Tomáš Masaryk

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Tomáš Masaryk
Image illustrative de l'article Tomáš Masaryk
Fonctions
Président de la République tchécoslovaque

(17 ans et 1 mois)
Élection
Réélection 1920
1927
1934
Président du gouvernement Karel Kramář
Vlastimil Tusar
Jan Černý
Edvard Beneš
Antonín Švehla
Jan Černý
Antonín Švehla
František Udržal
Jan Malypetr
Milan Hodža
Prédécesseur Fonction créée
Successeur Edvard Beneš
Biographie
Nom de naissance Tomáš Garrigue Masaryk
Date de naissance
Lieu de naissance Hodonín, Moravie (Empire d'Autriche)
Date de décès (à 87 ans)
Lieu de décès Lány, Bohême centrale (Tchécoslovaquie)
Nationalité Tchécoslovaque
Profession Philosophe, sociologue

Signature de Tomáš Masaryk

Tomáš Masaryk
Présidents de la République tchécoslovaque
Masaryk et sa fille, Olga, à Tábor, le 21 décembre 1918, lors de son voyage de retour d'exil après l'indépendance de la Tchécoslovaquie.

Tomáš Garrigue Masaryk ( à Hodonin à Lány), est un pédagogue, sociologue, philosophe et homme d'État de la Tchécoslovaquie. Il est le premier président de la République tchécoslovaque, de l'indépendance du pays en 1918 à sa démission en 1935.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il naît en Moravie, alors province de l'Autriche-Hongrie, dans une famille pauvre. Son père, Jozef Maszárik (ou Masarik ou Masaryk) (1823-1907), est slovaque et valet de ferme. Sa mère, Terezie Kropáčková (1813-1887), est dite allemande (selon son fils, elle parlait mieux l'allemand que le tchèque) et est cuisinière dans une famille aisée. Il apprend donc plusieurs langues dès l'enfance : le slovaque, le tchèque et l'allemand. Il est aussi amené à déménager très souvent. Il vit successivement à Hodonín, Mutěnice, Čejkovice et Čejč. Il passe les examens de l'école élémentaire de Čejkovice et de celle de Hustopeče. Il est envoyé à Vienne pour apprendre le métier de serrurier. L'expérience n'est pas heureuse, et il revient rapidement dans sa famille. La situation financière difficile de sa famille le contraint à retourner dans un apprentissage. Il apprend alors le métier de forgeron. Cette expérience prolétaire laissera chez lui une certaine proximité avec ce milieu lorsqu'il deviendra un homme politique.

Masaryk continue à apprendre de nombreuses langues pendant cette période comme l'anglais (qu'il parlera avec sa femme et sa fille à la maison), le français, le latin, le grec ancien ou encore des langues slaves comme le polonais et le russe.

Vie de précepteur[modifier | modifier le code]

Dès l'âge de 15 ans, il gagne sa vie en étant précepteur pour les enfants de familles riches. L'une d'entre elles, celle du directeur de la police, Anton Le Monnier, lui paye des études à l'école normale de Brno. Il accompagne cette famille à Vienne en 1869, où il continue ses études dans un lycée viennois. Son baccalauréat en poche (1872), il entre à la faculté de philosophie de l'université de Vienne, où il rencontre Franz Brentano, le nouveau professeur de la faculté de philosophie.

Après le décès d'Anton Le Monnier en 1873, Masaryk trouve une place lucrative de précepteur dans la famille de Rudolf Schlesinger, conseiller général d'une banque anglo-autrichienne. Après la réussite au baccalauréat du jeune Schlesinger, Masaryk obtient en récompense de l'accompagner dans un voyage en Italie et un long séjour à Leipzig, après son propre doctorat en 1876.

En Allemagne, il rencontre Charlotte Garrigue, la fille d'un négociant new-yorkais ayant des origines françaises. Ils se fiancent le 10 août 1877 et se marient le 15 mars 1878. Fait peu habituel à l'époque, il ajoute le nom de sa femme, Garrigue, à son patronyme, pour devenir Tomáš Garrigue Masaryk. On se réfère souvent à lui par ses initiales TGM, qui se trouvent sous sa statue, en face du château de Prague.

À Vienne, il subvient aux besoins de sa famille en faisant des remplacements dans des lycées, des cours magistraux et aussi en empruntant auprès de sa famille. Sa thèse est retardée, à cause de son mariage, jusqu'en 1879. Son sujet est Der Selbstmord als soziale Massenerscheinung der Gegenwart (Le suicide comme événement social de masse de notre temps). Il s'agit d'une des premières approches sociologiques de ce phénomène. Masaryk concluait que c'est l'absence de foi et l'éloignement de la religion qui favorisent le suicide.

Il gagne alors sa vie en étant privat-docent à l'université, tout en continuant ses remplacements au lycée.

Débuts politiques[modifier | modifier le code]

En 1882, l’Université Charles de Prague (alors appelée Carolo-Ferdinandea) est divisée en deux entités (l'une reste allemande et l'autre commence l'enseignement en tchèque), et Masaryk y devient professeur.

Masaryk tient des positions anticatholiques et antinationalistes en dénonçant comme faux les manuscrits de Dvůr Kralové et Zelená Hora. Les historiens et nationalistes tchèques les tenaient alors pour fondateurs de la culture tchèque.

Masaryk est élu au Reichsrat autrichien, de 1891 à 1893, au sein du Parti des jeunes Tchèques et de nouveau de 1907 à 1914, au sein du Parti réaliste, qu'il avait fondé en 1900. Il est aussi professeur de philosophie à l'université de Prague. Il n'est pas encore partisan d'une indépendance des Tchèques et des Slovaques, mais il milite pour une réforme de la monarchie des Habsbourg pour permette davantage d'autonomie de ses différents peuples.

Il multiplie les conférences de nombreuses villes tchèques et s'engage dans des affaires de justice médiatisées. En désaccord avec certaines opinions antisémites, il prend la défense d'un concitoyen juif accusé de meurtre rituel pendant l'affaire Hilsner. Il deient impopulaire dans Cette ville de province, petite-bourgeoise et conservatrice. Il pense même émigrer aux États-Unis. Lors de la révision du procès, Masaryk parvient à sauver la tête de Hilsner, qui restera tout de même en prison jusqu'en 1918.

En 1909, il s'engage également à Vienne en faveur de l'homme politique croate Hinko Hinković au cours d'un procès truqué. Les victimes sont, pour la plupart, des membres éminents de la coalition croato-serbe, qui étaient condamnés à plus de 150 ans de prison et à des peines de mort.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Arrivée de Masaryk à Prague, le 21 décembre 1918 (place Venceslas)

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Masaryk doit fuir pour ne pas être arrêté pour trahison. Cette décision est importante car il quitte alors sa famille pour toute la durée de la guerre. Son épouse subit, en son absence, les tracasseries de la police autrichienne. Le compte bancaire de Masaryk est bloqué en 1915. Elle doit alors emprunter. Elle subit de nombreux interrogatoires. La police tente de confisquer des biens immobiliers, mais comme Masaryk a toujours été locataire, il n'en possédait pas. Ils s'intéressent alors à sa bibliothèque. Celle-ci est trop spécialisée pour avoir une réelle valeur financière. Elle est alors mise sous scellés.

Masaryk prend le prétexte d'accompagner sa fille, Olga, en cure de repos pour fuir en Italie. Il s'installe ensuite à Genève, où il commence à regrouper les diasporas tchèque et slovaque. Ses interventions publiques de plus en plus marquées contre l'Empire Autsro-hongrois le contraignent à quitter la Suisse, pays neutre. Il s'installe alors en Angleterre, où il continue à militer pour l'indépendance tchèque.

Masaryk enseigne au King's College de Londres, sur le thème des petites nations. Il fait quelques voyages à Paris. Il rencontre même le Président du Conseil, Aristide Briand. Il réussit à convaincre le gouvernement de la désintégration inévitable de l'Empire austro-hongrois. Cependant, c'est surtout Edvard Beneš, qui a de nombreux contacts en France, qui séjourne à Paris. Les deux hommes sont ainsi présents dans les capitales de deux grands pays alliés. À Paris, en 1916, ils créent le Conseil national tchécoslovaque, et Mazaryk devient le président. Ce n'est que le 29 juin 1918 que la France reconnaît la légitimité du Conseil national tchécoslovaque[1].

Après la Révolution de février, Masaryk part en Russie pour toute l'année 1917. Il change d'avis durant ces années en voulant unilatéralement un État indépendant tchécoslovaque. Il déteste maintenant l'Empire austro-hongrois. Il aurait dit : «Nous avions fort à faire de la nécessité de convaincre les Alliés de détruire l'Autriche »[2]. Il devient l'un des artisans de la création des Légions tchécoslovaques, qui se battent en Argonne (Massif ardennais). La prise de pouvoir en Russie par les Bolchéviques le contraint à partir. Lors de ce séjour, il rencontre le célèbre terroriste Boris Savinkov. Masaryk assure par la suite avoir simplement discuté de la valeur philosophique de l'attentat. Une polémique, attisée par les Bolchéviques, éclatera sur les rapports entre les deux hommes. En effet, Savinkov était lié à une tentative de meurtre contre Lénine. Il avait donné une arme à une certaine Fanny Kaplan, qui blessa grièvement Lénine, le 30 septembre 1918. Lors de son procès en 1924, Savinkov a reconnu avoir reçu de l'argent de la part de Masaryk pour financer cet attentat. Masaryk se défend maladroitement de cette accusation. Ainsi, selon l'historien Alain Soubigou, il est impossible de savour si Masaryk a vraiment voulu faire tuer Lénine[3].

En 1918, il part aux États-Unis. Pour cela il doit traverser la Russie par le Transsibérien. Il parvient ensuite au Japon, où il reste deux semaines. Il embarque ensuite pour le Canada. En mai 1918, il est enfin aux États-Unis. Il tente de convaincre le président Woodrow Wilson de la justesse de sa cause. Pour cela, il utilise ses réseaux dans les milieux tchèques locaux. Il convainc les Slovaques de se joindre à sa cause. L'opinion américaine se tourne en faveur d'un État tchécoslovaque. En outre, Masaryk débat avec des personnalités politiques proches du président. Il rencontre Wilson seulement quatre fois mais parvient finalement à le convaincre. Le 18 octobre 1918, sur les marches de l'Independence Hall à Philadelphie, Masaryk proclame l'indépendance de la Tchécoslovaquie.

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Avec la chute de l'Empire austro-hongrois, les alliés reconnaissent Masaryk comme le chef du gouvernement provisoire. Le parlement doit débattre d'une constitution. Une fois qu'elle est adoptée, Masaryk est élu président, en 1920.

Son épouse meurt dans un sanatorium. Les soucis de la guerre l'ont épuisée. Masaryk se rapproche pendant cette période de son fils, Jan.

Le régime parlementaire s'inspire du système politique français de la Troisième République. Le président a un pouvoir très limité. Le pivot politique est le président du conseil. Cependant, grâce à son prestige, Masaryk a bien plus de pouvoirs que ceux officiellement attribués par la constitution.

Masaryk passait la semaine à Prague, au Château de Prague, alors en pleine restauration. Il passe ses fins de semaine dans un château de Lany. Il y accueille ses amis proches et des artistes.

Il rencontre l'écrivain Karel Čapek célèbre pendant cette période. Il participe à ses réunions littéraires du vendredi. Par la suite, Čapek écrit un recueil de conversations avec Masaryk. Elles contiennent des éléments biographiques et des réflexions sur son parcours d'intellectuel. Le recueil permet à bien de Tchécoslovaques d'aborder sa philosophie, la plupart n'ayant pas lu ses œuvres, trop spécialisées.

Inquiet de la montée du nazisme, Masaryk décide, en 1933, de passer en revue les troupes tchécoslovaques. Il monte alors à cheval, contre l'avis de son médecin. Il espère ainsi montrer à l'Allemagne nazie que la Tchécoslovaquie a les moyens militaires de se protéger.

Âgé, Masaryk ne veut pas assumer ses fonctions trop longtemps. Cependant, le parlement ne trouve aucun autre homme politique apte à le remplacer. Il est donc réélu en 1928. Il est victime d'une attaque cérébrale en 1934. Pendant quelques mois, il ne parle plus qu'anglais et perd l'usage de sa main droite. Son bureau doit préparer un tampon pour remplacer sa signature. Masaryk insiste pour quitter ses fonctions, mais les partis ne s'accordent sur aucun remplaçant. Il est donc réélu une nouvelle fois en 1934. Une fois un successeur trouvé, en la personne de Beneš, Masaryk démissionne, gravement malade, le .

Il se retire dans son château de Lany. Il y meurt, de causes naturelles, en 1937, à l'âge de 87 ans.

Son fils, Jan Masaryk, devient le ministre des Affaires étrangères de la Tchécoslovaquie au moment de l'exil du gouvernement à Londres (1939-1945) et dans le gouvernement pré-communiste (1945-1948).

Héritage[modifier | modifier le code]

Statue de Tomáš Masaryk à Prague.

En souvenir du rôle joué par les Légions tchécoslovaques, le lycée de la ville de Vouziers (Ardennes) a été rebaptisée en son nom. L'université Masaryk de Brno porte également son nom depuis 1919 de même que la passerelle Masaryk de Lyon,depuis 1931.

Les billets de 5000 couronnes tchèques sont à son effigie.

L'astéroïde de la ceinture principale (1841) Masaryk a été nommé d'après lui.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sévillia Jean, Le dernier empereur, Paris, Perrin, , pp.190-199
  2. T.M.Masaryk, La résurrection d'un Etat, p.40
  3. Thomas Masaryk, Alain Soubigou, Fayard, 2002, p. 233 - p. 241

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]