Kamel Daoud (écrivain)

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Kamel Daoud
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Kamel Daoud en février 2015.

Naissance (46 ans)
Mesra, Drapeau de l'Algérie Algérie
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français

Œuvres principales

Kamel Daoud (arabe : كمال داود), né le à Mesra[1] (wilaya de Mostaganem[2]), en Algérie, est un écrivain et journaliste algérien d'expression française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et formation[modifier | modifier le code]

Kamel Daoud est le fils d'un gendarme, seul enfant de sa famille à avoir fait des études[3]. Après des études de mathématiques, il étudie la littérature à l'université. S'il écrit en français et non en arabe, c'est, dit-il, parce que « la langue arabe est piégée par le sacré, par les idéologies dominantes. On a fétichisé, politisé, idéologisé cette langue[4]. »

Il est divorcé et a deux enfants[3]

Journalisme[modifier | modifier le code]

En 1994, il entre au Quotidien d'Oran, journal francophone. Il y publie sa première chronique trois ans plus tard[3], titrée « Raina raikoum » (« Notre opinion, votre opinion »)'[5]. Il est pendant huit ans le rédacteur en chef du journal[2]. D'après lui, il a obtenu, au sein de ce journal « conservateur », une liberté d'être « caustique »[6], notamment envers Abdelaziz Bouteflika même si parfois, en raison de l'autocensure, il doit publier ses articles sur Facebook[3].

Chroniqueur dans différents médias, il est éditorialiste au journal électronique Algérie-focus et ses articles sont également publiés dans Slate Afrique.

Le 12 février 2011, dans le cadre d'une manifestation, il est brièvement arrêté[7].

Prix[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

En 2011, son recueil de nouvelles Minotaure 504 est sélectionné pour le prix Goncourt de la nouvelle, et pour le prix Wepler-Fondation La Poste[9] qui échoit finalement à Éric Laurrent.

En octobre 2013 sort son roman Meursault, contre-enquête, qui s'inspire de L'Étranger d'Albert Camus : le narrateur est en effet le frère de « l'Arabe » tué par Meursault[10]. Le roman évoque les désillusions que la politisation de l'islam a entrainées pour les Algériens[11]. En Algérie, le livre est l'objet d'un malentendu :

« Sans l'avoir lu, de nombreuses personnes ont pensé que c'était une attaque de L’Étranger, mais moi je n'étais pas dans cet esprit-là. Je ne suis pas un ancien moudjahid. […] Je me suis emparé de L’Étranger parce que Camus est un homme qui interroge le monde. J'ai voulu m'inscrire dans cette continuation. […] J'ai surtout voulu rendre un puissant hommage à La Chute, tant j'aime ce livre[4]. »

L'ouvrage obtient en 2014 le prix François-Mauriac et le prix des cinq continents de la Francophonie. Il est présent dans la dernière sélection du prix Goncourt 2014[12], et est à une voix de le remporter (4 votes contre 5[13] pour Lydie Salvayre, qui l'obtient donc finalement[14]). L'année suivante, il est couronné du prix Goncourt du premier roman 2015[15].

En 2015, Meursault, contre-enquête est adapté en monologue théâtral par Philippe Berling, metteur en scène et directeur du Théâtre liberté de Toulon. Sous le titre Meursaults[16], l'adaptation est jouée au 69e festival d'Avignon[17], au théâtre Benoît-XII.

Polémiques[modifier | modifier le code]

Fatwa d'un imam salafiste[modifier | modifier le code]

Le 3 décembre 2014, dans l'émission de Laurent Ruquier On n'est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l'islam :

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l'homme, on ne va pas avancer, a-t-il dit. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu'on la tranche, il faut qu'on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, cela lui vaut d'être frappé d'une fatwa par Abdelfattah Hamadache Zeraoui, un imam salafiste, qui a appelé le 16 décembre sur Facebook à son exécution écrivant que « si la charia islamique était appliquée en Algérie, la sanction serait la mort pour apostasie et hérésie. » Il précise :

« Il a mis le Coran en doute ainsi que l'islam sacré ; il a blessé les musulmans dans leur dignité et a fait des louanges à l'Occident et aux sionistes. Il s'est attaqué à la langue arabe […]. Nous appelons le régime algérien à le condamner à mort publiquement, à cause de sa guerre contre Dieu, son Prophète, son livre, les musulmans et leurs pays[18]. »

Il réitère par la suite ses menaces sur les chaînes de télé et les sites d’information des extensions TV des quotidiens arabophones réputés populistes Ennahar et Echourouk[19],[20].

À la suite de la plainte déposée par Kamel Daoud devant la justice algérienne au sujet de ces menaces publiques de mort proférées par l'imam, la justice algérienne rend son jugement le 8 mars 2016. Il est qualifié de « sans précédent » par l'avocat du plaignant : l'imam Abdelfattah Hamadache Zeraoui est condamné à six mois de prison dont trois mois fermes et l'équivalent de 450 euros d'amende[21].

Agressions sexuelles du Nouvel An 2016 en Allemagne[modifier | modifier le code]

Le , Kamel Daoud publie une tribune dans le journal Le Monde où il évoque les agressions sexuelles du Nouvel An 2016 en Allemagne et voit en l'islamisme la cause principale d'un « rapport malade à la femme, au corps et au désir » dans le monde arabe[22].

Un collectif d'anthropologues, sociologues, journalistes et historiens l'accuse en retour de recycler « les clichés orientalistes les plus éculés » et d'« alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme » car considérer que « des valeurs doivent être “imposées” à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes [est un] projet scandaleux, non pas seulement du fait de l'insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu'il évoque[23]. »

L'écrivain est choqué :

« Je pense que cela reste immoral de m'offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d'islamophobie qui sert aujourd'hui aussi d'inquisition. »

Il décide alors d’arrêter le journalisme[24],[25].

Analysant cette polémique Laurent Bouvet estime qu'« une certaine gauche, politique et intellectuelle, c'est le cas aussi dans l'université et la recherche, se comporte de manière très complaisante avec l'islamisme » et emploie « à l'encontre de tous ceux qui ne pensent pas comme elle, des méthodes d'intimidation et de disqualification, notamment en usant et abusant du mot “islamophobie[26]. »

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Prix François-Mauriac 2014
Prix des cinq continents de la Francophonie 2014[30]
Finaliste du prix Goncourt 2014[13]
Prix Goncourt du premier roman 2015[15]
Liste Goncourt[31] : le choix de l'Orient 2014, le choix roumain 2014, le choix serbe 2015

Références[modifier | modifier le code]

  1. Joan Tilouine, « Algérie : Kamel Daoud, l’homme révolté », sur Jeune Afrique,  : « village natal de Mesra, près de Mostaganem »
  2. a, b et c « Le prix littéraire Mohamed Dib décerné au journaliste-écrivain Kamel Daoud », Le Midi libre, 11 mai 2008.
  3. a, b, c et d Jean-Louis Le Touzet, « Kamel Daoud. Bouteflikafka », Libération, 15 avril 2014.
  4. a et b « Kamel Daoud, l'invité surprise des prix littéraires », article sur Le Figaro littéraire du 16 octobre 2014.
  5. a et b « Kamel Daoud’s Daily Dose of Subversion », Berfrois.
  6. Entretien avec Kamel Daoud, chroniqueur au QO, Algérie Focus, 1er mai 2010.
  7. Témoignage de Kamel Daoud, écrivain et journaliste : « Les policiers m’ont traité de tous les noms… », Dernières nouvelles d'Algérie, 12 février 2011.
  8. « Kamel Daoud journaliste de l'année ! », Le Point, 11 février 2016.
  9. Jeune Afrique no 2648 du 9-15 octobre 2011, p. 76
  10. a et b Meursault, contre-enquête, sur le site des Éditions Barzakh.
  11. (en) Adam Gopnik, « The next thing. Michel Houellebecq's Francophobic satire », The New Yorker, 26 janvier 2015.
  12. « Emmanuel Carrère absent de la première sélection du Goncourt », lemonde.fr, 4 septembre 2014.
  13. a et b Article Prix Goncourt 2014, journal L'Express, du 5 novembre 2014.
  14. Yacine Farah, « Kamel Daoud, si près du but… », El Watan, 6 novembre 2014.
  15. a et b « Le Goncourt du premier roman décerné au romancier algérien Kamel Daoud », sur Le Monde (consulté le 5 mai 2015).
  16. Article site Livres Hebdo, du 26 mars 2015.
  17. Du 21 au 25 juillet 2015.
  18. « Kamel Daoud sous le coup d'une fatwa », lepoint.fr, 17 décembre 2014.
  19. « Zemmour et Daoud : différents mais tous deux menacés », bvoltaire.fr, 19 décembre 2014.
  20. « En Algérie, les islamistes radicaux à l’air libre », Saïd Aït-Hatrit, lemonde.fr, 15 janvier 2015.
  21. « Algérie : Kamel Daour fait condamner un iman », sur Libération, publié le 8 mars 2016.
  22. Kamel Daoud : « Cologne, lieu de fantasmes », Le Monde, 31 janvier 2016.
  23. Nuit de Cologne : « Kamel Daoud recycle les clichés orientalistes les plus éculés » sur lemonde.fr.
  24. Kamel Daoud : « Le verdict d'islamophobie sert aujourd'hui d'inquisition » sur marianne.net.
  25. « Lettre à un ami étranger » sur lequotidien-oran.com.
  26. « Le procès en islamophobie contre Kamel Daoud est digne de l'époque stalinienne », entretien avec Laurent Bouvet, lefigaro.fr, 1er mars 2016.
  27. a et b Achour Cheurfi, Les écrivains algériens, Casbah Éditions, Alger, 2002, p. 136.
  28. Kamel Daoud remporte le prix littéraire Mohammed Dib, Le Matin, 10/05/2008.
  29. a et b Biographie, sur le site de son éditeur Actes Sud.
  30. L'ouvrage et ses prix, chez son éditeur Actes Sud, octobre 2014.
  31. Liste Goncourt et lauréats, site officiel de l'Académie Goncourt.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]