Roger Wybot

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Roger Wybot
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Directeur de la surveillance du territoire (d)
-
Gabriel Ériau (d)
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Roger Wybot (13 octobre 1912 - 26 septembre 1997), de son vrai nom Roger-Paul Warin, est un militaire français, spécialisé dans les renseignements. Il a entre autres dirigé la section de contre-espionnage du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) durant la Seconde Guerre mondiale, et participé à la création de la Direction de la Surveillance du territoire français, dont il a été le premier directeur de 1944 à 1959. Il fut donc au cours de cette période le protagoniste de plusieurs affaires importantes pour la France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Roger Wybot, alors Warin, est formé dans les troupes d'artillerie à cheval à Poitiers et Fontainebleau. En 1938, lors de la semi mobilisation faisant suite de la crise de Munich, on lui confie le commandement d'une batterie de DCA dans le fort du Trou-d'Enfer, dans la forêt de Marly. Il y trouve des réservistes près de la mutinerie, car ils semblent avoir été « oubliés » par l'intendance, et n'ont pas mangé depuis 3 jours[1]. Après avoir réglé les problèmes d'approvisionnement, la discipline revient, ce qui impressionne sa hiérarchie. Il sera ensuite affecté à la tête de la 5e batterie du fort de Châtillon.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Schémas détaillant, dans un rapport à l’en–tête du Service de renseignements (SR), la structure du réseau Ronald et le projet, porté par son chef Roger Wybot, d’une organisation combinant en les cloisonnant renseignement et action, Londres, 2 novembre 1941. Archives nationales de France.

En 1940, à la suite de l'armistice, Roger Warin souhaite continuer la lutte, mais hésite entre Londres, encore peu estimé, et Vichy. Ce sera la rencontre avec le colonel Groussard qui lui fera choisir Vichy : celui-ci lui propose d'entrer au Centre d'Information et d'Études, un organisme officiel de Pétain, mais que Groussard souhaite détourner pour en faire un réseau de résistance camouflé[2]. Le centre ne vivra pas longtemps; en décembre 1940, des luttes de pouvoir entre Pierre Laval et Philippe Pétain mènent Groussard à arrêter Laval et ses compagnons[3]. Le régime nazi n'accepte pas cette intervention qu'il considère comme une tentative pour s'emparer du pouvoir, et envoie ses troupes les libérer. Les « groupes de protection » sont officiellement dissous, Groussard, désavoué, est bientôt traqué.

Roger Warin tente alors de rallier Londres avec ses compagnons, en passant par l'Espagne ; bloqué à Perpignan, ils y retrouvent Groussard, qui leur présente Pierre Fourcaud, envoyé de De Gaulle. Ils décident de s'enrôler dans les Forces françaises libres et de rester en France pour créer un réseau[4]. Il est alors intégré dans le BMA (Bureau des menées antinationales) de Marseille, centre de contre-espionnage devant officiellement collaborer avec l'ennemi, et faire la chasse aux agents résistants gaullistes ou communistes. Roger Warin a alors 28 ans, et débute dans le domaine de l'espionnage. Il lui apparaît rapidement que sa double activité n'échappe pas à ses supérieurs, mais ceux-ci lui semblent très antiallemands avant tout. À partir de mai 1941, on lui confiera même la surveillance dans la région marseillaise des « affaires anglo-américaines », c'est-à-dire des activités des agents alliés et gaullistes[5]. Il tirera de cette position des informations sur les services de Vichy qu'il transmettra à Pierre Fourcaud. Plusieurs fois, en les prévenant, il aide des agents découverts par ses services à échapper à la police, comme pour Saint Jacques et Marie-Madeleine Fourcade[5]. Fort de ses succès, il est contacté par le commandant Paillole qui s'occupe du contre-espionnage clandestin de Vichy, les TR (Travaux Ruraux), luttant contre les agents allemands dans la zone libre. Celui-ci lui propose d'entrer à son service, et planifie de partir en septembre 1941 pour épauler un des responsables de la zone de Paris.

Avant de changer de poste, Roger Warin prend rendez-vous avec son chef Fourcaud, pour prévoir avec lui les modifications du réseau rendues nécessaires par son départ à Paris. Mais Fourcaud, qui s'est montré trop téméraire en approchant l'amiral de Laborde[6], est recherché par la police nationale. Celle-ci l'arrête en août 1941 alors qu'il est en présence de Roger Warin, sur un quai de la gare Saint-Charles de Marseille. Warin, agent reconnu du BMA, est laissé libre sur le moment, mais est arrêté le lendemain. Toujours hésitants, ses collègues ne l'interrogent pas sérieusement, et tentent même de l'aider à s'évader, en le laissant seul dans un restaurant lors d'un repas[7]. Mais Warin préfère rester, jouer le jeu de l'innocent, et il est finalement blanchi.

Son chef de réseau arrêté, il contacte Londres pour demander des consignes, mais il s'avère que Fourcaud n'a jamais parlé de son équipe à ses supérieurs. Sous couvert d'une prise de contact avec les milieux parisiens, pour son futur travail avec Paillole, il part pour Londres, pour tenter de faire reconnaître son réseau. Il passe par l'Andorre, l'Espagne et le Portugal, manquant plusieurs fois de se faire arrêter, et finit par arriver à Londres. Il va y rester jusqu'à la fin de la guerre, heureusement pour lui car son futur contact de Paris se révèlera être un agent allemand[8].

Il est accueilli à Londres avec beaucoup de scepticisme, car les alliés pensent qu'il pourrait être un agent provocateur. Finalement libre de ses mouvements, il contacte les services de renseignements français à Saint James's Square. C'est à ce moment qu'il devient officiellement membre des FFL, et qu'il choisit son pseudonyme Wybot[9]. Il rencontre pour la première fois De Gaulle, mais l'entretien se passe mal. Alors que le général est persuadé que la France est acquise au gaullisme, Wybot le déçoit et le vexe en lui expliquant qu'il y est plutôt presque inconnu : « Mon général, comme vous le savez, je viens de France. Si vous ne voulez pas que je vous dise ce qu'il s'y passe vraiment, c'est votre affaire. Mais, de grâce, ne m'expliquez pas, vous, ce qui s'y passe ! [...] En vérité, il n'y a pas de gaulliste en France. Il existe une poignée d'acharnés, quelques fous, c'est tout. J'en sais quelque chose, j'en suis un[10]...»

Le BCRA[modifier | modifier le code]

Le colonel Passy demande à Wybot de rester en Angleterre et d'entrer dans ses services de renseignements. Wybot, fort de son expérience à Marseille, critique sévèrement le SR français, qui ne dispose même pas d'un bottin pour vérifier les déclarations faites lors d'un interrogatoire. Il en dira entre autres : « Vous croyez faire du renseignement, en réalité vous jouez au boy-scout[11] ». Passy lui demande donc de proposer une réorganisation du service, qui devient le Bureau Central de Renseignement et d'Action (BCRA) et qui s'installe à Duke Street.

Il y développe ses méthodes d'interrogatoire, qui sont méthodiques et rationnelles. Wybot préfère laisser parler l'interrogé sans accusations, tout en ne laissant aucun détail de côté. Souvent, d'après lui, la personne interrogée finit par se contredire d'elle-même. « Je prends conscience de l'importance cruciale d'un interrogatoire, mécanisme ingénieux et implacable qui vous permet de dominer votre adversaire avant de l'enfermer dans les rets de votre froide raison[12]. »

Il est aidé dans son travail par son apparence juvénile, qui n'incite pas ses interlocuteurs à la méfiance. Il rapporte à ce sujet, lors d'une réception officielle : « Rencontrant un très haut et très digne fonctionnaire qui me voyait pour la première fois, je me présente : - Roger Wybot ! - Ah, jeune homme ! fait l'éminence en me tendant une main paternelle. Je connais très bien votre père, le directeur de la Surveillance du Territoire[13] ! »

Il y constitue aussi un fichier très précis, contenant beaucoup d'informations sur des personnes, sur les missions en cours. Ce fichier est très décrié, entre autres par Emmanuel d'Astier, qui trouve le procédé antidémocratique.

La DST[modifier | modifier le code]

En 1944, Roger Wybot organise les services de la DST, puis finalement, prend la place de directeur, qu'il conserve jusqu'en 1959.

La création de la DST, ses actions diverses, son histoire, sont relatées par Wybot lui-même dans son ouvrage : Roger Wybot et la bataille pour la DST.

Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Infiltration de l'Armée de libération national algérien par la DST.

La Gangrène de Bachir Boumaza, paru en 1958, aux Éditions de Minuit dénonce la torture dans Paris même : les témoins sont des étudiants algériens : ils racontent l'usage de la torture dans les locaux de la DST, parfois en présence de Roger Wybot. L'ouvrage est immédiatement saisi.

La fin de sa carrière[modifier | modifier le code]

Il est limogé en 1958 par le général de Gaulle peu après son retour au pouvoir.Il est nommé inspecteur général des services de la sureté nationale, puis en 1968, il est nommé inspecteur général des Services et écoles de Police nationale au secrétariat général pour la police. Il sera directeur du service d’inspection générale et de contrôle de la Police nationale de 1969 à 1973, date à laquelle il part à la retraite.

Il écrit plusieurs livres, dont ses mémoires (Roger Wybot et la bataille pour la DST), mais aussi des pièces de théâtre comme Antigone ou le Grand orage.

Roger Wybot décède le 26 septembre 1997 à Paris.

Décorations[14][modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Bouillon de culture : homme, surhomme, termite ou néant ?, Denoël, 1962
  • Pourquoi Barabbas : drame en 3 actes (suivi de Antigone ou Le grand orage), Denoël, 1965
  • (propos recueillis par Philippe Bernert), Roger Wybot et la bataille pour la DST, Presses de la Cité, 1975
  • Clés de l'acupuncture traditionnelle, Garancière, 1983

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Bernert, Roger Wybot et la bataille pour la DST, .
  • « Roger Wybot », Revue de la France libre, no 302,‎ 2e trimestre 1998 (lire en ligne).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernert 1975, p. 12
  2. Bernert 1975, p. 15
  3. Bernert 1975, p. 17
  4. Bernert 1975, p. 20
  5. a et b Bernert 1975, p. 22
  6. Bernert 1975, p. 25
  7. Bernert 1975, p. 34
  8. Bernert 1975, p. 39
  9. Bernert 1975, p. 54
  10. Bernert 1975, p. 56
  11. Bernert 1975, p. 57
  12. Bernert 1975, p. 36
  13. Bernert 1975, p. 41
  14. « Site de l'ordre de la liberation » (consulté le 14 mai 2008)

Liens externes[modifier | modifier le code]