Chanson douce

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Chanson douce
Auteur Leïla Slimani
Pays Drapeau de la France France
Genre roman
Distinctions prix Goncourt (2016)
Éditeur Gallimard
Collection Blanche
Date de parution
Nombre de pages 226
ISBN 978-2-07-019667-8

Chanson douce est le deuxième roman de Leïla Slimani paru le aux éditions Gallimard. Il a obtenu, le 3 novembre 2016, le prix Goncourt[1] dès le premier tour de scrutin[2]. Elle est la douzième femme en cent-treize ans à remporter ce prix[1]. Il a également remporté en 2017 le grand prix des lectrices de Elle dans la catégorie roman[3].

Résumé[modifier | modifier le code]

Le récit commence sur deux enfants en bas âge assassinés par Louise, leur nounou et la découverte du crime par la mère. Le reste du récit est une analepse racontant l'histoire qui a abouti à ce crime[4]. On y découvre alors la vie d'un couple bobo qui s'attache à une nounou plutôt gentille mais aussi un peu étrange.

Thèmes[modifier | modifier le code]

Maternité[modifier | modifier le code]

Chanson Douce s’intéresse à la figure de la mère et à la notion de maternité en général. Le titre y réfère, renvoyant à la berceuse chantée à l’enfant par sa mère. Myriam et Louise incarnent deux figures de la maternité, en lien avec l’histoire de la condition des femmes, souvent liée à la condition de porteuse d’enfant (qui fait de cette fonction l’essentiel de sa vie [5]). La femme naissait et évoluait dans le but de mettre au monde des enfants et de rester disponible pour les nourrir, les soigner et les éduquer le temps nécessaire. Les normes sociétales dictaient qu’être femme revenait à être mère, permettant aux hommes et à la société de créer un rapport de domination.

La nécessité de trouver une nourrice dans le roman intervient après la volonté de Myriam de reprendre à travailler après son congé maternité, refusant de rester une mère au foyer et ce malgré les réticences de son mari, qui gagne assez pour deux. Le roman travaille donc sur ces normes et préjugés, pour montrer une volonté de restreindre la femme au rôle de mère. Ce thème intervient parmi d’autres problématiques, comme la domination sociale, l’éducation ou les préjugés de culture.

Le roman donne une vision sombre des rapports sociaux.

Myriam, qui veut devenir une femme indépendante plus qu’une mère et épouse, repousse la figure traditionnelle de la maternité.

Depuis le milieu du XXème siècle, différents facteurs ont invité les femmes occidentales à sortir du cercle intime du foyer, et de la maternité : l’autorité parentale a été partagée à égalité avec le père, elles sont citoyennes à part entière, et libres de disposer de leur corps, puisque ce sont elles qui, en dernier ressort, décident ou non de donner la vie.

Un modèle de la super-femme s’est mis en place, selon les théories féministes et égalitaristes, suite aux revendications des femmes pour l’égalité des chances, notamment dans l’univers du travail, et à l’affirmation et l’autonomie des femmes dans des domaines traditionnellement associés aux hommes -ici, le cabinet d’avocat. La super-femme pourrait tout concilier : famille-mari-carrière-cuisine-sociabilité. Mais Chanson Douce montre ce modèle décliné en deux parties, chacune représentée par deux femmes : une mère émancipée et d’extérieur, Myriam, et une nounou assujettie et mère d’intérieur, Louise. La première mère engage la seconde, de substitution, pour tenir le « rôle » de mère à sa place, et pour permettre à la première de devenir femme.

Le corps de Louise est invisibilisé, par sa condition de femme comme de nourrice [6]. Les normes permettaient aux acteurs sociaux de s’approprier le corps des femmes et des enfants, thème ici repris. Louise est réduite à une figure sans corporalité face au couple bourgeois, par son niveau social comme du fait qu’elle n’est pas celle qui a donné naissance aux enfants qu’elle garde. Elle n’est ni mère biologique ni femme bourgeoise : son corps est nié car non maternel. Le roman traite donc de cette catégorisation de la femme comme mère, par la figure de Louise qui devient tout à la fois, en accord avec le rôle donné aux femmes par la société : mère-épouse-ménagère.

Les femmes, notamment immigrées, se louent comme bonnes d’enfants, appelées « nounou » alors qu’elles n’allaitent plus mais parce que les employeurs attendent d’elles un dévouement maternel. Chanson douce montre donc un transfert de la maternité biologique à la maternité affective et matérielle, qui résumé l’intrigue : Louise n’a pas réussi à faire la distinction entre les enfants qu’elle gardait et les enfants qu’elle avait, et a préféré les tuer plutôt que les rendre à leurs parents biologiques.

Le roman traite de la problématique de la maternité au travers du personnage de Louise, qui dépasse la figure de la nourrice. Elle devient celle qui régit la maison, dépassant son travail. Elle incarne, dans une perspective stéréotypée, la mère : elle nettoie, cuisine, s’occupe des enfants, les emmène à l’école… Myriam n’est donc plus qu’une génitrice qui a décidé de reprendre à travailler, face à la figure de la mère qui est Louise. L’infanticide devient filicide, tant elle représente la figure de la mère. Elle tue les enfants par jalousie, après avoir raté l’éducation de sa fille. Le meurtre devient le fruit d’une maternité déviante, d’une folie créée par une trop grande volonté de maternité. Mila et Adam sont devenus ses enfants, à ses yeux.

Le roman traite de l’aliénation du rôle de la femme au travers de Louise, privée de tous ses droits (pauvre, confrontée à la misère des autres et à la richesse de ses employeurs), qui la rend folle. Il met en place une analyse des modes de vie d’aujourd’hui, pour montrer les difficultés des classes inférieures, souvent immigrées, qui ne peuvent que vendre leurs compétences domestiques et maternelles à des parents économiquement dominants en manque de temps pour leurs enfants.

L’infanticide viendrait de l’impossibilité première de Louise d’avoir été une bonne mère pour sa fille, selon les normes sociétales, essayant à tout prix de se racheter avec les enfants des autres. Elle devient la mère parfaite d’enfants qui ne sont pas les siens. Le peur devient si grande qu’on les lui enlève qu’elle les prend avant, traduisant la dépendance possible de la femme de son rôle de mère, qui est devenu son identité.

Il n’est jamais question du père comme figure du père, de son travail, alors que tout le roman traite de la question de la maternité. Toute l’intrigue vient de l’indépendance de Myriam, qui doit confier ses enfants à une autre pour s’émanciper, en contradiction avec les normes qui assujettissent les femmes au rôle de mère.

La figure de la mère évolue selon les époques, et trouve des problématiques dans le roman.

Critiques[modifier | modifier le code]

Le roman n'est pas un policier car on connaît le dénouement dès le début, et l'analepse commence très tôt dans le récit.

Le roman est intéressant pour l'analyse psychologique des rapports entre le jeune couple bobo et la nounou qui leur devient petit à petit de plus en plus indispensable, et devient angoissante par la place qu'elle prend dans leur couple et leur vie de famille. Le roman décrit finement un fonctionnement quasi sociologique de famille moderne entre dépendance et subordination.

Pour Nicolas Carreau (Europe 1), « c'est un livre qui se lit en apnée », et « c'est un grand roman »[4]. Pour L'Express, il peut « se lire comme un livre implacable sur les rapports de domination et la misère sociale »[7]. Pour Télérama, « [ce] n'est pas un [policier] pourtant, plutôt une fable tragique[1]. » René Homier-Roy sur ICI Radio-Canada Première témoigne du sentiment anxiogène qu'il a ressenti lors de la lecture de ce livre. Toutefois il qualifie l'œuvre littéraire d'exceptionnelle et de rafraîchissante dans le genre. Il conseille, à l'approche de Noël, de donner ce livre à des personnes mentalement stables vu le propos. (Culture Club, 11 décembre 2016)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Yvonne Kbibiehler, Histoire des mères et de la maternité en Occident : Chapitre 5 - Les mères en Occident, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je », , 128 p. (ISBN 978-2130598411).

Alizée Delpierre, L’homme et la société : Disparaître pour servir : les nounous ont-elles un corps ?, vol. n°203 - 204, l’Harmattant, (ISBN 978-2343129921), p. 261 à 270.

Liens externes[modifier | modifier le code]