Pélagianisme

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Le pélagianisme est une doctrine développée à partir de la deuxième moitié du IVe siècle par l'ascète breton Pélage, Célestius, Julien d'Eclane et leurs disciples, caractérisée par l'insistance sur le libre arbitre de l'homme.

Le pélagianisme, professant que la liberté règle les rapports entre l'homme et Dieu, s'attire l'opposition de l'épiscopat africain marqué par l'idée de la grâce d'Augustin d'Hippone, qui obtient la condamnation de ce courant par l’empereur Honorius, puis par le 16e concile de Carthage en 418, avec l'approbation du pape Zosime.

Deuxième hérésie chrétienne combattue par Augustin après le donatisme, cette doctrine religieuse naturaliste et rationaliste peut être rapprochée de la doctrine de la grâce chez Abélard[1].

Doctrine[modifier | modifier le code]

Établi à Rome et devenu le maître spirituel d'un groupe d’aristocrates, Pélage enseigne qu'il est possible de choisir le bien et de vivre sans péché, de suivre les commandements de Dieu en exaltant la primauté et l'efficacité de l'effort personnel dans la pratique de la vertu.

Pélage a en fait été influencé par un ouvrage de jeunesse d'Augustin d'Hippone, De libero arbitrio (Traité du libre arbitre), écrit pour combattre le manichéisme. Il cite dans son De natura un passage du livre III du traité d'Augustin[2].

Le pélagianisme soutenait que l'homme pouvait, par son seul libre arbitre, s'abstenir du péché. Il contestait le péché originel et affirmait la doctrine des limbes pour les enfants morts sans baptême. En effet, pour le moine breton les hommes ne doivent pas supporter le péché originel d'Adam - qui n'a nui qu'au seul Adam - dans leurs actions et ne doivent donc pas se racheter à jamais. Pélage lui-même ne nie pas l'importance de la grâce, au contraire de certains de ses disciples.

Répression[modifier | modifier le code]

En 410, Pélage fuit Rome assiégée pour Carthage, puis part en Orient. La doctrine essaima en Bretagne où elle fut combattue, entre autres par Germain d'Auxerre, Saint Alpin et Loup de Troyes[3] .

Débats théologiques[modifier | modifier le code]

Mosaïque funéraire de Pelagius ; couvercle d’une tombe d’enfant (fin IVe s. – début Ve s. ap. J.-C) - Musée du Louvre.

Trois conciles s'étaient opposés à cette doctrine : le concile de Carthage de 415, le concile de Carthage de 418, et le concile d'Antioche en 424. Le Concile œcuménique d'Éphèse, en 431, condamna cette doctrine en dépit des correctifs que Pélage insèra dans ses apologies[4].

Le pélagianisme subsista jusqu'au VIe siècle. Il fut surtout combattu par Augustin d'Hippone qui a tout fait pour que Pélage soit excommunié car il le considérait comme un disciple du manichéisme. En 426, l’Église romaine excommunie Pélage.

Jean Cassien et Vincent de Lérins furent soupçonnés de pélagianisme, ne suivant pas en tout point la doctrine d'Augustin sur la grâce. Il y eut des désaccords entre l'Orient et l'Occident sur la manière de traiter ce problème. Ainsi, plusieurs théologiens blâment Augustin et soutiennent Cassien alors que Rome fait inversement quoique tous trois soient canonisés.

Le concile de Trente (1545-1563) a publié un décret sur le péché originel lors de la 5e session le .

L'histoire du pélagianisme fut écrite par Gérard Vossius et le cardinal Noris (1673).

L'Église catholique a condamné le philosophe français Jean-Jacques Rousseau parce qu'elle estimait que, dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, publié en 1755, il niait le péché originel et adhérait au pélagianisme.

Le pape Grégoire XVI a condamné le théologien allemand Georg Hermes en 1835 pour des positions pélagiennes.

Le théologien catholique Henri de Lubac a dénoncé le fait qu'à trop exalter le libre arbitre, on produit une « religion humaniste », croyante ou athée.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Meslin, article « Pélagianisme » in Encyclopaedia Universalis, 2010
  2. Serge Lancel, Saint Augustin, Fayard, 1999
  3. Alexandre Clément Boitel, Histoire de saint Alpin : huitième évêque de Châlons-sur-Marne et vainqueur d'Attila, de Boniez-Lambert, Châlons, 1853, p4.
  4. Concile œcuménique d'Éphèse, condamnation du pélagianisme

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri-Irénée Marrou, « Les Attaches orientales du Pélagianisme », in Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 112e année, no 3, 1968, pp. 459-472, article en ligne
  • Michel Meslin
    • « Sainteté et mariage dans la seconde querelle pélagienne. Mystique et continence », in Études carmélitaines, éd. Desclée de Brouwer, Paris, 1952
    • « L'Autonomie de l'homme dans la pensée pélagienne », in I. Meyerson (dir.), Problèmes de la personne, éd. Mouton, Paris, 1973
  • Georges de Plinval, Pélage et les premiers aspects au pélagianisme, Paris, 1936, extrait de la Revue des sciences philosophiques et théologiques
  • Jean-Marie Salamito, Les virtuoses et la multitude, Aspects sociaux de la controverse entre Augustin et les pélagiens, Millon, coll. Nomina, Grenoble, 2005
  • Michel Meslin, article Pélagianisme in Encyclopaedia Universalis, 2010
  • Michel-Yves Perrin, « La crise pélagienne », in Jean-Robert Armogathe (dir.), Histoire générale du christianisme, vol. I, Paris, éd. P.U.F./Quadrige, 2010, pp.  457-460

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]