Datation absolue

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Une datation absolue est une datation aboutissant à un résultat chiffré, exprimé en années. Elle peut concerner un événement, un objet, une couche géologique ou un niveau archéologique. Ce type de datation vient en opposition ou complément à une datation relative.

Date de référence et notations[modifier | modifier le code]

On exprime un âge, soit par rapport à l'an 0 de notre ère, soit par rapport à l'année 1950.

La référence utilisée est indiquée par un suffixe apposé derrière la valeur numérique de l'âge :

  • EC ou apr. J.-C. en français pour les âges postérieurs à l'an 0 (CE ou AD en anglais) ;
  • AEC ou av. J.-C. en français pour les âges antérieurs à l'an 0 (BCE ou BC en anglais) ;
  • AA ou AP en français pour les âges antérieurs à 1950 (BP en anglais).

Méthodologie[modifier | modifier le code]

Le plus souvent, les méthodes de datation absolue utilisent des phénomènes de transformations physico-chimiques dont la vitesse est connue : la mesure du degré de transformation permet de dater le début du processus considéré. Les méthodes de datation absolue peuvent être classées en quatre groupes principaux, selon qu'elles se basent sur la décroissance radioactive, les défauts cristallins, la diffusion chimique ou la cyclicité de certains phénomènes.

Méthodes fondées sur des phénomènes radioactifs[modifier | modifier le code]

On distingue les méthodes directes des méthodes isochrones. Les premières sont ainsi qualifiées car on y applique directement la loi fondamentale de la radioactivité reliant l'activité au nombre d'atomes radioactifs initialement présents, qui donne directement accès à l'âge. Ce type de méthode nécessite de connaître l'abondance initiale de l'isotope utilisé, ce qui n'est possible que rarement. Les méthodes isochrones visent à éliminer cette inconnue par divers raisonnements propres à la géochimie.

Méthodes directes[modifier | modifier le code]

Méthode isochrone[modifier | modifier le code]

La méthode isochrone de datation met à profit la désintégration radioactive d'un isotope-père P en un isotope-fils stable F, quand l'élément chimique dont F est un isotope a au moins un isotope stable et non radiogénique Φ. Les rapports isotopiques d'un échantillon d'âge t et ayant évolué en système fermé[a] vérifient la relation :

λ désigne la constante radioactive de l'isotope P, et (F/Φ)0 la valeur initiale du rapport isotopique (F/Φ).

Si plusieurs échantillons (de roches ou de minéraux), formés en même temps avec le même rapport isotopique initial (F/Φ)0, ont ensuite évolué en système fermé, leurs points représentatifs dans un diagramme {x = (P/Φ), y = (F/Φ)} sont alignés sur l'« isochrone », une droite d'équation y = a x + b avec a = eλ t – 1 et b = (F/Φ)0. On en déduit aisément l'âge : t = ln(1+a)/λ ou, compte tenu de la relation λT = ln 2 entre la constante radioactive λ et la période radioactive T :

.

Or x et y sont mesurables : l'observation d'un alignement des points représentatifs des échantillons dans le « diagramme isochrone » {x,y} conforte les hypothèses ci-dessus et fournit l'âge t ainsi que le « rapport initial » (F/Φ)0. En pratique on procède, compte tenu des erreurs expérimentales, à une régression linéaire qui fournit les valeurs de a (donc aussi de t) et de (F/Φ)0 ainsi que leurs incertitudes.

Exemples

Méthodes fondées sur des défauts cristallins[modifier | modifier le code]

Méthode fondée sur des phénomènes de diffusion[modifier | modifier le code]

Méthodes fondées sur la vitesse de réactions chimiques[modifier | modifier le code]

  • Méthode de la racémisation des acides aminés[1]. Tous les tissus biologiques contiennent des acides aminés. La datation aux acides aminés est une technique de datation utilisée pour estimer l'âge d'un spécimen notamment en paléobiologie, en archéologie, en médecine légale, en taphonomie, et en géologie sédimentaire[2],[3],[4],[5],[6].
  • Méthode par l'assimilation post-mortem du fluor et de l'uranium dans les dents et les os, disparition de l'azote dans les os morts[1]

Méthodes fondées sur des phénomènes cycliques ou récurrents[modifier | modifier le code]

  • Dendrochronologie, basée sur l'analyse en épaisseur et le comptage des anneaux de croissance des arbres. La dendrochronologie a trois principaux domaines d'application: la paléoécologie, où elle est utilisée pour déterminer certains aspects des écologies passées (principalement le climat) ; l'archéologie, où elle est utilisée pour dater de vieux édifices ; et la datation au radiocarbone. Il est possible de dater le bois vieux de plusieurs milliers d'années, jusqu'à 11 000 ans[7].
  • Datation de sédiments lacustres par le comptage de varves.
  • Archéomagnétisme, basé sur la variation du champ magnétique terrestre enregistré par les minéraux magnétiques présents dans l'argile.
  • Datation des surfaces planétaires par dénombrement des cratères d'impact.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. C'est-à-dire sans échange avec l'extérieur d'atomes P, F ni Φ.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Étienne Roth (dir.), Bernard Poty (dir.) et al. (préf. Jean Coulomb), Méthodes de datation par les phénomènes nucléaires naturels, Paris, Éditions Masson, coll. « Collection CEA », , 631 p. (ISBN 2-225-80674-8), chap. 1A (« Principe - généralités »)
  2. J. L. Bada, « Amino Acid Racemization Dating of Fossil Bones », Annual Review of Earth and Planetary Sciences, vol. 13,‎ , p. 241–268 (DOI 10.1146/annurev.ea.13.050185.001325, Bibcode 1985AREPS..13..241B)
  3. L. Canoira, M. J. García-Martínez, J. F. Llamas, J. E. Ortíz et T. D. Torres, « Kinetics of amino acid racemization (epimerization) in the dentine of fossil and modern bear teeth », International Journal of Chemical Kinetics, vol. 35, no 11,‎ , p. 576 (DOI 10.1002/kin.10153)
  4. J. Bada et G. D. McDonald, « Amino Acid Racemization on Mars: Implications for the Preservation of Biomolecules from an Extinct Martian Biota », Icarus, vol. 114,‎ , p. 139–143 (PMID 11539479, DOI 10.1006/icar.1995.1049, Bibcode 1995Icar..114..139B, lire en ligne)
  5. B. J. Johnson et G. H. Miller, « Archaeological Applications of Amino Acid Racemization », Archaeometry, vol. 39, no 2,‎ , p. 265 (DOI 10.1111/j.1475-4754.1997.tb00806.x)
  6. 2008 [1] « https://web.archive.org/web/20150122010223/http://gsa.confex.com/gsa/2008AM/finalprogram/abstract_147285.htm »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), quote: The results provide a compelling case for applicability of amino acid racemization methods as a tool for evaluating changes in depositional dynamics, sedimentation rates, time-averaging, temporal resolution of the fossil record, and taphonomic overprints across sequence stratigraphic cycles.
  7. McGovern PJ, « Science in Archaeology: A Review », American Journal of Archaeology, vol. 99, no 1,‎ , p. 79–142

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]