Philippe-Auguste Jeanron

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Philippe-Auguste Jeanron, photographié par Édouard Baldus en 1853
Les Petits Patriotes, huile sur toile, musée des beaux-arts de Caen.

Philippe-Auguste Jeanron, né à Boulogne-sur-Mer, le 10 mai 1809[1], et mort au château de Comborn (Corrèze), le 8 avril 1877, est un peintre, dessinateur, lithographe et écrivain français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le militant républicain[modifier | modifier le code]

Philippe-Auguste Jeanron est fils d’un ouvrier orphelin, devenu militaire comme son grand-père, emporté par un boulet durant la campagne de l’Argonne. Ce père, qui a participé à l’expédition de Walcheren est retenu prisonnier, après la prise de Flessingue, sur les pontons de Portsmouth où il restera sept ans, avec son fils en bas-âge qu’il a dû emmener. Il va donc lui apprendre, dans de dures conditions, le métier de soldat et lui donner une éducation rigoureuse. Ils ne retournent en France qu’à la paix de 1815 et Philippe-Auguste peut enfin, en 1828, venir du Pas de Calais étudier à Paris, au collège Bourbon.

« Patriote militant », l’armée a d’abord été son occupation, car il a un amour ardent de la liberté. En 1830, il reçoit la croix de juillet. Dans le même temps, il entretient son goût pour les lettres et les arts, et par-dessus tout, la peinture. Après la chute de Charles X, il fonde la « Société libre de peinture et de sculpture ». Puis, ses amitiés républicaines, comme Philippe Buonarroti, Ulysse Trélat, Étienne Arago ou Philippe Buchez l’amènent aux luttes politiques. Il fait la connaissance du journaliste républicain Godefroi Cavaignac, qui l’initie à la littérature. Ce mentor le présentera à l’influent député Ledru-Rollin avec lequel il restera très lié.

À peine éteints les troubles de 1848 où il prit une part active, il est proposé, dès le 28 février, par le gouvernement provisoire, à la direction générale des Musées nationaux. Il s’attelle tout de suite aux réparations des galeries du Louvre qui étaient en mauvais état, et obtient une subvention de l’Assemblée, d’un montant de deux millions de francs pour les jardins et la galerie d’Apollon. Il ouvre un musée égyptien. Il assure l’achèvement du salon des « sept cheminées » pour les œuvres de l’école française, et du salon de l’entresol de la galerie dite « du bord de l’eau ». On lui doit la sauvegarde et la restauration de quantités de chefs-d’œuvres, statues et toiles, qui s’y trouvaient en péril. Il commence à rapatrier les œuvres inscrites à l’inventaire et dispersées, sous la monarchie, dans diverses résidences royales et églises[2]. Il réorganise la présentation des œuvres par école et par chronologie, améliore les départements de la chalcographie et de l’ethnologie. Il peut rouvrir bientôt le musée du Louvre au public. Entre temps, il préside à l’Exposition libre de peinture et de sculpture, qui se tient aux Tuileries. Enfin, il voyage beaucoup et ne néglige pas les musées des autres provinces[3].

Ledru-Rollin est expulsé du pouvoir lors des événements de juin 1849. Jeanron, qui dérangeait beaucoup de monde - en particulier : Charles Blanc et Félix Duban[4] - doit quitter son poste à la fin de l’année 1849[5], car ce dernier a été promis à Nieuwerkerke par Louis-Napoléon. Il peut reprendre sa vie d’artiste et d’écrivain. Ce n’est qu’en 1863, qu’il prendra le poste de directeur de l’École des beaux-arts de la ville de Marseille. Il se retira à Comborn, en Corrèze, région limousine qu’il aimait beaucoup, qu’il peignit souvent et qu’il visitait depuis longtemps.

Le peintre[modifier | modifier le code]

Bien qu’il ait appris, comme il le dit lui-même, « sans secours aucun, sans maîtres, sans école, sans dépense d’argent », on lui reconnaît l’influence de deux artistes qui le conseillèrent assez tôt à la peinture : Xavier Sigalon et, spécialement, François Souchon, ancien élève de David. Outre ses occupations administratives, il envoie régulièrement ses œuvres au Salon.

  • Salon de 1831 : Portrait d’artilleur ; Les Petits Patriotes ;

« Le talent de monsieur Jeanron mérite d’être encouragé et nous paraît réservé à un glorieux avenir », résume le célèbre critique Gustave Planche.

  • Salon de 1833 : Une Scène de halle ; Une Scène de Paris ; Une Halte de contrebandiers ;

Ces tableaux lui valurent une médaille de deuxième classe.

  • Salon de 1834 : Paysans limousins ; Un Aveugle mendiant ; autre Aveugle mendiant ; Jeune Fileuse (aquarelle) ;
  • Salon de 1836 : Bergers du Midi ; L’enfant sous la tente ; Pauvre famille ; Philosophe campagnard ; Un chasseur ; Charité du peuple (forgerons de la Corrèze) ;
  • Salon de 1838 : Portrait de Madame D… (sans doute Mme Doussaud) ; Portrait de Monsieur L… ;

Ce dernier portrait fut, selon l’appréciation de Planche : « un des meilleurs ouvrages exposés cette année ».

  • Salon de 1840 : Un site de l’île de Java ; Bords de la Petite-Brillance (rivière de la Haute-Vienne) ; Criminels condamnés à cueillir le poison de l’upas ; Portrait de M. Aimé Martin ;

Ce dernier tableau fit l’admiration de Théophile Gautier qui le trouvait d’une grande ressemblance : « Ce portrait est bien campé, bien situé dans la toile et porte parfaitement ; la couleur est d’une énergie qui rappelle les maîtres italiens les plus sauvages ; la pâte est tripotée avec une hardiesse et une fougue étonnantes ».

  • Salon de 1842 : Portrait de Madame T… ;
  • Salon de 1844 : Portrait de M. Mala ;
  • Salon de 1846 : Sixte-Quint ; Portrait de Mademoiselle*** ; Portrait de Madame*** ;
  • Salon de 1847 : Le Repos du Laboureur ; Un Contrebandier ;
  • Salon de 1848 : Enfants jouant avec une chèvre ; Le repos ; Les deux colombes ; Rêverie ; Une Bohémienne ; Un bohémien ;
  • Salon de 1850 : Le Berger ; Portrait de femme ; La plage d’Andreselles (Audresselles)  ; Le Mariage de sainte Catherine ; La fuite en Égypte ; Vue du port abandonné d’Ambleteuse[6]; Pose du Télégraphe électrique dans les rochers du cap Gris Nez, ce tableau illustre l’endroit où les Anglais, sous la conduite de l’ingénieur Bret, firent les premiers essais de télégraphie électrique.
  • Salon de 1852 : Suzanne au bain ; Les Pêcheurs (vue prise au Creux-Nazeux) (Pas de Calais) ; Les Pêcheurs à la traille (vue matinale prise d’Ambleteuse, du côté de Wimereux) ;
  • Salon de 1853 : Portrait de M. Odier ; Vue du Cap Gris-Nez (effet du soir) ; La Morte Eau (vue matinale du port d’Audresselles) ;
  • Salon de 1855 : Au Camp d’Ambleteuse ; Au Camp d’Eguilhem ; Berger breton ; Les Bergers (port d’Ambleteuse) ;

Il reçoit la Croix d’honneur.

  • Salon de 1857 : Fra Bartolomeo ; Vue du fort de la Rochette (au port abandonné de Wimereux) ; La longue absence (ustensiles de pêche) ; Pêche à l’écluse de la Slaëtz (port d’Ambleteuse)  ; Oiseaux de mer ; Portrait de Madame Antoine Odier ; Pêcheurs d’Andreselles ; Pêcheurs d’Ambleteuse ; Le Tintoret et sa fille dans la campagne ; Raphaël et la Fornarina ;
  • Salon de 1859 : Le Phénicien et l’esclave ; L’île de Calypso ; Bords de la Seine ; Vue du barrage de Bezons ; Coqs de bruyère ; Paysans des environs de Comborn ; Site des environs de Comborn ; La plaine avant l’orage ; Départ pour la pêche de nuit au cap Grunez (Cap Gris Nez) ;
  • Salon de 1861 : sept tableaux de paysages italiens ;
  • Salon de 1863 : trois tableaux des environs de Hyères : Les Vieux Salins (2 vues opposées, Les Salins-d'Hyères  ; Les Bains Bomettes  ;

Pour cette exposition, La Revue des Beaux-Arts écrit :« Le style de M. Jeanron a rarement atteint de plus grandes hauteurs : un souffle inspiré, un enthousiasme juvénile ont dirigé son pinceau et enflammé son imagination ».

De fait, on constate la grande variété du talent de Jeanron. Il est, par excellence, le « peintre plébéien », selon la formule du critique Théophile Thoré-Burger. Il excelle dans les portraits, les marines, les paysages et les sujets d’histoire. Il illustra quantité d’ouvrages.

Aux yeux des connaisseurs de son temps[7], « ses tableaux ont de l’ampleur et de la couleur, qualités qu’il exagère quelquefois ; et son dessin n’est pas toujours assez pur ». Louis Véron écrivait dans la Revue de Paris de 1838 : « Il faut avoir vu ses dessins et ses esquisses pour comprendre toute la profondeur de son impression [sa sensibilité], toute la sûreté de sa main, toute l’élévation de sa pensée, tout le magnétisme de son talent. Jeanron est le peintre du peuple et des douleurs contemporaines… c’est lui qui comprend le mieux la direction de l’art moderne et qui l’exprime avec le plus de verdeur ».

L’écrivain[modifier | modifier le code]

Philippe-Auguste Jeanron est également l'auteur d'ouvrages portant sur l'art ou la politique. Il dit lui-même :« […] j’ai appris comme j’ai pu, dans la pauvreté, deux arts difficiles ; tous mes tableaux et tous mes écrits ont été consacrés à la cause populaire »[8]. Il collabora à diverses revues. Ses principaux ouvrages, édités à Paris  :

  • Espérance pour le peuple (1834)
  • Origines et progrès de l’Art, études et recherches (1849)
  • Vie des peintres et des architectes de Giorgio Vasari, somme en 10 volumes, traduite par Léopold Leclanché et annotée (tomes 1 et 4 à 7) par Jeanron, qui fit 121 dessins de portraits (gravés par Wacquez et Bouquet).

Philippe-Auguste Jeanron est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (42e division)[9].

Son épouse, Désirée-Angéline Jeanron[modifier | modifier le code]

Née Désirée-Angéline Sirey, elle pratiquait aussi la peinture. Elle peignit surtout des sujets religieux ; elle exposa aux Salons de 1844 : Sainte-Catherine d’Alexandrie, et de 1850 : Saint Jean.

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  1. L’année de naissance varie de 1808 (chez Madeleine Rousseau in « La vie et l’œuvre de Philippe-Auguste Jeanron (1808-1877) » (Paris ; Réunion des musées nationaux ; 2000) ; couramment 1809 et parfois 1810 (chez Augustin Challamel)
  2. Catherine Granger : L’Empereur et les arts : la liste civile de Napoléon III  ; Librairie Droz ; 2005 ; p. 300 ; isbn 9782900791714
  3. G. Barras in Tribune artistique et littéraire du Midi (1863)
  4. selon Théophile Gautier in « Correspondance générale » (Librairie Droz ) ; tome 3 ; 1988 ; p.482 ; isbn 9782600036498
  5. la date est reprise du « Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze » de 1935. On trouve aussi l’année de 1850.
  6. Cette ruine était appelée à cette époque : « Fontaine Saint-Pierre » ; le tableau fut acheté par le Président de la République .
  7. Le Moniteur (Edmond About,et les livrets des Salons (1831-1857), cités par le dictionnaire Hoefer
  8. selon son Acte de foi de 1848, lors de sa campagne électorale pour la députation
  9. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ 2006 (ISBN 978-2914611480), p. 435