Valtesse de La Bigne

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Valtesse de La Bigne, par Henri Gervex, musée d'Orsay, Paris.

Lucie Émilie Delabigne, dite Valtesse de La Bigne, est une demi-mondaine née en 1848 à Paris et morte le 29 juillet 1910[1] à Ville-d'Avray, où son corps repose au cimetière communal[2],[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Valtesse de La Bigne, portrait par Édouard Manet, 1879, Metropolitan Museum of Art, New York.

Fille d'une lingère normande qui exerçait le métier de la galanterie, elle se prostitua très jeune. Jacques Offenbach repère Valtesse alors qu’elle incarne un petit rôle aux Bouffes-Parisiens et lui propose de jouer dans ses pièces. Elle débute sur scène en jouant le rôle d'Hébé dans Orphée aux Enfers. Un critique la juge alors « aussi rousse et timide qu'une vierge du Titien ».

Maîtresse du compositeur, elle accède grâce à lui aux restaurants à la mode. Elle se rend, comme Zola, Flaubert et Maupassant, chez Bignon (l'ancien Café de Foy) ou au Café Tortoni. Mais le siège de Paris, durant la guerre franco-prussienne de 1870-71, affame les Parisiens, on y mange des rats, ce qui n’étouffe en rien les aspirations de Valtesse. Connu dans le Tout-Paris pour son humour cinglant, le journaliste, chroniqueur et écrivain Aurélien Scholl écrit :

«  Pendant le siège de Paris, toutes les femmes ont mangé du chien. On pensait que cette nourriture leur inculquerait des principes de fidélité. Pas du tout ! elles ont exigé des colliers ![4] »

À la fin de la guerre, Valtesse ne tarde pas à se lancer dans la courtisanerie de haut vol. Elle quitte Offenbach et jette son dévolu sur le prince Lubomirski, obtient qu’il l’installe dans un appartement rue Saint-Georges, le ruine, le quitte, et enchaîne les amants riches qu’elle plume les uns après les autres, comme le prince de Sagan qui se ruine à son tour en finançant le magnifique hôtel particulier construit par Jules Février de 1873 à 1876 au 98, boulevard Malesherbes, à l'angle de la rue de la Terrasse (hôtel détruit et remplacé par un immeuble en 1904)[5].

En 1876, Valtesse publie chez Dentu, son roman autobiographique, Isola signé « Ego » par fidélité à sa devise.

Sur la demande de Léon Hennique, elle consent à montrer son hôtel particulier à Émile Zola. La chambre de Valtesse, et en particulier son lit, l'inspire pour décrire la chambre de Nana :

« Un lit comme s'il n'en existait pas, un trône, un autel où Paris viendrait admirer sa nudité souveraine […]. Au chevet, une bande d'amours parmi les fleurs se pencherait avec des rires, guettant les voluptés dans l'ombre des rideaux. »

À la lecture de Nana, Valtesse est indignée de trouver une telle description de son décor : « quelques traces de bêtise tendre et de splendeur criarde[6]. » Quant au personnage de Nana, elle qui a cru servir d’inspiratrice à l’écrivain, lui ouvrant jusqu’à son hôtel particulier , elle le qualifie ainsi : « Nana est une vulgaire catin, sotte, grossière ! »

Zola a cependant plus de chance qu’Alexandre Dumas fils. Alors que celui-ci demande à Valtesse à entrer dans sa chambre, froidement, elle répond :

« Cher Maître, ce n’est pas dans vos moyens ![7] »

Henri Gervex la prend pour modèle pour l'épouse dans son tableau Le Mariage civil, qui décore la salle des mariages de la mairie du 19e arrondissement de Paris. Elle aurait également inspiré l'héroïne du roman d'Hugues Rebell, La Nichina. Elle fut aussi le personnage d'Altesse du roman Idylle saphique de son amie Liane de Pougy.

Valtesse fut l'amie, et parfois davantage, d'Édouard Manet, Henri Gervex, Édouard Detaille, Gustave Courbet, Eugène Boudin, Alphonse de Neuville, ce qui lui valut le surnom de « l'Union des Peintres ».

Elle amassa une vaste collection d'art dont une bonne partie fut vendue aux enchères à l’Hôtel Drouot du 2 au 7 juin 1902[8]. Elle ne légua au musée des arts décoratifs de Paris que son remarquable lit de parade en bronze créé en 1877 par Édouard Lièvre[9] et toujours visible au musée depuis 1911[10].

Portraits[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Valtesse de la Bigne à la Bibliothèque nationale de France.
  2. Cimetière de Ville-d'Avray, sur le site landrucimetieres.fr, consulté le 20 août 2014.
  3. Tombe de Valtesse de La Bigne, sur le site tombes-sepultures.com, consulté le 22 août 2014.
  4. Citations d'Aurélien Scholl, sur le site evene.lefigaro.fr, consulté le 21 août 2014.
  5. « Valtesse de La Bigne : coucher pour arriver », sur le site parismatch.com, consulté le 21 août 2014.
  6. Les Paris d'Alain Rustenholz, sur le site alain-rustenholz.net, consulté le 21 août 2014.
  7. Armand Lanoux, Bonjour Monsieur Zola, Grasset, 1993, 409 pages, 1re parution en 1954 (ISBN 2-246006-34-1).
  8. Psyché aux renommées du Roi de Rome, sur le site osenat.fr, consulté le 20 août 2014.
  9. [PDF]Edouard Lièvre : un créateur des arts décoratifs, sur le site robertopolo.com, consulté le 20 août 2014.
  10. Lit de parade de Valtesse de La Bigne, sur le site lesartsdecoratifs.fr, consulté le 20 août 2014.
  11. (en)Mademoiselle Lucie Delabigne, sur le site metmuseum.org, consulté le 20 août 2014.
  12. Musée d'Orsay - Henri Gervex - Madame Valtesse de la Bigne, sur le site musee-orsay.fr, consulté le 20 août 2014.
  13. Histoire de Valtesse de La Bigne, sur le site franckculture.wordpress.com, consulté le 20 août 2014.

Notice[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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