Prairies, savanes et brousses tempérées

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Prairies, savanes et brousses tempérées

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Steppe du Kazakhstan au début du printemps.

Caractéristiques
Superficie[1] : 10 100 000 km2 (6.9 %)
Latitudes : 45° Sud à 25° Sud
25° Nord à 60° Nord
Climat : Tempéré à pluviométrie faible à modérée
Végétation : Formations herbacées (graminées, composées, légumineuses)

Localisation

alt=Description de l'image Biome_map_08.svg.

Les prairies, savanes et broussailles tempérées forment un biome terrestre qui regroupe les étendues herbacées au climat tempéré pouvant prendre le nom de steppe, pampa ou veld selon l'endroit où elles se localisent. Le paysage naturel est celui d'une immense étendue d'herbes dont les arbres sont le plus souvent complètement absents, sauf le long des cours d'eau.

Situation[modifier | modifier le code]

Cet ensemble couvre de vastes superficies (plaines) souvent situé au cœur de nombreuses étendues continentales aux latitudes extrêmement grandes. Dans l'hémisphère nord, en Eurasie, il se retrouve de la Hongrie (puszta de la plaine pannonienne) à la Sibérie occidentale et au Kazakhstan en passant par l'Ukraine et les rebords méridionaux de la Russie d'Europe, puis, après une discontinuité, dans le sud de la Sibérie centrale et orientale et la Mandchourie. En Amérique, cette écorégion correspond au centre des États-Unis et du Canada, à l'est des Montagnes Rocheuses. La pampa argentine et le haut veld sud-africain représentent ce biome dans l'hémisphère sud[2].

Flore[modifier | modifier le code]

La formation végétale des prairies est composée principalement de plantes herbacées annuelles, notamment de la famille des poacées ou graminées vivaces, dont les rhizomes, les bulbes ou les tubercules peuvent se maintenir pendant de nombreuses années, souvent entre dix et vingt ans[3]. Leur appareil superficiel présente l'aspect d'une formation continue d'herbes jointives qui poussent sous la forme de touffes ou de plaques gazonnantes. Ces graminées appartiennent à un nombre restreint de genres, une douzaine environ, dont la répartition est fonction des différences de température et de précipitations. Certains sont originaires de la zone tempérée froide comme les agropyrum, poa, stipa, d'autres proviennent des espaces subtropicaux tels les andropogon, bouteloua, panicum[3].

Lorsque la savane s'élève sur les plateaux ou montagnes, elle peut prendre l'aspect de certaines prairies de zones tempérées de l'hémisphère nord (Ici : Plateau de Nykia, Malawi)

Quelques composées et légumineuses poussent également au milieu des graminées, on les regroupe aux États-Unis sous le nom de forbs. Ces plantes peuvent survivre en enfonçant leurs racines pivotantes plus profondément que les graminées, jusqu'à trois ou quatre mètres sous terre au lieu de un ou deux[4].

Conditions climatiques et période végétative[modifier | modifier le code]

La prairie en Chine du nord

Ces biomes sont caractérisés par un climat tempéré à pluviométrie faible à modérée. La prairie est établie dans les régions de climat continental caractérisé par un hiver froid - quatre mois inférieurs à °C à Bismarck dans le Dakota du Nord, cinq mois à Hsingan en Mandchourie, des gels journaliers pendant huit mois à Bismarck et onze mois en Mandchourie - des étés en revanche chauds avec 21 °C à Bismarck et en Mandchourie. Les précipitations ne sont guère élevées (Bismarck reçoit 394 mm annuellement, Hsingan seulement 308 mm) et se concentrent essentiellement durant la période estivale.

La période végétative est donc relativement courte et l’aspect de la prairie change considérablement selon les saisons. En hiver, l’appareil superficiel des herbes est desséché, la prairie revêt un aspect terne, gris, triste. Dans les régions continentales, le rayonnement nocturne est intense, les températures négatives (de −2 °C à −20 °C en moyenne, parfois nettement moins en absolu), le sol gèle sur plusieurs dizaines de centimètres mais les rhizomes résistent bien à ces conditions difficiles[5]. Dès les premières chaleurs, au printemps, après la fonte des neige et le dégel, les plantes prévernales et vernales se développent rapidement et fleurissent. La prairie se découvre ainsi couvertes de fleurs : boutons d'or, anémones, menthes, iris, jacinthes. Les graminées des espèces dominantes (comme les andropogon) se développent plus lentement et submergent progressivement les autres herbes pour former une masse dense et homogène. En été, l'eau des averses est absorbée immédiatement par les feuilles et les racines et s'avère insuffisante pour compenser la transpiration. Les herbes se dessèchent donc après avoir permis aux organismes souterrains d'accumuler les réserves. En automne, les herbes sèchent et la prairie se pare de teintes variées, rouge, jaune, brun... Une partie des eaux de pluie s'infiltre dans le sol, l'évaporation est à cette saison plus réduite en raison de températures plus fraîches et le sol n'est pas encore gelé[5].

Oglala National Grassland, ancien habitat des troupeaux de bisons

La vigueur et la densité de la végétation herbacée doit évidemment être mise en rapport avec l'abondance des précipitations annuelles. Lorsque ces dernières sont supérieures à 500 mm, la prairie est formée de hautes herbes dont la hauteur peut dépasser 2 mètres. Quand au contraire, elles ont faibles (entre 300 et 400 mm), les herbes sont plus courtes (moins de 0,50 m) et la proportion des graminées annuelles augmente. On commence à voir apparaître des buissons xérophiles, des armoises et le tapis herbacé devient discontinu, en fait on passe de la prairie à la steppe proprement dite[6].

Sol[modifier | modifier le code]

Le sol typique de la prairie est le tchernoziom, c'est-à-dire le terre noire que l'on retrouve principalement en Ukraine où les précipitations annuelles varient entre 350 et 400 mm[7]. Ce chernozem convient parfaitement au type de formation végétale qu'est la prairie[8] car :

  • il est équilibré. Il n'existe pas ou peu de mouvements excessifs vers le bas qui provoqueraient le lessivage des horizons supérieurs, ni de remontées dangereuses vers la surface aboutissant à des concrétions superficielles.
  • il est riche en matière organique humifiée en raison de l'abondance des débris végétaux fournis par la prairie.
  • il est calcimorphe, c'est-à-dire qu'il y a saturation du complexe absorbant en raison de la teneur élevée en azote et en base des graminées. Le pH est d'environ 7 à 8, le rapport C/N est compris entre 8 et 10.
  • il est profond, bien aéré, grâce au réseau dense des racines et à l'action des animaux fouisseurs, des rongeurs qui représentent les 3/4 de la faune ukrainienne, des vers de terre qui digèrent une grande partie de l'humus.

Faune[modifier | modifier le code]

La grande prairie américaine était habitée par le bison d'Amérique du Nord qui a nourri plus d'une centaine de générations d'Amérindiens du nord.
Environs d'Eskdalemuir (Écosse)
Dans une grande partie du monde, les papillons de prairies sont en régression ou ont localement disparu. (ici pour l'Europe[9]). Cette régression traduit aussi la dégradation, fragmentation et destruction des prairies naturelles

Les herbes de la prairie offrent d'importantes possibilités alimentaires pour les oiseaux, certains insectes comme les sauterelles et surtout pour de grands troupeaux d'herbivores qui devaient seulement, en fonction de la période végétative, pratiquer de grandes migrations à la recherche de leur nourriture. Les steppes du Nord Kazakhstan furent le berceau de la domestication du cheval par l’Homme[10]. Encore au début du XIXe siècle, d’immenses troupeaux de bisons (de 50 à 70 millions d'individus) se déplaçaient dans la prairie d'Amérique du Nord. Leur destruction massive qui a failli conduire à leur extinction n'a été qu'un épisode de la mise en valeur de la prairie[6].

Action de l’homme[modifier | modifier le code]

Les steppes en Asie centrale ont souffert de l'action humaine. Inversement, la steppe a pu se développer à la suite de la dégradation par l'homme de régions anciennement boisées, comme dans le Sertão brésilien et le Sahel (même si des facteurs naturels ont pu expliquer au moins en partie l'assèchement de ces régions). Nombre de prairies ont été affectées à des usages agricoles, avec alors une modification ou dégradation de la qualité des sols et des populations bactériennes, fongiques, des capacités de puits de carbone parfois[11].

Listes des écorégions de prairie[modifier | modifier le code]

Écozone afrotropicale
Al Hajar Al Gharbi montane woodlands Oman
Prairies tempérées d'Amsterdam et de Saint-Paul île Amsterdam, île Saint-Paul
Tristan da Cunha-Gough Islands shrub and grasslands Île Tristan da Cunha, Île Gough
Écozone Australasienne
Canterbury-Otago tussock grasslands Nouvelle-Zélande
Eastern Australia mulga shrublands Australie
Savane tempérée d'Australie du sud-est Australie
Écozone Néarctique
Prairie de la vallée centrale de Californie États-Unis
Forêt-parc de trembles Canada, États-Unis
Central and Southern mixed grasslands États-Unis
Central forest-grasslands transition États-Unis
Central tall grasslands États-Unis
Edwards Plateau savanna États-Unis
Prairies à herbes hautes des Flint Hills États-Unis
Prairies des vallées et des contreforts du Montana États-Unis
Nebraska Sand Hills mixed grasslands États-Unis
Prairies mixtes du Nord Canada, États-Unis
Prairies à herbes courtes du Nord Canada, États-Unis
Prairies à herbes hautes du Nord Canada, États-Unis
Prairie palousienne États-Unis
Texas blackland prairies États-Unis
Western short grasslands Canada, États-Unis
Écozone Néotropique
Steppe épineuse d'Argentine Argentine
Argentine Monte Argentine
Pampa humide Argentine
Prairies de Patagonie Argentine, Chili
Steppe de Patagonie Argentine, Chili
Pampa semi-aride Argentine
Écozone Paléarctique
Steppe de l'Alai et de l'ouest du Tian Shan Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan
Steppe et semi-désert de l'Altaï Kazakhstan
Steppe d'Anatolie centrale Turquie
Steppe boisée de Daurian Chine, Mongolie, Russie
Steppe d'altitude d'Anatolie orientale Arménie, Iran, Turquie
Steppe de la vallée de l'Emin Chine, Kazakhstan
Pelouses boréales des Îles Féroé Îles Féroé (Danemark)
Bois ouverts du Gissaro-Alai Kirghizie, Ouzbékistan, Tadjikistan
Steppe boisée du Kazakhstan Kazakhstan, Russie
Steppe du Kazakhstan Kazakhstan, Russie
Hauts plateaux du Kazakhstan Kazakhstan
Steppe du Proche-Orient Irak, Syrie
Prairies de Mongolie et de Mandchourie Chine, Mongolie, Russie
Steppe pontique Moldavie, Roumanie, Russie, Ukraine
Sayan Intermontane steppe Russie
Steppe boisée de Selenge-Orkhon Mongolie, Russie
Steppe boisée de Sibérie méridionale Russie
Steppe du piémont aride du Tian Shan Chine, Kazakhstan, Kirghizie

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Approximation arrondie au 100 000 et pour une surface terrestre totale de 146 300 000 km2, d'après les données du WildFinder : World Wildlife Fund, « WildFinder: Online database of species distributions »,‎ janvier 2006.
  2. Jean Demangeot, Les milieux « naturels » du globe, Paris, Armand Colin, 10e édition, 2002, p. 263
  3. a et b A. Huetz de Lemps, La végétation de la Terre, p. 50.
  4. (en) Joseph J. Nocera, Graham Forbes, G. Randy Milton, Habitat Relationships of Three Grassland Breeding Bird Species: Broadscale Comparisons and Hayfield Management Implications, Lire en ligne. Résumé de l'article en français.
  5. a et b A. Huetz de Lemps, La végétation de la Terre, p. 51.
  6. a et b (en) Faune et flore de ce milieu sur le site du WWF, Temperate Grasslands, Savannas and Shrubland Ecoregions Lire en ligne
  7. (en) Le chernozem sur l'Encyclopædia Britannica, résumé de l'article en ligne.
  8. Le chernozem sur le site de l'INRA.
  9. AEE, Progress towards the European 2010 biodiversity target EEA Report, N°4/2009
  10. Jean-Denis Vigne et Robin Bendrey, « Les plus anciennes traces archéologiques de la domestication du cheval », CNRS,‎ mars 2009
  11. Bardgett, RD, Frankland, JC, Whittaker, JB (1993) The effects of agricultural management on the soil biota of some upland grasslands. Agric Ecosyst Environ 45: 25–45

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A. Huetz de Lemps, La végétation de la Terre, Masson, Paris, 1970 (ISBN 978-2225615016) (fr)
  • Henri Elhai, Biogéographie, collection U, Armand Colin, Paris, 1968 (ASIN B0000DOCXA) (fr)
  • Martha J. Groom, Gary K. Meffe, C. Ronald Carroll , Principles of Conservation Biology, Sinauer Associates, 2005 (ISBN 978-0878935185) (en)
  • Fred B. Samson, Fritz L. Knopf ; Prairie conservation: preserving North America's most endangered ecosystem ; ed: Island Press, 1996 (ISBN 1559634286 et 9781559634281), 339 pages (Voir avec google)(en)
  • Stewart, A.J.A. & Wright, A.F. 1995. A new inexpensive suction apparatus for sampling arthropods in grassland. Ecological Entomology 20: 98-102 (résumé) (en)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]