Cap Sizun

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Cap Sizun
La côte nord du cap Sizun est une alternance de pointes et de criques. Ici la pointe de Karn Uhel et l'îlot du Milinou sur la commune de Goulien.
La côte nord du cap Sizun est une alternance de pointes et de criques. Ici la pointe de Karn Uhel et l'îlot du Milinou sur la commune de Goulien.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Bretagne
Coordonnées 48° 03′ nord, 4° 33′ ouest
Océan Océan Atlantique
Géographie
Superficie 178 km2
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Le cap Sizun est l'extrémité occidentale de la Cornouaille, dans le sud-ouest du Finistère en Bretagne, dont la capitale est Pont-Croix.

Localement, mais très généralement, dans la conversation, la presse ou les livres qui lui sont consacrés, le cap Sizun est familièrement nommé « le Cap », et ses habitants « Capistes ».

Géographie[modifier | modifier le code]

Le cap Sizun s'avance dans l'Iroise, bordé au nord par la baie de Douarnenez et au sud par celle d'Audierne. Ses sites naturels les plus connus sont la pointe du Raz et celle du Van ainsi qu'entre celles-ci, la baie des Trépassés. Son prolongement maritime est la chaussée de Sein, dont la plus importante partie émergée est l'île de Sein de laquelle il est séparé par le Raz de Sein.

Le territoire du cap Sizun est constitué par les communes suivantes : Pont-Croix, Audierne, Plouhinec, Confort-Meilars, Mahalon, Esquibien, Beuzec-Cap-Sizun, Goulien, Cléden-Cap-Sizun, Primelin, Plogoff et Île-de-Sein. L'entité territoriale correspondante est la Communauté de communes du Cap-Sizun, qui comprend celles précitées à l'exception d'Île-de-Sein.

Le cap Sizun a donné son nom à une roche proche de la kersantite, la sizunite[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire et Antiquité[modifier | modifier le code]

Charles Armand Picquenard a décrit les implantations romaines et en particulier le tracé des voies romaines dans le cap Sizun[2].

Par exemple la route allant de Pouldavid à la pointe du Van suit le tracé de l'ancienne voie romaine, dénommée aussi traditionnellement "chemin d'Ahès".

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le cap Sizun formait au haut Moyen Âge le pagus Kap-Sizun, un pays historique, c'était un pagus, c'est-à-dire une subdivision administrative de la Cornouaille[3].

Le Pagus du Cap Sizun faisait partie du fief du Quéménet[4] dont la châtellenie était à Penhars avant le XIIe siècle[5].

Le les équipages de deux bateaux du Cap-Sizun (la Jehanne et la Marie, cette dernière de Cléden) sont exemptés à vie de fouages pour être allés défendre le duc de Bretagne François II, alors assiégé dans Nantes par le roi de France Charles IV.

Entre 1565 et 1567, sur 211 navires bretons, des carvelles[Note 1] principalement, qui accostent dans l'île de Walcheren (Bouches de l'Escaut), 25 sont d'Audierne et 84 de Penmarc'h [6].

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Carvelle sculptée au-dessus de l'entrée de l'église Saint-Raymond.

En 1590, en pleine période des Guerres de religion, sur 849 navires ayant fréquenté le port de Bordeaux, 80 venaient du Cap Sizun et 55 de Penmarc'h. Plusieurs églises de la région (Saint-Rumon d'Audierne, Notre-Dame-de-Comfort, Cléden, Goulien, Plogoff) sont ornées de carvelles ou autres bateaux. Vers la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, des bateaux d'Audierne s'aventurent jusqu'aux Canaries ainsi qu'en Méditerranée (plusieurs marins d'Audierne furent d'ailleurs victimes des Barbaresques) ou encore jusque dans le Sund. Au milieu du XVIIe siècle, Audierne possède 150 chaloupes de pêche et compte environ 2 300 habitants[7].

Par exemple plusieurs membres de la famille Pordolec sont négociants à Audierne, Plouhinec et Pont-Croix dans le courant du XVIIe siècle ; l'un d'eux, Michel Pordolec[Note 2], s'installe même à Bordeaux pour y assurer le commerce des sardines venues du Cap-Sizun.

Julien Maunoir tint entre 1641 et 1676 24 missions dans le Cap-Sizun, dont 5 à Cléden. En 1644 il prêcha une mission à Plouhinec, affermissant la conversion des fidèles « par un spectacle propre à inspirer une crainte salutaire », une pièce de théâtre où « les voix lugubres qui exprimaient les supplices des damnés, sortant de dessous le théâtre comme du fond de l'abîme, effrayèrent tellement ce grand peuple au nombre de plus de quatre mille personnes, que chacun se frappa la poitrine et forma de nouvelles résolutions de faire pénitence et d'éviter le péché ».

Révolution française et Premier Empire[modifier | modifier le code]

De nombreux capistes, faits prisonniers par les Anglais pendant les Guerres de la Révolution et de l'Empire, ont perdu la vie ou passé de nombreuses années sur des pontons anglais amarrés dans des ports de la côte sud de l'Angleterre[6].

Le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

L'habitat rural et les vêtements traditionnels[modifier | modifier le code]

Dans les fermes du Cap Sizun construites au début du XIXe siècle les parents gravaient leur nom sur le linteau de la porte ; le nom des enfants était parfois gravé sur les linteaux des fenêtres. La reconstruction de nombreuses fermes à cette époque est le signe d'une économie alors florissante : les nouvelles constructions sont à façade en pierres de taille et disposent d'un étage, ainsi que de cheminées en raison des conditions climatiques difficiles. Les fenêtres, petites, sont disposées en quinconce, ce qui est une particularité locale (par exemple la ferme de Kerstrat en Plogoff, qui date de 1822 et celle de Kerlaouen en Cléden-Cap-Sizun). Les puits sont en pierre de taille (granite) et ont une couverture pyramidale terminée par une boule, et même les soues à porcs sont en pierre de taille et recouvertes d'un toit à deux pentes. Cette architecture quasi ostentatoire a pour but de montrer la richesse des exploitants agricoles[8].

« Dans la région du Cap Sizun, la grande salle commune est un espace complexe qui naît à la fin du XVIIIe siècle et se développe surtout au siècle suivant. De l'extérieur, on remarque une symétrie au premier niveau comportant, de chaque côté de la porte, deux fenêtres, l'une assez grande, l'autre plus petite. Ces maisons ont un couloir à cloisons de bois [drustuilh] auquel est adossé un lit clos dont le banc-coffre set pour le service de la table, située en face de la grande fenêtre, puis viennent une bancelle[9] et une demi-cloison, toujours perpendiculaire au mur de façade. Cette cloison est sculptée d'ornements religieux et présente dans une niche une statuette de la Vierge. Au-delà et près de la cheminée, c'est la cuisine et son évier de pierre ; lit clos et armoires s'alignent toujours au nord[10] »

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Tous les meubles étaient placés en enfilade le long du mur nord, à l'opposé des fenêtres. S'y trouvaient, outre l'armoire à linge, l'horloge, le vaisselier, le buffet à cinq portes. La table-maie était enserrée entre le lit-clos et le dustruilh, banc-cloison qui cachait au visiteur le coin de préparation du repas. Les étagères de la cheminée étaient remplies de vaisselle décorative.

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L'attitude face aux naufrages[modifier | modifier le code]

Cette prière était récité en commun avant de se coucher dans certaines maisons du Cap Sizun : « Lavarom koaz eur bedenn evit ma teuz panze en ôd, ha ma veomer penn kenta, a mio-bo al lodenn wella » en breton («Disons encore une prière pour que Dieu nous envoie des épaves, que nous soyons les premiers sur les lieux et que nous ayons la meilleure part »[11].

Le XXe siècle[modifier | modifier le code]

La Belle Époque[modifier | modifier le code]

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Le cap Sizun comptait 160 sloops langoustiers en 1914 (munis d'un Vivier et pour la plupart construits à Camaret, pêchant aussi homards et crabes[12].

Le déclin démographique[modifier | modifier le code]

Le cap Sizun a perdu 45 % de ses habitants entre 1906 (année de son maximum démographique avec 30 242 habitants) et 1999 (16 252 habitants).

Pierre-Roland Giot a effectué en 1947 une étude anthropologique dans laquelle il décrit un type de population selon lui fréquent dans le cap Sizun et qu'il qualifie d'« atlanto-méditerranéen » ou « mégalithique »[13].

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le 15th Cavalry Reconnaissance Squadron, après avoir conquis la forteresse de Lezongar (en Esquibien) le , contrôle le même jour tout le cap Sizun, notamment Confort-Meilars, Pont-Croix, Poullan-sur-Mer, Beuzec-Cap-Sizun et Cléden-Cap-Sizun, en compagnie du 6th Tank Destroyer Group, du 705th Tank Destroyer Battalion et du 35th Engineer Destroyer Group[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La carvelle est un navire marchand de 50 à 70 tonneaux, possédant une voile carrée et un hunier. Ces bateaux tirent leur nom de leur mode de bordage, dit "à carvelle", c'est-à-dire à franc-bord (par opposition au clin)
  2. Michel Pordolec, né le à Quimper, sieur de Mesmeur

Références[modifier | modifier le code]

  1. « La sizunite (1962) », sur etudes.bretagne-environnement.org.
  2. Charles Armand Picquenard, « L'occupation romaine dans le bassin de l'Odet », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1906 (en ligne).
  3. Philippe Jouët et Kilian Delorme, Atlas historique des pays et terroirs de Bretagne, Skol Vreizh, 2007 (ISBN 978-2-915623-28-4).
  4. Les kemenet pourraient être à l'origine des circonscriptions des pagi, mais cela reste incertain
  5. ns203268.ovh.net.
  6. a et b Duigou et Le Boulanger 2005.
  7. Serge Duigou, Jean Failler et Bernard Galéron (contribution photographique), La Cornouaille dans tous ses états, Quimper, Palantines, , 285 p. (ISBN 978-2-35678-086-7, OCLC 858226096, notice BnF no FRBNF43648562)
  8. Sous la direction de Catherine Tosser et Jean-Jacques Rioult, "Architecture rurale en Bretagne", Lieux-dits Éditions, 2014, (ISBN 978-2-36219-099-5)
  9. Petit banc étroit et long
  10. André Mussat, Arts et cultures de Bretagne : un millénaire, Rennes, Editions Ouest-France, , 380 p. (ISBN 978-2-737-31932-7, OCLC 34611255)
  11. Henri Goardon, cité par Annick Le Douguet, "Crime et justice en Bretagne", Coop Breizh, 2011, (ISBN 978-2-84346-526-0)
  12. Auguste Dupouy, "Pêcheurs bretons", 1920, réédition Le Signor et Puget, Le Guilvinec, 1978.
  13. Pierre-Roland Giot, "Armoricains et Bretons : étude anthropologique", 1951, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96871356/f132.image.r=Goulien?rk=2296148;4
  14. Éric Rondel, "La libération de la Bretagne", éditions Ouestetcompagnie, 2014, (ISBN 978-2-36428-039-7)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Serge Duigou et Jean-Michel Le Boulanger, Cap-Sizun : Au pays de la pointe du Raz et de l'île de Sein, Palantines, coll. « Histoire et géographie contemporaine », , 239 p. (ISBN 2-911434-45-5) (notice BnF no FRBNF39994917).
  • Corentin Parcheminou, La Révolution au fond du Cap-Sizun, 1935 ; réédition : Paris, Le Livre d'Histoire-Lorisse, 2003 (ISBN 2-84373-286-7).
  • Paul Cornec, Pilleurs du Cap ! Le pillage d'épaves dans les paroisses du Cap-Sizun au XVIIIe siècle, Éditions du Cap-Sizun, 2001 (ISBN 2-9516122-1-4).
  • Paul Cornec, Le Couvent des Capucins d'Audierne, 1657-1795. Fondation, vie et disparition d'une institution capiste, Éditions du Cap Sizun, 112 p. (ISBN 2951612206).
  • Contes du Cap-Sizun, traduits du breton par Roger Gargadennec, Paris, Librairie d'Amérique et d'Orient Adrien Maisonneuve, 1973.
  • Hyacinthe Le Carguet, un passeur de mémoire en Cap-Sizun, présenté par Paul Cornec, Audierne, Éditions du Cap-Sizun, 332 p. (ISBN 2-9516122-3-0).
  • Paul Cornec, Audierne et le Cap-Sizun sous la Révolution, Éditions du Cap-Sizun, 2011, 424 p. (ISBN 978-2951612228).
  • Jean Savina, Le Conventionnel Guezno du Finistère. (1763-1839), présenté par Paul Cornec, Éditions du Cap-Sizun, 2013, 306 p. (ISBN 978-2-9516122-7-3).
  • Henri Peuziat, Le Cap Sizun : d'Audierne à l'île de Sein, Saint-Avertin, Sutton, coll. « Mémoire en images », , 128 p. (ISBN 978-2-8138-0805-9, notice BnF no FRBNF43865148)
  • Goulien, commune du Cap Sizun, Entre XIX siècle et III millénaire, Christian Pelras, Presses universitaires de Rennes, 2001 (ISBN 2-86847-649-X).
  • Ch. Pelras, Goulien le retour, Cinémathèque de Bretagne.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]