 1785, la jeune fille fut mise en pension au couvent des Dames du Calvaire à Paris[13],[14].

On ne connaît à Adanson aucun élève[15].

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Tombe au cimetière du Père-Lachaise (division 23), lithographie d'Émile Lassalle

Appauvri par son voyage au Sénégal[16], Adanson aurait pu vivre et satisfaire à ses besoins de savant avec ses fonctions et ses pensions ; mais il conservait l’idée de réaliser à lui seul son encyclopédie et y consacrait tous ses moyens. Louis XVI lui accorda l’usage de l'Imprimerie royale pour les 27 volumes qui devaient former cet ouvrage dont le titre aurait été Ordre universel de la nature. La Révolution arriva et ses moyens financiers lui furent supprimés. La perte à laquelle il fut le plus sensible fut celle du jardin où, depuis plusieurs années, il suivait d’importantes expériences sur les végétaux et en particulier sur les mûriers.

Malgré ses difficultés pécuniaires, il refusa les offres faites par l’empereur d’Autriche, par l’impératrice Catherine II et par le roi d’Espagne pour s’établir dans leur État.

La réalité de sa profonde misère ne fut révélée qu’au moment de la création de l’Institut, en 1798. Invité à venir prendre place parmi les membres de l’Académie des sciences, il répondit qu’il manquait de chaussures pour y aller[3]. Le ministre Benezech lui fit accorder une pension de 6 000 francs et plus tard Napoléon I doubla cette somme.

Adanson, presque octogénaire, présida encore, en 1800, l’assemblée des souscripteurs pour élever un monument à la mémoire de Desaix.

Il mourut dans la solitude et le plus complet dénuement. Il s’exclama, en mourant : « Adieu, l’Immortalité n’est pas de ce monde… » Il avait demandé, dans son testament, qu’une guirlande de fleurs, prises dans les cinquante-huit familles de plantes qu’il avait établies, fût la seule décoration de son cercueil[3].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Correspondance[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Dans son « éloge », Cuvier n'avait pas caché les contradictions du personnage : « Courage indomptable et patience infinie, génie profond et bizarrerie choquante, ardent désir d'une réputation prompte, et mépris des moyens qui la donnent ; calme de l'âme, enfin, au milieu de tous les genres de privations et de souffrances[20] ». Mais, peu après l'« éloge », et pour tout le XIXe siècle, Adanson fut oublié, sauf de sa famille (sa fille, fondatrice de jardin botanique, et son neveu, éditeur de ses œuvres). Le XXe siècle[21] l'a redécouvert, sans se cacher que ses contradictions ont peut-être en partie causé son malheur et son oubli[15],[22].

Honneurs[modifier | modifier le code]

Éponymie[modifier | modifier le code]

En sciences naturelles[modifier | modifier le code]
Toponymes[modifier | modifier le code]

Adanson dans la fiction[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cuvier, p. 271.
  2. Cuvier, p. 275.
  3. a, b, c, d et e Jean-Marie Pelt, « Michel Adanson, le baobab et les coquillages », dans La Cannelle et le panda : les grands naturalistes explorateurs autour du Monde, Fayard, 1999 (ISBN 978-2213-60466-4).
  4. Histoire naturelle du Sénégal, p. 134
  5. E. Neuzil, p. 129, croit que c'est la première fois que ce rapprochement était fait.
  6. Tome 1 en ligne ; avec gravures de François-Nicolas Martinet.
  7. George George H. M. Lawrence, Adanson, the bicentennial of Michel Adanson's Familles des plantes, Pittsburgh, partie 1, 1963, p. 49.
  8. a et b Histoire naturelle du Sénégal, p. 54.
  9. Bahobab. P. Alp. vol. 2. pag. 37. [Note d'Adanson] Ce que nous lisons ainsi : « Bahobab. Prospero Alpini, [Historiæ Ægypti], partie 2, p. 37 ».
  10. Rapport des commissaires.
  11. a et b Encyclopædia Britannica, 1911.
  12. Kathleen Hardesty, The Supplément to the Encyclopédie, p. 166.
  13. Camosine, no 145 : Femmes de plumes en Pays Nivernais, revue des Annales du Pays Nivernais, 3e trimestre 2011, p. 6–7.
  14. Aglaé Adanson (1775-1852), Médiathèque Jean-Jaurès de Nevers.
  15. a et b E. Neuzil, p. 138.
  16. Cesare Cantù, dans son Histoire naturelle (publiée en 1855, p. 721), cite en anecdote le fait que, rappelé par le nouvel Institut, après son premier échec, « [Adanson] répondit qu’il ne pouvait s’y rendre, parce qu’il n’avait pas de souliers ».
  17. On a aussi : Friedrich Heinrich Wilhelm Martini (dir.), Herrn Adansons Reise nach Senegall, Brandenburg, 1773.
  18. « C'est à Adanson qu'on a attribué l'Essai sur l'électricité de la tourmaline, publié à Paris, en 1757, sous le nom du Duc de Noya Caraffa » : P. F. Mottelay, « Histoire chronologique de l'électricité, du galvanisme, du magnétisme et du télégraphe », dans La lumière électrique, vol. 40, p. 623.
  19. Sous-titre : « Contenant une Préface Istorike sur l'état ancien & actuel de la Botanike, & une Téorie de cette Science ». Adanson introduit en même temps dans l'ouvrage une réforme de l'orthographe.
  20. Cuvier, p. 269.
  21. E. Neuzil, p. 134.
  22. Cuvier, p. 276, dit qu'Adanson n'avait pas appris l'« art délicat de convaincre les esprits sans révolter les amours-propres ».
  23. Inventaire général des richesses d'art de la France, 1889, p. 363.
  24. A. L. A. Fée parle d'une lettre du 2 octobre 1758, d'Adanson à Linné : « Parmi les observations qu'[Adanson] a communiquées à l'académie des sciences se trouvent celles qui sont relatives au baobab, dont Bernard de Jussieu a cru devoir faire un genre sous le nom d'Adansonia. Adanson demande à Linné de vouloir bien lui donner place dans le Genera plantarum, s'il le juge convenable ; et c'est ce que Linné s'empressa de faire, dans l'édition qu'il donna de cet ouvrage célèbre, en 1764, époque postérieure d'un an à la publication de la famille des plantes, où Adanson fit hautement éclater sa mauvaise humeur contre Linné. » A. L. A. Fée, Vie de Linné, 1832, p. 157. Ce n'est pas la seule fois où Linné montra plus de grandeur d'âme qu'Adanson ; Linné a vraiment, sans succès, tenté de comprendre le système d'Adanson.
  25. Ambroise Roux-Alphéran, Les rues d’Aix, t. I, p. 353.
  26. Patrick O'Brian, The Commodore, p. 227–228 ISBN 978-0-00-649932-9.

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Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Michel Adanson Library, Hunt Institute — La bibliothèque d'Adanson, correspondance, manuscrits, illustrations de plantes
Adans. est l’abréviation botanique officielle de Michel Adanson.
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