Miloš Zeman

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Miloš Zeman
Illustration.
Miloš Zeman en 2017.
Fonctions
Président de la République tchèque
En fonction depuis le
(5 ans, 5 mois et 12 jours)
Élection 26 janvier 2013
Réélection 27 janvier 2018
Président du gouvernement Petr Nečas
Jiří Rusnok
Bohuslav Sobotka
Andrej Babiš
Prédécesseur Václav Klaus
Président du Parti des droits civiques[N 1]

(2 mois et 23 jours)
Prédécesseur Parti fondé
Successeur Vladimir Hönig (intérim)
Vratislav Mynář
Président du gouvernement tchèque

(3 ans, 11 mois et 25 jours)
Président Václav Havel
Gouvernement Zeman
Législature 3e
Coalition ČSSD
Prédécesseur Josef Tošovský
Successeur Vladimír Špidla
Président de la Chambre des députés

(2 ans et 20 jours)
Législature 2e
Prédécesseur Milan Uhde
Successeur Václav Klaus
Président du Parti social-démocrate

(8 ans, 1 mois et 10 jours)
Prédécesseur Jiří Horák
Successeur Vladimír Špidla
Biographie
Date de naissance (73 ans)
Lieu de naissance Kolín (Allemagne nazie)
Nationalité Tchèque
Parti politique KSČ (1968-1970)
ČSSD (1992-2007)
SPO (2009-2013)
Conjoint Ivana Bednarčíková
(depuis 1993)
Diplômé de École supérieure d'économie de Prague
Profession Économiste
Religion Athée
Résidence Château de Prague

Signature de Miloš Zeman

Miloš Zeman
Présidents de la République tchèque
Présidents du gouvernement tchèque

Miloš Zeman, né le à Kolín (alors dans le protectorat de Bohême-Moravie), est un homme d'État tchèque, président du gouvernement de 1998 à 2002 et président de la République depuis 2013.

Économiste de formation, il adhère au Parti communiste tchécoslovaque en 1968, mais le quitte deux ans plus tard. Il est dès lors en conflit avec le pouvoir en place, ce qui lui vaut d'être surveillé et sanctionné par les autorités communistes.

Après avoir pris part à la révolution de Velours, il est élu en 1993 président du Parti social-démocrate tchèque (ČSSD), dont il fait une force politique incontournable. Il est élu président de la Chambre des députés en 1996 et devient président du gouvernement en 1998, conduisant un cabinet minoritaire soutenu par la première formation de l'opposition. Il ne se représente pas en 2002 et échoue à se faire élire président de la République en 2003.

À l'issue de l'élection présidentielle de 2013, où il se présente sous les couleurs de sa propre formation, le Parti des droits civiques, il devient le troisième président de la République tchèque et le premier chef de l'État élu au suffrage universel direct. Il est élu pour un second mandat lors de l'élection présidentielle de 2018.

Pendant sa présidence, particulièrement clivante, il exerce un rôle important sur la scène politique. D'obédience sociale-démocrate, il est souvent qualifié de populiste et s'oppose à l'immigration en provenance de pays musulmans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Il naît le à Kolín, en protectorat de Bohême-Moravie, près de Prague.

Ses parents divorcent quand il a deux ans. Il est élevé par sa mère, qui est professeur[1].

Sous le régime communiste[modifier | modifier le code]

À la fin de ses études secondaires, en 1963, Miloš Zeman est interdit d'études supérieures, après la publication d'un article sur Tomáš Masaryk. Admis à l'École supérieure d'économie de Prague en 1965, il suit les cours à distance deux années durant, puis rejoint l'université en 1967.

Il adhère au Parti communiste tchécoslovaque (KSČ) l'année d'après, en 1968, et obtient son diplôme avec une thèse sur la prévision économique en 1969. Il commence alors à enseigner la prospective aux étudiants de l'école. En 1970, il est exclu du parti pour avoir fait part de son opposition à l'invasion de la Tchécoslovaquie par le Pacte de Varsovie[2]. Il critique l'économie communiste[3].

Pendant un an, Miloš Zeman est au chômage, frappé d'une interdiction de travail. En 1971, celle-ci est levée et il est recruté par la société Sportpropag en tant que prévisionniste économique[4]. Sur instruction du comité central du KSČ, à la suite de publications prétendument anti-communistes, il est licencié en 1984, mais retrouve un emploi au sein de la société Agrodat la même année.

Il est de nouveau contraint de quitter son travail en 1989, quelques mois avant la révolution de Velours, pour avoir publié dans le Technický magazín un article critiquant le totalitarisme du pouvoir en place[5],[6].

Révolution et adhésion au ČSSD[modifier | modifier le code]

Après avoir critiqué l'état de l'économie à la télévision tchécoslovaque puis participé à la grande manifestation du , il convoque des réunions dans les théâtres et à l'université dans le centre de Prague. En , le Forum civique (OF) le coopte à la Chambre des peuples de l'Assemblée fédérale de Tchécoslovaquie. Élu aux élections libres de alors que l'OF emporte 50 des 75 sièges à pourvoir en République tchèque, il entre au bureau de l'assemblée et prend la présidence de la commission du Budget.

En 1992, il adhère au Parti social-démocrate tchèque (ČSSD). Au mois de juin, il est élu à la Chambre des députés de l'Assemblée fédérale. En octobre, il présente et fait adopter, par les deux chambres, une résolution demandant la création d'une « Union tchéco-slovaque », sur un modèle confédéral, grâce aux voix du Mouvement pour une Slovaquie démocratique (HZDS), alors que ce dernier avait négocié, avec le Parti civique démocrate (ODS), tchèque, la séparation de la Tchécoslovaquie[7].

Le , à la suite de la séparation, il est désigné président du ČSSD.

Président de la Chambre des députés[modifier | modifier le code]

Lors des élections législatives tchèques des 31 mai et , le ČSSD remporte 26,4 % des voix et 61 sièges sur 200, soit vingt points et 45 sièges de plus que lors du scrutin de 1992, ce qui en fait la deuxième formation du pays.

Après une médiation du président de la République, Václav Havel, il passe un accord avec l'ODS de Václav Klaus, ce qui lui permet d'être élu président de la Chambre des députés[8],[9].

Président du gouvernement[modifier | modifier le code]

Miloš Zeman et le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, en 2002.

En vue des élections législatives anticipées de , il fait campagne en promettant de renverser le déclin de la productivité, d'arrêter la dégradation du niveau de vie, de réduire le chômage et de mettre fin à la criminalité des « cols blancs » liée aux privatisations[10]. Les sociaux-démocrates remportent 32,3 % des suffrages et 74 députés, devenant la première force politique tchèque.

Ayant conclu un accord (« accord d'opposition » ou « pacte de stabilité ») avec l'ODS, qui assure son remplacement par Klaus à la présidence de la chambre basse et par lequel le parti libéral s'interdit de voter une motion de censure[11], il devient président du gouvernement de la République tchèque le . Le but inavoué de l'accord est de réduire l'influence de l'Union chrétienne démocrate - Parti populaire tchécoslovaque (KDU-ČSL) et de l'Union de la liberté (US), les deux petits partis centristes soutenus par Václav Havel[12].

Sous le gouvernement de Miloš Zeman, qui se montre partisan d'une « économie sociale de marché », l'économie tchèque voit une augmentation des investissements étrangers[13]. Pour autant, la corruption demeure présente ; à ce titre, des personnalités de l'ODS sont accusées d'avoir reçu des postes à responsabilité dans des entreprises publiques dans le cadre de l'« accord d'opposition » avec le ČSSD[14].

Dans un entretien accordé au magazine autrichien Profil en janvier 2002, Miloš Zeman justifie l'expulsion des Allemands des Sudètes à la fin de la Seconde Guerre mondiale, rappelant qu'ils ont été la « cinquième colonne d'Hitler » ; ces déclarations irritent ses homologues allemand et autrichien[15]. Il conseille par ailleurs aux Israéliens d'appliquer la même méthode d'expulsion aux Palestiniens, affirmant que Yasser Arafat lui rappelle Adolf Hitler[16].

Le , il est remplacé à la présidence du Parti social-démocrate tchèque par Vladimír Špidla, vice-président du gouvernement et ministre du Travail et des Affaires sociales. Dans la foulée, il décide de ne pas se représenter aux élections législatives des 14 et 15 juin 2002, qui voient de nouveau la victoire du ČSSD. Le , Vladimír Špidla, à la tête d'une alliance avec la KDU-ČSL et l'US-DEU, lui succède à la tête du gouvernement. Miloš Zeman se retire alors de la vie politique, décidant de vivre dans un village de la région de Vysočina, tout en continuant à user de son influence en politique[17].

Élection présidentielle de 2003[modifier | modifier le code]

En octobre et , une élection primaire est organisée par le ČSSD pour désigner son candidat à l'élection présidentielle de 2003. Miloš Zeman obtient 49,5 % des voix, devançant Jaroslav Bureš (24,8 %), Otakar Motejl (20,5 %) et Martin Potůček (5,2 %). Cependant, les résultats n'étant pas contraignants, plusieurs dirigeants du ČSSD appellent à une autre candidature[18]. Le parti choisit finalement de soutenir Jaroslav Bureš au premier tour de l'élection avec pour idée que Miloš Zeman se présente au second tour[19],[20].

Le , après l'échec de Jaroslav Bureš, Miloš Zeman se présente au second tour de l'élection présidentielle, organisée au scrutin indirect (vote du Parlement). Bien que donné favori, il est éliminé à l'issue du premier vote du second tour, n'étant pas parvenu à faire le plein des voix dans son camp et ayant échoué à obtenir le ralliement des communistes[15]. Son côté clivant est avancé pour expliquer cet échec[15]. Václav Klaus est finalement élu et Miloš Zeman quitte la vie politique[13].

Retour en politique avec le SPOZ[modifier | modifier le code]

Bien qu'officiellement en retrait du monde politique, il continue à s'intéresser aux affaires publiques[3]. En , il quitte le ČSSD en raison de désaccords avec son président, Jiří Paroubek[21].

En , il annonce la création du Parti des droits civiques – les Zemaniens (SPO ou SPOZ), formation de tendance sociale-démocrate dont il prend la présidence à l'issue de son congrès fondateur, le . Lors des élections législatives de mai 2010, le SPOZ obtient 4,3 % des suffrages alors que le seuil pour entrer à la Chambre est de 5 %. Face à ce résultat, Miloš Zeman démissionne immédiatement de la présidence du SPOZ. Il en devient le président d'honneur en novembre suivant.

Le SPOZ échoue également à dépasser le seuil des 5 % aux élections législatives de 2013. L'année suivante, il abandonne dans sa dénomination toute référence à Miloš Zeman.

Élection présidentielle de 2013[modifier | modifier le code]

Candidat arrivé en tête par district au second tour :
  •      Miloš Zeman
  •      Karel Schwarzenberg

Il explique son retour en politique par la tenue de l'élection présidentielle de 2013 au suffrage universel direct et non pas indirect, comme pour les précédentes[14]. Le , il se déclare candidat à l'élection présidentielle. Durant la campagne, il se pose en candidat europhile et se prononce pour l'adoption de l'euro par la République tchèque[22]. Il critique sur de nombreux points l'attitude de son prédécesseur, Václav Klaus, eurosceptique, ainsi que la politique d'austérité menée dans le pays[13].

Avec 24,2 % des suffrages exprimés, il arrive en tête du premier tour, devant le premier vice-président du gouvernement et ministre des Affaires étrangères, Karel Schwarzenberg (23,4 %), candidat de TOP 09[23]. Le candidat social-démocrate, Jiří Dienstbier, arrivé quatrième avec 16,1 % des voix, et le Parti communiste de Bohême et Moravie (KSČM), qui ne présentait pas de candidat, lui apportent leur soutien[24].

Au second tour, le , Miloš Zeman obtient 54,8 % des voix, réalisant ses meilleurs scores dans les petites villes et les zones rurales[13],[25]. Il devient ainsi le premier président tchèque élu au suffrage universel direct[N 2].

Président de la République[modifier | modifier le code]

Entrée en fonction[modifier | modifier le code]

Miloš Zeman lors de son investiture, le .

Le 8 mars 2013, Miloš Zeman prête serment au château de Prague, devenant ainsi le troisième président de la République tchèque. Le 3 avril suivant, il préside la cérémonie de la montée du drapeau européen sur le château de Prague, en compagnie du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso[26].

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Crise politique de 2013[modifier | modifier le code]

Dès son arrivée à la présidence, Miloš Zeman se pose en opposant du gouvernement de centre-droit de Petr Nečas, qui est affaibli par des affaires de corruption et qui ne dispose plus de la majorité au Parlement[13]. Le gouvernement Nečas démissionne en juin 2013.

Miloš Zeman charge alors son conseiller Jiří Rusnok, économiste, de former un cabinet de technocrates. Plusieurs personnalités politiques et juristes voient dans cette décision une entorse à la Constitution[27],[28],[N 3]. Le 7 août 2013, par 93 voix contre 100, le gouvernement Rusnok n'obtient pas la confiance de la Chambre des députés[29]. Bien qu'ayant précédemment déclaré vouloir gouverner même sans cette confiance, Jiří Rusnok annonce sa démission et la Chambre des députés est dissoute[30].

Les élections législatives anticipées, convoquées en octobre 2013, voient la victoire relative des sociaux-démocrates du ČSSD avec 20,5 % des voix. La pratique voulant que le chef de l'État confie au chef du parti arrivé en tête des élections la tâche de former un gouvernement, c'est en théorie vers le président du ČSSD, Bohuslav Sobotka, que Miloš Zeman doit se tourner. Le président exprime cependant ses réticences à nommer Sobotka, appelant à un changement de direction au sein de son ancien parti[31], vraisemblablement au profit du vice-président du ČSSD, Michal Hašek (en), considéré comme un de ses fidèles[32]. Le , Bohuslav Sobotka est formellement désigné président du gouvernement, à la tête d'une coalition ČSSD-ANO-KDU-ČSL[33],[34].

Dénomination du pays[modifier | modifier le code]

En avril 2016, les autorités tchèques annoncent leur intention de demander à l’ONU le changement de nom de la République tchèque au profit de « Tchéquie ». Ce changement de dénomination était prôné depuis plusieurs années par Miloš Zeman, qui jugeait l'ancien nom trop « froid »[35]. Cette mesure est jugée comme étant un coup porté à l’héritage de Václav Havel, rival historique de Zeman[35].

Critiques envers l'islam[modifier | modifier le code]

Il s'exprime à plusieurs reprises de manière critique envers l'islam et l'immigration en provenance de pays musulmans[36],[37]. S'il loue l'intégration des étrangers arrivés en République tchèque, notamment les Vietnamiens et les Ukrainiens, il juge ce processus « pratiquement impossible » pour les populations musulmanes en raison de leurs différences de culture avec les pays européens[38]. Il dénonce en particulier une religion qu'il perçoit comme « beaucoup plus agressive et intolérante » que les autres et comme discriminatoire envers les femmes[39].

Commentant les attentats du 13 novembre 2015 en France, il demande la création d'une frontière sécurisée de l'Union européenne, qui n'a selon lui, en dépit des promesses de l'UE, pas été mise en place[40]. En août 2016, après plusieurs attaques terroristes ayant eu lieu en Europe, Jiri Ovcacek, porte-parole de la présidence, annonce qu'il « s'oppose à tout accueil des migrants sur le territoire tchèque » afin de ne pas créer « un bouillon de culture propice à des attaques terroristes »[41].

Crise gouvernementale de 2017-2018[modifier | modifier le code]

Lors des élections législatives d'octobre 2017, Miloš Zeman soutient Andrej Babiš (parti ANO, populiste de droite), qui sort victorieux du scrutin et qu'il nomme président du gouvernement en décembre[42].

Bien que Babiš ne parvienne à conclure une alliance lui assurant une majorité absolue à la Chambre des députés, Miloš Zeman, en pleine campagne présidentielle, annonce qu'il le renommera président du gouvernement jusqu'à ce qu'il parvienne à former un gouvernement. Il lui conseille de s'allier au parti Liberté et démocratie directe (SPD) et au Parti communiste (KSČM), mais cette hypothèse se heurte à l'opposition de dirigeants de l'ANO[43].

Finalement, un accord de coalition est signé en mai 2018 entre Andrej Babiš et les sociaux-démocrates[44].

Action internationale[modifier | modifier le code]

Union européenne[modifier | modifier le code]
Miloš Zeman recevant le président d'Israël, Reuven Rivlin, en 2015.

Avant de devenir président de la République, il se décrit comme un fédéraliste et soutient l'adhésion de la République tchèque à l'Union européenne[45],[46],[47].

Après avoir remporté l'élection présidentielle de 2013 avec un programme favorable à l'intégration européenne, il prend une série de décisions pro-UE qui tranchent avec celles de son prédécesseur Václav Klaus, eurosceptique[48]. Le , il fait ainsi hisser le drapeau européen au château de Prague, siège de la présidence tchèque[48]. Le même jour, il signe le traité intergouvernemental instaurant le Mécanisme européen de stabilité, qui avait été ratifié par le Parlement tchèque mais que Václav Klaus refusait de signer, ce qui faisait de la République tchèque le dernier pays de l'UE à ne pas avoir ratifié ce traité[48],[49],[50].

Mais au fil de sa présidence, il se montre plus critique envers l'Union européenne, qu'il compare à l'URSS en matière de limitation des souverainetés nationales[46],[51],[52]. Lors de la crise migratoire en Europe, il s'oppose à la répartition sans plafond des migrants entre les pays de l'Union européenne et appelle à une prise de décision par consensus[51],[53].

S'affichant en partisan de la démocratie directe, il se prononce pour la tenue d'un référendum sur le maintien de la République tchèque dans l'Union européenne, tout en précisant qu'il voterait contre la sortie[54]. Début 2016, il défend la légitimité du gouvernement polonais, conduit par la conservatrice Beata Szydło, et déclare que l'Union européenne, plutôt que de critiquer la Pologne, devrait « se recentrer sur sa tâche première : celle de défendre les frontières extérieures de l'Union »[55].

Malgré ses réserves sur le fonctionnement de l'Union européenne, il reste en 2017 favorable à l'adoption de l'euro par son pays[51].

Il suscite l'hostilité des médias occidentaux libéraux : The Guardian le qualifie ainsi de « président d'extrême droite »[56].

Balkans[modifier | modifier le code]

Bien que la République tchèque fasse partie des États ayant reconnu l'indépendance du Kosovo, Miloš Zeman estime que la reconnaissance du Kosovo viole la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies garantissant l'intégrité territoriale de la Serbie[57]. Il qualifie le Kosovo d'État « terroriste et mafieux »[58] et dénonce le « double standard » des dirigeants occidentaux, qui reconnaissent l'indépendance du Kosovo tout en réprouvant les événements intervenus en Crimée à partir de 2014[57].

En août 2017, il affirme que la Bosnie-Herzégovine pourrait être une base de soutien à l'État islamique, ce qui cause une crise diplomatique avec les dirigeants bosniens[59].

Russie[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de la guerre du Donbass, il s'oppose aux sanctions décidées par l'UE contre la Russie. En mai 2015, il participe à Moscou aux cérémonies de commémoration de la Seconde Guerre mondiale, boycottées par la plupart des dirigeants occidentaux ; à ce sujet, il annonce à l'ambassadeur américain, qui s'était montré critique à son égard, que les portes du château de Prague lui sont fermées[60]. En septembre 2015, il est le seul chef d’État européen présent à Pékin au défilé militaire de commémoration de la capitulation du Japon[17].

Chine[modifier | modifier le code]

Au cours de sa présidence, Miloš Zeman affiche des positions favorables à la Chine. En 2014, il déclare qu'il souhaite savoir comment la Chine a « stabilisé » sa société[61]. En 2016, il reçoit à Prague le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, et émet des critiques envers les manifestants qui s'opposent à cette visite[62],[63],[64],[65].

Miloš Zeman est notamment conseillé sur les questions économiques par Ye Jianming, fondateur et président de l'entreprise CEFC China Energy, qui a des liens étroits avec l'Armée populaire de libération[66],[67],[68].

États-Unis et OTAN[modifier | modifier le code]
Miloš Zeman avec Michelle et Barack Obama en 2015.

Après avoir œuvré à l'adhésion de la République tchèque à l'OTAN dans les années 1990, il prône, comme pour l'Union européenne, la tenue d'un référendum sur le maintien du pays au sein de l'organisation militaire ; il indique qu'à cette occasion il voterait contre la sortie[54].

En mars 2015, il dénonce les protestations contre le passage en République tchèque du convoi de l'armée américaine ayant réalisé des exercices pour l'OTAN dans les pays baltes (Operation Dragoon Ride)[69]. Il déclare à cette occasion : « Ces derniers mois, je me suis battu contre les idiots anti-Russes et depuis peu je dois également me battre contre les idiots anti-américains […] Je ne suis pas d'accord pour dire que les troupes américaines constituent une armée d'occupation pour une raison simple : nous avons expérimenté l'occupation à deux reprises durant le siècle dernier et nous savons à quoi cela ressemble. »[69].

Il est un des rares chefs de l'État à soutenir la candidature de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine de 2016[70],[71].

Appui à Israël[modifier | modifier le code]

De longue date, il fait partie des dirigeants prônant la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël[72]. En décembre 2017, comme Donald Trump l'a fait pour l'ambassade américaine, il propose la délocalisation de l'ambassade tchèque à Jérusalem[73]. Il avait déjà fait cette proposition en octobre 2013, mais la classe politique tchèque s'était montrée réservée sur la question[74]. Il qualifie de « lâche » l'Union européenne, qui selon lui « fait tout pour qu'un courant terroriste pro-palestinien prenne le dessus sur un courant pro-israélien »[75],[76]. En avril 2018, il célèbre au château de Prague le 70e anniversaire de la création de l'État d'Israël, une situation inédite sur la scène internationale[77],[78],[79].

Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

Durant la guerre civile syrienne, il soutient le régime de Bachar el-Assad contre les groupes d'islamistes radicaux. En septembre 2015, il émet la possibilité de voir un accord de paix signé à Prague[80]. En avril 2018, il se montre hostile aux bombardements aériens des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni contre des installations du régime syrien[81],[82].

Réélection[modifier | modifier le code]

Miloš Zeman et Vladimir Poutine en 2017.

Le , il annonce sa candidature à un second mandat lors de l'élection présidentielle de 2018[83]. Il déclare qu'il ne fera pas campagne et limite le montant de ses dépenses[84]. Il reçoit le soutien du SPO, dont il est toujours président d'honneur, et celui — implicite — du parti Liberté et démocratie directe (SPD), classé à l'extrême droite de l'échiquier politique[85],[73]. Plusieurs dirigeants du Parti social-démocrate et du Parti communiste soutiennent également sa candidature[86],[87],[88].

Il arrive en tête du premier tour, le , avec 38,6 % des suffrages exprimés, devant Jiří Drahoš (26,6 %), candidat centriste et pro-Union européenne[89]. Pavel Fischer, Michal Horáček, Marek Hilšer, Mirek Topolánek et Vratislav Kulhánek, qui totalisent à eux cinq 33 % des voix du premier tour, appellent à voter pour Jiří Drahoš alors que seul le nationaliste Petr Hannig (0,6 %) se prononce pour Miloš Zeman[90].

Critiqué pour son exercice du pouvoir, son côté clivant et son état de santé, il intensifie le rythme de sa campagne[91]. L'entre-deux-tours se cristallise principalement autour de deux thématiques : la crise migratoire (le président sortant accuse son adversaire d'être favorable à un accueil massif de migrants en République tchèque)[92] et la présidence du gouvernement (deux jours avant le second tour, Zeman charge à nouveau Andrej Babiš de former un gouvernement, ce qui suscite l'opposition de Drahoš)[93],[94].

Miloš Zeman est réélu le , avec 51,37 % des suffrages exprimés[95],[96]. Le scrutin est marqué par une participation de 66,6 %[89], un niveau record depuis les élections législatives de 1998. Il prête serment pour un second mandat le [97].

Vie privée et familiale[modifier | modifier le code]

Sa fille, Kateřina Zemanová.
Miloš Zeman en 2008.

De 1971 à 1978, il est marié à Blanka Zemanová. Ils ont ensemble un fils, David (cs) (né en 1971), qui deviendra un célèbre neurologue et biochimiste.

Divorcé de Blanka, Miloš Zeman se remarie en 1993 avec sa collaboratrice Ivana Bednarčíková. Il a avec celle-ci une fille, Kateřina (cs) (née en 1994), très visible médiatiquement à partir de la campagne présidentielle de 2013[98].

Interrogé sur ses croyances religieuses, il se déclare athée « tolérant »[99],[100].

Personnalité et image[modifier | modifier le code]

Pendant sa carrière politique, il use régulièrement de la provocation et adopte un ton particulièrement polémique à l'égard de ses opposants et des journalistes[17]. Il bénéficie d'une image d'homme jovial ayant recours à un franc-parler pouvant tourner à la vulgarité[13].

Son goût prononcé pour l'alcool, de notoriété publique, a conduit les médias à s'interroger sur son aptitude à gouverner[52],[101],[102],[103].

Alors qu'une neuropathie diabétique lui cause des difficultés pour se déplacer[52], son état de santé fait l'objet de rumeurs insistantes durant sa présidence[104],[105].

Décorations[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 1991 : Naše Posttotalitní krize a její možná východiska (« Notre crise post-totalitaire et ses issues possibles »)
  • 1998 : Varovná prognostika (« La prévision prémonitoire »)
  • 2005 : Jak jsem se mýlil v politice (« Comment je me suis fourvoyé en politique »)
  • 2006 : Vzestup a pád České sociální demokracie (« Ascension et chute de la social-démocratie tchèque »)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il est président d'honneur du parti depuis le .
  2. Il déclare à cette occasion : « J’estime également le vote des électeurs de mon adversaire, car avec leur participation, ils ont donné la preuve de leur activisme citoyen. […] Je promets qu’en tant que président élu par les citoyens, je m’efforcerai d’être le président de tous les citoyens ». Cf. « Miloš Zeman élu nouveau président de la République tchèque », Radio Prague, .
  3. Le vice-président du Parlement européen, Othmar Karas, et le président de la commission des Affaires étrangères, Elmar Brok, demandent que la Commission européenne vérifie rapidement si l'action de Zeman n’est pas contraire aux « valeurs » de l’Union européenne. Cf. « Des députés européens réclament une vérification rapide de la résolution de la crise gouvernementale en République tchèque », Radio Prague, .

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Miloš Zeman », novinky.cz (consulté le 27 janvier 2013).
  2. https://zpravy.idnes.cz/on-line-chat-milos-zeman-0sh-/domaci.aspx?c=A130102_150857_domaci_jw.
  3. a et b http://www.liberation.fr/planete/2013/01/26/l-ex-premier-ministre-de-gauche-milos-zeman-elu-a-la-presidence-tcheque_877020
  4. https://domaci.ihned.cz/politika/c1-59177640-zeman-kandidat-prezident.
  5. Voir Miloš Zeman, « Prognostika a přestavba », Technický magazín, no 8, août 1989, pp. 6-9.
  6. https://zpravy.aktualne.cz/domaci/byl-muzem-revoluce-20-let-pote-zemana-nikam-nepozvali/r~i:article:653326/?redirected=1515893956.
  7. « Coup de théâtre à Prague - Le pied de nez du Parlement aux indépendantistes », Le Soir, .
  8. « Accord sur la formation du nouveau gouvernement - Tchéquie, fin de match », Le Soir, .
  9. « Volby 2018: Miloš Zeman, kandidát na prezidenta - E15.cz », Zprávy E15.cz,‎ (lire en ligne).
  10. « L'étonnante résurgence du Parti communiste tchèque », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne).
  11. « La gauche accède au pouvoir grâce à l'opposition de droite ! Prague ou la politique du paradoxe », Le Soir, .
  12. « Václav Havel installe le gouvernement de Miloš Zeman - La Tchéquie reprend un peu de gauche », Le Soir, .
  13. a, b, c, d, e et f https://www.valeursactuelles.com/monde/republique-tcheque-un-europhile-de-gauche-au-chateau-38575
  14. a et b http://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/presidence-2013-milos-zeman-un-veteran-de-la-politique-en-quete-dune-derniere-aventure
  15. a, b et c « Deuxième élection présidentielle en République tchèque, 24 janvier 2003 », Fondation Robert-Schuman,
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  84. Avant le premier tour, il refuse de participer à tout débat télévisé et limite le montant de ses dépenses de campagne : dix jours avant le premier tour, celles-ci sont de seulement 1 800 couronnes tchèques contre plus de 20 millions pour ses deux principaux rivaux, Jiří Drahoš et Michal Horáček. Cf. https://www.novinky.cz/domaci/459244-topolanek-v-prosinci-ziskal-na-kampan-vice-penez-nez-drahos-na-horacka-presto-nema.html.
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Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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