Compte long

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Stèle C de Tres Zapotes.

Le compte long est un système de datation antique caractéristique de la civilisation maya de l'Époque classique et dont l’usage omniprésent la distingue de toutes les autres civilisations mésoaméricaines[1]. Comme les autres civilisations de la Mésoamérique, les Mayas connaissaient deux types de calendrier : le calendrier Tzolk'in, un calendrier rituel de 260 jours, et le calendrier haab, un calendrier solaire composé de 365 jours. Ils employaient couramment un troisième type de datation extrêmement précis : le compte long dont le point de départ correspond à la création du monde actuel le 13.0.0.0.0 4 Ajaw[2], 8 Kumk'u dans la mythologie maya. Selon la corrélation GMT, cette date correspondrait au [réf. nécessaire]

Origines[modifier | modifier le code]

Les premières inscriptions en compte long ont été découvertes en dehors de l’ère maya, dans la région de l’isthme de Tehuantepec[3]. Citons la célèbre stèle C de Tres Zapotes, dont la date correspondrait à l’an -31, du moins si le point de départ du calendrier local correspond effectivement à celui de la corrélation GMT (voir ci-dessous).

Unités[modifier | modifier le code]

Les Mayas employaient un système vigésimal, c’est-à-dire en base 20.

  • L’unité de base du calendrier est le «kin» (=jour), les Mayas n’ayant pas d’équivalent à notre semaine.
  • L’unité supérieure est le «winal», plus ou moins équivalent à notre mois, qui comporte 20 jours.
  • L’unité supérieure aurait donc dû être de 20 × 20. Les Mayas ont néanmoins fait une entorse au système vigésimal[4],[1] et choisi une unité de 18 × 20 qu’ils appelaient «tun», c'est-à-dire grossièrement l’équivalent d’une année. Ils ont sans doute fait ce choix parce que cette unité est proche de l’année solaire.
  • L’unité supérieure est le «katun», c'est-à-dire 20 tuns (= 7 200 jours).
  • L’unité supérieure est le «baktun», c'est-à-dire 20 katuns (= 144 000 jours).

Notation[modifier | modifier le code]

C’est la notation dite du « compte long » ou, selon une terminologie plus ancienne que l’on doit à Alfred Maudslay[5], des « séries initiales » (parce que la plupart des inscriptions maya de l’époque classique débutaient par ce type de dates).

Glyphe en forme de coquille équivalent à zéro.

Sur une stèle, une date en compte long apparaît de la manière suivante, dans l'ordre :

  • le glyphe d’introduction, dont la partie centrale et variable est le glyphe de la divinité du mois correspondant du calendrier haab, et dont la partie fixe dit sous les auspices de quel patron du mois on compte les katuns (les tuns à l’époque préclassique) ; viennent ensuite en colonne par groupe de deux glyphes :
  • le nombre de baktuns écoulés depuis le point zéro du calendrier ;
  • le nombre de katuns ;
  • le nombre de tuns ;
  • le nombre de uinals ;
  • le nombre de kins.

Notons que, pour indiquer qu’un ordre d’unités est vide, les Mayas utilisaient un glyphe ayant la forme d’une coquille[6], soit l’équivalent de notre zéro. Par exemple, lorsqu’un mayaniste note une date de la façon suivante : 9.17.0.0.0[7], il faut comprendre que 9 baktuns, 17 katuns, 0 tun, 0 uinal et 0 kins se sont écoulés depuis ce point zéro.

  • le chiffre et le nom du jour dans le Tzolk'in ;
  • le nom d'un des Neuf Seigneurs de la Nuit correspondant à cette date ;
  • un glyphe F, dont nous ne connaissons pas la signification exacte ;
  • cinq glyphes liés au cycle lunaire ;
  • la date dans le calendrier haab.

Il existe des unités supérieures au baktun : un kinchiltun équivaut à plus de trois millions d’années. Les Mayas croyaient à l’existence de «grands cycles» de 13 baktuns (1 872 000 jours), c’est-à-dire approximativement 5 125 années solaires[8]. Selon les conceptions cosmogoniques que les Mayas partageaient avec les autres civilisations mésoaméricaines, il y a une suite vraisemblablement ouverte de créations. L’univers actuel aurait été « créé » en La date exacte en compte long est 13.0.0.0.0 4 Ahau[9], 8 Cumku[10], que l’on trouve sur la stèle C de Quiriguá.

Une autre référence au mois d’ se trouve sur la stèle 10 de Tikal. D’après la page 168 de la référence[11] : « Les composants présentés ici ont été sélectionnés sur la base de la question de l’origine du Compte Long dont l’étendue couvre la distance temporelle séparant le début du présent supercycle historique, un jour d’août 3114 av. J.-C., de sa fin, un jour de , selon la corrélation GMT. Ce jour d’ av. J.-C. n’est pas celui du commencement de toutes choses comme le suggère la date sculptée sur la stèle de Tikal : celle-ci fait référence à un jour antérieur de près de 5 millions d’années relativement à la date d’érection du monument. » Les théories relatives à la « fin du monde » le partent donc d’une conception erronée du calendrier maya car il ne peut évidemment s’agir que de la fin d’un monde, c’est-à-dire du supercycle de 13 baktuns (5 125 ans environ) commencé en avant notre ère. D’après R.J. Sharer, ce supercycle se terminerait le , tandis que selon L. Schele et D. Freidel, ce serait plutôt le [11].

Ce système typique de l’Époque classique disparaît des stèles et des monuments au Xe siècle. La dernière date connue de fin de baktun en compte long gravée sur un monument provient du site de Toniná : 10.4.0.0.0, c’est-à-dire l’an . À l’Époque postclassique, il ne subsistait plus sur les monuments qu’un système simplifié de « compte court » composé de périodes de 13 katuns, c’est-à-dire 260 ans.

Corrélation GMT[modifier | modifier le code]

Pour faire correspondre une date en compte long à une date de notre calendrier, on se fonde sur des événements de l'époque de la colonisation espagnole (XVIe siècle) attestés à la fois en « compte court » et en calendrier julien, par exemple la fondation de la ville de Mérida (Mexique) le  :

« En l’an 1542, 1 Pop tombant sur le 13 K’an, les Espagnols fondèrent une colonie à Tiho (c’est-à-dire Mérida)… »

— Extrait des Annales d’Oxkutzcab[12].

Ensuite on établit une corrélation entre le compte court et le compte long de l’époque classique. Il existe plusieurs systèmes de corrélation et la plupart des spécialistes suivent la corrélation GMT. Il suffit alors de faire la conversion en calendrier julien et puis en calendrier grégorien. Des datations au carbone 14 de linteaux en bois datés retrouvés à Tikal supportent la validité du système GMT.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Drew 2000, p. 414.
  2. « Ajaw » signifie textuellement « souverain » en [[maya (langue)|]].
  3. (en) Mary Miller et Karl Taube, The Gods and Symbols of Ancient Mexico and the Maya, Thames & Hudson, , p. 50.
  4. Grube 2000, p. 138.
  5. Sharer 1994, p. 568.
  6. Grube 2000, p. 133.
  7. Exemple cité par Robert J. Sharer, p. 569 et Claude-François Baudez, p. 114.[réf. incomplète]
  8. Baudez 2005, p. 113.
  9. La position du jour dans le Calendrier Tzolk'in.
  10. La position du jour dans le calendrier haab.
  11. a et b « http://segura.univ-tln.fr/lepi5.pdf »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) [PDF], sur segura.univ-tln.fr, p. 168.
  12. Nikolai Grube, Les Mayas, p. 142.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude-François Baudez, Les Mayas, Paris, Les Belles Lettres, .
  • (en) David Drew, The Lost Chronicles of the Maya Kings, Londres, Phoenix, .
  • Nikolai Grube, Les Mayas, Cologne, Könemann, .
  • (en) Mary Miller et Karl Taube, The Gods and Symbols of Ancient Mexico and the Maya, Londres, Thames & Hudson, .
  • (en) Robert J. Sharer, The Ancient Maya, Stanford, California, Stanford University Press, .
  • CNRS 2012, principes de décompte : « Le CNRS explique pourquoi il n’y aura pas de fin du monde le  », Le Monde.fr, (consulté le 10 octobre 2017).