Créatifs culturels

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Les créatifs culturels (en anglais américain « Cultural Creatives » dont le sens est plus proche de « créateurs de culture », traduction préférée par certains[1]) sont un vaste groupe socio-culturel qui serait à la pointe du changement social, et qui a été mis en évidence par le sociologue américain Paul Ray et par la psychologue américaine Sherry Anderson. Ils regroupent des individus ayant en commun d'adopter une vision globale et « intégrale » du monde, et le partage d'un ensemble de valeurs. Les individus composant ce groupe socio-culturel cherchent notamment à favoriser la faible dépendance vis-à-vis des modes de consommation industrialisés, de chercher à favoriser le développement personnel et spirituel, de remettre l’humain au cœur de la société, de refuser les dégradations environnementales, notamment celles induites par l'exploitation des ressources naturelles et de rechercher des solutions nouvelles aux problèmes personnels ou sociaux (par exemple sans fausse antinomie entre engagement et vie personnelle). Composant moins de 4 % de la population nord-américaine avant les années 1960, ils rassemblaient 26 % de la population adulte en 1999 (50 millions d'adultes), et 34,9 % de la population adulte en 2008 (80 millions d'adultes).

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Cette expression, inventée par le sociologue américain Paul Ray et la psychologue américaine Sherry Anderson a fait l'objet d'un livre: The Cultural Creatives: How 50 Million People Are Changing the World (Harmony Books, Octobre 2000), traduit en français aux éditions Yves Michel, sous le titre: L'émergence des créatifs culturels. Enquête sur les acteurs d'un changement de société. Ce concept, traduit en français par l'expression de « Créatifs Culturels », pourrait également être traduit par les termes de « créateurs de culture » puisque ces nouveaux acteurs ne seraient ni plus ni moins en train d'inventer une nouvelle culture pour le XXIe siècle. Le journaliste français Patrice Van Eersel, du magazine Nouvelles Clés, y voit l'émergence d'une culture post-moderne[2].

Les Créatifs Culturels intègrent simultanément quatre pôles de valeurs, qu'ils mettent en pratique:

  1. l'ouverture aux valeurs féminines (place des femmes dans la sphère publique, question de la violence faite aux femmes...)
  2. l'intégration des valeurs écologiques et du développement durable (avec un intérêt pour l'alimentation biologique et les méthodes "naturelles" de santé)
  3. l'implication sociétale (implication individuelle et solidaire dans la société)
  4. le développement personnel (avec une dimension spirituelle, et un intérêt pour les nouvelles formes de spiritualité, l'idée étant: "connais toi toi-même si tu veux agir sur le monde")

Les Créatifs Culturels se diviseraient en deux sous-populations :

  • un noyau central, dit "avancé". Ce sont les "Créatifs Culturels spiritualistes". Ces leaders de la nouvelle culture se préoccuperaient à la fois de l'aspect environnemental, de l'aspect sociétal (justice sociale) ainsi que du développement "psycho-spirituel".
  • une périphérie, composée de "Créatifs Culturels écologistes", qui n'incluent pas vraiment la dimension spirituelle dans leur univers. Pour ces Créatifs Culturels, à la différence des "Créatifs Culturels spiritualistes", le lien entre développement personnel et l'engagement social ou l'écologie n'irait pas de soi, et ne se ferait que prudemment.

Selon Patrice Van Eersel, "la genèse des Créatifs Culturels n'a rien de mystérieux"[2] , puisque les Créatifs Culturels seraient bel et bien les "descendants" de nombreux mouvements construits dès les années 60, comme les mouvements pour les droits civiques, les mouvements féministes, les mouvements pacifistes, ceux écologistes, ou encore ceux pour l'éveil de la conscience, pour n'en citer que quelques-uns.

Un autre trait marquant de ce groupe est l'absence, à l'heure actuelle, de conscience de sa propre existence. Autrement dit, la plupart des personnes entrant dans la catégorie des « Créatives Culturels» se croit relativement isolée, et l'estimation de la proportion de population partageant les mêmes convictions, de la part des personnes interrogées dans le groupe, s'étale seulement entre 1 et 5 %. Aux États-Unis, ils représentent entre 20 et 25 % de la population américaine ne se rattachant ni aux conservateurs religieux ni aux modernistes convaincus, c'est-à-dire les deux groupes socio-culturels le plus souvent reconnus aux USA. Les auteurs ont donné à ce groupe le nom de Créatifs Culturels.

Selon les auteurs, le phénomène n'est pas propre à une catégorie socio-professionnelle, ni à une ethnie, ni à une tranche d'âge, et la totalité de la population est touchée au même niveau, sauf une très légère prédominance des milieux éduqués/aisés. Ceci est le critère qui a fait dire aux auteurs de l'ouvrage qu'il s'agit bien d'un mouvement de fond, et pas d'une mode passagère, comme l'a été le mouvement des hippies, qui avait touché surtout des jeunes adultes. Les Créatifs Culturels seraient également à distinguer des bobos (avec la figure du bourgeois-bohème)

La seconde vague d'études[modifier | modifier le code]

À la suite de la première étude sur les Créatifs Culturels, réalisée par Paul Ray et Sherry Anderson, une équipe internationale s'est constituée, sous le parrainage du Club de Budapest, club dirigé par le philosophe des sciences hongrois Ervin Laszlo, pour réaliser des études dans divers pays, comme la France, l'Allemagne, la Hongrie, les Pays Bas, la Norvège, l'Italie et le Japon[3]. En 2008, le sociologue Paul Ray a réalisé un nouveau sondage national aux États-Unis dans l'objectif d'actualiser les données présentes sur les Créatifs Culturels. Les résultats indiquent que les Créatifs Culturels composeraient désormais (en 2008) 34,9 % de la population nord-américaine adulte, soit 80 millions de personnes. Ces résultats indiquent également que les Créatifs Culturels représenteraient désormais entre 33 et 37 % de la population adulte d'Europe de l'Ouest, et du Japon, soit une moyenne de 35 %[4].

En France[modifier | modifier le code]

L’enquête sur les créatifs culturels en France a commencé fin 2005 et les résultats ont été synthétisés fin 2006. Elle montre que cette famille socio-culturelle compte 17 % [5] des Français, et surtout des Françaises, majoritaires(2/3).

Un livre, Les créatifs culturels en France, a été publié en février 2007. Cette vaste enquête a été menée par l’Association pour la Biodiversité Culturelle, laquelle a constitué un groupe de recherche depuis 4 ans, sous la direction scientifique du sociologue Jean-Pierre Worms.

Une première rencontre nationale des Créatifs Culturels a eu lieu dans les Cévennes les 31 mai et 1er juin 2008[6].

En Belgique[modifier | modifier le code]

Le mouvement "Créatifs Culturels en Belgique"[7] regroupe des personnes qui se reconnaissent comme créateurs de cette nouvelle culture en émergence. Il s'est donné pour but la promotion de valeurs et de comportements favorisant le développement d'une société plus responsable, inclusive, durable et porteuse de sens. Dans cette optique, il cherche à créer un sentiment de reconnaissance mutuelle entre les différents acteurs et promoteurs de ce type de société. Le mouvement organise des rencontres où se retrouvent ces personnes, des événements et des groupes périodiques visant à une prise de conscience et une intégration des valeurs et comportements qui sont l'essence des Créatifs Culturels.

En 2012, le mouvement belge a lancé une étude sur l'évolution des valeurs et des comportements. Près de trois mille personnes y ont participé. Les résultats de cette enquête ont été publiés fin 2013[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]