La Chapelle-aux-Saints 1

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44° 59′ N 1° 43′ E / 44.983, 1.717 ()

L'homme de La Chapelle-aux-Saints, dit Le vieillard, est un Homme de Néandertal


La Chapelle-aux-Saints 1 (nommé Le vieillard) est un squelette humain presque complet de l'espèce nommée Homo neanderthalensis. Il a été découvert à La Chapelle-aux-Saints en France par Amédée, Jean et Paul Bouyssonie en 1908[1].

C'est le premier squelette relativement complet de Néandertalien mis au jour en France dans un contexte archéologique bien établi.

Son bon état de conservation est lié a son inhumation dans une sépulture, l'une des plus anciennes connues en Europe et la plus ancienne en France[2]. Ce spécimen a une anatomie classique du néandertalien de l'Europe de l'Ouest. Il date d'environ 60 000 ans.

La découverte de l'homme de La Chapelle-aux-Saints a éclairé d'un jour nouveau l’humanité des Néandertaliens.

Situation du site[modifier | modifier le code]

La Chapelle-aux-Saints 1 a été découvert dans une petite grotte appelée "Bouffia Bonneval" (Bonneval était le nom du propriétaire du terrain). Cette cavité se trouve au sud de la Corrèze à un kilomètre au nord de la limite avec le département du Lot, en bordure de la route départementale 15 et à 200 mètres du village de La Chapelle-aux-Saints.

La grotte est exposée Nord/Nord Ouest. Elle s'est formée dans un banc de calcaire sur un versant de la vallée de la Sourdoire. Elle est visible et signalée depuis la route reliant Vayrac à La Chapelle-aux-Saints. Le site est actuellement protégé par un grillage et par des constructions légères pour éviter l'érosion du sol.

La découverte des frères Bouyssonie[modifier | modifier le code]

La découverte de l'homme de La Chapelle-aux-Saints s'inscrit dans une campagne de fouille plus vaste menée par les trois frères Bouyssonie et l'abbé Bardon aux environs de Brive-la-Gaillarde. Au début des années 1900, les frères Bouyssonie (Amédée, Jean et Paul) sont autorisés à réaliser la fouille de petites grottes appelée Bouffia. Dans le talus, ils ramassent une pointe et des éclats. En creusant en direction de l'entrée de la deuxième grotte, ils remarquent une petite tranchée qui avait été creusée dans une sorte de marne très dure. En la déblayant, ils découvrent : une corne, des vertèbres et les os d'une patte de bison ainsi que des éclats appartenant au Moustérien[1].

Le , Paul Bouyssonie extrait une calotte crânienne typique des homme de Néandertal avec son bourrelet sus-orbitaire prononcé. Amédée, Jean et Paul Bouyssonie dégagent l'ensemble du squelette d'un individu couché en position fœtale. La tête est appuyée sur le bord ouest de sa tombe de dimensions 1,4 sur 0,85 mètre et 30 cm de profondeur. Les trois archéologues réalisent un inventaire exhaustif des vestiges trouvés, un plan, une coupe et une photo de la cavité et de l'homme découvert. Par peur des pillages et des dégradations, ils placent le tout dans une caisse qu'ils emportent à leur domicile familiale de "La Raufie" dans le Lot[3].

Dès le lendemain, ils écrivent à l'abbé Breuil de Paris et à Émile Cartailhac de Toulouse. Ces derniers désignent Marcellin Boule pour analyser le squelette de l'homme de La Chapelle-aux-Saints[3].

le Muséum national d'histoire naturelle de Paris achète les vestiges 1 500 francs. Son directeur, Edmond Perrier, les présente le à l'Académie des sciences. Il montre les caractères néanderhaliens du crâne : "dolichocéphalie, développement excessif des arcades sourcilières, l'étroitesse ..., Prognathisme très accentué, absence de menton". Il déclare que cette découverte, ainsi que celle réalisée par O. Hauser au Moustier, fournissent des données osteologique sur les hommes de l'époque Moustérienne[4].

Le squelette[modifier | modifier le code]

Étude de Marcellin Boule[modifier | modifier le code]

À partir de 1911, le paléoanthropologue Marcellin Boule publie une étude détaillée du squelette. Il en a bâti une image qui a conditionné la perception populaire de l'homme de Néandertal pendant plus de trente ans. Ses interprétations sont fortement influencées par les idées de son époque concernant cet hominidé disparu. Il le décrit comme une sorte d'homme des cavernes sauvage et brutal, se déplaçant en traînant les pieds et n'arrivant pas à marcher redressé.

Marcellin Boule décrit un néandertalien doté d'un crâne aplati, la colonne vertébrale courbée (comme chez les gorilles), les membres inférieurs semi-fléchis et un gros orteil divergent[5]. Cette description correspond bien avec les idées de l'époque sur l'évolution humaine.

Analyses plus récentes[modifier | modifier le code]

Crane Néanderthal de La Chapelle-aux-Saints

Mikhaïl Mikhaïlovitch Guerassimov[modifier | modifier le code]

Mikhaïl Mikhaïlovitch Guerassimov était un archéologue et anthropologue soviétique qui avait mis au point une des premières méthodes scientifiques de reconstruction faciale. Il a réalisé une reconstruction en plâtre du buste de l'homme de La Chapelle-aux-Saints[6].

Straus et Cave, Trinkaus (1957)[modifier | modifier le code]

In 1957, les vestiges ont été réexaminés par Straus et Cave. Ces chercheurs ont décrit l'anatomie des néandertaliens comme se rapprochant plus de celle des hommes actuels ; en particulier, leur posture et démarche. Straus et Cave attribuèrent les erreurs de Marcellin Boule à l'arthrite sévère de "La Chapelle-aux-Saints 1", bien que l'anthropologue Erik Trinkaus a suggéré lui aussi que les erreurs de Marcellin Boule étaient principalement dues à une arthrite sévère de l'homme découvert et que ses caractères particuliers sont dans le domaine de variation des espèces humaines[7],[8].

Heim (1984-1985)[modifier | modifier le code]

Entre juin 1984 et avril 1985, le paléoanthropologue Jean-Louis Heim revient sur les conclusions de Marcellin Boule, il révise la reconstitution crânienne de l'homme de La Chapelle-aux-Saints en repositionnant certains os au niveau de la base du crâne, du trou occipital de la voûte et de la face, qui conduisent à plus le rapprocher le l'homme que ne le présentait Marcellin Boule. Jean-Louis Heim décrit le sujet comme gravement handicapé, l'individu souffrait entre autres d'une déformation de la hanche gauche (épiphysiolyse ou plutôt traumatisme), d'un écrasement du doigt du pied, d'une arthrite sévère dans les vertèbres cervicales, d'une côte brisée, du rétrécissement des canaux de conjugaison par où passent les nerfs rachidiens. Cependant la radiographie du cal osseux au niveau de la côte montre que cette blessure ne fut pas la cause de la mort. L'individu, très âgé pour un néandertalien, a continué à marcher en souffrant et en boitant, comme le prouve l'aspect ivoiré et poli des os de sa hanche malgré la destruction des cartilages. Il avait perdu, de façon naturelle (usure), l'essentiel de ses dents excepté deux prémolaires, les cavités dentaires sont refermées. À sa mort, qui a pu survenir vers l'âge de 50 à 60 ans, les autres membres ont pris soin de l'enterrer[1],[9].

Le spécimen a perdu beaucoup de ses dents, mais a continué à vivre. Toutes les molaires de la mâchoire inférieure étaient absentes et par conséquence, certains chercheurs ont suggéré que le vieillard aurait eu besoin de quelqu'un pour préparer sa nourriture. Cette hypothèse a été largement citée comme un exemple d'altruisme néandertalien, comme à Shanidar 1. Cependant des études ultérieures ont montré que La Chapelle-aux-Saints 1 possédait un certain nombre d'incisives, canines et prémolaires et donc aurait été capable de mâcher sa propre nourriture, malgré peut-être quelques difficultés[10].

Les autres vestiges[modifier | modifier le code]

L'outillage[modifier | modifier le code]

Les outils des hommes du néandertal étaient composés de matières végétales, animales qui se sont décomposées. Par contre, de nombreux éclats, enfouis près du défunt, nous sont parvenus. L'étude de ces matériaux permet de connaître les déplacements et les échanges des hommes vivant sur le site de La Chapelle-aux-Saints.

Pierre-Yves Demars a analysé ces vestiges[1] :

Les silex découverts près de l'homme de La Chapelle-aux-Saints diffèrent par leurs couleurs, leurs textures et les micro-fossiles qu'ils contiennent. Ils proviennent de gisements identifiés qui renseignent sur les déplacement de ces hommes de Néandertal :

  • la moitié sont de type jaspoïdes, de couleur jaune moutarde, formés dans les calcaires de l'Hettangien. Ils proviendraient de deux gisements : le premier situé 5 km au Nord près de Puy-d'Arnac, le second à 9 km au Nord-Est à 1 km de Tudeils ;
  • le tiers sont de couleur gris-clair, incluant des micro-fossiles, de qualité de taille médiocre, formés au jurassique moyen. Ils proviendraient du Puy d'Issolud au-dessus de Vayrac ou des environs de Turenne ;
  • 9 % sont de couleur noire, grise ou brune. Ils se sont formés au Sénonien et proviendraient d'une zone située 40 km à l'ouest en direction de Périgueux ;
  • 2 % sont des silex du Bergeracois qui présentent parfois des couleurs rubanées noire, gris bleuté, ocrées, rouge violet. Ils possèdent en surface des micro-fossiles de foraminifères, formés au crétacé et de qualité de taille excellente. Ils proviendraient d'une zone située à plus de 100 km plus à l'ouest, un peu à l'est de la ville actuelle de Bergerac.

Cette étude de Pierre-Yves Demars montre que les hommes de La Chapelle-aux-Saints se déplaçaient sur un vaste territoire, englobant le Quercy et le Périgord, et qu'ils possédaient une connaissance précise des ressources minérales de ces régions.

La faune[modifier | modifier le code]

Le mammouth : une des proies des hommes de La Chapelle-aux-Saints

Jean-Luc Guadelli a analysé les restes d'ongulés trouvés sur le site de la Bouffia Bonneval[1] :

Cette association faunique nous renseigne sur le climat et l'habitat dans lequel évoluaient ces hommes du paléolithique moyen : froid et très sec. Le nombre important de rennes est typique des milieux arctiques, les bisons sont communs dans les lieux secs et ouverts. Le nombre très faible d'animaux des forêts montre que les espaces boisés et abrités étaient rares. L'homme de La Chapelle-aux-Saints vivait donc dans une steppe froide à rares boqueteaux[1].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Jean-Lucien Couchard, Anne Dambricourt-Malassé, Pierre-Yves Demars, Marie-Françoise Diot, Jean-Luc Guadelli, Jean-Louis Heim, Jean-Jacques Hublin, Yves Pautrat et Jean-Paul Raynal (préf. Yves Coppens), L'homme de la Chapelle-aux-Saints, Limoges, Culture & Patrimoine en Limousin,‎ 1998, 81 p. (ISBN 2-911167-17-1)
  2. Lucien Bély, Connaître l'histoire de France, Editions Jean-Paul Gisserot,‎ 1997 (lire en ligne), p. 5
  3. a et b Bouyssonie, « La découverte de La Chapelle-aux-Saints », Bulletin de la société scientifique historique et archéologique de la Corrèze, no 80,‎ 1958, p. 45-82
  4. Chervin et Gabriel de Mortillet, « Squelette néandertaloïde de la Chapelle-aux-Saints », L'homme préhistorique, vol. 7ème année, no 1,‎ janvier 1909, p. 22 (lire en ligne)
  5. Boule, M. (1911-1913) - « L’homme fossile de la Chapelle-aux-Saints », Annales de paléontologie, t. VI-VII-VIII.
  6. « The appearance of La Chapelle-aux-Saints man reconstructed by M.M. Gerasimov. Plaster. », sur http://www.kunstkamera.ru/ (consulté le 13 novembre 2011)
  7. (en) Trinkaus, E. 1985.Pathology and posture of the La Chapelle-aux-Saints Neanderthal. American Journal of Physical Anthropology 67(1):19–41.
  8. (en) « La Chapelle-aux-Saints », sur http://humanorigins.si.edu/ (consulté le 13 novembre 2011)
  9. « Homme de La Chapelle-aux-Saints - Homo neanderthalensis », sur http://www.hominides.com/index.php (consulté le 30 octobre 2011)
  10. (en) Tappen, N.C. 1985. The Dentition of the “Old Man” of La Chapelle-aux-Saints and Inferences Concerning Neanderthal Behavior. American Journal of Physical Anthropology 67(1):43-50