Mouvement européen international

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Mouvement européen
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Cadre
Forme juridique Association internationale à but non lucratif de droit belge[N 1]
But Promotion de l'intégration européenne
Promotion d'une Europe fédérale et unie[1]
Zone d’influence Europe
Fondation
Fondation 25 octobre 1948
Identité
Siège Rue Marie-Thérèse 21, B-1000 Bruxelles, Belgique
Personnages clés Paul-Henri Spaak
Robert Schuman
Walter Hallstein
Jean Rey
Gaston Thorn
Valéry Giscard d'Estaing
Président Jo Leinen
Vice-président Jean-Marie Cavada
Bernd Hüttemann
Nataša Owens
Ugo Ferruta
Eva Paunova
Frédéric Vallier
Secrétaire général Petros Fassoulas
Trésorier Dries Callens
Membres 39 sections nationales
33 associations internationales
3 des éléments de support
Site web europeanmovement.eu

Le Mouvement européen[2], aussi appelé Mouvement européen international (MEI) pour le distinguer de ses antennes nationales, est une association et un groupe de pression international promouvant l'intégration européenne principalement dans les années 1940 et 1950. Fondé en 1948 lors du Congrès de la Haye, son siège est à Bruxelles[3]. Le mouvement est à l'origine des documents qui permettront la création du Conseil de l'Europe. Après 1950, le mouvement est resté actif dans le soutien de l'intégration politique[3].

Objectifs[modifier | modifier le code]

Le drapeau fédéraliste, ancien emblème du Mouvement européen, drapeau des fédéralistes européens.

Agissant comme une « organisation parapluie » fédérant des associations promouvant l'intégration européenne, elle publie des documents informationnels à destination des groupes, associations et institutions ayant un intérêt dans les affaires européennes[3].

En 1948, lors du congrès fondateur du mouvement, trois objectifs sont énoncés[4]:

  • prouver qu'il existe dans la population européenne un mouvement d'opinion en faveur de l'unité européenne
  • proposer aux gouvernements des solutions pratiques pour unifier l'Europe
  • amplifier la campagne internationale d'opinion déjà menée par le Comité international de coordination des mouvements pour l’unité européenne (CICMUE), ancêtre du MEI

Dès sa création, l'un des objectifs prioritaires du MEI est la création d'une Assemblée européenne, qui pourrait être composée de parlementaires issus des assemblées nationales des différents pays, ou d'extraparlementaires.

Histoire[modifier | modifier le code]

Initialement nommé « Mouvement européen », le MEI a été créé sous l'impulsion de plusieurs hommes politiques européens de toutes tendances[5],[3]. Le MEI prend forme lors du Congrès de La Haye de 1948. Ce congrès a eu lieu grâce à l'initiative du Comité international de coordination des mouvements pour l’unité européenne (CICMUE). Le CICMUE rassemblait notamment l'Union des fédéralistes européens et du United Europe Movement. 800 hommes d’État, parlementaires, hommes d’affaires, syndicalistes, universitaires, etc ont participé au congrès fondateur du MEI[4].

Quelques mois après le congrès, le CICMUE se transforme en Mouvement européen. Le MEI choisit des présidents d'honneur, notamment Winston Churchill et Léon Blum, dont les opinions politiques variées placent l'action du MEI au-delà du clivage droite-gauche[4].

Le Mouvement véhicule des doctrines divergentes, puisqu'il a longtemps rassemblé les « unionistes », partisans d'une simple coopération intergouvernementale et les « fédéralistes », partisans d'un gouvernement fédéral de l'Europe.

En réalité, les mouvements et associations (unionistes ou fédéralistes) pro-européens qui composèrent à l’origine le MEI puisent leurs idées, dès les années 1941-1944, dans les programmes pour l’Europe d’après Guerre des mouvements de résistance anti-fascistes ou anti-nazis (Mouvement fédéraliste européen d’Altiero Spinelli en Italie, mouvement Combat en France) et c’est le discours de Winston Churchill sur les « États-Unis d’Europe »[N 2] à Zurich (septembre 1946) qui fut à l’origine de la création du Comité international de coordination des Mouvements pour l’unité européenne qui organise le Congrès de La Haye en mai 1948, d’où est issu le Mouvement européen.

Le fait que le Mouvement socialiste pour les États-Unis d'Europe (qui réclamait la construction d’une Europe troisième force « indépendante des États-Unis et de l’URSS ») ait intégré le MEI est une preuve de la diversité d’associations représentées par le MEI à l’origine[6].

Des passerelles existaient entre le MEI et les partis politiques, notamment les partis socialistes. Les idées fédéralistes étaient particulièrement présentes au sein des partis socialistes français, belge, et italien. Par ailleurs, dans les six pays qui adhérèrent à La Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) en 1952, les partis chrétiens-démocrate, qui à l'époque étaient tous au pouvoir ou bien participaient à des coalitions, supportaient le fédéralisme européen[7].

Aujourd'hui, tout en conservant son esprit fondateur d'ouverture à tous les courants « pro-européens », le Mouvement se positionne résolument dans la famille des fédéralistes européens[1].

Organisation[modifier | modifier le code]

Le MEI regroupe, sans les fusionner, des organisations très diverses, comme par exemple l’Association des journalistes européens, l’Union des résistants pour une Europe unie, le Mouvement socialiste pour les États-Unis d’Europe...

Le Mouvement européen possède un bureau exécutif et son comité international repose sur des conseils nationaux en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie, au Royaume-Uni, en Allemagne de l'Ouest, en Autriche, au Luxembourg, au Danemark, en Suède, en Norvège, en Islande, en Irlande, au Portugal, en Grèce, en Suisse et en Turquie. Après la création du MEI en 1948, le secrétaire général en est le Français Georges Rebattet, et André Philip et Joseph Retinger en sont les deux délégués généraux. D'abord situe à Londres, puis à Paris, le secrétariat international du Mouvement européen s’installe définitivement en 1951 à Bruxelles.

Présidents[modifier | modifier le code]

Membres du Conseil d'administration[modifier | modifier le code]

La politique est formulée par un conseil d'administration. Une Assemblée fédérale, composée de délégués des mouvements locaux dans toute l'Europe, détermine les politiques pour l'IME et est responsable des comptes de l'organisation. Plusieurs comités spécialisés rapides, consacrées à l'examen des politiques individuelles, existent aussi. Les comités politiques sont : « Plus de démocratie, droits et libertés de citoyens » ; « Emploi, compétitivité et croissance durable » ; « L'Europe dans le monde ». Le travail quotidien du bureau est effectué par le personnel, qui est dirigé par Diogo Pinto (en), secrétaire général depuis juin 2009[8].

Financement[modifier | modifier le code]

Financement général du Mouvement européen[modifier | modifier le code]

Le Mouvement européen international, comme toute association, bénéficie des cotisations de ses membres, mais reçoit aussi des subventions des gouvernements nationaux[4].

Financement américain (1949-1960)[modifier | modifier le code]

Une des questions posée par l'historiographie de l'intégration européenne est celle des financements américains.

Incertitudes sur la part du financement américain[modifier | modifier le code]

Alan Milward, historien américain, considère que l'importance des financements en provenance des États-Unis[N 3], notamment ceux destinés à divers groupes et mouvements en Europe, était minime[9].

Richard J. Aldrich, un autre historien américain, considère que l'influence des États-Unis, et leur soutien financier dans le cadre de l'endiguement du communisme (en plus du plan Marshall), jouèrent un rôle important dans l'essor du Mouvement européen[10]. Ce soutien américain se serait élevé à 3 millions de dollars versés sur une période de 10 ans (1949 à 1960), ce qui représentait alors, selon Aldrich, entre la moitié et environ les deux tiers du budget global du mouvement[11]. D'après Aldrich, en 1951, Paul-Henri Spaak, alors président du MEI, crée un budget spécial qui permet de rendre moins apparent les apports croissants des fonds américains, ceux-ci servant à financer le European Youth Campaign, un programme orienté vers la jeunesse européenne. Le Baron Boel, trésorier du MEI, explique en 1953 que la discrétion était nécessaire, afin que les adversaires de l'unité européenne ne puissent pas accuser certains des programmes du MEI d'être une création américaine. Pour cette raison, les fonds du Comité américain ne servirent plus au fonctionnement habituel du MEI. Grâce à la création de budgets spéciaux, des sommes importantes allouées par les américains n'apparurent plus dans le budget ordinaire du MEI[12], ce qui rendit complexe l'évaluation de l'apport américain dans le financement du MEI[13].

Christophe Deloire et Christophe Dubois, deux journalistes, estiment, quant à eux, que les financements américains étaient « absolument nécessaires » au Mouvement européen[14].

Contexte du financement américain[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, alors que la guerre froide débutait, les Américains étaient soucieux d'empêcher la progression du communisme en Europe[N 4], défendre les valeurs occidentales, empêcher une nouvelle guerre, et assurer le succès du plan Marshall. Ils créèrent l'ACUE, Comité américain pour une Europe unie, un organisme dirigé par deux anciens des services secrets américains[N 5], et qui fut utilisé pour financer le Mouvement européen[15].

Même si le soutien du MEI par les Américains était une opération secrète[10], Aldrich précise bien que l'ACUE ne cherchait pas à manipuler, mais visait à soutenir des structures ou des hommes indépendants ayant une proximité naturelle avec leurs objectifs[16]. Le Comité américain était particulièrement attentif à n’intervenir en aucune manière dans les programmes d’action du MEI, dans la crainte justement d’être accusé de manipuler cette organisation. Il considéra simplement le MEI comme « un agent indépendant » susceptible de véhiculer la culture politique fédéraliste. L’utilisation des fonds n’était pas soumise à un contrôle strict, le Mouvement en disposant librement[6].

Les Américains souhaitaient grâce à leurs financements promouvoir les efforts visant à réaliser le plan Schuman, mais également la Communauté européenne de défense (projet que le gouvernement français soutenait également afin d'éviter une remilitarisation de l'Allemagne, mais finalement rejeté par l'Assemblée nationale française) et une Assemblée européenne (l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe[17],[N 6], concentrée sur les droits de l'homme, l'état de droit et la démocratie)[18]. L'objectif était empêcher une nouvelle guerre en Europe, mais également promouvoir les valeurs occidentales face à l'URSS[10].

Activités[modifier | modifier le code]

Promotion de l'unité européenne[modifier | modifier le code]

Le MEI organise notamment des conférences internationales, où sont présents des acteurs du monde politique, mais aussi des économistes, des chefs d'entreprises, des leaders des syndicats, etc. En voici deux exemples :

  • 1949: la conférence de Westminster met notamment en lumière des opinions divergentes entre les Britanniques et les continentaux.
  • 1950: la conférence de Rome aborde plus particulièrement des questions sociales, entre autre l'harmonisation des cotisations sociales en Europe[4].

Le MEI pratique également toutes les formes possibles de promotions, que ce soient auprès des responsables politiques, économiques, culturels et sociaux, ou auprès de l'opinion publique, avec notamment des débats publics et le financement de nombreuses publications dont Nouvelles de l’Europe[4].

Activisme populaire[modifier | modifier le code]

Le MEI est une constellation comportant différentes associations internationales ou nationales, qui présentent des caractéristiques différentes selon les pays, ainsi qu'un attachement inégal aux idées fédéralistes.

En Italie, cet attachement était le plus marqué, et le MEI fut même très proche de devenir un mouvement populaire. L'idéologie fédéraliste y dépassait le cadre d'une simple technique constitutionnelle, pour proposer un projet d'ensemble, définissant de façon construite et cohérente un avenir meilleur pour l'Europe. Cette idéologie, un ensemble d'idées d'unification transnationale pour l'économie, le social et le politique, offrait une alternative à des idéologies racistes, nationalistes et basées sur une analyse de classe.

Cette alternative plut à une partie de la jeunesse, notamment les étudiants, et conduisit à un un engagement activiste : la jeunesse débattait dans des forums transfrontaliers, et menait des actions communes, notamment des actes symboliques comme le démantèlement de postes frontaliers[19].

European Youth Campaign[modifier | modifier le code]

En 1951, Paul-Henri Spaak, président du MEI, a pour conviction que la promotion de l'unité européenne nécessitera une publicité massive[20].

Au même moment, les soviétiques lancent avec succès leur propre propagande, en ciblant notamment la jeunesse. Les efforts croissants du bloc de l'est atteignent un apogée durant l'été 1951, à l'occasion d'un meeting qui rassemble 2 millions de jeunes du monde entier, et coûte 20 millions de livres sterling[21],[N 7].

Les Américains, dont le soutien au projet de Spaak s'était notamment exprimé via William J. Donovan, président du Comité américain pour une Europe unie, préviennent le MEI du succès de la propagande communiste. Joseph Retinger, secrétaire général du MEI, Spaak, et Andre Phillip mettent alors sur pied l'European Youth Campaign, une entité qui organisera une très importante campagne de publicité en faveur de l'unité européenne, ciblant spécifiquement la jeunesse européenne. Cette campagne comprend des meetings, des exhibitions, des projections de films, des émissions de radio, des publications[22]. Notamment, de 1951 à 1956, 2000 meetings sont organisés.

Membres[modifier | modifier le code]

États comptant un conseil national du Mouvement européen.

Conseils nationaux[modifier | modifier le code]

Comités préparatoires[modifier | modifier le code]

Associations et organisations internationales[modifier | modifier le code]

Organisations associées[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'association est basée sur la loi du 27 juin 1921 telle qu'amandée par la loi du 2 mai 2002 (Article premier des Articles of Association de 2011).
  2. Il est à noter que Winston Churchill destinait son propos aux États continentaux, ne souhaitant pas que le Royaume-Uni fasse partie des « États-Unis d’Europe ».
  3. En particulier du plan Marshall.
  4. En effet, Aldrich rappelle que les États-Unis ont également financé, jusqu'à 1950, de nombreux mouvements de résistance anti-communistes durant la Seconde Guerre mondiale (Aldrich 1997, p. 186).
  5. Le Comité a été établi en 1948 par d'anciens membres de la Central Intelligence Agency et du Conseil de sécurité nationale à la demande de l'Autrichien Richard Coudenhove-Kalergi et de Winston Churchill (Aldrich 1997, p. 185).
  6. L'Assemblée parlementaire est une institution du Conseil de l'Europe différente du Parlement européen qui, lui, est une institution de l'Union européenne. En ce sens, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe est composée de députés nationaux siégeant à Strasbourg. Le Parlement européen était également composé de députés nationaux à l'époque, mais les députés européens sont désormais élu au suffrage universel direct depuis 1979 et ne peuvent avoir de double mandat. Il siège à Bruxelles et Strasbourg (où il tient ses sessions plénières).
  7. Entre 1949 et 1953, la CIA va (...) verser aux unionistes l'équivalent de plus de 15 millions d'euros (...). Sommes substantielles mais sans commune mesure avec la manne que l'appareil stalinien international, le Kominform, investit au même moment dans le financement souterrain des PC nationaux et des innombrables « fronts de masse » : Fédération syndicale mondiale de Prague, Mouvement de la paix, mouvements de jeunes, d'étudiants, de femmes... « La CIA finance la construction européenne | Historia », sur www.historia.fr (consulté le 5 avril 2016)

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Article 2 des Articles of Association 2011, p. 2
  2. Article premier des Articles of Association 2011, p. 2
  3. a, b, c et d McGowan et Phinnemore 2015, p. 227
  4. a, b, c, d, e et f « La création du Mouvement européen - Le congrès de l'Europe à La Haye (7-10 mai 1948) - CVCE Website », sur www.cvce.eu (consulté le 7 avril 2016)
  5. Du Bois de Dunilac 1986
  6. a et b Palayret 2008
  7. Levi 2002, p. 140
  8. Homepage EMI
  9. Dinan 2014, p. 310
  10. a, b et c Aldrich 1997, p. 184
  11. Aldrich 1997, p. 207
  12. Aldrich 1997, p. 207
  13. Aldrich 1997, p. 207
  14. Deloire et Dubois 2012
  15. (Aldrich 1997, p. 185).
  16. Aldrich 1997, p. 186
  17. Aldrich 1997, p. 191
  18. (Aldrich 1997, p. 185)
  19. Levi 2002, p. 140
  20. Aldrich 1997, p. 206
  21. Aldrich 1997, p. 207
  22. Wilford 2003, p. 239

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mouvement européen international, Articles of Association, , 14 p. (lire en ligne)
  • Pierre du Bois de Dunilac, « Le mouvement européen au lendemain de la Seconde Guerre mondiale », Relations internationales, no 48,‎ , p. 403-419
  • (en) Desmond Dinan, « The Historiography of European Integration », dans Origins and Evolution of the European Union, Oxford, coll. « The New European Union Series », , 2e éd. (ISBN 978-0199570829)
  • (en) Richard J. Aldrich, « OSS, CIA and European Unity: The American Committee on United Europe, 1948-60 », Diplomacy and Statecraft, vol. 8, no 1,‎ , p. 184-227 (lire en ligne)
  • Jean-Marie Palayret, « Le Mouvement européen international », dans Yves Bertoncini, Thierry Chopin, Dictionnaire critique de L’Union européenne, Paris, Armand Colin, , p. 290-293
  • (en) Lee McGowan et David Phinnemore, Dictionary of the European Union, Taylor and Francis, , 7e éd., 521 p. (ISBN 9781857437942)
  • Christophe Deloire et Christophe Dubois, Circus Politicus, Albin Michel, coll. « Essais Doc. », , 461 p. (ISBN 978-2226238597, lire en ligne)
  • Hugh Wilford, The CIA, the British Left, and the Cold War, Psychology Press, coll. « Studies in Intelligence », , 328 p. (ISBN 0714654353, lire en ligne)
  • Lucio Levi, Il pensiero federalista, Laterza, , 171 p. (ISBN 8842067334, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]