Alphonse Karr

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Alphonse Karr
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Alphonse Karr vers 1876-1884, par Antony-Samuel Adam-Salomon.

Naissance
Paris (France)
Décès (à 81 ans)
Saint-Raphaël (France)
Nationalité Drapeau de la France Français
Profession
écrivain, journaliste

Jean Baptiste Alphonse Karr, né à Paris le [1] et mort à Saint-Raphaël le , est un romancier et journaliste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Alphonse est le fils du pianiste compositeur munichois Henri Karr[2]. Il étudie à Paris au collège Bourbon[3] (ancien nom du Lycée Condorcet) et dès l'âge de vingt ans, y enseigne quelque temps, en tant que professeur suppléant[4]. Il abandonne l'enseignement pour s'adonner à la poésie, et n'écrit qu'en vers[4]. Il espère alors gagner sa vie grâce à ses poèmes, et envoie une pièce en vers au journal Le Figaro, lequel lui répond que ses vers ne seront pas publiés, et lui conseille d'écrire en prose[4]. Alphonse Karr décide de travailler ses textes en prose, pour pouvoir avoir un revenu. Il réécrit Sous les tilleuls en prose[4], et se fait publier. C'est ainsi qu'en 1832, à l'âge de 24 ans, il débute dans la littérature avec son roman le plus célèbre, Sous les tilleuls, paru en deux volumes[4], qui lui valut son entrée au Figaro.

Il se marie « fort jeune[4] », sa femme obtient sa demande de séparation par le tribunal[3]. Ils ont une fille, Thérèse[5],[3], née dans le milieu des années 1830[3]. Thérèse Karr écrira des courts récits, des romans, et fera des traductions[5] depuis l'allemand[3]. Elle écrira aussi sous divers pseudonymes, comme celui de Pierre Rosenkranz[5].

En 1836, il participe à La Chronique de Paris, fondée par Honoré de Balzac, dont la parution ne durera que six mois, mais qui fut un joyeux intermède[6]. Ami de Victor Hugo, il est un auteur dans la veine romantique. Son roman Histoire de Romain d'Étretat fait connaître Étretat, où il se rendait souvent. Par ses écrits et son réseau d'amis (des artistes, des romanciers...), il contribue aussi à la réputation de Trouville et d'Honfleur[2]. On peut même le considérer comme l'“inventeur” d'une autre station balnéaire normande, celle de Sainte-Adresse près du Havre, dont il est le conseiller municipal de 1843 à 1849 et dont il fait le lieu de plusieurs romans[2].

Parallèlement à ses articles au Figaro, il écrit également dans les revues Entr'acte et Le Corsaire[4], puis il signe des feuilletons dans La Presse et Le Siècle[4]. Il devient ensuite rédacteur en chef au Figaro[4], de 1836 à 1838[7].

De 1839 à 1849, il publie une revue satirique : Les Guêpes, dont il est l'unique rédacteur, dans lequel il vitupère contre la plupart des célébrités de son époque. C'est le second succès phénoménal de sa carrière littéraire[2]. En 1843, il relate dans le Siècle le drame de Villequier, au cours duquel Léopoldine Hugo et son mari Charles Vacquerie meurent dans un naufrage sur la Seine. C'est par cet article que Victor Hugo, alors en voyage dans les Pyrénées, apprend la mort de sa fille et de son gendre.

Alphonse Karr, Recueil. Personnalités diverses du Second Empire, 1860. Coll. de la BnF.

Il participe également au journal L'Événement[8], quotidien créé par Victor Hugo en 1848, et qui parut jusqu'en 1851.

En 1840, au cours d'une visite au salon littéraire de Louise Colet, il fait allusion aux amours de la maîtresse de maison avec Victor Cousin, celle-ci furieuse lui plante dans le dos un coup de couteau de cuisine. Blessé sans gravité, il ne porte pas plainte mais exposa le couteau sur le mur de sa chambre du no 46 rue Vivienne avec cette inscription : Donné par Louise Colet...dans le dos[9].

Pour Karr, opposant à la monarchie constitutionnelle, l'abdication du roi Louis-Philippe puis l'instauration de la IIe République en 1848 est une bonne nouvelle. Il échoue de peu à être député de la Seine-Inférieure. Il fonde Le Journal pour soutenir le général Louis Eugène Cavaignac mais le périodique ne dure que trois mois[2]. Le coup d'État de 1851 par Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III, l'oblige à se retirer sur la côte d'Azur, alors située dans le royaume de Piémont-Sardaigne. Il s'installe précisément à Nice, où, tout en continuant à écrire, il loue une propriété agricole dans le quartier Saint-Étienne. Il développe une activité de floriculture (1853 à 1867)[10]. Et avec succès, au 8 place du jardin Public (aujourd’hui Jardin Albert-Ier), il ouvre un magasin de vente de bouquets de fleurs, de fruits et légumes, destiné à une clientèle d’hivernants[11]. Son intérêt et sa connaissance des jardins expliquent qu'une poire, la Poire Alphonse Karr, et un bambou, le Bambusa multiplex Alphonse Karr et un dahlia ont été nommés en son souvenir. Toujours ironisant, il a publié un traité intitulé Comment insulter les plantes en latin.

Sa fille Jeanne[12] naît en 1852. Elle se marie avec le peintre, photographe et architecte Léon Bouyer[12]. Ils auront trois enfants, Suzanne l'aînée (nom d'épouse Gauvin), Alphonse né en 1872, puis Violette, née en 1875. Violette Bouyer-Karr publiera plusieurs romans et nouvelles[13],[14], et sera membre puis secrétaire de la Société des Gens de Lettres[14].

Il quitte Nice en 1865[15], exproprié par la construction de la gare SNCF de Nice-Ville[15], et il s'installe à Saint-Raphaël (Var)[15]. Son dernier succès littéraire, l'Esprit d'Alphonse Karr, est une simple compilation de ses bons mots[2].

En 1870, il assiste la famille Bayon dans l'affaire Guillaume Bayon, à Saulce-sur-Rhône, une affaire criminelle jugée par la Cour d’assises de la Drôme, le 27 avril 1870. En mars 1871, il publie une lettre ouverte (JO de la Commune de Paris, 6 mars) très réticente à Thiers et proposant des mesures républicaines très radicales (suppression de l'armée, mise en loterie des biens de la couronne, etc.)

En 1882, la Ligue populaire contre la vivisection se créait, le président d'honneur était Victor Hugo et le président en exercice l'écrivain Alphonse Karr. Comme la SPA, créée en 1845, cette société allait veiller à la stricte application de la loi Grammont. Cette loi, qui avait été votée le 2 juillet 1850 par l'Assemblée nationale, punissait d'une amende de un à quinze francs, mais aussi de un à cinq jours de prison « les personnes ayant exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques », une précision était apportée : la peine de prison sera toujours appliquée en cas de récidive[16].

Alphonse Karr aimait jouer aux dominos et était membre du club des dominotiers, fondé vers 1838 par le sculpteur Dantan jeune.

Il avait été nommé en 1845 chevalier de la Légion d'honneur[17].

Malade depuis plusieurs jours d'une fluxion de poitrine[12], il meurt à l'âge de 81 ans, en septembre 1890 dans sa villa de Saint-Raphaël, appelée « Maison Close »[15], aux côtés de sa fille Jeanne, son gendre Léon, et ses petits-enfants[12]. Il est enterré au cimetière tout proche, auquel la commune donnera son nom[12],[18], sous une tombe en forme de tronc d'arbre[19].

Viendront reposer auprès de lui sa fille Jeanne (1852-1929), son gendre Léon Bouyer (1844-1916) et un de leurs enfants, son petit-fils Auguste (1874-1920)[19].

Sa petite-fille, l'écrivain Violette Bouyer-Karr (1875-1975), née à la « Maison Close »[13], « se vit dans l’obligation de gérer le domaine légué par ses parents[14] ». En 2014, un essai lui est consacré L’humble Violette, femme forte, écrit par Françoise Grosjean[14].

Style[modifier | modifier le code]

Selon Patrice Delbourg, Karr, « avec Capus, avec Feydeau, avec Aurélien Scholl, symbolise l'esprit et l'humour du boulevard. [...] Une sorte de prince de l'esprit, d'Aristophane du trottoir. »[20] Il était un spécialiste des bons mots, tantôt moralistes, tantôt acerbes, parfois misogynes.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Une rue de Paris porte son nom.
  • Une rue d'Étretat porte son nom.
  • Une sente de Sainte-Adresse porte son nom.
  • Une rue de Châlons en Champagne porte son nom.
  • Une avenue de Saint-Maur-des-Fossés porte son nom.
  • Une rue de Saint-Raphaël (centre-ville), ainsi que le cimetière où il est enterré[12],[18].
  • Une avenue près de Boulouris (Estérel Plage) ont été nommées en son honneur.
  • Une rue de Nice a été renommée en son honneur.
  • Un collège de Mondoubleau, dans le Perche vendômois du Loir-et-Cher, porte son nom. Sa femme était originaire de ce village. Un collège de Saint-Raphaël porte également son nom.
  • Son vieil ami Gabriel-Vital Dubray (1813-1892) est mort alors qu'il modelait un buste destiné à orner sa tombe.
  • Un buste est installé à Saint-Raphaël (sculptrice : Alice Fagny Sapet) et un autre dans la mairie d'Étretat (sculpteur : Cipriani)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives de Paris en ligne, fichier alphabétique de l'état civil reconstitué, V3E/N 1241, vue 9/51.
  2. a, b, c, d, e et f Benoît Noël, « Alphonse Karr (1808-1890) : la Pénélope Normande et les Vergissmeinnicht », Le Pays d'Auge, mars-avril 2007, p.2-13
  3. a, b, c, d et e Charles Lefeuve, Histoire du Lycée Bonaparte Collège Bourbon, 1852.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h et i Louis Adrien Huart et Charles Philipon, Galerie de la presse, de la littérature et des beaux-arts, volume 1, Chez Aubert, 1839.
  5. a, b et c Antoine Edmond Poinsot , Dictionnaire des pseudonymes, éd. Slatkine, 1887.
  6. André Maurois, Prométhée ou la vie de Balzac, Hachette, 1965, p. 308-309
  7. Fiche BnF du journal Le Figaro.
  8. Sandrine Fillipetti, Victor Hugo, Gallimard, 2011.
  9. Bernard Vassor, l'Attentat de la rue Bréda, Louise Colet et Alphonse Karr
  10. Alphonse Karr, Promenade hors de mon jardin, Lévy, 1856, p. 154.
  11. Marie-Thérèse Dufour-Lion, Nice-Historique, 1962, p. 115-116
  12. a, b, c, d, e et f Article du journal Le Figaro, du 1er octobre 1890, consultable sur Gallica.bnf.fr.
  13. a et b [PDF] (ca) Revue Feminal n°27, du 27 juin 1909.
  14. a, b, c et d Présentation de l'essai de Françoise Grosjean, L’humble Violette, femme forte. Violette Bouyer-Karr (1875-1975) , Les Presses du midi, 2014, sur le site amisdejeanaicard, site des amis de Jean Aicard.
  15. a, b, c et d Article sur Alphonse Karr, site de la commune de Saint-Raphaël.
  16. Frédéric Vitoux, Dictionnaire amoureux des chats, édition Plon/Fayard, avril 2008, p.548. (ISBN 978-2-259-20686-0)
  17. « Dossier dans l'ordre de la Légion d'honneur de Jean Alphonse Karr », base Léonore, ministère français de la Culture
  18. a et b Fiche du cimetière Alphonse-Karr, sur le site dossiersinventaire.regionpaca.fr.
  19. a et b Sépulture d'Alphonse Karr, sur le site tombes-sepultures.com.
  20. Émission radiophonique Les Papous dans la tête du 11 mars 2012, France Culture.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Par ordre chronologique
  • Eugène de Mirecourt, Alphonse Karr, G. Havard, 1858
  • A.-J. Lorentz, Épître à mon vieux camarade Alphonse Karr. La République, J. Claye, 1873
  • Derek P. Scales, Alphonse Karr : sa vie et son œuvre, 1808-1890, Minard, 1959
  • Charles-Armand Klein, Alphonse Karr, Prince de l'Esprit, Le Cherche Midi, Paris, 1994.
  • Benoît Noël, « Alphonse Karr (1808-1890) : la Pénélope Normande et les Vergissmeinnicht », Le Pays d'Auge, mars-avril 2007, p. 2-13
  • Claude Duneton, « Mon ami Alphonse Karr » dans Balade dans le Var, coll. « Sur les pas des écrivains », Éditions Alexandrines, Paris, 2010.

Liens externes[modifier | modifier le code]