Taphonomie

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Perforations d'éponges et tubes encroutés de vers serpulidae sur une coquille moderne de Mercenaria de Caroline du Nord.

La taphonomie (du grec τάφος taphos, « enfouissement », et νόμος nomos, « loi ») est la discipline de la paléontologie et de l'archéothanatologie qui étudie la formation des gisements fossiles et tous les processus qui interviennent depuis la mort jusqu'à la fossilisation d'un organisme (y compris du pollen fossile, étudiés par la palynologie[1]).

Cette discipline repose sur le concept d’actualisme et le raisonnement par analogie[2].

Historique[modifier | modifier le code]

Le terme « taphonomie » a été proposé par le paléontologue russe/soviétique Ivan Efremov en 1940 pour désigner l'étude du passage des restes ou produits des organismes vivants de la biosphère à la lithosphère[3].

Cette définition a été précisée par Behrensmeyer et Kidwell en 1985[4]« the study of the processes of preservation and how they affect information in the fossil record »”, et celle de Koch (1989)[5]« a process or chain of events that begins just before the death of an organism, and proceeds through decomposition, desarticulation, burial, fossilisation, exposure, and collection. At each stage of this process, various taphonomic agencies intervene to obscure, bias, and add to the information that is available from the resulting collection »"

Enjeux[modifier | modifier le code]

Les études taphonomiques permettent notamment de savoir si les très nombreux ossements par exemple d'oiseaux de petite taille trouvés dans les cavernes occupées par l'homme (ou potentiellement occupée par des hommes préhistoriques) ont été tués et mangés par des humains[6].
A titre d'exemple de nombreux restes d'oiseaux ont été trouvés en France dans des niveaux archéo-paléontologiques plus anciennes que ceux où l'on pensait trouver des restes de gibier, parfois avec des traces semblant pouvoir être attribuées à des outils humains. Des analyses de résidus faits sur des outils en pierre trouvés sur le site de Payre en France (MIS 8-5) suggèrent une activité humaine sur des oiseaux mais aucune analyse directe n'avait été faite sur les spécimens aviaires trouvés sur place, de même pour les ossements aviaires trouvés dans un site voisin (l'Abri des Pêcheurs)[6]. Ces ossements d'oiseaux, appartenant à des espèces très variées, ont finalement (publication 2016) été étudiés avec des méthodes taphonomiques : les résultats invitent à penser que ces ossements d'oiseaux accumulés ont plutôt été apportés là par des rapaces nocturnes et par de petits mammifères carnivores[6] ; L'activité anthropique du site de Payre, tant à partir des analyses de résidus et d'usure lithiques qu'à partir de l'étude des ossements d'oiseaux ne révèlent aucune intervention de la part d'hominidés[6].

Méthodes[modifier | modifier le code]

La taphonomie s'appuie sur des disciplines telles que l'écologie, la géochimie ou la sédimentologie et utilise les « référentiels taxonomiques » actuels (et les référentiels fossiles pour identifier les espèces disparues). Elle est facilitée chez les espèces à squelette durs (interne ou externe ; ex : coquillages) qui échappant plus facilement à la biodégradation, notamment dans les grottes sèches[2].

Elle étudie aussi des processus tels que la décomposition et la diagenèse (comprendre le présent est utile pour comprendre le passé rapelle Gifford [7]).

Taphonomie expérimentale[modifier | modifier le code]

La taphonomie expérimentale consiste en l'étude des modalités de décomposition (biologique et/ou physico-chimique), de transport, d'enfouissement et de diagenèse dans un cadre artificiel contrôlé. Par exemple, l'étude des carcasses de grands mammifères menée depuis 1975 à la surface de la savane du parc national d'Amboseli[8] ou celle de la décomposition de lamproies et d'amphioxi ont permis de se rendre compte des biais qu'elle peut causer quant aux interprétations paléontologiques[9]. Dans ce dernier cas, il paraît possible que certains fossiles de chordés aient été classés au sein de clades plus basaux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Goñi MFS (1993) De la Taphonomie pollinique a la reconstitution de l'environnement (Vol. 586). British Archaeological Reports Ltd.
  2. a et b Laroulandie V (2000) Taphonomie et Archéozoologie des Oiseaux en Grotte: Applications aux Sites Paléolithiques du Bois-Ragot (Vienne), de Combe Saunière (Dordogne) et de La Vache (Ariège) (Doctoral dissertation, Université Sciences et Technologies-Bordeaux I), PDF, 397 pages.
  3. « The study of the transformation of animal remains from the biosphere into the litho-sphere, i. e., the study of the process in the upshot of which the organisms pass out of the different part of the biosphere and, being fossilized, become part of the lithosphere »” ; Efremov IA (1940) Taphonomy : a new branch of paleontology. Pan-American Geologist, 74, pp. 81-93 ; cité p. 85 in Koch (1989), , Taphonomy : a bibliographic guide to the literature. Orono : University of Maine. Center for the Study of the First Americans
  4. Behrensmeyer et Kidwell, 1985 p. 105
  5. Koch CP (1989), Taphonomy : a bibliographic guide to the literature. Orono : University of Maine. Center for the Study of the First Americans ; voir page 2
  6. a, b, c et d Rufà A, Blasco R, Roger T & Moncel M.H (2016) What is the taphonomic agent responsible for the avian accumulation? An approach from the Middle and early Late Pleistocene assemblages from Payre and Abri des Pêcheurs (Ardèche, France). Quaternary International, 421, 46-61|résumé.
  7. the study of the present is the key to investigation of the past » (Gifford DP (1981) , Taphonomy and paleoecology : a critical review of archaeology’s sister disciplines. voir p. 367 in : Schiffer M. B. (Ed.), Advances in Archaeological Method and Theory, 4 . New York : Academic Press, pp. 365-438
  8. (en) Anna K. Behrensmeyer, « Taphonomic and Ecologic Information from Bone Weathering », Paleobiology, vol. 4, no 2,‎ , p. 150-162.
  9. R. S. Sansom et al., « Non-random decay of chordate characters causes bias in fossil interpretation », Nature, 463, pp. 797-800.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Efremov I.A (1940) « Taphonomy: a new branch of paleontology », Pan-American Geology, 74, pp. 81-93
  • Lyman R.L (1994), Vertebrate taphonomy. Cambridge University Press, Cambridge, UK.
  • Ausich WI (2001). Echinoderm taphonomy. Echinoderm studies, 6, 171-227.
  • Duday H & Sellier P (1990) L'archéologie des gestes funéraires et la taphonomie. Nouvelles de l'archéologie, (40), 12-14 (résumé).
  • Christiane Denys (dir.) et Marylène Patou-Mathis (dir.) (photogr. Emilie Lesvignes), Manuel de taphonomie, Paris, Éditions Errance, coll. « Archéologiques », , 284 p., 24 x 16 cm (ISBN 978-2-87772-577-4, présentation en ligne)
  • Rufà A, Blasco R, Roger T & Moncel M.H (2016) What is the taphonomic agent responsible for the avian accumulation? An approach from the Middle and early Late Pleistocene assemblages from Payre and Abri des Pêcheurs (Ardèche, France). Quaternary International, 421, 46-61|résumé.
  • (en) Yolanda Fernandez-Jalvo, Peter Andrews, Atlas of Taphonomic Identifications, Springer, , 359 p. (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]