Opération Mongoose

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Opération Mongoose
Sceau de la Central Intelligence Agency.
Sceau de la Central Intelligence Agency.
Première page du rapport d'une réunion de l'Opération Mangoose, 4 octobre 1962[1].
Première page du rapport d'une réunion de l'Opération Mangoose, 4 octobre 1962[1].

Coordonnées 38° 57′ 06″ N, 77° 08′ 48″ O

L'opération Mongoose (terme anglais désignant une mangouste), aussi appelée « Projet Cubain » (The Cuban Project), est le nom donné aux actions initiées le 30 novembre 1961 par le président américain John F. Kennedy et menées par la CIA.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'opération Mongoose intervient en pleine Guerre froide, moins de deux ans après le triomphe de la révolution cubaine et l'arrivée au pouvoir de Fidel Castro. Depuis le 1er janvier 1959 et la fuite du dictateur cubain Fulgencio Batista, l'île est aux mains des guérilleros qui ne tardent pas à menacer les intérêts des États-Unis, alors sous la présidence de Dwight D. Eisenhower, avec la mise en place d'un régime socialiste dans l'État insulaire, autrefois considéré comme un véritable « protectorat américain ».

John F. Kennedy devient le 35ème président des États-Unis le 20 janvier 1961. Il hérite des préoccupations de l'administration précédente vis-à-vis de la réforme agraire et des nationalisations en cours à Cuba, mais également du plan d'invasion de Cuba par la baie des Cochons initié par Eisenhower, visant à renverser le nouveau gouvernement communiste de Castro à l'aide d'exilés cubains entraînés et formés aux États-Unis. Le débarquement a lieu le 17 avril 1961 et se solde par un échec total. Les milieux conservateurs et profondément anti-communistes reprochent à Kennedy de ne pas avoir soutenu ce plan et de l'avoir ainsi mené à l'échec. Kennedy est sensible à ces critiques et initie ce qui est nommé « opération Mongoose ».

Description[modifier | modifier le code]

Motivations et objectifs[modifier | modifier le code]

Kennedy autorise l'utilisation d'actions contre le gouvernement communiste de Fidel Castro. Le projet est dirigé par le général Edward Lansdale de l'US Air Force.

Les buts de ce projet sont :

  • « avoir un gouvernement avec lequel les États-Unis pouvaient vivre en paix »
  • renverser le régime communiste et son dirigeant pour déboucher sur un soulèvement en octobre 1962.

Toutes les opérations sont basées sur l'estimation par l'administration américaine d'une grave coercition à l'intérieur de Cuba et sur le fait que le régime en place sert de tête de pont aux autres mouvements communistes en Amérique.

Les États-Unis développent leurs opérations afin de nourrir un sentiment de révolte et de provoquer un soulèvement ainsi que des tentatives d'assassinat contre Castro.

Les chefs d'état-major du département de la Défense voyaient dans ce projet un motif possible pouvant justifier une intervention armée américaine à Cuba. Ils demandent la responsabilité du projet au secrétaire à la Défense tout en laissant le contrôle au Procureur général Robert Kennedy.

Mise en pratique[modifier | modifier le code]

L'opération comporte plus de 30 plans, dont plusieurs sont mis en pratique. Ces plans différent dans leurs intentions et leur efficacité. Propagande, perturbations du gouvernement et de l'économie cubaine, utilisation des bérets verts américains, destruction des récoltes sucrières cubaines en passant par le minage des ports.

L'opération Northwoods, datant de 1962 et qui n'a pas dépassé le stade de la planification, prévoit l'utilisation d'actions false flag, attaques ou simulations d'attaques contre des exilés cubains, d'objectifs militaires américains ou encore contre des avions civils cubains. Tout ceci dans le but de justifier une opération militaire à Cuba.

Cette opération joue un rôle prépondérant dans les évènements qui débouchent sur la crise des missiles de Cuba en 1962.

Les six phases de l'opération sont présentées le 20 février 1962 par le général Edward Lansdale, spécialiste de la contre-insurrection, sous le contrôle du procureur général Robert Kennedy. Le 16 mars 1962, le président Kennedy est informé des grandes lignes des opérations politiques, psychologiques, militaires, de sabotage, de renseignements et sur les tentatives d'assassinat des principaux dirigeants politiques.

Chaque mois qui suit voit la mise en place de nouvelles techniques pour déstabiliser un peu plus le régime communiste, publication de photographies contre Castro, armement des groupes d'opposants, construction de bases de guérilla à travers le pays et préparatifs pour une intervention militaire à Cuba en octobre.

Selon la rumeur, il est rapporté que plusieurs plans furent conçus par la CIA afin d'assassiner Castro. Ces plans incluent l'utilisation d'une poudre conçue pour faire tomber la barbe de Castro, une tenue de plongée sous-marine empoisonnée, l'utilisation de cigares piégés ou encore le placement de coquillages explosifs sur les sites de plongée favoris de Castro.

Débouché[modifier | modifier le code]

Initialement, l'opération doit déboucher en octobre 1962 sur une révolte ouverte et au renversement du régime communiste. Il est le point culminant de la crise des missiles de Cuba, lors de laquelle les États-Unis et l'URSS sont près d'une guerre nucléaire et dont la cause est l'installation de missiles soviétiques sur l'île de Cuba.

L'opération est suspendue le 3 octobre 1962, alors que de 3 à 10 équipes de sabotage sont déjà déployées à Cuba. Malgré cette suspension, une équipe de 6 hommes de la CIA fait exploser une usine cubaine le 8 novembre 1962.

L'opération et le débarquement sont reconnus comme autant d'échecs de la politique américaine à Cuba.

Critiques[modifier | modifier le code]

Selon Noam Chomsky en 1989, l'Opération Mongoose « gagne le prix de la plus grande entreprise isolée de terrorisme international au monde. »[2] Toujours selon l'auteur, elle avait un budget de 50 millions de dollars par an, employait 2 500 personnes dont environ 500 américains, et resta malgré tout secrète pendant 14 années, de 1961 à 1975. Elle fut révélée en partie par la Commission Church au Sénat américain et en partie « par de bonnes enquêtes journalistiques ». « Voici donc une opération terroriste qui aurait pu déclencher un conflit nucléaire. » (à cause de ses activités lors de la crise des missiles de Cuba en 1962). Selon lui, « il se peut que l'opération soit toujours en cours [1989], mais elle a certainement duré tout au long des années 70. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Minutes of Meeting of Special.pdf Archivo
  2. Comprendre le pouvoir, tome 1, page 25

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Jacinto Valdés-Dapena, Operation Mongoose: Prelude of a Direct Invasion on Cuba, Pathfinder Press, 2002, 159 p. (ISBN 9789592112599)

Articles connexes[modifier | modifier le code]