New Look

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Le « New Look » est le nom donné en 1947 par la rédactrice en chef du Harper's Bazaar, Carmel Snow, à la silhouette créée par le couturier Christian Dior, silhouette qui révolutionne les codes de la féminité et de la mode. Le New look est symbolisé par des vestes cintrées aux épaules arrondies, sur des jupes amples sous les genoux.

Présentation[modifier | modifier le code]

Préambule[modifier | modifier le code]

Juste avant la Guerre, le Vogue américain met en avant la silhouette seins-taille-hanches dite « sablier ». Pendant la Guerre, alors que les épaules carrées sont la normes dans les créations, Marcel Rochas dessine la « robe-bustier » aux épaules plus arrondies. Lucien Lelong, président de la Chambre syndicale, lutte pour maintenir Paris au premier plan mondial de la mode. À la fin de la Guerre, c'est « l'âge d'or » de la haute couture qui arrive : Pierre Balmain, Carven, ouvrent leurs Maisons, Jacques Fath lance les prémices de la guêpière.

Dior[modifier | modifier le code]

Un modèle de 1947, exposé de nos jours à Moscou

En 1947, Christian Dior, récusant la mode « pratique » d'avant guerre de Coco Chanel caractérisé par la Petite robe noire ainsi que la mode zazou qui prévalait parfois à cette époque, invente un style corseté[n 1], féminin[1], glamour, opulent[2]. Il souhaite créer « des femmes-fleurs, aux épaules douces, aux bustes épanouis, aux tailles fines comme des lianes et aux jupes larges comme des corolles » :

Le 12 février, dans le salon de la toute jeune Maison avenue Montaigne financée par Marcel Boussac, le couturier assisté alors de Pierre Cardin, présente son premier défilé printemps-été, les lignes « Corolle » et « 8 », composées de quatre-vingt-dix modèles[3], dont l'iconique tailleur « Bar »[4],[5],[n 2] composé une longue jupe et d'une veste à basque. « Bar » car ces créations sont destinées à être portée en fin de journée pour boire le traditionnel cocktail de début de soirée[6],[7], les femmes changeant, à cette époque, plusieurs fois de tenue dans la journée.

Ce 12 février au matin sont présents Carmel Snow et Marie-Louise Bousquet avec Ernestine Carter du bureau français de Bazaar, Michel de Brunhoff pour le Vogue français, ainsi que sa sœur Cosette et son mari Lucien Vogel du Jardin des Modes, Alice Chavanne et Geneviève Perreau du Figaro[8]. Carmel Snow s'écrit : « Dear Christian, your dresses have such a new look [7]! », « Nioulouque » écrira Colette[9].

Le New Look est caractérisé par une taille fine très marquée, poitrine ronde et haute, des épaules douces et étroites d'un arrondi parfait, ainsi que des accessoires complétant la tenue. Il s'est construit en réaction à la mode des années 1940, marquées par le rationnement et l'austérité, où les jupes sont étroites et les épaules carrées. Le couturier rallonge les jupes jusqu'à arriver à trente centimètres du sol, et se concentre sur le trio taille/fesses/poitrine[1]. Dans ses mémoires[10], Dior écrit : « Nous sortions d’une époque démunie, parcimonieuse, obsédée par les tickets de rationnement ». Il justifiait ce nouveau look de la manière suivante : « Je voulais que mes robes fussent « construites », moulées sur les courbes du corps féminin dont elles styliseraient le galbe. J'accusais la taille, le volume des hanches, je mis en valeur la poitrine. Pour donner plus de tenue à mes modèles, je fis doubler presque tous les tissus de percale ou de taffetas, renouant ainsi avec une tradition depuis longtemps abandonnée »[11]. La silhouette Dior promeut des robes bustier, les longues jupes larges, plissées, fluides, juponnantes, sous un buste souligné, dans une profusion de tissus (jusqu'à 40 mètres de circonférence pour le modèle phare Diorama, et 80 mètres de faille pour la robe Chérie[7],[n 3]). Cette nouvelle silhouette fait également évoluer la lingerie, celle-ci devant être adaptée : des jupons raides en Nylon, des soutiens-gorge aux bonnets écartés, la gaine moulante et rigide remplace le porte-jarretelles ; en corrélation avec cette silhouette, Marcel Rochas « invente » la Guêpière la même année. Christian Dior précise d'ailleurs à l'époque : « Pas de mode sans sous-vêtements. » La même année, la maison lance son premier parfum, Miss Dior ; le flacon de celui-ci reprend les codes de la nouvelle silhouette inventée par Dior[12].

Le New Look connait un succès fulgurant dans le monde[3]. Le couturier, dépassé par l'ampleur de cette gloire soudaine, s'écrira : « Qu'est-ce que j'ai fait ? Mais qu'est-ce que j'ai fait[9] ? » Malgré ce succès, de nombreux détracteurs choqués[1],[7], notamment aux États-Unis, reprochent au couturier de cacher les jambes des femmes[13] ainsi que le coût de ses créations. En cette époque d'après-guerre où le rationnement est encore de mise (les tickets de rationnement seront d'actualité jusqu'en 1949), on critique également l'utilisation de trop grandes quantités de tissu, assimilée à du gaspillage. Mais Dior est financé par Marcel Boussac, industriel du textile… Le tissu à profusion utilisé pour la première collection venait d’un stock de toiles de parachutes en soie fabriqué par la société Boussac durant la guerre[14].

Article détaillé : Mode des années 1950 en France.

Christian Dior annonce la fin du New Look en 1953[3], lance à la suite la ligne H décrite par Carmel Snow comme « look plat », puis meurt quatre ans plus tard. Mais au cours des décennies qui suivent, jusqu'à nos jours, le New Look est perpétuellement repris et interprété par tous les couturiers de la marque Dior, que ce soit Marc Bohan en 1987 qui précise que « C'est surtout l'esprit qu'il fallait conserver, c'est-à-dire une certaine classe, la nouveauté, la féminité », John Galliano[4] en 2009[n 4] pour une collection[15] très remarquée, Bill Gaytten en 2011 après le départ de Galliano[n 5], ou Raf Simons qui retourne aux fondamentaux en 2012[16] avec des robes bustier pour la Haute couture et des volumes « Bar » pour le prêt-à-porter[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La ligne est corsetée dans le style, mais sans utiliser le corset qui tombe depuis le début du siècle en désuétude.
  2. En 1996, Mattel édite une poupée Barbie en édition limitée habillée la veste Bar et sa jupe noire.
  3. Le modèle Chérie « faisait une gorge de nymphe, une taille de sylphide, et déployait dans l’immense éventail de sa jupe aux mille plis, 80 mètres de faille blanche… »
  4. En 2009, la Maison Dior commercialise également un nouveau sac à main intitulé le « New Lock » en hommage au New Look.
  5. En 2011, alors que Galliano n'est pas encore remplacé par Raf Simons, la collection est présentée sans couturier attitré, mais sous la responsabilité de Bill Gaytten ancien bras droit de John Galliano, et de Sidney Toledano, président de Christian Dior Couture.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Sean James Rose, « Dior ou l'hyperféminisation », Next, sur liberation.fr, Libération, (consulté le 23 octobre 2012)
  2. Sabrina Champenois, « Dior, as de la modialisation », Next, sur liberation.fr, Libération, (consulté le 23 octobre 2012)
  3. a, b et c Virginie Mouzat, « Christian Dior, 60 ans de rêve », Style, sur madame.lefigaro.fr, Madame Figaro, (consulté le 23 octobre 2012)
  4. a et b « Tailleur Bar », sur ykone.com,
  5. Céline Savary, Fan de Dior : tous ses plus beaux modèles, Femme Actuelle [image]
  6. Isabelle Girard, « Au commencement était l’image », Style, sur madame.lefigaro.fr, Madame Figaro, (consulté le 23 octobre 2012)
  7. a, b, c et d « Et Dior créa la femme », Challenges, no 284,‎ , p. 98 à 100 (ISSN 0751-4417)
  8. (en) June Marsh, History of Fashion : New Look to Now, Vivays Publishing, , 304 p. (ISBN 978-1908126214), p. 10
  9. a et b Jean Watin-Augouard (préf. Maurice Lévy), Marques de toujours, Éditions Larousse/VUEF, (ISBN 2-7441-7580-3), « Christian Dior »
  10. Christian Dior, Christian Dior et moi, Bibliothèque Amiot - Dumont (réimpr. La Librairie Vuibert, octobre 2011) (1re éd. 1956), 260 p. (ISBN 978-2311004410, présentation en ligne)
  11. http://www.dior.com/couture/fr_fr/la-maison-dior/dior-en-histoires/la-revolution-du-new-look Site officiel de Dior
  12. Caroline Rousseau, « 1950, Miss Dior de Christian Dior », Beauté, sur madame.lefigaro.fr, Madame Figaro, (consulté le 23 octobre 2012)
  13. (en) Flashback Friday: The Fabulous Princess Margaret, The Royal Order of Sartorial Splendor, 10 février 2012
  14. « Dior (Marque de mode) », sur tendances-de-mode.com, TdM, (consulté le 23 octobre 2012)
  15. [image] (en) « Christian Dior Couture - Fall 2009 », Fashion, sur nymag.com, New York Magazine (consulté le 23 octobre 2012)
  16. Isabelle Girard, « Du new-look au renouveau créatif », Style, sur madame.lefigaro.fr, Madame Figaro, (consulté le 23 octobre 2012)
  17. Paquita Paquin, « Défilé Christian Dior Printemps-Eté 2013 - Prêt-à-porter Femme - Paris », Fashion Week, sur puretrend.com, (consulté le 25 octobre 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]