Bouteille de Leyde

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Quatre bouteilles de Leyde (Musée Boerhaave, 2003).

La bouteille de Leyde est l'ancêtre du condensateur. Elle fut réalisée la première fois en 1745 dans la ville de Leyde (ou Leiden) aux Pays-Bas par Pieter van Musschenbroek.

La première application de ce condensateur était de donner des commotions (chocs électriques ou électrisations) au public dans les foires. Par exemple, à Versailles, on présenta au roi Louis XV l'expérience de la décharge d'une grosse bouteille de Leyde à travers le circuit formé de plus de deux cents courtisans.

Sommaire

Description [modifier]

La bouteille de Leyde est un condensateur formé de deux conducteurs séparés par le verre de la bouteille. Le premier conducteur est généralement constitué d'une électrode supérieure, reliée à des feuilles en étain chiffonnées contenues dans la bouteille par une petite chaîne. Le second conducteur est formé par une feuille métallique enveloppant la bouteille. Les faces intérieures et extérieures stockent une charge électrique égale mais de signe opposé[1].

Décharge brusque d'une bouteille de Leyde

La bouteille originale était constituée d'une bouteille en verre recouverte d'une feuille de métal et contenant accidentellement de l'eau impure agissant comme un conducteur, reliée par une chaine à une sphère métallique. L'hypothèse initiale était que l'électricité était stockée dans l'eau. On a découvert ensuite que les charges s'accumulent sur les surfaces en vis-à-vis, séparées par le verre, formant un diélectrique et que le liquide pouvait être remplacé par des feuilles métalliques reliées à l'électrode par une tige conductrice. Les charges sont stockées à la surface des éléments, à la frontière avec le diélectrique. Plus le diélectrique est fin et donc plus l'espace entre les plaques est mince, plus la charge accumulable à une tension donnée est importante.

Le développement des condensateurs a révélé que les matériaux du diélectrique ne sont pas critiques mais pouvaient influer sur la capacité électrique et limiter les arcs électriques entre les plaques (tension de claquage). Deux plaques séparées par un faible intervalle agissent comme un condensateur, même dans le vide.

Initialement, l'unité de mesure de la capacité était la bouteille, à peu près équivalente à 1 nF.

Histoire [modifier]

Générateur électrique primitif

Les Grecs de l’Antiquité employaient des boules d'ambre qu'ils frottaient pour produire des étincelles. C'est l'effet triboélectrique, séparation mécanique de charge dans un diélectrique. Leur travail a été nécessaire au développement de la bouteille de Leyde.

Vers 1650, Otto von Guericke construisit un générateur primitif à friction : une boule de soufre tournant à grande vitesse sur un axe. Quand Guericke a posé sa main sur la boule et a tourné l'axe rapidement, une charge d'électricité statique s'est accumulée. En 1745, un autre Allemand, Ewald von Kleist, a trouvé une méthode pour stocker cette charge. Il a enroulé une feuille d'argent autour d'une bouteille en verre, et a chargé la feuille à l'aide d'un générateur à friction. Kleist se convainquit qu'une charge substantielle pourrait être accumulée lorsqu'il reçut un choc électrique significatif. Cette invention est restée sous le nom de « bouteille de Leyde » parce qu'en 1746, Pieter van Musschenbroek, professeur de l'université de Leyde, fit indépendamment la même découverte et la fit connaître au monde scientifique. Musschenbrœk décrit ainsi son expérience dans une lettre du 20 avril 1746, adressée à Réaumur :

"Dans ce but, j'avais suspendu à deux fils de soie bleue (toujours de la soie bleue) un canon de fer, qui par communication recevait l'électricité d'un globe de verre qu'on faisait tourner rapidement sur son axe, pendant qu'on le frottait en y appliquant les mains. A l'autre extrémité pendait librement un fil de laiton dont le bout était plongé dans un vase de verre rond, en partie plein d'eau, que je tenais dans ma mains droite ; avec l'autre main, j'essayais de tirer des étincelles du canon de fer électrisé. Tout à coup ma main droite fut frappée avec tant de violence, que j'eus tout le corps ébranlé comme d'un coup de foudre."[2]

Daniel Gralath combina le premier plusieurs bouteilles en parallèle dans une « batterie » de capacité totale supérieure à celle d'une seule bouteille.

Condensateur d'Æpinus

En 1756, le philosophe allemand Æpinus fabrique sur le même principe le condensateur plan qui porte son nom, le diélectrique est maintenant l'air compris entre deux plaques de métal que l'on peut rapprocher ou éloigner pour changer la capacité de celui-ci.

Bouteille de Leyde dans la littérature [modifier]

Illustration d'une bouteille de Leyde
Coupe d'une bouteille de Leyde

Charles Bukowski y fait allusion dans le Journal d'un vieux dégueulasse.

Samuel Beckett également, dans Murphy (roman).

Honoré de Balzac aussi dans La Femme de trente ans[3].

Jules Verne aussi dans Vingt Mille Lieues sous les mers.

Theodore Roszak, dans Les Mémoires d'Elizabeth Frankenstein

William Dietrich, dans Napoleon's pyramids

Heinrich von Kleist, dans Essai sur l'élaboration progressive des idées pendant le discours

Italo Calvino, dans le deuxième roman de sa trilogie Nos Ancêtres, Le Baron Perché.

Melville dans Moby Dick.

Jean Itard dans Mémoire et rapport sur Victor de l'Aveyron

Ivan Tourgueniev, dans ses Apparitions.

Alexandre Dumas, dans le Vicomte de Bragelonne.

Notes et références [modifier]

  1. J-C et Ch Courtot, Manuel de Physique, éd. Ch. Courtot, 1878, p. 28 : bouteille de Leyde
  2. Mangin, Arthur. Histoire de l'électricité et de ses principes. Ed. A. Mans, 1863. id.
  3. "La Comédie humaine" vol. 2, Gallimard, Pléiade

Voir également [modifier]

Liens externes [modifier]