Drapeau européen

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Drapeau européen
Le drapeau européen.
Le drapeau européen.
Utilisation FIAV 111011.svg Version officielle
Caractéristiques
Proportions 2:3
Adoption (CdE)
(CE)
Éléments Un cercle de douze étoiles d'or sur fond azur

Le drapeau européen est un drapeau décoré de douze étoiles d'or à cinq branches, l'une des branches pointée vers le haut, disposées à distance égale en cercle sur champ d'azur. Il représente la solidarité et l’union entre les peuples d’Europe.

Adopté le par le Comité des ministres du Conseil de l'Europe[1], il est devenu, à partir du , le symbole de toutes les institutions européennes, dont les Communautés européennes, puis de la Communauté européenne, à laquelle a succédé l'Union européenne. Il est ainsi le drapeau de deux organisations internationales distinctes du continent européen : le Conseil de l'Europe (47 États membres) et l'Union européenne (28 États membres).

Histoire du drapeau[modifier | modifier le code]

Le drapeau fédéraliste, emblème du Mouvement européen international : un E vert sur fond blanc
Drapeau originel de l'Union paneuropéenne internationale.

Historique[modifier | modifier le code]

L'histoire du drapeau remonte à l'année 1950. À cette époque, le Conseil de l'Europe, une organisation intergouvernementale regroupant les États européens d'alors qui existe depuis 1949 et qui veille notamment à défendre les droits de l'homme, cherche un symbole susceptible de le représenter. À cette fin, le Conseil charge une commission de traduire « les valeurs spirituelles et morales qui sont le patrimoine commun des peuples qui le composent » le [a]. Robert Bichet, qui est nommé rapporteur de cette commission, en a documenté la genèse qui s'étalera sur 5 ans[2], et où, à la suite d'un processus itératif et parfois non linéaire, les éléments constitutifs du drapeau actuels, fond bleu, couleur or, étoiles, cercle, nombre 12, finiront par s'imposer.

Emblèmes préexistants[modifier | modifier le code]

Le Secrétariat général du Conseil de l'Europe impose comme critères : explication symbolique satisfaisante, simplicité, lisibilité, harmonie, apparence plaisante, orthodoxie héraldique. En particulier, les deux emblèmes européens existants, outre qu'ils sont des emblèmes privés, ne donnent pas satisfaction. Sur l'emblème du Mouvement européen international, qui a déjà un large soutien en France[2] un « E » vert sur fond blanc, on prête à Paul Reynaud ce mot en décrivant le drapeau « un caleçon séchant sur un pré »[3]. Le drapeau du mouvement Pan-Europe, représentant un disque d'or et une croix rouge sur fond bleu suscite le rejet des délégués turcs[4].

Première proposition d'un drapeau à fond azur portant quinze étoiles en cercle[modifier | modifier le code]

Première version du drapeau européen à 15 étoiles
Première version du drapeau européen à 15 étoiles

Une douzaine de propositions sont retenues par la commission, dont les inspirations principales étaient la croix, symbole de la civilisation chrétienne et présent sur la moitié des drapeaux des États membres, le « E » du Mouvement européen, les étoiles, représentant les États membres, le soleil pour l'espoir naissant, le triangle pour la culture, et le blason de la ville de Strasbourg[2]. En parallèle, une exposition au palais de Tokyo (Paris) est organisée où un Allemand émigré au Japon, Carl Raymon, a l'idée nouvelle, dès 1950, d'une grande étoile dorée sur fond bleu[5][2]. Les couleurs bleu et or font des adeptes. L'or est un symbole de paix[6] et le bleu, utilisé par la féodalité, puis par la théologie et la royauté, représente finalement la souveraineté, qu'elle soit céleste ou terrestre[7]. Salvador de Madariaga (un antifranquiste né à La Corogne, 1886-1978) propose en décembre 1951 un champ d'azur avec des étoiles d'or aux places qu'occupent sur la carte les capitales des pays membres, avec une étoile plus grosse pour Strasbourg, siège du Conseil de l'Europe[8].

Les douze propositions initiales et la treizième de Salvador de Madariaga sont proposées pour décision à la Commission du règlement et des prérogatives. La croix est récusée par les socialistes et la Turquie, celle de Madariaga jugée trop complexe, mais l'idée d'étoiles sur fond bleu séduit et la CRP donne son accord provisoire pour un cercle d'étoiles sur fond bleu[9].

Le , Bichet annonce un fond d'azur portant un cercle de quinze étoiles d'or (le Conseil de l'Europe comporte alors 15 États membres)[10].

Passage de quinze étoiles à douze étoiles[modifier | modifier le code]

Cependant les Allemands s'opposent à ce que la Sarre, qui siégeait au Conseil, ait sa propre étoile, ce qui pourrait être interprété comme un signe en faveur de la pérennisation de son statut[11],[12]. Cette opposition va retarder la décision d'un an et aboutir à la création d'un comité ad hoc, toujours présidé par Bichet. Le , il met au vote huit anneaux d'or mais ce projet est retiré en raison des protestations pour la ressemblance avec le drapeau olympique (mentionné dans le rapport), mais aussi parce que les anneaux évoquent les chaînes de la servitude, pour des sémiologues, un cadran téléphonique et que les démocrates-chrétiens et les socialistes s'y opposent[13].

Le comité revint alors aux étoiles d'or en en fixant le nombre de façon définitive à douze[2]. Le Conseil de l'Europe ne comportait plus douze membres depuis août 1949 mais le comité préférait fixer un nombre symbolique, le nombre d'États appelés à rejoindre ce Conseil devant varier[13]. Le nombre douze symbolise en effet perfection, plénitude et unité, représentant le « mouvement dans la stabilité »[14]. La paternité de cette réduction serait imputée à une suggestion par Paul Michel Gabriel Lévy[15] [9], directeur de l'Information et de la Presse au Conseil de l'Europe. La paternité de la maquette du drapeau elle-même est imputable majoritairement, très probablement[9], à Arsène Heitz[b], agent au service courrier au Conseil de l'Europe et artiste peintre, qui dans le cadre d'un appel à projet qui reçut plus de cent soumissions[2] s'était pris d'intérêt pour la question et avait proposé de 1952 à 1955 de nombreuses versions à base de cercles d'étoiles sur fond bleu[16] (bien que d'autres propositions similaires[17] ont eu lieu en parallèle comme celle de Hanno F. Konnopath).

Adoption du drapeau par le Conseil de l'Europe[modifier | modifier le code]

Le , l'Assemblée parlementaire choisit à l'unanimité un emblème d'azur portant une couronne de douze étoiles d'or. Le Comité des ministres du Conseil de l'Europe adopte définitivement cette proposition lors de sa réunion du alors que le texte portant adoption du drapeau est signé le .

Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Liam Cosgrave, alors président du Comité des ministres, inaugure solennellement le drapeau au Château de la Muette, à Passy, devant les quatorze autres ministres, le 13 décembre de la même année[18].

Adoption du drapeau par les institutions des Communautés européennes[modifier | modifier le code]

Le Conseil de l'Europe invite ensuite les autres institutions européennes à adopter le même drapeau[19].

En 1983, le Parlement européen, élu au suffrage universel direct en 1979, a opté pour cet emblème pour lui-même par une résolution non contraignante et propose qu'il devienne le drapeau de la Communauté. Il faut dire qu'il siégeait alors, pour ses sessions ordinaires, dans un bâtiment loué au Conseil de l'Europe à Strasbourg qui arborait ce même drapeau. Finalement en juin 1985, le drapeau du Conseil de l'Europe a été adopté par tous les chefs d'État et de gouvernement des Communautés, comme l'emblème officiel des institutions européennes qui à cette époque portaient le nom de Communautés européennes, pour entrer en vigueur au , date à laquelle la Communauté européenne comporterait douze États membres, avec l'entrée de l'Espagne et du Portugal. Depuis le début de l'année 1986, le drapeau sert de symbole à toutes les institutions européennes[19]. Il est de plus en plus utilisé par les États membres, accolé ou associé aux drapeaux nationaux (bâtiments publics, défilés). Le drapeau européen est l'emblème unique de la Commission européenne, l'exécutif de l'Union européenne[19].

Conseil de l'Europe : le drapeau et un logotype distinctif[modifier | modifier le code]

Depuis, le Conseil de l'Europe a adopté comme logo un drapeau européen modifié par l'adjonction d'un « e » argenté, en cursif, pour marquer sa particularité[20],[21]. Contrairement au drapeau et à l'hymne, qui sont devenus des symboles de l'Union européenne, ce logo est un signe distinctif, propre au Conseil de l'Europe. L'organisation s'est dotée de ce logo à l'occasion de son 50e anniversaire, en mai 1999. Son maintien a été entériné par une résolution du Comité des ministres en 2000. Son usage est soumis à autorisation.

Chronologie du drapeau[modifier | modifier le code]

Année Événement
1949 Création du Conseil de l'Europe à la suite de la Seconde Guerre mondiale
1950 Déclaration Schuman qui provoque la naissance de la CECA
1955 Le Conseil de l'Europe adopte le drapeau européen comme symbole de l'unité européenne
1957 Création de la Communauté économique européenne (CEE) via le traité de Rome : Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et les Pays-Bas : « les Six »
1967 Fusion des institutions de la CEE, d'Euratom (1957) et de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (1951) pour former les Communautés européennes (CE).
1973 Le Royaume-Uni rejoint les CE, avec l'Irlande et le Danemark, tandis que la Norvège décide de ne pas adhérer, après un référendum négatif. 1er élargissement, les Six deviennent « les Neuf ».
1981 La Grèce rejoint les Neuf, créant « les Dix »
1986 Formation des « Douze » avec l'entrée du Portugal et de l'Espagne
À l'invitation du Conseil de l'Europe, les Communautés européennes adoptent alors le drapeau européen[19].
1992 Traité de Maastricht
1993 Ratification du Traité de Maastricht
1995 L'Autriche, la Finlande et la Suède rejoignent les Douze, créant « les Quinze » (la Norvège choisit, pour la 2e fois, de ne pas adhérer)
2004 Le 1er mai, Adhésion de Chypre, de l'Estonie, de la Hongrie, de la Lettonie, de la Lituanie, de Malte, de la Pologne, de la Slovaquie, de la Slovénie et de la République tchèque pour ce qui devient « les Vingt-Cinq » — le 29 octobre, le traité de Rome de 2004, une Constitution pour l'Europe définit le drapeau de l'Union comme un des cinq symboles de l'Union.
2007 La mention du drapeau européen est retirée du texte du traité modificatif qui remplace le traité constitutionnel. Mais dans l'acte final du traité, 16 des 28 États membres affirment leur attachement aux symboles de l'Union.

Description[modifier | modifier le code]

Description vexillologique[modifier | modifier le code]

Spécifications techniques

Le drapeau est rectangulaire avec une proportion (hauteur du guindant/longueur du battant[22]) de 2:3. Il est composé d'un cercle de douze étoiles d'or à cinq branches sur champ d'azur. Toutes les étoiles sont disposées avec une de leurs branches pointant vers le haut et sont équidistantes, le centre de quatre d'entre elles se trouvant sur l'un des axes vertical ou horizontal du cercle, telles les positions des heures sur le cadran d'une horloge. Chaque rayon d'étoile est égal à un dix-huitième de la hauteur du guindant[23].

La description vexillologique officielle donnée par l'Union européenne est : « Le drapeau européen est représenté par un cercle de douze étoiles d'or sur fond bleu. Les étoiles symbolisent les idéaux d'unité, de solidarité et d'harmonie entre les peuples d'Europe. »[23].

Couleurs[modifier | modifier le code]

PMS RVB Hexadecimal CMJN
rouge vert bleu cyan magenta jaune noir
     Bleu Reflex blue 0 51 153 003399 100 % 91 % 6 % 1 %
     Or Yellow 255 204 0 FFCC00 1 % 19 % 100 % 0 %

La couleur de base du drapeau est un bleu foncé (bleu reflex, un mélange de cyan et magenta), tandis que les étoiles d'or sont représentées en jaune. Les couleurs sont réglementées en fonction du nuancier Pantone (Pantone Matching System).

Description symbolique[modifier | modifier le code]

L'interprétation officielle fondatrice du Conseil de l'Europe, et toujours actuelle, est concise : sur le fond bleu du ciel d'Occident, les douze étoiles dorées forment un cercle représentant l'union des peuples d'Europe. Le nombre d'étoiles est invariable[24], le nombre douze symbolisant la perfection et la plénitude.

Sur cette base, de nombreuses interprétations se sont greffées.

  • Le nombre douze : il incarne la perfection et la plénitude.
    • Ce nombre correspond aux douze heures du jour et de la nuit (ce qui évoque le cadran d'une montre) mais aussi les douze mois de l'année. Cela signifie que l'Europe évolue.
    • Chronologiquement ce nombre trouve ses origines dans l'Antiquité où il était un diviseur et inverse du Système sexagésimal utilisé en mésopotamie, en Inde et en Asie. Ce symbole a marqué différentes cultures, notamment les douze divinités olympiennes (Dodekatheon), les douze constellations du zodiaque occidental (,,,,,,,,,,,), les douze travaux d'Hercule (Dôdekathlos), Loi des Douze Tables romaine (Lex Duodecim Tabularum).
    • L'ancien testament — peut-être sous influence mésopotamienne — cite le nombre douze dans plusieurs livres et à plusieurs reprises: dans le livre des Chroniques, dans le livre de l'Apocalypse, le livre des nombres, le livre de Josué, les livres des Rois.
    • Le Coran, cite également le nombre douze: les douze sources de la sourate de la Vache, les douze chefs de la sourate de la Table service, les douze tribus de la sourate Al-Araf, les douze mois d'Allah, de la sourate du repentir;
    • Selon Arsène Heitz, ce nombre a également eu pour inspiration la religion chrétienne : les douze étoiles de Marie inspirées de la Bible[c]. La trace du motif du choix de Heitz a été retrouvée dans une petite revue belge confidentielle, Magnificat, en 1989[25]. Dans cette revue, Heitz se disait « très fier que le drapeau de l'Europe soit celui de Notre-Dame[25] ». Les membres du Comité des ministres du Conseil de l'Europe qui adopte le drapeau, n'étaient pas conscients de cette inspiration.[réf. nécessaire] Selon René Laurentin, l'idée fausse de la couronne de la Vierge Marie flottant sur une Europe pour symboliser ses racines chrétiennes persiste[26]. Ce nombre a été faussement présenté comme le symbole des douze premiers États membres de l'Union européenne, puisqu'il existe depuis 1955. Il y a confusion avec un projet de drapeau à quinze étoiles, représentant les pays alors membre du Conseil de l'Europe, qui avait été proposé en 1953[27].
  • Le bleu : la couleur bleu azur représente le ciel.
  • Les étoiles : à cinq branches (pentagone étoilé régulier ou pentagramme), elles représentent les peuples d’Europe. Dans un discours prononcé à Strasbourg en 1990, Václav Havel considéra les douze étoiles comme un rappel que le monde pourrait devenir meilleur, si nous avions de temps en temps le courage de regarder vers les étoiles[28]. Elles sont représentées une pointe vers le haut, en pentagramme droit, communément associé à une symbolique positive à l'inverse du pentagramme inversé. Du fait de cette dissymétrie il convient de porter attention à l'accrochage du drapeau européen qui a donc un « haut » et un « bas » et il n'est pas rare de le voir à l'envers[29].
  • Le cercle : il est entre autres un symbole d'unité, de solidarité et d’harmonie. Les pointes des étoiles ne se touchent pas, le cercle reste donc ouvert, ce qui signifie que l’Europe ne constitue pas une société close, mais s’ouvre au contraire sur le monde.

Un vexillologue, Patrice de La Condamine, y voit un « message aterritorial », l'évocation de « ce continent sans rivages précis qui s'est construit en allant à la rencontre des peuples, apportant aux autres et assimilant ce que les autres lui apportaient[30] ».

Le cercle d'étoiles sur un drapeau n'est pas une nouveauté, puisque le premier drapeau des États-Unis comportait un cercle de treize étoiles blanches sur fond bleu.

Revendication d'une inspiration mariale[modifier | modifier le code]

Le drapeau européen fait l'objet de polémiques sur son inspiration réelle. Selon François Foret[31], professeur de science politique, qui fait par ailleurs un parallèle avec des débats existants autour du drapeau américain, l’enjeu est de rattacher le signe à une source d’autorité normative dont on pourra s’autoriser ensuite dans d’autres arbitrages politiques.

Malgré les refus successifs du Conseil de l'Europe puis de l'Union européenne dans l'interprétation officielle de leurs symboles de toute référence religieuse directe, malgré les témoignages des acteurs de la communication européenne des origines attestant le caractère tout à fait laïque du projet[31], le débat persiste aujourd'hui.

Le texte officiel signé le [27],[d] ne mentionne pas d'inspiration mariale :

« Sur le fond bleu du ciel d'Occident, les étoiles figurant les peuples d'Europe forment le cercle en forme d'union. Elles sont au nombre invariable de douze, symbole de la perfection et de la plénitude »

Un an après le choix du drapeau, le , au cours d'une cérémonie religieuse[32], le Conseil de l'Europe, désireux de laisser une trace de sa fondation dans la capitale alsacienne, a offert à la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg un vitrail pour remplacer le précédent soufflé par les bombardements. Le thème choisi est une Vierge aux bras étendus, œuvre du maître verrier Max Ingrand[33],[34],[32]. Lors de l'homélie de remise du vitrail, l'évêque de Strasbourg y voit en haut du vitrail les « 12 étoiles d'or du pavillon azure du Conseil de l'Europe »[32]. D'autre part, la Direction régionale des Affaires culturelles Alsace remarque que l'on y « reconnaît une couronne de douze étoiles sur fond d’azur, symbole marial extrait de l’Apocalypse »[35].

La revendication d'une influence mariale est plus tardive. Fervent catholique, Arsène Heitz aurait affirmé en 1989 dans la revue catholique belge Magnificat qu'il s'était inspiré « pour faire plaisir à sa mère » de la « médaille miraculeuse » de la Vierge Marie[36],[37], qui la représente avec une couronne de 12 étoiles qu'évoque l'Apocalypse de Jean[c].

Quarante ans après l'adoption du drapeau, apparaît un autre texte, « écrit en août 1995, à la demande et avec la collaboration de Ch. Sauter, aumônier de l’Hôpital, 71250 Cluny, et imprimé par ses soins » (sic). Dans ce texte, l'auteur, le père Pierre Caillon[9] affirme :

« Au mois[e] 1987, j’ai rencontré par hasard à Lisieux, devant le Carmel, un Monsieur modestement vêtu qui m’a dit : « C’est à moi qu’on a demandé de dessiner le Drapeau de l’Europe. J’ai eu subitement l’idée d’y mettre les douze étoiles de la Médaille Miraculeuse de la rue du Bac, sur fond bleu, couleur de la Sainte Vierge. Et mon projet fut adopté à l’unanimité, le 8 décembre 1955, fête de l’Immaculée Conception. […] tant qu’il a vécu, il aimait raconter son exploit : avoir dessiné le Drapeau de l’Europe et en avoir fait le Drapeau de la Sainte Vierge ! […] M. Lévy était secrètement d’accord pour faire aboutir discrètement le projet de M. Heitz en sauvant les apparences, afin de respecter la neutralité la plus absolue. Et malgré plus de 100 projets qui furent en concurrence, c’est le Drapeau de la Sainte Vierge qui triompha au dernier moment. Et ce triomphe se produisit fortuitement le , sans que personne ait pu chercher cette divine coïncidence. Le Drapeau de l’Europe est bien le Drapeau de Notre-Dame, Reine de la Paix ![réf. nécessaire] »

La date de la signature de l'adoption du drapeau ()[d] correspondant au jour de l'Immaculée Conception, cette concordance des dates a pu être présentée comme un argument en faveur de l'influence mariale[38],[39],[40].

Cette interprétation mariale est totalement absente de la genèse du drapeau telle que décrite par le rapporteur Robert Bichet[2] et a été démentie par Paul Michel Gabriel Lévy en charge du projet, qui revendique la réduction de quinze à douze étoiles sur fond d'argumentation politique, et affirme que la ressemblance avec la couronne de Marie n'est qu'une coïncidence qui lui a été indiquée postérieurement[15]. Elle ne rend pas compte non plus de pourquoi la première soumission de la commission en 1953 avait quinze étoiles.

Le journal allemand Die Welt en revanche considère que c'est Paul Michel Gabriel Lévy, baptisé catholique en 1949, qui aurait trouvé l'idée en passant devant une statue de la Vierge Marie où il apprécia l'effet des 12 étoiles brillantes sur fond de ciel bleu et aurait partagé son inspiration avec Lodovico Benvenuti[41], représentant à partir de mai 1954 de la Chambre italienne auprès de l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe[42].

Le théologien René Laurentin, spécialiste des apparitions mariales, voit la présence de la Vierge Marie « au cœur de plusieurs participants » à la création du drapeau européen comme un mythe[26].

Enfin, le spécialiste Carlo Curti Gialdino, auteur d'un livre consacré aux symboles de l'Union européenne, bien que défendant l'apport d'Arsène Heitz (dont les travaux majoritairement axés sur l'idée d'étoiles en cercles sur fond bleu sont documentés par le CVCE de 1952 à 1955[43]), rappelle que la commission décisionnaire avait déjà accepté le principe d'un cercle d'étoiles sur fond bleu dès 1951, et propose plutôt une inspiration liée au premier drapeau des États-Unis d'Amérique, dit « Betsy Ross »[9].

La critique est relayée en France par Le Canard enchaîné, qui publie le un article dédié à cette théorie[44],[f],[g]. Elle réapparaît dans le débat public en 2017, lorsque Jean-Luc Mélenchon dépose avec les autres députés de son parti, un amendement rejeté le , visant à retirer le drapeau européen de l’Assemblée nationale, au motif qu’il se serait agi d’un « symbole confessionnel »[37].

En février 2000, un article paru dans La Raison, le mensuel de la Fédération nationale de la libre pensée, affirme un lien entre le drapeau européen et le motif marial du vitrail de la cathédrale de Strasbourg[45].

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Statut dans l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Le traité établissant une Constitution pour l'Europe établissait en son article I-8, titré « Les symboles de l'Union », que le drapeau « le drapeau de l'Union représente un cercle de douze étoiles d'or sur fond bleu »[47]. Cet article n'est jamais entré en vigueur du fait du « non » lors des référendums français et néerlandais.

Dans le traité de Lisbonne qui suivit, 16 États membres ont signé une déclaration (n° 52), reconnaissant leur attachement au drapeau européen :

« 52. Déclaration du Royaume de Belgique, de la République de Bulgarie, de la République fédérale d'Allemagne, de la République hellénique, du Royaume d'Espagne, de la République italienne, de la République de Chypre, de la République de Lituanie, du Grand-Duché de Luxembourg, de la République de Hongrie, de la République de Malte, de la République d'Autriche, de la République portugaise, de la Roumanie, de la République de Slovénie et de la République slovaque relative aux symboles de l'Union européenne

La Belgique, la Bulgarie, l'Allemagne, la Grèce, l'Espagne, l'Italie, Chypre, la Lituanie, le Luxembourg, la Hongrie, Malte, l'Autriche, le Portugal, la Roumanie, la Slovénie et la Slovaquie déclarent que le drapeau représentant un cercle de douze étoiles d'or sur fond bleu, l'hymne tiré de « l'Ode à la joie » de la Neuvième symphonie de Ludwig van Beethoven, la devise « Unie dans la diversité » , l'euro en tant que monnaie de l'Union européenne et la Journée de l'Europe le 9 mai continueront d'être, pour eux, les symboles de l'appartenance commune des citoyens à l'Union européenne et de leur lien avec celle-ci. »

— Déclaration n° 52 annexée au traité de Lisbonne.

Le 19 octobre 2017, la France devient le 17e États à reconnaître le drapeau européen en se joignant à la déclaration n° 52 dans une lettre adressée par le président français Emmanuel Macron au président du Conseil européen Donald Tusk[48].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En 1950, c'était Paul M.G. Lévy qui était le premier directeur au service de presse du Conseil de l'Europe. C'est donc lui qui fut chargé de faire aboutir le projet de drapeau.
  2. Gialdino 2016 dit plus précisément: «Pour ce qui est de la répartition des tâches entre Levy et Heitz, ce dernier est véritablement considéré comme l’auteur de la maquette originale, celle soumise à l’examen et à l’approbation des organes politiques du Conseil de l’Europe, tandis qu’on reconnaît le rôle d’inspirateur joué par Paul M.G. Levy, de même que sa patience et sa détermination dans la conduite, dans les coulisses et en dehors, de l’ensemble de l’opération symbolique du choix du drapeau par le Conseil de l’Europe entre 1949 et 1955, ainsi que dans l’activité réalisée jusqu’en 1966 pour que les Communautés européennes adoptent un drapeau si ce n’est identique, du moins très similaire.»
  3. a et b « Un signe grandiose est apparu dans le ciel, une femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de 12 étoiles » (Apocalypse 12,1).
  4. a et b Le Conseil de l'Europe retient sur son site la date du 9 décembre. La réunion du Comité des Ministres devait en effet durer 3 jours, le 7,8,9 décembre, et les papiers furent préparés avec cette date. Mais les choses avançant plus vite que prévu, la signature eut en pratique lieu le 8 décembre 1955.
  5. Il manque manifestement deux mots ici. Cette faute de copie figure à l'identique sur les nombreuses copies du texte recensées sur l'Internet.
  6. « Ce procès en bigoterie fait à l’Union européenne est en réalité une vieille Arlésienne. Le Canard enchaîné, dans les années 80, s’était ainsi largement fait l’écho d’un cheval de Troie dans la symbolique européenne en la personne d’Arsène Heitz » (Leprince 2017).
  7. « Le débat a été relancé par l’article L’Europe violée par la Sainte Vierge, dans Le Canard enchaîné du  » (Gialdino 2016).

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Drapeau européen - Conseil de l'Europe.
  2. a, b, c, d, e, f et g Bichet 1985.
  3. Van Middelaar 2012, p. 356.
  4. Émery 2012.
  5. Marmande 2005.
  6. Lager 1995, p. 67.
  7. Lager 1995, p. 66.
  8. « Projet de drapeau européen par Salvador de Madariaga () », sur CVCE.EU, Université du Luxembourg,
  9. a, b, c, d et e Gialdino 2016.
  10. « Conférence de presse de François de Menthon (Strasbourg, ) », sur CVCE.EU, Université du Luxembourg,
  11. Wassenberg 2013, p. 44.
  12. Puttler 2013, p. 147.
  13. a et b Lager 1995, p. 47.
  14. Garcia, Meunier et Sala 2012, p. 357.
  15. a et b « Témoignage de Paul M.G. Lévy sur la création du drapeau européen », sur CVCE.EU, Université du Luxembourg,
  16. « Projets de drapeaux européens d'Arsène Heitz (1952-1955) », sur CVCE.EU, Université du Luxembourg,
  17. « Projets de drapeaux européens de Richard Coudenhove-Kalergi, Hanno F. Konopath, Gaetano Gambin et Wolfram Neue », sur CVCE.EU, Université du Luxembourg,
  18. Historiens de l'Europe contemporaine : lettre d'information du Groupe de liaison des historiens auprès des communautés, Groupe de liaison des historiens auprès des Communautés, , p. 71.
  19. a, b, c et d Van Middelaar 2012, p. 358.
  20. Logotype du Conseil de l'Europe.
  21. « Logo et identité visuelle », sur Conseil de l'Europe
  22. « GUINDANT : Définition de GUINDANT », sur TLFI
  23. a et b « Le drapeau européen », sur portail web de l'Union européenne.
  24. « Le drapeau européen », sur portail web de l'Union européenne : « Le nombre d'étoiles n'est pas lié au nombre d'États membres, bien que le cercle soit symbole d'unité. ».
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  27. a et b « Résolution (55) 32 du Comité des ministres du Conseil de l'Europe () », sur CVCE.EU, Université du Luxembourg,
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  29. Exemple de « drapeau européen accroché à l'envers » sur un site officiel.
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  45. Mirgain 2000.
  46. Chazot 2017.
  47. Article I-8 du traité constitutif
  48. Le Figaro 2017

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]