Histoire de la banque

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le banquier Jacob Fugger avec son comptable. Les dossiers derrière eux citent le nom des succursales de la maison Fugger, véritablement Rome, Venise, Cracovie, Lisbonne, Innsbruck, Nuremberg, etc.

L’histoire de la banque suit les grandes étapes de l’histoire de la monnaie même si certaines opérations coutumières des banques, (comme le prêt à intérêt) sont observées et attestées depuis la plus haute antiquité (voire selon certains avant même l’invention de la monnaie).

Les esquisses : Antiquité et haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Les Trapézites sont en Grèce antique l’équivalent de ce qu’on appellera les changeurs ultérieurement. La trapezita, en italien, est la table sur laquelle s’installent ces spécialistes du change des billets qui achètent et vendent les différentes pièces de monnaie qui circulent en Italie. Ces spécialistes, dont les noyaux[pas clair] sont protégés, reçoivent des dépôts et peuvent jouer un rôle d’intermédiaire notamment dans les commandites maritimes. Ils peuvent à l’occasion faire des crédits, mais n’ont aucun monopole. Les temples stockent également les monnaies et peuvent à l’occasion les prêter.

On retrouve la même situation à Rome avec les monetarii qui sont associés aux ateliers de frappe des monnaies et les argentarii qui sont les financiers de l’époque. Les ordres supérieurs romains disposent de vastes fortunes et se livrent à des activités de spéculation et de prêt. Ne pouvant exercer ces activités en nom propre ils utilisent largement des prête-noms qui s’enrichissent de cette façon et deviennent également des financiers pratiquant le crédit. Un droit commercial nait qui donne force de loi aux pratiques financières malgré la réticence des moralistes qui n'acceptent que le revenu foncier.

Cette situation typique de l’antiquité où il y a des banquiers mais pas de banque au sens institutionnel, va se perpétuer dans toute la période du haut Moyen Âge. La régression monétaire qui caractérise cette période et l’interdit religieux contre le prêt à intérêt, réduisent en Europe les activités de change et de crédit au profit du troc. Les circuits de commerce qui demeurent, ainsi que les opérations monétaires des rois, permettent à une petite collectivité de financiers, généralement syriaques ou juifs, de poursuivre les activités de prêts, de placement des émissions de monnaies frappées effectuées par les ateliers monétaires et de spéculation sur les différences de cours entre l’or et l’argent entre les différentes places européennes et Byzance, et surtout de change car chaque grand seigneur ou chaque grande ville a le droit de frapper sa propre monnaie à cette époque.

C’est à partir de ces bases hésitantes que l’expansion économique, politique et commerciale du XIIIe siècle siècle va voir s’affirmer le rôle des financiers privés et se constituer les premières banques dans la mouvance des pouvoirs religieux, étatiques et commerciaux.

La finance italienne et les premières banques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Banquiers lombards.
Boîte de changeur (1655)

Le mot banque apparaît dans la langue française au milieu du XVe siècle[1]. Du Ve au XIe siècle, l’activité de changeur de monnaie, qui demeure d'ailleurs la fonction essentielle des banquiers, se développe compte tenu de la prolifération des devises. Les banquiers lombards, qui sont à l'origine des marchands de céréales, apportent alors deux innovations fondamentales, à la base de l'essor du capitalisme occidental : le compte à vue, rendu possible par l'invention concomitante de la comptabilité en partie double et la lettre de crédit. Désormais, les marchands peuvent circuler et commercer plus sereinement, sans avoir à transporter des sommes importantes sur les routes encore peu sûres d'Europe. À partir du XIIe siècle et des croisades, ces marchands lombards se rassemblent dans des guildes, ne devenant réellement des banquiers qu'à la fin du XIIIe siècle lorsqu'ils inventent des fictions juridiques pour pouvoir pratiquer le prêt à intérêt[2].

Les premières banques sont familiales, citons les Médicis en Italie, les Fugger en Allemagne qui ouvrent des établissements bancaires dans les grandes villes. Comme le précise Jean Favier, « la banque est née du commerce, de ses besoins comme de ses opportunités »[3]. Mais les grands financiers s'enrichissent de leurs relations avec les pouvoirs. Les Medicis sont les financiers de l'Église de Rome pour le bénéfice de laquelle ils collectent et centralisent la dîme ecclésiastique. Le dogme chrétien qui considérait l'usure comme un péché, n'est plus respecté, l'introduction de la notion nouvelle de « purgatoire » permettant ce relâchement théologique. Il n'est plus question de laisser aux juifs l'exclusivité de la rente de crédit. Les Fugger jouent leur rôle auprès de Charles Quint alors qu'il est le banquier principal de l'Europe germanique. La faillite de Fugger suivra celle de l'échec impérial de Charles Quint. La banque d'Amsterdam suit de près la fortune politique des Orange. Une différence sociale s'établit entre les prêteurs à cette époque : les Juifs prêtent généralement pour les pauvres, les petits commerçants bourgeois chrétiens pour des classes plus aisées, les grands marchands italiens de céréales prêtent aux plus riches (Cahorsins[4] et notamment Florentins qui prêtent aux grands princes)[2].

À la Renaissance, parallèlement au développement de ces banques familiales privées, se créent les premières banques publiques. L’invention de la presse à vis permet de produire des pièces plus artistiques et plus difficiles à contrefaire qui remplacent progressivement la monnaie-marchandise (en) et permettant de mieux faire accepter la monnaie en espèces[5].

À partir du XVIIe siècle le développement du papier-monnaie et des banques centrales révolutionnent le monde de la banque[6].

Article détaillé : Banque d'Amsterdam.

L'expansion bancaire du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, quelques faillites retentissantes, comme celle du système de Law ou la banqueroute des deux tiers avaient imposé les premiers principes "prudentiels" essentiels au bon fonctionnement de cette activité, fondée sur la confiance: la Haute Banque" des Merchant bankers, les "banquiers marchands" issus du XVIIIe siècle se distingue des banquiers locaux qui font de l'escompte et du prêt dans chaque commune. Des dynasties familiales se constituent: Rothschild, Lazard ou Stern.

Au XIXe siècle les règles changent: la force du banquier réside dans l'affichage de solides capitaux propres, éventuellement sous forme de vaste immeuble, qui mettent la clientèle en confiance, pour obtenir des dépôts. En période d'expansion, certains banquiers comptent sur les plus-values pour accroître encore leurs capitaux propres. Car en période de crise, il faut pouvoir faire face aux retraits massifs de déposants: en 1825, menacé de faillite, Jacques Laffitte doit liquider une partie de son patrimoine de sept millions de francs de capitaux propres. C'est aussi une nouvelle étape de l'histoire des bourses de valeurs, avec les premières banques levant des capitaux en Bourse.

Pendant la révolution industrielle, le développement du négoce national et international nécessite des négociants banquiers, des règlements annuels de compensation et des métaux précieux, pour garantir une confiance encore fragile. Il génère aussi l'accroissement de l'escompte[7]. Le Crédit Mobilier de France, des frères Pereire, doté d’un capital de 60 millions de francs à son entrée en Bourse, puis 120 millions de francs, est emporté par la crise de 1867. Le Crédit lyonnais est menacé sérieusement par celle de l'Union Générale en 1882. Henri Germain, son fondateur, invente la banque française moderne en déterminant les « règles d’or » de la liquidité : la disponibilité des actifs doit correspondre à l’exigibilité de ses dettes : « Il faut désormais, écrivait le siège parisien de cette banque, que nous ayons toujours sous forme d’encaisse, de Londres, de bancable[8], de reports une somme égale à celle de nos dépôts à vue et de nos comptes créanciers ». Ses actifs immédiatement disponibles représentent entre 1884 et 1893 de 88 % à 100 % des exigibilités au lieu de 34,5 % en 1881[9]. L'accélération du mouvement sera le fait de Napoléon III qui réorganise le droit bancaire et permet l'utilisation généralisée du chèque.

Malgré ou à cause de ces crises, le XIXe siècle voit naître de grands établissements: Crédit mutuel, Crédit agricole, Crédit lyonnais, Paribas, Société générale et un développement très progressif en France de la monnaie fiduciaire, de la monnaie scripturale. L'État, fortement endetté après l'indemnité de guerre de 1871, émet la « rente », c'est-à-dire des titres publics, les banques faisant office d'intermédiaire avec les investisseurs individuels ou institutionnels, notamment les compagnies d'assurances[7].

La première moitié du XXe siècle[modifier | modifier le code]

La crise bancaire de 1907 puis deux guerres mondiales et la crise de 1929 ne sont pas favorables à l'expansion du secteur bancaire. L'expérience prouve que la généralisation des banques centrales « prêteur de dernier ressort », ne garantit pas la stabilité financière si les règles bancaires n'assurent pas un minimum d'interdictions au niveau de la spéculation financière. Aux États-Unis c'est près de 10 000 banques qui font faillite avant 1935. En France ce sont plusieurs centaines d'entre elles.

La seconde moitié du XXe siècle[modifier | modifier le code]

À la Libération la Banque de France est largement marginalisée au profit du Trésor, comme sanction de sa passivité et de son inefficacité. Jusqu'aux réformes de Michel Debré au milieu des années 1960, c'est le Trésor qui conduit toute la politique de crédit. Les banques ont principalement un rôle de collecte.

Au sortir de la seconde guerre toutes les banques ne sont pas nationalisées (comme en France pour les banques de dépôts) mais partout les législations sont très contraignantes. La législation sépare les différents types d'établissement et encadre strictement le crédit. L'innovation porte sur le développement du compte chèque qui explose en France à partir du moment où la loi impose le versement des salaires dans des comptes bancaires et de la carte de crédit. Commencée aux États-Unis dans les années 1950 la carte de crédit se développe en France massivement à partir des années 1970.

Le contrôle des changes est de règle. Les états sont responsables de leur taux de change. La nationalisme bancaire fait le reste : la banque internationale se développe très doucement essentiellement à partir de la banque américaine et anglaise.

Le big bang de la finance depuis les années 1980[modifier | modifier le code]

Avec l'arrivée des changes flottants et le moindre souci de tenir son taux de change, les états relâchent largement leur emprise sur les banques. Parti des États-Unis (suppression de la Regulation Q (en) pour que les dépôts bancaires rémunèrent les afflux de dollars sur le territoire américain suite à la suspension de la convertibilité du dollar en or, ce qui entraîne les banques à inventer de nouveaux produits pour retrouver leur profitabilité : crédits à la consommation, activités de marché spéculatives comme les junk bonds), relayés par la finance londonienne, un vaste mouvement de dérèglementation du secteur bancaire voit le jour[10]. Les distinctions impératives entre banques de dépôts et banque d'affaires sont supprimées. La banque et l'assurance peuvent se mêler. Les banques peuvent devenir agent de change. Le concept de banque universelle tend à s'imposer en même temps que des concentrations ont lieu. Les pratiques financières changent également. Les changes flottants offrent la possibilité pour les banques de couvrir les risques de changes. La spéculation se généralise portant notamment sur les taux d'intérêt, les devises, et toutes les formes d'actifs. On assiste à des mouvements en tout sens : désintermédiation financière d'un côté, hyper-technicité de l'autre. Les hedge funds font leur apparition dans les années 1990. D'abord réservés aux grandes fortunes en mal de sur bénéfices, ils s'ouvrent aux banques dans les années 1980. UBS par exemple possèdera son hedge fund et un département interne avec lequel il est en compétition. Les honoraires prennent une place croissante dans le produit net bancaire, se substituant largement aux bénéfices du crédit. Les bonus se généralisent en même temps que l'activité de salle de marché. L'internationalisation s'accélère largement freinée par des considérations nationales. La banque en Europe reste largement « balkanisée ». À la fin des années 1990 se développe la finance de l'ombre (gestion alternative, fonds du marché monétaire (en), fonds d'investissement structuré (en))[10].

Le XXIe siècle et sa première crise importante[modifier | modifier le code]

La crise des subprimes de 2007-2009[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Crise financière de 2007-2009.

La crise financière majeure qui a débuté par la glaciation du marché des CDO puis par le blocage du marché interbancaire remet en cause le niveau de spéculation permis par une trop forte dérégulation et un recours à des effets de leviers excessifs[11]. La majorité des banques anglo-saxonnes se retrouve en état de quasi faillite et doit être partiellement nationalisée ou renforcée par des capitaux publics. La dérégulation est contestée. Partout « crédit est mort » selon l'expression familière provoquant le blocage de nombreux marchés. Le commerce international pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale entre en régression. La chute est extrêmement brutale. La ruée généralisée vers les dépôts est évitée de peu. Les banques les plus frappées sont celles qui se sont le plus fortement exposées aux risques de la finance moderne : Citigroup, Lehman Brothers, RBS ou encore UBS... La course à la taille, à la polyvalence, à l'internationalisation et à la haute technicité tous azimuts, ont eu de graves conséquences pour certains acteurs.

La crise financière sévère qui se développe depuis la perte de confiance dans les CDO entrainant leur illiquidité en juillet 2007[11] et qui a pris de l'ampleur avec la faillite de nombreuses banques pendant l'année 2008 jusqu'au krach de septembre 2008 et la faillite de Lehman Brothers, remet en cause toutes les structures du secteur bancaire dans son ensemble. Cela se traduit par un retour massif et imprévu de l'intervention des États dans leur capital, allant jusqu'à la nationalisation de fait dans bien des cas.

Les évolutions de la distribution des services bancaires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Droit de la distribution bancaire.

L'évolution des modes de consommation des produits bancaires et financiers est, également, l'une des transformations majeures de l'activité bancaire contemporaine : développement de nouveaux canaux de commercialisation, émergence puis installation de conseillers bancaires indépendants, montée de la régulation en matière de protection des consommateurs financiers, pratiques comparatives, acquisition dissociée des services bancaires,... sont autant de signes de ces évolutions, encore à l'œuvre.

Aux transformations issues de la demande, et à la dissociation entre gestionnaires de risques (les banques) et vendeurs (banques ou intermédiaires, tels que les courtiers) répondent des évolutions juridiques notables. Par exemple, depuis 2013, un cadre réglementaire spécifique s'est installé pour les ventes bancaires réalisées par les intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement [12]. Ces dispositions prennent acte de l'installation durable de la vente bancaire en tant qu'activité autonome, dotée de son propre cadre juridique, avec un régime, pour l'heure, différent selon que ces ventes sont réalisées dans une agence bancaire ou par un courtier.

Ce mouvement se confirme encore en 2014, avec la création d'un statut juridique pour les intermédiaire en financement participatif[13]. La finance participative s'affirme comme une forme autonome de distribution de crédits.

Après son émergence, ces transformations fortes de la commercialisation des services bancaires confirment l'installation d'un droit de la distribution bancaire, aux contours spécifiques [14],[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alain Rey (dir), Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaires Le Robert, 1998, p. 320.
  2. a et b Jacques Le Goff, Marchands et banquiers du Moyen Âge, PUF,‎ 2001, 128 p. (ISBN 2130514790)
  3. Jean Favier, De l'Or et des épices : naissance de l'homme d'affaires au Moyen Âge, Fayard, Hachette Littératures, coll. Pluriel Histoire, 1987, p. 289.
  4. Les Cahorsins (écrits aussi Caorcins, Caorsins, Caoursins, Cahorsijnen, Cawarsini) désigent à cette époque spécifiquement les usuriers puis plus généralement les banquiers de tout pays et toute origine (terme qui a pour origine la ville de Cahors qui est le siège à partir du XIIe siècle des premiers comptoirs des banquiers lombards).
  5. Histoire de la monnaie
  6. (en) Michael D. Bordo, « A Brief History of Central Banks », dans Economic Commentary, 12 janvier 2007
  7. a et b Emmanuel Laurentin, « Débat sur les banques et l'état au XIXe », dans La Fabrique de l'histoire, 15 mars 2012
  8. Les créances commerciales escomptables sur la place de Londres ou auprès de la Banque de France.
  9. H. BONIN, La banque et les banquiers en France, Larousse 1992, ISBN 2-03-720220-2
  10. a et b Hervé de Carmoy, « Banques et banquiers », émission La Fabrique de l'histoire, 12 mars 2012
  11. a et b Les Hedge funds et la crise financière internationale André Cartapanis et Jérôme Teïletche, FFSA
  12. Laurent Denis La nouvelle réglementation 2013 des IOBSP
  13. Laurent Denis http://www.village-justice.com/articles/Crowdfunding-emporte-par-foule,17057.html
  14. Hervé Causse Le Droit de la distribution bancaire
  15. Agefi [1]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hubert Bonin, La banque et les banquiers en France du Moyen Âge à nos jours, Larousse, 1992
  • Jacques Mérand, Histoire de la banque, Office de distribution de matériel pédagogique, Paris, 1975

Lien externe[modifier | modifier le code]