Juliette Drouet

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Juliette Drouet
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Juliette Drouet lithographiée par Alphonse-Léon Noël, 1832.

Nom de naissance Julienne Joséphine Gauvain
Naissance
Fougères, Ille-et-Vilaine
Décès (à 77 ans)
Paris (16e arrondissement)
Nationalité française
Pays de résidence France, Belgique, Italie, Îles Anglo-Normandes
Profession
Conjoint

Juliette Drouet, de son vrai nom Julienne Joséphine Gauvain[1] (Fougères, - Paris, )[2] est une actrice française, passée à la postérité pour avoir été la compagne de Victor Hugo pendant près de 50 ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Juliette Drouet naît le , elle est baptisée le lendemain à l'église Saint-Sulpice de Fougères. Elle est la benjamine d'une famille de quatre enfants, Renée (1800-1885), Thérèse (1802-1814) et Armand (1803-1876). Sa mère, Marie Marchandet, née vers 1780, est fileuse. Son père, Julien Gauvain, né en 1777 à Saint-Étienne-en-Coglès, est un ancien chouan qui exerce depuis la profession de tailleur. Marié en 1799, le couple avait établi un atelier de couture au pied du château de Fougères[3],[4].

Orpheline de mère quelques mois après sa naissance, de père l’année suivante, elle est placée comme son frère et ses deux sœurs en nourrice puis dans un couvent de Fougères, avant d’être élevée par un oncle, René-Henry Drouet, qui s’établit à Paris : elle y suit sa scolarité au pensionnat religieux des chanoinesses de Saint-Augustin à Saint-Mandé de 1816 à 1821.

Elle devient, vers 1825, la maîtresse du sculpteur James Pradier, qui la représente dans la statue symbolisant Strasbourg, place de la Concorde à Paris entre 1836 et 1846. Elle a avec lui un enfant, Claire, fille qu’il reconnaîtra deux ans plus tard.

Sur le conseil de Pradier, elle commence en 1828 une carrière de comédienne au Théâtre du Parc de Bruxelles, puis à Paris. Elle prend à cette époque le nom de son oncle. Actrice sans véritable talent, elle est sifflée par le public lors de la première de Marie Tudor le 6 novembre 1833 et voit son jeu éreinté trois jours plus tard par le Courrier des Théâtres. Cependant, elle est d’une beauté émouvante, et séduit bien des hommes, dont le comte Anatole Demidoff avec qui elle découvre un grand train de vie en Italie.

Juliette Drouet dans le rôle de la princesse Negroni.
Portrait peint par Charles-Émile Callande de Champmartin.

En 1833, alors qu’elle faisait une lecture du rôle de la princesse Négroni dans Lucrèce Borgia, Victor Hugo la remarque. En 1838, alors que le rôle de la reine dans Ruy Blas devait être attribué à Juliette, Madame Hugo écrit au directeur du théâtre, Anténor Joly : « Que mon mari, qui porte intérêt à cette dame, l’ait appuyée pour la faire entrer à votre théâtre, rien de mieux. » Mais, explique-t-elle, le talent de Juliette Drouet étant tenu en piètre estime par le public, la pièce risque d’en pâtir : « J’ai quelque espoir que vous trouverez moyen de donner le rôle à une autre personne. » La reine fut jouée par Louise Beaudouin [5].

Elle abandonne sa carrière théâtrale à sa demande pour vouer, victime consentante de l’imagerie d'Épinal de « l’éternel féminin[6] », le reste de ses jours à son amant qui exige d’elle une vie cloîtrée chez elle et des sorties uniquement en sa compagnie. Hugo la trompera pourtant, notamment avec Léonie d'Aunet, avec qui il entretiendra une liaison de 1844 à 1851, ou avec l’actrice Alice Ozy en 1847. Cependant, leur liaison est affichée et notoire, y compris de l’épouse du poète et de leurs enfants. À la mort de Claire , âgée de vingt ans, Victor Hugo mène le cortège funèbre avec Pradier, le père de la jeune défunte. Juliette n’a pas la force d’assister aux obsèques.

En 1852, elle accompagne son illustre amant dans son exil à Jersey, et puis en 1855 à Guernesey, mais sans partager son toit. Il lui loue une petite maison à portée de vue.

Le 25 septembre 1870, pendant le siège de Paris, Victor Hugo s’attend au pire. Aussi laisse-t-il quelques instructions à ses enfants, dont celles-ci  (l’orthographe est celle d’origine) :

« J.D

Elle m’a sauvé la vie en décembre 1851. Elle a subi pour moi l’exil. jamais son ame n’a quitté la mienne. que ceux qui m’ont aimé l’aiment. que ceux qui m’ont aimé la respectent.

Elle est ma veuve.

V.H »

Victor Hugo la trompe souvent, notamment en avril 1873, avec Blanche la femme de chambre de Juliette. Celle-ci fugue le 23 septembre. Elle rentre  cinq jours plus tard et obtient de Hugo des engagements de fidélité [7].

Elle lui écrit tout au long de sa vie plus de 20 000 lettres[6] ou de simples mots, qui témoignent d’un réel talent selon Gérard Pouchain qui écrivit sa biographie en 1992. Dans sa dernière lettre, datée du 1 janvier 1883, elle lui écrit : « Je ne sais pas où je serai l'année prochaine à pareille époque, mais je suis heureuse et fière de te signer mon certificat de vie pour celle-ci par ce seul mot : Je t'aime [8]. »

Elle meurt le 11 mai 1883 dans son habitation au 57 rue Jean-de-La-Fontaine à Paris. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Mandé près de sa fille Claire. L'entourage de Victor Hugo le dissuade d'assister aux obsèques [9].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Gérard Pouchain et Robert Sabourin, Juliette Drouet, ou La dépaysée, éditions Fayard, 1992.
  • Juliette Drouet, Souvenirs 1843-1854, édition établie par Gérard Pouchain, éditions des femmes, 2006.

Iconographie[modifier | modifier le code]

(liste non exhaustive)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Katharina M. Wilson, An Encyclopedia of Continental Women Writers, volume I, p. 335.
  2. (fr) « Drouet, Juliette », notice d'autorité personne n° FRBNF11900644, catalogue Bn-Opale Plus, Bibliothèque nationale de France, créée le 26 août 1981, modifiée le 26 octobre 2007.
  3. Le Figaro : 1re partie - Juliette Drouet et Victor Hugo - à propos de l'Exposition Juliette Drouet, Maison de Victor Hugo " Mon âme à ton cœur s'est donnée"...
  4. Pascale Lafargue, Juliette Drouet, une destinée, 2004. lire en ligne sur google livres
  5. Raymond Escholier, Victor Hugo raconté par ceux qui l'ont vu, Paris, Librairie Stock, , 415 p., p. 218
  6. a et b Anne-Martin Fugier, « Victor Hugo : la face cachée du grand homme », émission Secrets d'histoire sur France 2, 10 juillet 2012
  7. Henri Guillemin, Hugo, Paris, Seuil, Microcosme, Ecrivains de toujours, , 191 p. (ISBN 978-2020000017), p. 182,183
  8. Raymond Escholier, Victor Hugo raconté par ceux qui l'ont vu, Paris, Librairie Stock, , 415 p., p. 383
  9. Victor Hugo, Choses vues, 1870-1885, Paris, Gallimard, , 529 p. (ISBN 2-07-036141-1), p. 61
  10. Christian Vellas, Genève insolite et secrète, édition Jonglez, 2010, p.96-97. (ISBN 978-2-9158-0779-0)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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