Jérôme Monod

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Jérôme Monod
Image illustrative de l'article Jérôme Monod
Biographie
Date de naissance 7 septembre 1930
Lieu de naissance Paris 7e
Profession Industriel et homme politique français

Jérôme Monod, né le 7 septembre 1930 à Paris 7e, est un industriel et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et Formation[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Issu d’une grande famille protestante du Pays de Gex qui, sous Louis XV, préfère l’exil à l’abjuration avant de revenir s’installer en France à la Révolution, Jérôme Monod fait partie des 1 200 descendants de Jean Monod. Une tribu dont chaque branche a excellé à sa manière dans la médecine, les arts, l’université, la banque ou la religion[1].

Petit-fils de banquier et de pasteur, fils de chirurgien, Jérôme Monod est cousin de Jacques Monod, prix Nobel de biologie et cousin germain du naturaliste Théodore Monod. Il a épousé en 1964 Françoise Gallot, catholique, petite-fille d’Henri Queuille, ancien élu radical corrézien et ancien président du Conseil sous la Quatrième République.

Formation[modifier | modifier le code]

Il fait ses études en khâgne au lycée Henri-IV, les poursuit à l'Institut d'études politiques de Paris puis devient boursier Fullbright et part pour la Nouvelle-Angleterre, suivre une année de cours à l'université Wesleyenne (Middletown)[2].

De retour des États-Unis, il entre à l’ENA dont il sort auditeur à la Cour des comptes. Il est alors « rappelé » pour être envoyé en Algérie. En 1959, à 29 ans, il entre au cabinet du Premier ministre Michel Debré.

Carrière[modifier | modifier le code]

  • 1955-1957 : ancien élève de l'ENA (promotion « France-Afrique »), celle d'Édouard Balladur
  • 1957-1959 : auditeur à la Cour des comptes
  • 1959-1962 : membre du cabinet de Michel Debré, Premier ministre
  • 1962 : conseiller technique et adjoint au directeur de cabinet de Maurice Schumann, ministre chargé de l'aménagement du territoire
  • 1962-1966 : conseiller référendaire à la Cour des comptes
  • 1966-1968 : délégué adjoint à l'aménagement du territoire et à l'action régionale, à la DATAR.
  • 1968-1975 : délégué (à la DATAR).
  • 1975-1976 : directeur de cabinet de Jacques Chirac, Premier ministre
  • 1976-1978 : secrétaire général du RPR
  • 1979 : membre de la direction de la Lyonnaise des eaux
  • 1980-2000 : président-directeur général, puis président du conseil de surveillance, de la Lyonnaise des eaux, fusionnée en (1990) avec Dumez, puis avec Suez en 1997 (et rebaptisée de ce seul nom en 2001)
  • 2000-2007 : conseiller (politique) de Jacques Chirac, Président de la République. À ce titre, il dispose d'un bureau à l'Élysée, dans le salon d'Argent

L’aménagement du territoire[modifier | modifier le code]

En 1963, il rejoint Olivier Guichard à la délégation de l’aménagement du territoire (DATAR) créée cette même année, et lui succède quand ce dernier est nommé ministre. Il apprécie chez son mentor les convictions gaullistes ainsi qu’une vision du monde profondément libérale centrée sur le « facteur humain »[2]. Il met en œuvre la stratégie d’Olivier Guichard qui passe par la décentralisation industrielle en province. Jérôme Monod installera aussi des instruments et des infrastructures en vue de la reconversion des bassins houillers et de la création d’emplois de remplacement issus des industries nouvelles. Il négocie par ailleurs l’implantation de Ford à Bordeaux.

Jérôme Monod rachète aussi à la famille Fournier (pour le compte de l’État) l’île de Porquerolles, menacée d’urbanisation, ceci pour un montant de 30 millions de francs. Puis il fera l’acquisition (toujours pour le compte de l'État) d’une partie de l’étang de Vaccarès afin de faciliter la création du Parc naturel régional de Camargue. En 1975, il préside à la création du Conservatoire du littoral installé à Rochefort.

Il est à l’initiative de la création du CIASI (Comité interministériel d’aménagement des structures industrielles) chargé, en 1975, de sauver les entreprises industrielles qui battent de l’aile ou d’organiser leur fermeture en évitant les drames régionaux sur le plan de l’emploi[2]. La doctrine Monod énonçait que, si l'on voulait contenir les conflits locaux, il fallait que l'État ait une politique et des outils d'intervention. Aussi, lorsqu'une affaire risquait de déraper, le pouvoir politique pouvait s'en emparer et exercer sa fonction d'arbitre ou, plus souvent, d'État-providence. Avec Michel Pébereau, il forme alors un tandem efficace et traite par exemple, en 1975, le cas des Usines Garnier, fabricant de matériel agricole en Bretagne[2].

La politique[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1970, Jérôme Monod est un des amis politiques les plus écoutés de Jacques Chirac (dont il est directeur de cabinet à Matignon en 1975) et l'un des artisans de la fondation du RPR ; en 1976, il devient ainsi le premier secrétaire général du RPR. Le parti de droite unifié remporte alors toutes les élections (cantonales, municipales, législatives…) jusqu’en 1978, date à laquelle Jérôme Monod quitte la politique pour rejoindre, un an plus tard, le monde de l’entreprise.

Il redevient un des plus proches conseillers de Jacques Chirac en 2000, pour préparer à la fois l'élection présidentielle de 2002 et la création de l'Union pour un mouvement populaire (UMP). Véritable « éminence grise » du Président Chirac, avec Alain Juppé qui devient président de l'UMP, il a participé de près aux tractations internes à cette formation, y compris dans la préparation des élections régionales de 2004 (il aurait notamment proposé des postes sur les listes des élections européennes de 2004 aux anciens ministres comme Roselyne Bachelot-Narquin, Noëlle Lenoir ou Luc Ferry).

Proche de M. Chirac, ses relations avec Nicolas Sarkozy ne sont notoirement pas des meilleures. Mais en janvier 2007, il annonce son soutien au candidat de l'UMP à la présidentielle.

L'entreprise[modifier | modifier le code]

Jérôme Monod s’écarte des institutions du RPR en 1978. Il rejoint le monde de l’entreprise et entre à la Lyonnaise des Eaux en octobre 1979 pour succéder à Pierre Chaussade, ancien préfet et président depuis 1970. Il en devient P-DG en 1980.

En juin 1985, il poursuit l’internationalisation de la Lyonnaise des Eaux avec un premier contrat de concession d’eau potable remporté à Macao. En 1987, en partenariat avec le groupe New World de Hong Kong, il signe les premiers contrats en Chine, comme celui de la construction d’usines Degrémont de traitement de l’eau potable dans le Guandong.

Il élargit encore le champ des ambitions du groupe à l’Asie-Pacifique en 1990. À cette date, l’acquisition de Dumez accélèrera le développement hors de France, grâce aux réseaux et à la culture du groupe de BTP mais plus tard la fusion avec les activités de construction laissera aussi plusieurs milliards de francs de pertes dans les comptes de Lyonnaise des Eaux.

En 1996, Jérôme Monod préside au rapprochement du groupe avec l’ancienne Compagnie Financière de Suez qui choisit ainsi une orientation plus industrielle que financière, sous la direction générale de Gérard Mestrallet. L’opération crée un groupe de taille mondiale dans l’énergie et les services collectifs. Jérôme Monod présidera le conseil de surveillance de Suez Lyonnaise des Eaux tout en restant actif dans le développement du groupe à l’international. Il quittera la présidence en 2000 pour retourner auprès de Jacques Chirac à l’Élysée.

Cercles[modifier | modifier le code]

Dans son livre Les Vagues du temps, Jérôme Monod, adhérent de l’AFEP (Association française des entreprises privées), s’est dit déçu après son adhésion à l’AFEP en 1981. Il déplore que dans les années 1980 cette association de grandes entreprises ait placé l’intérêt corporatiste avant l’intérêt général.

Il apprécie en revanche d’avoir fait partie du comité d’orientation de l’ERT (European Round table) fondée en 1983 par Pehr Gustaf Gyllenhammar et Wisse Dekker, respectivement patron de Volvo et Philips. L’ERT réunissait une quarantaine de patrons de grandes entreprises privées à l’époque et se donnait pour mission d’étudier les points clés qui pouvaient favoriser la croissance économique et la prospérité en Europe. Jérôme Monod qui signe en septembre 1991, le rapport de l'ERT Reshaping Europe, devient président de l’ERT en 1994. En 1999, il publie avec le psychanalyste et écrivain Ali Magoudi, un « Manifeste pour une Europe souveraine » et défend l’idée d’une conception européenne jusqu’au-boutiste, d’une union souveraine des républiques et des monarchies dotée des clés de la souveraineté, avec ses frontières, son état civil, sa morale…bref une nation européenne. Il quitte la présidence de l’ERT en 2000.

En juin 1998, Jérôme Monod copréside le TABD (Transatlantic Business Dialogue) et agit au titre de la communauté des affaires européennes. Le TABD prône une unification des normes de part et d’autre de l’Atlantique. Jérôme Monod se heurte très vite à la division des européens face aux américains qui recherchaient une alliance économique bilatérale plus forte avec les pays de la Rive Atlantique.

En 2002, à la demande de Jacques Chirac et de Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, Jérôme Monod s’attelle au projet de Global compact. Ce « Pacte mondial » demande un engagement volontaire de la part des grandes entreprises mondiales sur 9 principes ayant trait aux droits de l’homme et aux devoirs des entreprises. Est venu s’y s’ajouter un dixième point sur l’impulsion de Jérôme Monod « agir contre la corruption sous toutes ses formes ». Les bonnes pratiques des entreprises en la matière sont recensées sur un site dédié de l’ONU. Les sociétés qui ne respectent pas le pacte sont rayées du site ce qui fut entre autres le cas de Wendel. En juin 2008, 5 800 entreprises réparties dans 120 pays avaient adhéré au pacte.

Jérôme Monod a également joué un rôle central dans la création de la Fondation pour l'innovation politique qu'il a présidée jusqu'au 14 octobre 2004 et dont il demeure président d'honneur.

Il a été membre de la Fondation Concorde proche de Jacques Chirac qui regroupe diverses personnalités en vue de « promouvoir l'activité économique et l'entrepreneuriat » en particulier.

Controverses[modifier | modifier le code]

Dans le livre Les frères invisibles, les journalistes Renaud Lecadre et Ghislaine Ottenheimer révèlent que Monod fut l'un des principaux associés maçonniques de Jacques Chirac. Lui, niera pour sa part, cette appartenance à la Franc-maçonnerie.

En 1994, le maire RPR de Grenoble, Alain Carignon est accusé d'avoir reçu 21 millions de francs d’une filiale de la Lyonnaise des Eaux en échange de la concession d'eau de la ville. Un « pacte de corruption » aurait été conclu lors d’un déjeuner, le 3 octobre 1987 avec le maire, auquel participaient, Jérôme Monod lui-même et une dizaine de collaborateurs directs des deux hommes. Tous les convives du camp Lyonnaise se retrouvent sur les bancs du tribunal en septembre 1995, sauf Jérôme Monod, cité comme simple « témoin », et contre lequel le juge Philippe Courroye n’a cité aucune charge.

Dans son livre autobiographique « les vagues du temps », Jérôme Monod revient sur cette affaire. Dès octobre 1994, il explique qu’il avait décidé de prendre les devants de la future Loi Balladur de janvier 1995 qui devait interdire le financement des partis et des campagnes électorales par les personnes morales. Il dote alors sur le champ la Lyonnaise d’une charte d’éthique et interdit tout financement politique dans le groupe, alors même que se préparent les élections municipales de juin 1995.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Avec Philippe de Castelbajac : L'Aménagement du territoire, Paris, PUF, "Que sais-je", 1973 : 15e édition, 2010, 128 p.
  • Transformation d'un pays. Pour une géographie de la liberté., Paris, Fayard,‎ 1974, 186 p.
  • Propositions pour la France, Paris, Stock, 1977.
  • Le Déchirement. Lettres d'Algérie et du Maroc 1953-1958, Paris, Fayard,‎ 2008, 178 p. (ISBN 9782213637549)
  • Les Vagues du temps, Paris, Fayard,‎ 2009, 450 p. (ISBN 9782213637563)
  • Le Bhoutan à contre-courant du monde, Paris, L'Archipel, 2011, 140 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Jérôme Monod, l’UMP c’est lui », article de Michel Gurfinkiel du 15 novembre 2002 paru dans Valeurs actuelles.
  2. a, b, c et d Les Vagues du temps, Fayard, Paris, 2009, 450 p.