La Castiglione

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Comtesse de Castiglione

Description de cette image, également commentée ci-après

Madame de Castiglione posant devant l'objectif de Pierson

Nom de naissance Virginia Oldoïni
Naissance 23 mars 1837
La Spezia, Italie
Décès 28 novembre 1899 (à 62 ans)
Paris, France
Nationalité Drapeau de l'Italie Italie

Virginia Elisabetta Luisa Carlotta Antonietta Teresa Maria Oldoïni, Contessa di Castiglione, (La Spezia, 23 mars 1837 - Paris, 28 novembre 1899), était une célèbre espionne, aristocrate piémontaise, maîtresse de Napoléon III, mais aussi une figure des premières heures de la photographie. On utilise parfois pour la qualifier l'expression « la plus belle femme de son siècle »[1],[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle est la fille unique du marquis Filippo Oldoïni Rapallini (né à La Spezia le 25 février 1817, premier député de La Spezia au Parlement du Royaume de Sardaigne en 1848 puis ambassadeur italien à Lisbonne) qui avait épousé sa cousine Isabella Lamporecchi (fille de Luisa Chiari, danseuse de théâtre et du grand juriste Ranieri Lamporecchi de Florence). Elle reçoit l'éducation soignée typique de la petite noblesse piémontaise, apprenant l'anglais et le français rapidement, pratiquant la danse et la musique. Consciente de sa beauté, elle est surnommée La Perla d'Italia (La Perle d'Italie) alors que sa famille l'appelle « Nicchia ». Elle épouse, en 1854, à l'âge de 17 ans, le comte Francesco Verasis de Castiglione (1826-1867)[3], auquel elle donne le 9 mars 1855 un fils prénommé Giorgio (1855-1879). Délaissée par un mari au caractère réservé si contraire au sien et devant souvent suivre le roi, elle prend pour amant le jeune officier Ambrogio Doria puis son frère Marcello, ce qui entraîne la mésentente dans le couple qui s'est installé à Turin[4].

La comtesse de Castiglione par Gordigiani (1862).

A la cour de France[modifier | modifier le code]

Quelques semaines après ses couches, aux fins de servir en secret les intérêts du roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II (dont elle est devenue aussi la maîtresse) et l'unification de l'Italie, son cousin Camillo Cavour lui demande de se rendre à Paris pour que la jeune femme de 18 ans devienne la maîtresse de l'empereur Napoléon III qui en a 47, afin d'influencer, sur l'oreiller, ses décisions politiques et d'obtenir l'appui du gouvernement français pour la création d'une Italie unifiée et indépendante. La Comtesse rêvant de jouer un rôle politique accepte cette mission. Le couple part rendre visite aux Walewski et arrive le 25 décembre à Paris, où ils s'installent au 10 rue de Castiglione. Le 9 janvier 1856 la Castiglione est présentée à la cour de Napoléon III et à l'impératrice Eugénie lors d'un bal chez la princesse Mathilde[5].

La relation charnelle de la comtesse avec Napoléon III se matérialise dans le parc de Saint-Cloud au milieu du château de Villeneuve-l'Étang à Marnes-la-Coquette le 27 juin 1856. L'empereur et la comtesse étant mariés, le double adultère impérial fait scandale, et contraint le comte de Castiglione à se séparer de sa femme : ruiné par le train de maison luxueux dans leur hôtel, 10 rue de Castiglione à Paris, il repart seul en Italie où il doit vendre toutes ses possessions pour rembourser les dettes faites par son épouse[6]. Libre, la comtesse entretient avec l'Empereur des Français une relation de deux ans (1856-57)[7]. Néanmoins, d'après une rumeur infondée, la comtesse de Castiglione serait devenue en 1862, la mère d'un fils illégitime de l'empereur, le chirurgien-dentiste Arthur Hugenschmidt. Robert de Montesquiou, dont la dédicace qu'il fit à Hugenschmidt de son poème des Paroles diaprées reprend la rumeur[8].

Cet adultère impérial qui défraye la chronique lui ouvre les portes des salons privés d'Europe qui, en temps normal, lui auraient été fermées. Elle y rencontre les grands de cette époque : la reine Augusta de Prusse, le comte Otto von Bismarck et l'homme politique Adolphe Thiers.

La comtesse de Castiglione, enveloppée de voile et châle en crêpe noirs, 1893.

Mais narcissique et capricieuse, snobant le reste de la cour et se vantant publiquement des cadeaux que l'empereur lui offre à partir des fonds secrets, elle finit par se rendre antipathique et lasse l'empereur qui prend une nouvelle maîtresse, la comtesse Marianne Walewska[6]. De plus, dans la nuit du 5 au 6 avril 1857 alors qu'il sort de chez la comtesse Castiglione, trois carbonari italiens Grilli, Bartolotti, Tibaldi, accusés d'être à la solde du révolutionnaire Giuseppe Mazzini, tentent de tuer l'empereur[9]. Soupçonnée à tort de complicité, elle est officiellement expulsée de France par des agents secrets en possession d'un décret signé par le ministre de l'Intérieur[7]. En réalité, elle s'éloigne simplement et revient en grâce dès le mois suivant grâce à la princesse Mathilde et à son complice et confident Joseph Poniatowski.

Malgré la rupture avec Napoléon III, elle prétend[10] néanmoins que son influence sur l'empereur s'est concrétisée le 21 juillet 1858 lors de l'entrevue secrète à Plombières entre Napoléon III et le comte de Cavour, aboutissant au traité de Plombières.

Soutenue par sa beauté mais aussi un charme irrésistible et une intelligence subtile, la comtesse de Castiglione va conquérir toutes les cours d'Europe, si bien que, durant la Guerre franco-prussienne de 1870, Napoléon III, vieillissant, malade et vaincu, lui demandera une dernière fois de jouer de ses talents de diplomate pour plaider la cause de la France auprès du Chancelier de Prusse Bismarck, et d'éviter à Paris l'humiliation d'une occupation par des troupes étrangères[11].

Photographie de mode dans l'atelier Mayer et Pierson[modifier | modifier le code]

En juillet 1856, la Comtesse se rend à l'atelier des frères Mayer et de Pierre-Louis Pierson à Paris, ses premières poses signent le début d'une collaboration qui durera prés de 40 ans.

Dans ses plus belles années la comtesse se pare de robes de bal ou de jour somptueuses, de bijoux, de postiches et de perruques poudrées, elle utilise également des accessoires pour recréer un personnage, une scène, un sentiment... Pierre-Louis Pierson réalise plus de 450 portraits pour lesquels elle organise elle-même la mise en scène (elle y dépense pratiquement toute sa fortune personnelle) et auquel elle se décrit un jour comme « la plus belle créature qui ait existé depuis le commencement du monde »[12].

Elle pose également avec des costumes. Celui de la « dame de cœurs » est l'un des plus beaux. La photographie prise par Aquilin Schad est retravaillée à la gouache dans l'atelier Mayer et Pierson entre 1861 et 1863. Cette œuvre est présentée à la section française de photographie de l'Exposition universelle de 1867 à Paris. La Comtesse y fera sa visite le 1er mai au bras du prince Georges de Prusse [5].

La comtesse a porté cette robe le 17 février 1857 dans le bal donné au ministère des Affaires étrangères. Au point culminant de leur relation désormais connue de tous à la cour, Napoléon III déguisé et masqué essaye de se divertir incognito mais les invités suivent attentivement ses gestes. Cette soirée montre un reflet du faste de la cour impériale marquée par la nostalgie de Versailles ou de Trianon, Marie-Antoinette inspire particulièrement Eugénie. Tous les invités portent des costumes faisant référence à cette époque. Mal vue à la cour pour ses frasques assumées avec l'Empereur, la comtesse porte « le costume le plus fantaisiste et le plus hardi qui puisse être imaginé ». Ce costume Louis XV, moitié actuel, portait pour titre : « dame de cœurs ». Les jupes retroussées sur le jupon de dessous ainsi que le corsage se trouvaient enlacés de chaînes formant de gros cœurs. La merveilleuse chevelure de la comtesse en cascades sur son cou. Le costume éblouissant d'or était magnifique..." [13] A la vue du cœur central cousu sur la robe juste au-dessus du haut des cuisses de la comtesse, Eugènie réplique sèchement « Le cœur est un peu bas. » La tenue est indécente, elle porte sa robe sans corset, la gaze révèle presque le bout de son sein.

De 1856 à 1857 elle compose un album de photographies d'elle-même et l'offre à Costantino Nigra. Cet album contient vingt-cinq photographies de tailles et formats différents réalisés dans l'atelier. On peut voir son fils prendre la pose, par exemple comme garçon d'honneur portant la traine de la robe de sa mère.

Nigra est dans le secret de la mission confiée à la Castiglione. Il la soutient pour qu'elle persuade Napoléon III de s'engager en faveur de l'Italie, mais aussi pour lui soutirer des informations concernant l'avancée des négociations du congrès de paix. Le jeune Nigra travaille avec Cavour, cousin de la comtesse et tête pensante de la mission. Cavour est le représentant du Piémont au congrès de paix ayant lieu à Paris, à la suite du succès de la Guerre de Crimée en 1856 où le sort de l'Italie doit être joué. Tous les deux veulent introduire la question de l'unification de l'Italie et gagner le soutien de l'Empereur des français[14].

Quand elle revient en France en 1861 avec son fils Giorgio (Georges) commence une période de grande créativité jusqu'en 1863.

Pour la première fois depuis son retour à Paris en 1861, elle est invitée à la Cour, au bal costumé des Tuileries le 9 février 1863. Elle y apparait déguisée en reine d’Étrurie. Son costume se compose d'un péplum de velours noir sur une jupe orangée, elle porte des bijoux en cuivre doré et tient dans sa main un éventail en plumes de paon. Virginia se précipite le lendemain à l'atelier de photographie pour immortaliser sa tenue. Persuadée de son succès et de son retour dans les hautes sphères, elle prend des poses lascives et suaves, mime l'innocence. Toutefois son costume fait scandale. Mal aimée à la Cour, la presse se déchaine, elle est accusée d'être apparue nue à la fête. Son mari, le Comte François, toujours en Italie, menace de lui reprendre Giorgio. Elle lui répondra par une photographie nommée « La Vengeance » et garde l'enfant. Sur cette photo, elle est vêtue du même costume de reine d’Étrurie mais avec la cape recouvrant ses épaules et ses bras nus, à la main elle tient un poignard.

Entre 1861 et 1867, plus de quarante séances sont organisées pour 176 poses différentes.

La Comte meurt brutalement en 1867 de façon accidentelle, la Castiglione se fait photographier en vêtements de deuil chez Pierson et abandonne la photographie jusqu'en 1875.

Après la fin du Second Empire, la mort de son mari puis de son fils, Virginia s'enferme au 26bis Place Vendôme dans un appartement morne, triste et sombre. À la mort de son ami le Docteur Blanche, elle demande à son fils, le peintre Jacques-Émile Blanche de peindre son portrait, chose qu'il ne fera qu'après la mort de la Comtesse.

De 1893 à 1895 ne parvenant pas à faire le deuil se son succès passé, elle réalise quatre-vingt-deux photos dans l'atelier parisien où elle revêt ses tenues fastueuses d'antan. D'une façon pathétique et morbide elle pose, comme avant, toutefois sa légendaire beauté s'en est allée, son corps s'est flétri, elle n'a plus de dents, presque plus de cheveux. Le 22 mars 1913, son ami photographe Pierson meurt avec le regret de n'avoir su capturer la vraie beauté de la Comtesse[5].

Fin d'une beauté[modifier | modifier le code]

Tombe de La Castiglione au cimetière du Père-Lachaise.

Après l'effondrement de l'Empire et l'établissement de la Troisième République bourgeoise et pudibonde, la comtesse, veuve et ayant perdu prématurément son fils légitime mort de la variole, est devenue inutile et vit dans un monde qui ne lui ressemble plus.
Dans les années 1880, esclave de son image et ne supportant pas de vieillir, elle souffre de neurasthénie et misanthropie. Elle se terre à l'abri des miroirs qu'elle a fait voiler dans son appartement parisien qu'elle loue 26 place Vendôme puis en 1893, 14 rue Cambon où elle sombre dans l'anonymat et le dénuement. Elle ne sort plus qu'à la nuit tombée, pour ne pas être confrontée au regard que les passants pourraient porter sur les « ravages » que le temps, d'après elle, a fait subir à sa beauté. Elle décède en 1899, à l'âge de 62 ans, aux côtés des dépouilles empaillées de ses chiens. Le secrétaire d'ambassade italienne à Paris Carlo Sforza accourt pour brûler ses papiers compromettants[15].

La comtesse de Castiglione, qui fit les beaux jours du Second empire, repose au cimetière du Père-Lachaise (division 85, 2e ligne, tombe 83). Longtemps à l’abandon, cette tombe a été restaurée pour le centième anniversaire de sa mort grâce au prix Grinzane Cavour et une plaque de marbre, datée du 28 novembre 1999, déposée[16].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Maud Sacquard de Belleroche, Cinq personnages en quête d'empereur, Del Duca,‎ 1962, 243 p., p. 55.
  2. Nicole Albert, La Castiglione : Vies et métamorphoses, EDI8 - PLON,‎ 2011, 325 p. (ISBN 978-2-26203-697-3, lire en ligne).
  3. Comte de Costigliole d'Asti et de Castiglione Tinella, neveu du général Cigala, aide de camp du roi Victor-Emmanuel II d'Italie.
  4. Régine Boisier, Adrien : Fils de paysan, appelé l'aristo, La Fontaine de Siloé,‎ 200, 363 p. (ISBN 2-84206-213-2 et 978-2-8420-6213-2), p. 87.
  5. a, b et c Marta Weiss "La Comtesse de Castiglione" introduction et chronologie dans l'ouvrage "La Comtesse de Castiglione" aux éditions La Différence, 2009.
  6. a et b Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos, « 27 juin 1856. À 19 ans, la comtesse de Castiglione viole Napoléon III dans le parc de Saint-Cloud », sur Le Point.fr,‎ 27 juin 2013
  7. a et b Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos, « 27 juin 1856. À 19 ans, la comtesse de Castiglione viole Napoléon III dans un bosquet », sur lepoint.fr,‎ 27 juin 2012
  8. Jean-Baptiste Duroselle, Clemenceau, Fayard, Paris, 1988, p. 904.
  9. Jean-Yves Frétigné, Giuseppe Mazzini : Père de l'unité italienne, Fayard,‎ 2006 (lire en ligne)
  10. Elle a probablement plus un rôle de renseignement pour Cavour que d'éminence grise pour la politique italienne.
  11. Régine Boisier, op. cité, p. 89
  12. « Robert de Montesquiou possédait 434 photographies et portraits différents de la comtesse » (Alain Decaux, note, p. 3 du chap. XIV.
  13. Alain Decaux, La Castiglione, p. 100 du chap. VIII.
  14. Alain Decaux, La Castiglione, p. 91 du chap. VII.
  15. Nathalie Crom, « La Castiglione : Vies et métamorphoses », sur Télérama,‎ 18 juin 2011
  16. Tombe de La Castiglione

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicole G. Albert, La Castiglione: vies et métamorphoses, Edition Perrin, 2011 (ISBN 978-2262029265)
  • Marianne Nahon, La Comtesse de Castiglione, Éditions de la Différence, 2009 (ISBN 978-2729117573) [présentation en ligne]
  • Nathalie Léger, L'Exposition, P.O.L., 2008. Un récit à la première personne, une fiction qui raconte un projet d'exposition autour des portraits photographiques de La Castiglione.
  • Isaure de Saint-Pierre, La Dame de Cœur, un amour de Napoléon III, Albin Michel, 2006. (ISBN 2-226-17363-3)
  • La Castiglione par elle-même, Pierre Apraxine/Xavier Demange, (catalogue illustré), Éditions de la Réunion des musées nationaux, 1999. (ISBN 2-7118-3875-7)
  • Tulard, Jean (dir.), Dictionnaire du Second Empire, Paris, Fayard, 1995.
  • Frédéric Loliée, Les Femmes du Second Empire, la Cour des Tuileries, Jules Tallandier, Paris, 1954.
  • Alain Decaux, La Castiglione, Dame de Cœur de l'Europe, Amiot et Dumont, Paris, 1953 (réédité en 1965 à la Librairie Académique Perrin et en 1967 à la Bibliothèque du Club de la Femme).
  • Émile Zola, Son Excellence Eugène Rougon, publié en 1876. À travers le récit de la carrière politique d’Eugène Rougon (inspiré d’Eugène Rouher), Zola met en scène divers personnages de l'entourage de Napoléon III, dont la Castiglione qui fut évidemment le modèle du personnage de Clorinde.

Films[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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