Michel Le Nobletz

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Michel Le Nobletz
Image illustrative de l'article Michel Le Nobletz
Michel Le Nobletz
Vénérable
Naissance
à Plouguerneau
(Léon, Bretagne, France)
Décès   (74 ans)
au Conquet
(Léon, Bretagne, France)
Nationalité Royal Standard of the King of France.svg France
Sujets controversés Procès en béatification ouvert en 1701, toujours en attente.

Dom Michel Le Nobletz, en breton Mikêl An Nobletz, est un missionnaire léonard, le premier et l'un des plus vigoureux d'un mouvement, qui, dans un Royaume de France déchiré par quatre décennies de guerre de religion, a été initié au début du XVIIe siècle par les jésuites dans le cadre de la Contre-Réforme tridentine.

Prêchant à outrance le culte marial en Basse Bretagne à partir de 1608, il adapte en forme de propagande une méthode pédagogique, nouvelle en Bretagne, à l'adresse des classes les plus déshéritées basée sur l'usage de cartes peintes appelées tableaux de mission, taolennoù en breton, dont il reste de nombreux exemplaires. Son procès en béatification, ouvert par l'évêque de Léon en 1701 dix huit ans après le décès de son disciple Julien Maunoir, n'a toujours pas abouti mais l'Église catholique l'a déclaré vénérable en 1897.

« Rien pour tout cas
Ce Rien qui convient aux savants et aux ignorants
Ce Rien qui nous vient de la "Res" des théologiens
Et qui nous donne aussi de parler du réel des philosophes. »

— Michel Le Nobletz, cité en comparaison à Jacques Lacan[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Naître noble dans un temps troublé (1577-1580)[modifier | modifier le code]

Michel Le Nobletz nait au manoir de Kerodern en Plouguerneau dans une famille léonarde aisée, de petite noblesse, les Kerodern. Il est le quatrième de onze enfants. Les armes du couple sont mi parti d'argent à deux fasces de sable au canton de gueules chargé d'une quintefeuille d'argent, qui est Nobletz, et fascé de six pièces de vair, qui est Lesguern. Françoise de Lesvern, la mère, est en effet d'un rang égal sinon supérieur à celui de son mari, et par l'ancienneté du nom et par la fortune, dont elle reste après son mariage, selon la coutume de Bretagne, l'unique propriétaire.

Hervé Le Nobletz, le père, est un des quatre notaires du Roi[2] attachés au bailli de Lesneven et affectés à l'évêché de Léon, contrée reculée à l'extrême dont le premier seigneur après le comte évêque, René de Rohan, se considère, en tant que prince d'Empire et arrière petit fils du Duc François, souverain.

L'enfant grandira en effet dans un contexte politique trouble, celui des guerres de religions et d'un affaissement de l'autorité, qui conduit le Duc de Mercoeur, baillistre de Bretagne, jusqu'à envisager l'indépendance. La société léonarde elle-même, dominée par une riche classe bourgeoise enrichie dans l'industrie toilière des crées et le commerce maritime, est agitée par les factions et des interrogation sociales, notamment sur l'éducation.

Jeunesse à la fois reléguée et protégée (1581-1595)[modifier | modifier le code]

La chapelle Saint Claude.

Dès l'âge de quatre ans, Michel Le Nobletz aime s'évader jusqu'à la chapelle du domaine, dédiée à Saint Claude, en longeant l'étang. Sa mère craignant de le voir tomber dans l'eau, il la rassure en invoquant une Dame du lac qui le protège[3].

Le manoir du grand père de Michel Le Nobletz, où celui-ci vécut de six à dix ans.

Vers l'âge de six ans, Michel Le Nobletz est appelé à Saint-Frégant par son grand père maternel, seigneur de Lesvern[4] issu d'une branche cadette de la maison de Coëtmenech, une des grandes familles du Kemenet-Ily. C'est le desservant de la chapelle Sainte Anastasie, qui se situait sur le domaine, le père Thomas Cozic, qui fait la classe aux petits enfants Lesvern de plus de sept ans et lui apprend à lire[4].

À la mort de son grand père, l'enfant, qui a dix ans, retourne à Kerodern, fatigue son nouveau précepteur, puis est mis en pension dans un établissement situé au-dessus de l'aber Wrac'h, au lieu-dit Saint Antoine Perroz, que tient le père Gilles Mazéas[4]. Les successeurs de celui-ci, Yves et Henri Gourvennec, deux recteurs en retraite, notent l'exceptionnelle maturité de leur élève[4].

Le manoir de Trébodennic en Ploudaniel, construit en 1584, où l'archidiacre du Léon et doyen de Folgoët Alain de Poulpry héberge des élèves.

À treize ans, celui-ci poursuit sa scolarité sous la férule d'Alain Le Guen à l'école de Ploudaniel[4]. L'adolescence de Michel Le Nobletz est celle des émeutes, des exactions, des pillages de la Guerre de la Ligue, dont les plus marquants auront été ceux de La Fontenelle. C'est ce contexte de « la Barbarie, parmy un peuple aussi grossier et aussi ignorant que les Sauvages mesmes » qu'il fuit dans la prière[4].

À quatorze ans, il confie à une femme de Saint-Renan qui a renoncé au mariage, Jeanne Le Gal, qu'il a eu une vision de Jésus éclatant de beauté[4]. Comme Max Jacob trois siècles plus tard, il décrit cette expérience de l'ineffable dont « il n'avoit point de termes qui puissent exprimer en aucune façon ce qu'il avoit veu, ny la surprise & la joye dont il avoit esté comblé »[4]. Torturé par la tentation de la masturbation, il se serait jeté nu dans les orties[4].

Étudiant touché par la vocation (1596-1606)[modifier | modifier le code]

À l'âge de dix huit ans révolus, en 1596, Michel le Nobletz est envoyé par son père rejoindre ses quatre frères au collège de Guyenne de l'université de Bordeaux. Ses talents d'escrimeur le font nommé prieur des Bretons, fonction qui l'amène à fréquenter tavernes et prostituées et à intervenir dans les querelles, les étudiants Bretons étant l'objet de toutes sortes de moqueries racistes. En une de ces occasions, il manque d'assassiner un fâcheux de son épée.

« "Comment la Sainte Vierge apparut au vénérable Michel Le Nobletz lui présentant les trois couronnes de Doctrine, de Chasteté, et de Mépris du monde. », vitrail dit des missionnaires posé en 1903 dans le transept sud de Notre Dame de Rumengol. À gauche, Pierre Quintin. À droite, Julien Maunoir.

En octobre 1597, en dépit de son âge, il entre à la succursale du collège de la Madelaine qui a été ouvert à Agen. L'établissement est animé par les Jésuites, concurrents des professeurs humanistes de collège de Guyenne qui entendent rechristianiser l'enseignement et former une élite missionnaire. Michel Le Nobletz y étudie la Bible, les langues anciennes (latin, grec) et les mathématiques. Il y rencontre un ancien officier de la Ligue de vingt huit ans venu, une fois la guerre finie, reprendre sa formation parmi les adolescents, Pierre Quintin. Avec celui-ci et quelques autres étudiants, il participe à une action sociale de secours aux pauvres, un peu à la manière des YMCA d'aujourd'hui. Logé en ville chez un couple stérile depuis seize ans, il est accusé par des rumeurs de la grossesse que sa logeuse ne peut plus cacher. Le calcul du terme ne le disculpera qu'au bout de plusieurs mois, une fois l'accouchement passé.

C'est dans ces circonstances qu'il a une vision de la Vierge au cours de laquelle il entend celle-ci le réconforter quant à de futurs persécuteurs et la voit lui adresser trois couronnes en échange de trois vœux, ceux de toujours conserver sa « virginité », d'exercer en tant que docteur spirituel, de quitter le monde pour la prêtrise. Sa vocation trouvée, la lecture d'une Vie de Saint Ignace de Loyola le décide de vivre à l'imitation de ce grand réformateur.

Ses cinq années d'humanités terminées, il accompli un pèlerinage à Toulouse puis s'inscrit en 1602 à la faculté de théologie de l'université de Bordeaux, seul moyen pour un élève passé par l'enseignement jésuite d'obtenir un doctorat. Il y suit le cursus en thomisme.

Il revient dans sa paroisse natale en 1606, à vingt neuf ans. Remarqué par Mgr de Neufville lors d'une disputatio qui se tient au siège épiscopal de Léon, il se voit en demeure de choisir un des principaux bénéfices de l'évêché. Il préfère, à l'imitation du jeune Jean de Pietro Bernadone, abandonné à un prêtre pauvre l'habit que son père lui a fait faire et dresse la carte des dix écueils qui s'opposent à l'entrée dans le sacerdoce pour en faire un parcours de méditation. Il y ajoute quinze conditions à remplir pour éviter ces écueils.

Éternel étudiant désireux de parfaire ses connaissances, il s'enfuit à Paris pour suivre un enseignement de l'hébreu. Il est déçu par les professeurs de la Sorbonne. Le jésuite Pierre Coton, prédicateur et futur confesseur d'Henri IV, devient sur place son directeur de conscience et l'ordonne sans délai.

Épisode érémitique (1607)[modifier | modifier le code]

Rentré en Léon, tourmenté par l'enseignement religieux qui recommande au prêtre de vivre l'évangile qu'il annonce, il refusa la carrière classique qui s'ouvrait à lui, un poste avec de confortables bénéfices, pour une vie de pauvreté vouée à l'Évangile. Au désespoir de ses parents, il se retira à Plouguerneau dans une sorte de cellule qu'il se fit ériger au milieu des rochers de la plage de Treménac'h. Il y passa un an dans le dénuement et l'ascèse. Guy Alexis Lobineau précise : « Il fit construire auprès de la mer, dans un lieu appelé Tréménach, une petite cellule couverte de paille, s'y renferma et mena pendant un an une vie plus solitaire ds anciens ermites des déserts. Il ne quitta point le cilice et n'eut sur lui, pendant ce temps-là, que le collet attaché à sa soutane. Il prenait tous les jours la discipline jusqu'au sang, et n'avait point d'autre lit que la terre nue, et d'autre chevet qu'une pierre. Il ne mangeoit qu'une fois le jour, et sa nourriture unique étoit un peu de bouillie de farine d'orge, sans sel, sans beurre et sans lait (...). Il ne buvoit que de l'eau et avoit borné à une très petite mesure la quantité qu'il devoit en boire chaque jour. Pour le vin, il ne s'en servit toute cette année qu'au saint sacrifice de la messe »[5].

Guy Alexis Lobineau écrit plus loin : « Pénétré de l'exemple du Sauveur (...), le saint homme commença l'exercice de ses travaux apostoliques par la paroisse de Plouguerneau où il étoit né ; et comme l'ignorance des peuples étoit extrême, il s'attacha non seulement à prêcher en public contre les vices et les abus ; mais encore à enseigner les premiers éléments de la Foy et de la Religion dans les églises, dans les chemins publics et dans les maisons particulières. Il convertit à Dieu un bon nombre de personnes ; mais la plupart des autres, surpris de la nouveauté de ses discours et de sa conduite (...) le regardèrent comme un homme qui avoit perdu l'esprit et ses parens les plus proches furent ses plus rudes persécuteurs. (...) La paroisse de Plouguerneau, quoique d'une grande étendue, ne bornoit pas son zèle les Dimanches, il alloit dans les paroisses voisines prêcher, cathéchiser et confesser »[6].

Missions itinérantes (1608-1616)[modifier | modifier le code]

En 1608 il effectua sa première mission, dans l'île d'Ouessant, reprenant une activité que saint Vincent Ferrier avait initié au début du XVe siècle en Bretagne, et que les Frères mineurs capucins avaient réactivé.

Après un passage chez les Dominicains de Morlaix qui le chassèrent à cause d'un scandale retentissant (il avait vandalisé le portrait d'une jeune fille placé sur sa tombe parce qu'il ne voulait pas que l'on s'y recueillit comme devant la statue d'un saint), il se mit à prêcher avec le P. Quintin, dominicain de Morlaix. Ensemble ils parcoururent le Trégor et le Léon de 1608 à 1611.

Taolenn utilisé par Michel Le Nobletz : la carte du miroir du monde

Michel le Nobletz missionna alors dans les îles avec succès, à Ouessant, Molène, Batz (où il brandit à son départ un crâne humain extrait de l'ossuaire), avant de revenir au Conquet. C'est là que sa sœur Marguerite le rejoignit. Elle s'installe avec une veuve, Françoise Troadec. Celle-ci faisait partie de l'"École de cartographie du Conquet" et mit la science au service du prédicateur, si bien qu'à Landerneau en 1614 celui-ci commença d'utiliser les cartes peintes de Marguerite comme d'Alain Liestobec (régistrateur au Conquet) pour évangéliser les populations, ayant compris qu'il se ferait mieux comprendre par le dessin, alors peu répandu et donc plus frappant.

De Landerneau, Michel le Nobletz, renonçant au Léon, se rend en novembre 1614 à Quimper demander au nouvel évêque Guillaume Le Prestre de Lézonnet l'autorisation de prêcher dans son diocèse. Désireux lui aussi de mettre en œuvre, le prélat est heureux de trouver une bonne volonté dans une Cornouaille en manque d'institution. Il confie à Michel Le Nobletz de faire la catéchèse aux enfants dans les chapelles de Saint Primel et de la Madeleine, et, Les dimanches et jours de fêtes, le prêche en l'église Saint Mathieu. Durant le Carême 1615, celui-ci est chargé de l'édification des nonnes du prieuré de Locmaria.

De Quimper, il organise dès l'été suivant des missions dans les villes principales du diocèse, Le Faou, Concarneau, où arrivé le soir, les paroissiens rentrent chez eux au moment il monte en chaire, à Pont l'Abbé, à Audierne, où il fait fuir son auditoire. Il est mieux accueilli quand, s'aidant de son matériel pédagogique, il évangélise à cheval la campagne du Cap Sizun, Cléden, Goulien, Plogoff, villages où il trouve une population abandonnée à la superstition et des pratiques héritées du paganisme.

Prédicateur de Douarnenez (1617-1630)[modifier | modifier le code]

Portrait de Michel Le Nobletz prêchant

Après sa mission dans l'Île de Sein, il s'installe pour vingt cinq ans à Douarnenez, de 1617 à 1639.

Le 22 mai 1617, il inaugure son ministère en la chapelle Sainte Hélène[7], qui dessert le port de Douarnenez et les deux mil âmes de ce quartier à part de la paroisse de Ploaré. Pour attirer celles-ci, réputées impies, les ports étant lieux de liberté, il commence par les attirer au son de la cloche, faisant croire à un incendie[7]. L'effet est celui de la farce et lui aliène d'emblée l'estime de ses ouailles[7]. Il est toutefois soutenu par le recteur, soucieux d'un apostolat dirigé vers une population de marins peu intégrée.

En 1619, il fait venir sa sœur Marguerite. Autour d'elle, se constitue une petite communauté de veuves qui organisent les aides pour les mères, l'enseignement des enfants, les soins aux malades. C'est pour elles qu'il perfectionne l'usage des tableaux allégoriques appelés en breton taolennoù. Pour compléter cette forme de catéchèse, il rédige un certain nombre de cantiques bretons, que la tradition a conservés. Dans ces œuvres, il est secondé par Pierre Bocer, qui avait participé vingt ans plus tôt à Rome à l'organisation du jubilé.

Il poursuit sa mission en mer sur le lieu même de travail des pêcheurs : « Dans les îles, comme là plus grande partie des habitants étaient occupés à la pêche, le saint barde les suivait au large, où il les trouvait réunis en grand nombre, et, montant sur le plus élevé de leurs bateaux, il charmait leurs travaux par ses chants »[8].

L'organisation de son ministère avec l'aide de femmes laïques, qui font le catéchisme, a, au bout de cinq années, porté suffisamment de fruit pour qu'elle soit dénoncée à l'évêque. Comme Abailard cinq siècles plus tôt, il doit se défendre et s'en explique par courrier le 17 mai 1625, en argumentant, contre l'interdiction par Saint Paul aux femmes de prendre la parole dans l'église, les saintes femmes de la Bible et des temps apostoliques jusqu'à Thérèse d'Avila.

En 1628, le père Quintin vient le visiter pour quelques mois[9]. EN 1630, il fête l'embauche d'un jésuite au collège diocésain de Quimper en chantant avec ses soutiens le Te Deum autour d'un feu allumé sur la place publique[9].

Prédicateur de Pouldavid (1631-1638)[modifier | modifier le code]

L'influence grandissante des jésuites ne reçoit nulle part un accueil unanime. Dès l'année suivant, le recteur de Ploaré, qui l'avait initialement bien accueilli, l'enjoint de ne plus exercer dans le bourg de sa paroisse et lui assigne une église dans le port de Pouldavid[9] qui en dépend.

Son zèle à fustiger la richesse des marchands, à dénoncer la fausseté les dévots, à stigmatiser par son exemple les prêtres mondains, à trouver chez les uns et les autres la débauche, lui vaut d'être accusé de jeter la division[9]. Il est dénoncé en chaire à son tour comme un ambitieux à l'esprit extravagant qui souhaite parvenir à ses fins par des procédés dénigrant l'enseignement traditionnel[9]. Ses contemporains le surnomme « ar beleg foll », le prêtre fou. On l'accuse de vider les églises, les paroissiens sortant de celle-ci dès qu'il commence son prêche.

Le 17 septembre 1633, il enterre son principal soutien, sa sœur Marguerite.

Retraite au Conquet (1639-1652)[modifier | modifier le code]

La très sainte Vierge apparait à Michel Le Nobletz

Révoqué de Douarnenez en 1639 à la demande du nouveau et jeune recteur de Ploaré jaloux de son succès[10], Henri Gueguenou, qui est le neveu du précédant recteur, il rembarque pour Le Conquet le jour même où il apprend la décision[11].

Habitant une petite maison de la rue qui descend au port, cultivant un petit terrain attenant, il y restera treize ans, jusqu'à sa mort. Handicapé par la maladie de Parkinson, il souffre de difficultés d'élocution mais s'emploie à enseigner et catéchiser, chacun jour se déplaçant dans les paroisses du Bas Léon, reçu dans les maisons particulières. Il s'occupe particulièrement d'une orpheline, Jeanne Le Gall, qu'il envoie se former auprès de ses béguines douarnenistes. C'est au Conquet qu'il retrouve le père jésuite Julien Maunoir qu'il avait connu à Quimper dix ans plus tôt, et qui sera son successeur[12].

le 5 mai 1652, le père Le Nobletz, grabataire, meurt chez lui après sept mois de paralysie et un mois d'agonie[13]. La veillée funèbre se fait dans la chapelle Saint Christophe[13], que remplace aujourd'hui sur le port l'abri du canot de sauvetage. Le corps est inhumé en l'église tréviale de Lochrist[13], dans le tombeau de Bernard de Poulpiquet du Halgoët, premier Président à la Chambre des comptes de Bretagne. En 1856, ses restes seront transférés à l'église du Conquet devenue paroissiale.

Méthode pédagogique[modifier | modifier le code]

Le langage des images[modifier | modifier le code]

Pour s'adresser à un public illettré et captiver son attention, le père Le Nobletz fait réaliser, peut être dès 1613, des tableaux de missions. Son souci est aussi de pouvoir convertir les nombreux sourds et muets. Il est inspiré dans cette démarche par un ouvrage paru en 1523 qui eut beaucoup de succès chez les humanistes de la Renaissance, tant en Italie qu'en France, les Emblèmes (it). Élaboré par le jurisconsulte milanais André Alciat, c'est une série de deux cent vingt six gravures, commentées chacune d'un distique latin qui exprime une sentence moralisante[14]. Des thèmes et images identiques associés de la même façon se retrouvent dans les peintures de Michel Le Nobletz.

On évalue à au moins soixante dix le nombre de tableaux différents qui auraient été peints et à une centaine le nombre des copies réalisées. Le seul évêché de Quimper a conservé quatorze cartes qui représentent douze sujets différents, deux étant en double. Les tableaux de mission conservés sont tous des peaux de moutons, mais à l'origine ils semblent, au moins certains, voir été peints sur du bois. Les originaux auraient été peints entre 1613 et 1639[15].

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Michel Le Nobletz appelle ces tableaux « énigmes spirituelles », « peintures mystérieuses », « figures instructives ». Sorte d'idéateurs avant l'heure, ils sont destinés à être montré au public par celui qui conduit la prédication, lequel peut ordonner son discours à partir des différentes scènes allégoriques et symboles les composant, à la manière des tarots.

Chaque tableau est accompagné d'un Déclaration, guide manuscrit rédigé en latin et destiné au seul prédicateur. La complexité de la composition est toutefois suffisante pour permettre la multiplicité des interprétations et, ainsi, amener à la réflexion, sinon à la contemplation du mystère.

La métaphore marine[modifier | modifier le code]

En 1614, Françoise Troadec, dessinatrice de l'école de cartographie du Conquet et veuve ayant rejoint Marguerite le Nobletz dans ses œuvres, propose ses talents pour fournir au prédicateur son support en image. Elle sera bientôt suivie par d'autres, dont le plus remarquable est le régistrateur Alain Lestobec. Michel Le Nobletz qualifiera dès lors ses tableaux mission de cartes, métaphore faisant du pécheur un individu perdu dans le brouillard de l'ignorance, menacé d'un océan de périls, naviguant entre les vices comme autant d'écueils... Les cartes marines étant à l'époque extrêmement rares, les « cartes » morales donnaient à la catéchèse une autorité de science géographique.

S'adressant le plus souvent à un public de marins, le missionnaire se fait comprendre par métaphore comme le Christ par parabole. « La proue est la Foy [...], le gouvernail l'obéissance ». Michel Le Nobletz exhorte ses ouailles en filant la métaphore. « Les trois grands voiles, les puissances de l'âme [...] Le vent, la grâce [...] Le compas que tient le Maistre du navire c'est la raison qui doit conduire le vaisseau [...] Levez les yeux vers le haut du mast et considérez la hune, où se met la sentinelle du vaisseau pour découvrir de loin les rochers, les changemens des vens, & les ennemis... Nous arriverons enfin de cette façon à cette Isle délicieuse, au milieu de la Mer pacifique de l'amour divin, Dieu nous en fasse la grace ».

La langue du peuple[modifier | modifier le code]

Pour toucher son public de marins et de paysans du petit peuple et afin qu'ils mémorisassent aisément son enseignement, Le Nobletz mit des paroles édifiantes sur des airs de chansons populaires, voire gaillardes. L'évêque de Léon ne comprenant pas le breton, interdit ces cantiques dont l'air lui semblait scandaleux, jusqu'à ce qu'on lui expliquât le sens des paroles.

Équipes laïques et féminines[modifier | modifier le code]

Le Nobletz fit aussi appel à des femmes pieuses de toutes origines pour l'aider, à commencer par ses sœurs Anne et Marguerite le Nobletz, ce qui lui fut durement reproché. Parmi celles-ci, il y eut la Morlaisienne Mlle de Quisidic (noble demoiselle), les veuves douarnenistes Claude le Bellec (armateur et négociante en vin), Dammath Rolland (fabricante de filets) et Anne Keraudren, les Conquétoises Jeanne le Gall (paysanne) et Françoise le Troadec (cartographe polyglotte).

Il ne négligea pas pour autant de s'adjoindre l'assistance d'hommes que le sort lui faisait rencontrer, le cartographe et employé du fisc Alain Lestobec, le pêcheur sénan Fanch le Su, Heny Pobeur, Bernard Poullaouec, Guillaume Coulloch...

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Célébration[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Essais
Hagiographies
  • Antoine Verjus, sj, La Vie de Mr Le Nobletz, Pretre et Missionnaire en Bretagne, Muguet, Paris, 1666 (sous le pseudonyme d'Antoine de Saint-André).
  • La Vie de Marguerite Le Nobletz, par son frère.
  • dom Gui-Alexis Lobineau, Les vies des saints de Bretagne et des personnes d'une éminente piété qui ont vécu dans la même province… avec une addition à l'Histoire de Bretagne, Rennes, compagnie des imprimeurs-libraires, 1725; pp. 401 et suivantes.
  • Douze apôtres bretons, avec portrait. I. Michel Le Nobletz, Prud’homme, Saint-Brieuc, 1858.
  • Ed. Perdrigeon du Vernier, Maître Michel Le Nobletz, T. Hauvespre, Rennes, 1870.
  • (br) J. Bleuzen, sj, Buez an aotrou Mikel Nobletz : beleg enorus meurbed. Rener kenta ar Missionou e Breiz-Izel, er 17t cantvet, Brest, J.-B. Lefournier ; Kemper, J. Salaun, 1879.
  • (br) Alain Marie Drézen, Buez dom Michel Nobletz : missionner hag abostol braz Breiz-Izel, Brest, J.-B. Lefournier ; Quimper, J. Salaün, 1879.
  • (it) Vita del Servo di Dio Michele Le Nobletz. Anno 1577-1652, Roma, 1888, 221 p.
  • Hippolyte Le Gouvello, « Le vénérable Michel Le Nobletz (1577-1652) » dans le Messager du Sacré-Cœur, 1898 (D'après le manuscrit de la vie de Michel le Nobletz, qui était depuis 1822 dans la famille Miorcec de Kerdanet, de Lesneven).
  • Hippolyte Le Gouvello, Le vénérable Michel Le Nobletz (1577-1652) un apôtre de la Bretagne au XVIIe siècle, V. Retaux, Paris, 1898, 490 p.
  • Vincent Ligiez, op, Articles pour le procès apostolique sur la Réputation de sainteté, les vertus et les miracles “in genere” du vénérable serviteur de Dieu Michel Le Nobletz, prêtre et missionnaire, A. de Kerangal, Quimper, 1898.
  • Vincent Ligiez, op, Articles pour le procès apostolique sur les Vertus et les Miracles “in specie” du vénérable Michel Le Nobletz, prêtre et missionnaire, A. de Kerangal, Quimper, 1898.
  • (br) chanoine Jean-Marie Uguen, Buhez Mikael An Nobletz (1577-1652), misioner Breiz, Moulerez ar "C'hourrier", Brest, 1929.
  • Henri Pérennès, La vie du Vénérable Dom Michel Le Nobletz par le Vénérable Père Maunoir de la Compagnie de Jésus, impr. A. Prud'homme, Saint-Brieuc, 1934.
  • Yves Creignou, Vie du vénérable dom Michel Le Nobletz, Apôtre de la Basse-Bretagne, 1577-1652, Quimper, 1952.
Article(s)
  • F. Tremolières, « L'enseignement par l'image de Michel Le Nobletz », dans Ralph Dekoninck et Agnès Guiderdoni-Bruslé (dir), Emblemata Sacra. Rhétorique et herméneutique du discours sacré dans la littérature en images, Brepols, Turnhout, 2007, p.553-568.

Sources[modifier | modifier le code]

  1. C. Chapalin, « Le Mot du Curé », in Bulletin diocésain, n° spéc. "350e Anniversaire de Dom Michel Le Nobletz", p. 7, Évêché de Cornouaille et Léon, Quimper, 15 août 2002.
  2. H. Brémond, "Histoire littéraire du sentiment religieux en France : depuis la fin des guerres de religion jusqu'à nos jours", Vol. V, 1916-1936.
  3. A. Verjus, La Vie de Mr Le Nobletz, Pretre et Missionnaire en Bretagne., I, 1, Muguet, Paris, 1666.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h et i A. Verjus, La Vie de Mr Le Nobletz, Pretre et Missionnaire en Bretagne., I, 2, Muguet, Paris, 1666.
  5. Guy-Alexis Lobineau, "Les vies des saints de Bretagne et des personnes d'une éminente piété qui ont vécu dans la même province , avec une addition à l'Histoire de Bretagne", 1725, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k114592x/f460.image.r=Plouguerneau.langFR
  6. Guy-Alexis Lobineau, "Les vies des saints de Bretagne et des personnes d'une éminente piété qui ont vécu dans la même province , avec une addition à l'Histoire de Bretagne", 1725, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k114592x/f461.image.r=Plouguerneau.langFR
  7. a, b et c A. Verjus, La Vie de Mr Le Nobletz, Pretre et Missionnaire en Bretagne., VI, 1, Muguet, Paris, 1666.
  8. Th. Hersart de La Villemarqué, Essai sur l'histoire de la langue bretonne, A. Franck, Paris, 1847, 66 p.
  9. a, b, c, d et e A. Verjus, La Vie de Mr Le Nobletz, Pretre et Missionnaire en Bretagne., VI, 5, Muguet, Paris, 1666.
  10. Jean-Michel Le Boulanger, Michel Le Nobletz. Ar beleg fol. 1577-1652. Un missionnaire en Bretagne, Douarnenez, Mémoire de la Ville, , p. 145
  11. A. Verjus, La Vie de Mr Le Nobletz, Pretre et Missionnaire en Bretagne., VI, 7, Muguet, Paris, 1666.
  12. A. Verjus, La Vie de Mr Le Nobletz, Pretre et Missionnaire en Bretagne., VII, 2, Muguet, Paris, 1666.
  13. a, b et c A. Verjus, La Vie de Mr Le Nobletz, Pretre et Missionnaire en Bretagne., VII, 4, Muguet, Paris, 1666.
  14. A. Alciat, Emblemata, Klincksieck, Paris, 1997.
  15. Alain Croix, Note explicative lors d'une exposition sur les taolennou réalisée à Combrit en mars 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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