Atago (croiseur)

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Atago
Image illustrative de l’article Atago (croiseur)
Le croiseur lourd Atago
en essais de vitesse en 1932
Type Croiseur lourd
Classe Classe Takao
Histoire
A servi dans Naval Ensign of Japan.svg Marine impériale japonaise
Commanditaire Drapeau de l'Empire du Japon Empire du Japon
Chantier naval Arsenal de Kure
Drapeau du Japon Japon
Commandé 1927
Quille posée
Lancement
Armé
Statut coulé par l'USS Darter (SS-227)
dans le Passage de Palawan,
le
Équipage
Équipage 773 hommes
Caractéristiques techniques
Longueur 201,7 m
Maître-bau 20,73 m
Tirant d'eau 6,32 m
Déplacement 9 850 tonnes (standard)
15 490 tonnes (pleine charge)
Propulsion 12 chaudières
4 turbines Kampon
Puissance 132 000 ch
Vitesse 35,5 nœuds
Caractéristiques militaires
Blindage ceinture = 37-100 mm
pont = 25-43 mm
magasin = 75-125 mm
tourelle = 75 mm
Armement À la mise en service :
(5X2) x 203 mm 2 GÔ (Mk II)
(4X1) x 120 mm
(2x1) et (1x2) Vickers de 40 mm
4 mitrailleuses Vickers x 13,2 mm
(4x2) tubes lance-torpilles orientables de 610 mm
Après refontes :
(5X2) x 203 mm 2 GÔ (Mk II)
(4X2) canons de 127 mm type 89
60 canons AA de 25 mm type 96
4 mitrailleuses Vickers x 13,2 mm
(4X4) tubes lance-torpilles orientables de 610 mm
Rayon d'action 8 500 nautiques (15 740 km)
à 14 nœuds
Aéronefs 2 catapultes
3 avions

Le Atago (愛宕?), construit de 1927 à 1932, a été la deuxième unité de la quatrième classe de croiseurs lourds mise sur cale par la Marine impériale japonaise. Avec un déplacement standard officiel (mais sous-évalué) de 9 850 tonnes, il associait une artillerie puissante, une protection satisfaisante, et une grande vitesse. Comme ses trois sister-ships, au sein de la 4e Division de Croiseurs, dont il fut souvent le navire amiral, il prit une part active aux opérations de la guerre du Pacifique. Il a fini torpillé par un sous-marin américain, à l'ouest de Palawan, à la veille de la bataille du golfe de Leyte.

Arrière-plan, conception et caractéristiques[modifier | modifier le code]

Conçue dans le cadre du Programme de Renforcement de 1927, la quatrième classe de croiseurs lourds[Note 1] japonais a incorporé, sur des coques ayant des dimensions très proches de celles de la classe Myōkō, un certain nombre d'améliorations voulues par le haut-commandement naval japonais, qui ne devaient pas officiellement conduire à outrepasser les stipulations du traité de Washington de 1922, notamment le déplacement maximal autorisé de 10 000 tonnes[1].

Mis sur cale le à l'arsenal de Kure, lancé le , l'Atago[Note 2],[2] a été armé deux mois avant le Takao le . Il a reçu dès l'origine dix canons de 203 mm 2GÔ (Mark II)[3] lançant un obus plus lourd que celui des canons de 200 mm, dont étaient alors équipées les trois précédentes classes de croiseurs japonais. La disposition des tourelles était la même que sur la classe Myōkō, mais dans de nouvelles tourelles dites de type E. Inspirées des tourelles des croiseurs anglais de la classe County, avec une élévation maximale de 70°, elles étaient supposées avoir un usage anti-aérien, de sorte que l'artillerie secondaire a été réduite à quatre pièces simples de 120 mm[4], comme sur la classe Aoba. Le blindage de ceinture, incliné et intérieur au bordé comme sur la classe Myōkō, a été porté à 125 mm à hauteur des magasins de munitions[1], mais pour économiser du poids, on a utilisé partiellement le soudage au lieu du rivetage. Ils ont aussi reçu dès l'origine, sur le pont supérieur, quatre plates-formes lance-torpilles orientables de 610 mm, mais uniquement doubles. Le bloc passerelle, massif, pour accueillir les équipements de direction de tir et de communications, était de forme pyramidale, pour réduire l'accroissement de poids dans les hauts, mais l'espace pour les passerelles s'en est trouvé réduit par rapport à la classe Myōkō[5],[6]. Si la similitude des dimensions de coque et le léger accroissement de la puissance des machines permettait une vitesse maximale équivalente à celle de la classe Myōkō (35,6 nœuds avec 139 000 ch), le déplacement réel excédait la limite des traités.

Aussi, lorsque l'Empire du Japon n'a plus été soumis aux stipulations du traité de Washington, l'Atago et son sister-ship, le Takao, ont été modernisés, en 1939-40, avec leur grand-mât déplacé vers l'arrière pour améliorer l'efficacité des antennes radio, leur massif central réaménagé[7], leur artillerie de 120 mm remplacée par quatre tourelles doubles de 127 mm type 89[8], leurs plates-formes lance-torpilles doubles remplacées par des plates-formes quadruples[5]. Le maitre-bau a été porté de 18 m à 20,7 m, le déplacement accru de 2 000 tonnes et donc la vitesse maximale réduite à 34,25 nœuds[9].

Service[modifier | modifier le code]

L'Atago a fait partie de la 4e Division de Croiseurs, qui rassemblait les bâtiments de sa classe. Il a notamment été commandé avant-guerre par les capitaines de vaisseau Ibō Takahashi de décembre 1932 à novembre 1933, Seiichi Itō à partir d'avril 1936, jusqu'à ce qu'il soit remplacé le 1er décembre 1936 par Aritomo Gotō, jusqu'au 12 juillet 1937. En 1940, c'est Tomiji Koyonagi qui le commande, puis le baron Matsuji Ijuin d'août 1941, jusqu'à décembre 1942[Note 3].

Au cours de l'attaque générale japonaise de décembre 1941 à juin 1942[modifier | modifier le code]

Lorsque débute la guerre du Pacifique, le Commandant-en-Chef de la 2e Flotte, le vice-amiral Kondō exerce également le commandement de la 4e Division de croiseurs, dont fait partie l'Atago qui va ainsi participer aux débarquements en Malaisie et au nord des Philippines, dans le golfe de Lingayen, au nord de Luçon, en décembre 1941. L'Atago va ensuite gagner les Palaus, en janvier 1942, puis les Célèbes, pour assurer la couverture éloignée du bombardement de Port-Darwin par les porte-avions du vice-amiral Chūichi Nagumo, le , puis celle de l'occupation d'Ambon. Fin février, il participe à l'attaque du trafic allié quittant Java, et coule à cette occasion de petits bâtiments (USS Pillsbury (en), HMAS Yarra (en)) du Commandement Américain-Britannique-Hollandais-Australien (l'ABDACOM)[10].

Après le raid sur Tokyo, l'Atago, le Takao et le Maya ont été lancés en vain à la recherche de l'escadre américaine qui l'avait mené, la Task Force 16, qui était commandée par le vice-amiral Halsey.

Devant Guadalcanal et en mer des Salomon[modifier | modifier le code]

Après que les Américains ont débarqué à Guadalcanal et Florida (Opération Watchtower), le , la 2e Flotte du vice-amiral Kondō, dont faisait toujours partie l'Atago, est arrivée à Truk, pour assurer avec les porte-avions de la 3e Flotte du vice-amiral Nagumo, la couverture éloignée des force japonaises qui s'efforçaient de chasser les U.S. Marines de Guadalcanal (Opération Ka).

Le croiseur lourd Takao et le cuirassé Kirishima, en route pour Guadalcanal, le 14 novembre 1942 (photo prise du croiseur Atago, navire amiral)

L'Atago a ainsi participé aux batailles des Salomon orientales à la fin août, et des îles Santa Cruz, à la fin octobre. Mais ce sont les croiseurs rattachés à la 8e Flotte du vice-amiral Mikawa[Note 4] et les cuirassés rapides du vice-amiral Kurita et du contre-amiral Abe[Note 5] qui ont mené (ou tenté de mener) les principaux bombardements navals contre le terrain d'aviation d'Henderson Field, début août, à la mi-octobre et à la mi-novembre. Mais après la première bataille navale de Guadalcanal[11], le vice-amiral Kondō, qui avait reçu de l'amiral Yamamoto, Commandant-en-Chef de la Flotte Combinée, l'ordre de retourner bombarder Henderson Field, a, cette fois, choisi d'engager les croiseurs lourds Atago, sur lequel il avait sa marque, et Takao, en soutien du cuirassé rapide Kirishima. Dans la nuit du 14 au 15 novembre, les deux croiseurs ont malmené le cuirassé moderne américain USS South Dakota, mais le cuirassé USS Washington, qui n'avait pas été repéré par les Japonais, a désemparé en quelques minutes, et envoyé par le fond le Kirishima[12]. Il n'y a plus eu ensuite de participation des croiseurs lourds japonais, en première ligne, au large de Guadalcanal.

Pendant les opérations en mer des Salomon en 1943, les croiseurs lourds japonais ont eu peu d'activités, mais la Défense Contre-Avions de l'Atago a été renforcée de trois affûts triples de 25 mm Type 96 automatiques anti-aériens. Mais après la bataille de la baie de l'Impératrice Augusta, le 2 novembre, où deux croiseurs lourds de la classe Myōkō ont été tenus en échec par une Task Force comptant plusieurs grands croiseurs légers, l'amiral Koga a dépêché, de Truk à Rabaul sept croiseurs lourds (les quatre de la classe Takao, et les Suzuya, Mogami et Chikuma), pour intervenir à Bougainville. L'amiral Halsey a alors lancé, malgré les formidables défenses de Rabaul des raids de l'aviation embarquée, dont le premier, le 5 novembre, de 97 avions depuis les USS Saratoga et Princeton du Task Group 50.4 du contre-amiral Sherman[13], a endommagé les Takao, Atago et Maya ainsi que le Mogami[14].

Dans le Pacifique central et en route pour le golfe de Leyte[modifier | modifier le code]

L'Atago, a été réparé à l'arsenal de Yokosuka, où il a reçu également des affûts de 25 mm AA Type 96 supplémentaires et un radar de veille surface type 22. Avec le Chokai, le Myōkō et le Haguro, il quitte Truk pour les Palaos début février, et échappe ainsi au bombardement de Truk, les 17 et 18 février 1944 (Opération Hailstone) Il est finalement basé au mouillage des îles Lingga au sud de Singapour, puis à Tawi-Tawi, en mer de Sulu, à l'extrémité sud-ouest des Philippines[10].

Le 20 juin 1944 dans l'après-midi, un croiseur lourd japonais de la 4e Division (le Maya ou le Chokai) essaie d'échapper aux attaques de l'aviation de l'USS Bunker Hill (CV-17)

Le vice-amiral Kurita avait succédé, en août 1943, à l'amiral Kondō, à la tête de la 2e Flotte, et a assumé également le commandement de la 4e Division de Croiseurs. L'Atago s'est donc retrouvé dans la “Force d'avant-garde”, portant la marque du vice-amiral Kurita, constituée de trois porte-avions légers, quatre cuirassés, dont les deux cuirassés géants de la classe Yamato, de sept autres croiseurs lourds, un croiseur léger et sept destroyers, au sein de la 1re Flotte Mobile, dont le Commandant-en-Chef était le vice-amiral Ozawa[15]. C'est dans cette formation qu'il a participé à la bataille de la mer des Philippines.

Rentré au Japon, l'Atago a eu sa Défense Contre-Avions portée à 60 tubes, avec quatre affûts triples et 22 affûts simples supplémentaires et a eu un radar de veille aérienne de Type 13 installé. Il a ensuite regagné le mouillage des îles Lingga[10].

Dans le cadre du Plan Sho-Go, qui a été mis en œuvre pour la défense de Philippines, la 4e Division de Croiseurs, restée aux ordres du vice-amiral Kurita, fait partie de la Force d'Attaque de Diversion no 1[16] qui doit aller attaquer les navires qui débarquent les troupes de VIe Armée américaine, dans le golfe de Leyte. Appareillant des îles Lingga le 18 octobre aux ordres du vice-amiral Kurita, la “Force Centrale”, comme la désigneront les Américains se ravitaille à Borneo, en baie de Brunei, et repart, le 22, pour contourner Palawan par l'ouest, en route vers la mer de Sibuyan et le détroit de San-Bernardino. Mais dans la nuit du 22 au 23, deux sous-marins américains la repèrent et l'attaquent. Torpillé, aux premières heures du jour, par l'USS Darter (SS-227), l'Atago, qui porte la marque du vice-amiral Kurita, coule en vingt minutes. Le Maya est également coulé, et le Takao très gravement endommagé[Note 6],[17]. Le vice-amiral Kurita et son chef d'état-major, le contre-amiral Koyonagi, sont parmi les rescapés récupérés par le destroyer Kishinami, mais ce n'est que dans l'après-midi que le vice-amiral Kurita prendra pied sur le Yamato, qui portera sa marque pendant la bataille du golfe de Leyte.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Ireland, Cuirassés du XXe siècle, St-Sulpice (Suisse), Éditions Airelles, (ISBN 2-88468-038-1)
  • (en) Eric LaCroix et Linton Wells II, Japanese Cruisers Of The Pacific War, Naval Institute Press, (ISBN 0-87021-311-3)
  • (en) H.T. Lenton, Navies of the Second World War American battleships, carriers and cruisers, Londres, Macdonald&Co Publishers Ltd, (ISBN 0356-01511-4)
  • (en) H.T. Lenton, Navies of the Second World War British Cruisers, Macdonald & Co Publishers Ltd, (ISBN 0356-04138-7)
  • (en) Donald Macintyre, Famous fighting ships, London New York, Hamlyn, , 160 p. (ISBN 978-0-600-35486-4, OCLC 941404025)
  • Philippe Masson, Histoire des batailles navales, Paris, Éditions Atlas, (ISBN 2-7312-0136-3)
  • Antony Preston, Histoire des Croiseurs, Paris, Fernand Nathan Editeurs, (ISBN 2-09-292027-8)
  • Antony Preston, Histoire des Porte-Avions, Paris, Fernand Nathan Éditeurs, (ISBN 2-09-292040-5)
  • Antony Preston, Histoire des Destroyers, Paris, Fernand Nathan Éditeurs, (ISBN 2-09-292-039-1)
  • (en) Shuppan Kyodo-sha, Navies of the Second World War Japanese battleships and cruisers, Macdonald & Co Publishers Ltd., (ISBN 978-0356014753)
  • Oliver Warner, Geoffrey Bennett, Donald G.F.W. Macintyre, Franck Uehling, Desmond Wettern, Antony Preston et Jacques Mordal, Histoire de la guerre sur mer des Premiers Cuirassés aux Sous-Marins Nucléaires, Bruxelles, Elsevier Sequoia, (ISBN 2-800-30148-1)
  • (en) Anthony Watts, Japanese Warships of World War II, Ian Allen Ltd, (ISBN 0-7110-0215-0)
  • (en) M.J. Whitley, Cruisers Of World War Two, Brockhampton Press, (ISBN 1-86019-874-0)
  • (en) Corner Vann Woodward, The battle for Leyte Gulf, New York, Ballantine Books, (OCLC 491856)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Cette dénomination de « croiseurs lourds » est à proprement parler anachronique pour des bâtiments conçus avant le traité naval de Londres de 1930, par lequel a été introduit une distinction entre croiseurs, selon que leur artillerie principale avait, ou non, un calibre supérieur à 155 mm.
  2. Comme le Takao, l'Atago, reçut le nom d'un des deux croiseurs de bataille, de la classe Amagi dont la construction fut annulée, à la suite du traité de Washington de 1922.
  3. Ibō Takahashi a, en tant que vice-amiral, commandé la 3e Flotte, à l'attaque des Philippines, en décembre 1941, puis des Indes orientales néerlandaises, avant de commander la 2e Flotte Expéditionnaire du Sud, puis la Zone du Pacifique Sud-Ouest. Seiichi Itō, a été chef d'état-major de la Flotte Combinée, et de 1941 à 1944 Vice-Chef de l'État-major Général de la Marine. Il a succédé au vice-amiral Kurita, à la tête de la 2e Flotte, fin 1944, et a été tué sur le Yamato, au cours de sa dernière sortie en avril 1945. Aritomo Goto, comme contre-amiral, a commandé la 6e Division de Croiseurs à la bataille de Savo et a été tué sur la passerelle de son vaisseau amiral à la bataille du cap Espérance. Tomiji Koyonagi, promu contre-amiral a été chef d'état-major du vice-amiral Kurita à la bataille du golfe de Leyte, et le baron Ijuin a survécu à la destruction de son navire amiral, le Sendai, à la bataille de la baie de l'Impératrice Augusta
  4. Croiseur Chokai, navire amiral, et croiseurs de la 6e Division, des classes Furutaka et Aoba, puis croiseurs Maya, et Suzuya à partir de novembre 1942.
  5. Cuirassés rapides de la 3e Division de Cuirassés du vice-amiral Kurita, Kongō et Haruna, et cuirassés rapides de la 11e Division de Cuirassés du contre-amiral Abe, Hiei et Kirishima.
  6. L'USS Darter (SS-227) a été crédité de la destruction de l'Atago et des dégâts sur le Takao, et l'USS Dace (SS-247) de la destruction du Maya.
Références

Sources[modifier | modifier le code]