Parc national de Þingvellir

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Parc national de Þingvellir
Image illustrative de l'article Parc national de Þingvellir
Vue de la partie centrale du parc national de Þingvellir depuis le rebord sud-ouest du horst : au premier plan, le graben des Þingvellir et la Öxará dominés à droite par la Hrafnabjörg, à gauche par l'Ármannsfell ; au dernier plan à gauche se trouve le Skjaldbreiður.
Catégorie UICN II (parc national)
Identifiant 684
Pays Drapeau de l'Islande Islande
Région Suðurland
Municipalité Bláskógabyggð
Ville proche Mosfellsbær
Coordonnées 64° 15′ 29″ N 21° 07′ 30″ O / 64.258056, -21.125 ()64° 15′ 29″ Nord 21° 07′ 30″ Ouest / 64.258056, -21.125 ()  
Superficie 237 km2
Création 1930
Administration Commission Þingvellir (Þingvallanefnd)
Site web www.thingvellir.is

Géolocalisation sur la carte : Islande

(Voir situation sur carte : Islande)
Parc national de Þingvellir

Le parc national de Þingvellir, en islandais þjóðgarður Þingvellir, est un parc national du sud-ouest de l'Islande, en bordure des Hautes Terres. Cette aire protégée centrée sur un graben, les Þingvellir, regroupe plusieurs montagnes, volcans, lacs, cours d'eau et une forêt. En bordure des Þingvellir, la faille d'Almannagjá et le Lögberg, le « Rocher de la loi », constituent le principal lieu historique national puisqu'il constitue le lieu de rassemblement originel d'un des plus vieux parlements du monde (l'Alþing) qui y fut fondé dès 930 et l'indépendance de l'Islande y fut proclamée le 17 juin 1944, le jour du 133e anniversaire de la naissance de Jón Sigurðsson, leader des mouvements pacifistes pour l'indépendance de l'Islande au XIXe siècle. Le site est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2004. Il abrite également la résidence d'été du premier ministre de l'Islande.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le parc national de Þingvellir est appelé þjóðgarður Þingvellir en islandais, þjóðgarður signifiant littéralement « parc national ».

Þingvellir, toponyme construit à partir des termes islandais Þing et vellir qui signifient respectivement en français « Parlement » et « plaines », soit « plaines du Parlement », est le nom du graben partiellement noyé par les eaux du Þingvallavatn s'étirant entre deux volcans, le Skjaldbreiður au nord-est et le Hengill au sud-ouest.

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

Carte du parc national de Þingvellir.

Le parc national de Þingvellir est situé au sud-ouest de l'Islande, dans la municipalité de Bláskógabyggð de la région Suðurland[M 1]. Le parc a une superficie de 237 km2[M 1]. Il est situé à environ 50 km au nord-est de Reykjavik[M 1] et donc de la majorité de la population islandaise. Le parlement en lui-même se trouve à l'ouest de la plaine.

Relief[modifier | modifier le code]

Vue de Þingvellir : au premier plan la faille d'Almannagjá, à droite le graben de Þingvellir et au dernier plan l'Ármannsfell.

Le parc national de Þingvellir couvre la partie centrale du graben de Þingvellir, une dépression d'origine tectonique d'une altitude d'environ une centaine de mètres. Cette cuvette est entourée de toutes parts par des sommets allant jusqu'à un peu plus de 1 000 m d'altitude. Certains sommets sont situés dans le parc, tels que la Búrfell (783 m), le Syðstasúla (1 093 m), l'Ármannsfell (764 m) et la Hrafnabjörg (763 m)[1]. La principale caractéristique du site est qu'il est parcouru de nombreuses failles saillantes, comme de larges cicatrices dans le paysage. Elles sont parallèles et orientées essentiellement selon un axe sud-ouest-nord-est. Elles sont principalement réparties en deux groupes, de part et d'autre de la plaine, de pendage opposé[2]. La fissure la plus connue est Almannagjá, qui est la principale fissure située à l'ouest de la plaine. Elle est longue de 7,7 km et d'une profondeur maximale de 40 m[2]. Sa correspondante à l'est de la plaine est Hrafnagjá, d'une longueur de 11 km et d'une profondeur maximale de 30 m[2].

Climat[modifier | modifier le code]

La zone de Þingvellir est dans un climat tempéré humide (Cfc selon la classification de Köppen)[3]. Les températures y sont sensiblement inférieures à celles de la côte (par exemple Reykjavik) du fait de l'altitude (un peu plus de 100 m) et de l'éloignement des côtes. Les températures sont souvent très variables, particulièrement en hiver, ce qui est lié au fait que l'Islande se situe au point de rencontre des masses chaudes du Gulf Stream et des masses froides du courant du Groenland oriental[3]. La région de Þingvellir est entourée de plusieurs montagnes qui, du fait de l'effet de foehn reçoivent d'importantes quantités de précipitations annuelles (allant jusqu'à 3 000 mm)[3]. Cependant, Þingvellir en lui-même reçoit beaucoup moins, même si cette quantité reste supérieure à celle des côtes. En hiver, les précipitations ont souvent lieu sous forme neigeuse, mais les importantes variations de température induisent parfois des dégels même en plein hiver[3].

Relevé météorologique de Þingvellir
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température moyenne (°C) −2,4 −1,8 −0,9 2 5,5 8,2 10,1 9,5 6,3 3,1 −1 −2,4 3
Précipitations (mm) 129 110 116 92 74 72 77 102 125 162 146 135 1 340
Source : Climatic conditions of the Thingvallavatn area[3]


Hydrographie[modifier | modifier le code]

La principale rivière du parc est la rivière Öxará (« rivière de la hache »), dont la majeure partie du cours se situe à l'intérieur des frontières du parc. Cette rivière possède un débit modéré (environ 4 m3⋅s-1)[4] et est principalement connue grâce à la Öxarárfoss, une cascade qu'elle forme en entrant dans la faille Almannagjá. La rivière se jette ensuite dans le lac Þingvallavatn qui avec une superficie de 83 km2 est le plus grand lac naturel d'Islande, mais n'est que partiellement inclus dans le parc[M 2]. Ce lac, d'une profondeur maximale de 114 m, est cependant principalement alimenté par des sources souterraines[5]. En effet, le sol islandais étant majoritairement un champ de lave, l'eau parvient facilement à s'y infiltrer. Des études isotopiques ont montré que l'eau de ces sources provient du glacier Langjökull, à 50 km au nord du lac, tout comme l'eau alimentant les sources chaudes de Nesjavellir, au sud de Þingvellir[5]. Les eaux, en traversant la lave, sont filtrées par celle-ci, ce qui explique l'exceptionnelle limpidité de l'eau du lac[5].

Géologie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Géologie de l'Islande.

Volcanisme[modifier | modifier le code]

Carte du système volcanique de l'Islande

Comme le reste de l'Islande, le socle du parc national de Þingvellir est composé de roches volcaniques. Dans le cas de Þingvellir, le volcanisme est toujours actif, étant situé au cœur de la zone ouest du système volcanique islandais (cf. carte ci-contre), sur deux systèmes volcaniques en activité : Hengill à l'ouest et Hrómundartindur à l'est[G 1]. Les plus anciennes laves du parc se trouvent autour des monts Búrfell et Syðstasúla, datant de 1,8 Ma[G 2]. Ensuite, les monts Búrfell et Syðstasúla eux-mêmes ont été formés alors que la région était couverte de glace, ce qui est indiqué par la formation de hyaloclastite en superficie[G 3]. Seul Syðstasúla parvint à percer l'épaisseur de glace, formant un tuya, même si l'érosion glaciaire en a depuis altéré l'apparence[G 3]. Durant la glaciation de Weichsel, apparurent à leur tour l'Ármannsfell et la Hrafnabjörg formant tous deux des tuyas, mais ceux-ci ont pu garder leur profil caractéristique[G 4]. Cette dernière glaciation a aussi laissé des moraines, qui ont été initialement responsables de la formation du lac Þingvallavatn[G 4].

La Hrafnabjörg, à l'arrière-plan, avec sa forme caractéristique de tuya.

Mais la majeure partie des roches affleurant actuellement datent de la période post-glaciaire (holocène). Ainsi, la plaine du parc national de Þingvellir est constituée de laves provenant de trois cratères[G 5]. La plus ancienne éruption est celle de Skjaldbreiður, volcan situé en dehors du parc, mais qui a recouvert de ses laves une superficie de 200 km2, qui inclut la partie du nord du parc[G 5]. C'est cette éruption qui a bloqué les rivières de surface, et est responsable de l'approvisionnement quasi-exclusif par voie souterraine du lac[G 5]. Peu de temps après l'éruption du Skjaldbreiður, il y a environ 9 100 ans, celle d'Eldborgir, au sud de la Hrafnabjörg, commença, couvrant elle aussi une superficie de l'ordre de 200 km de lave pāhoehoe[G 6],[U 1]. Cette éruption a créé un barrage pour le lac, réduisant sa superficie et élevant son niveau de 25 m[G 6]. La lave du site du parlement proviendrait de cette éruption, même si il existe certains doutes concernant cette affirmation[G 6]. Enfin, il y a environ 5 000 ans, Þjófahraun, une fissure volcanique de 8 km de long entra en éruption, couvrant 55 km, dont une partie au nord-est du parc national[G 7]. La plus récente éruption date d'il y a 2 000 ans, au sud du lac, dans une section non incluse dans le parc national[6].

Tectonique[modifier | modifier le code]

Þingvellir est une plaine d'effondrement, ou graben, située à la divergence des plaques tectoniques américaines et européennes. Ainsi, la zone s'étend selon une direction est-ouest a une vitesse moyenne de 3 mm⋅an-1, et en même temps, le sol s'affaisse de 0,4 mm⋅an-1[2]. Ainsi, depuis l'éruption d'Eldborgir (9 100 ans), la subsidence du sol a atteint 40 m, et probablement 4 m depuis la fondation de l'Alþing en 930[7]. Ceci a par exemple entraîné une augmentation de la profondeur du lac, malgré le fait que le barrage de lave ait été érodé de 11 m depuis sa mise en place[G 8]. Ces mouvements ont induit l'apparition de fissures et failles normales, clairement visibles dans le paysage, créant des gradins naturels dans la roche basaltique. Peu de sites laissent apparaître aussi clairement ces failles, la lave recouvrant en général progressivement le paysage, mais il n'y a pas eu d'éruptions ici depuis celle d'Eldborgir[U 1]. Ces mouvements sont aussi la source de tremblements de terre assez fréquents. Bien que le mouvement soit relativement continu, le déplacement des failles se fait souvent par à-coups, libérant la tension accumulée précédemment[G 9]. Ainsi, plusieurs épisodes importants de ce type ont été enregistrés, par exemple en 1789 à la suite de l'éruption des Lakagígar[G 10].

Du fait de sa facilité d'accès et de l'amplitude de ses failles, Þingvellir a longtemps été un modèle dans l'étude de la tectonique des plaques. Ainsi, lorsque la théorie a été énoncée pour la première fois, au début du XXe siècle, elle reçut peu de crédit dans la communauté scientifique[G 1]. Pourtant, déjà à cette époque, les premiers géologues expliquèrent les failles de Þingvellir à l'aide de cette théorie[G 1]. Par la suite, lorsque la théorie commença à se démocratiser, à partir de 1962, Þingvellir fut l'un des principaux sites d'étude du processus de rifting[G 1].

Milieu naturel[modifier | modifier le code]

Faune[modifier | modifier le code]

Renard polaire

Un plongeon catmarin en Islande L'Islande est très pauvre en mammifères sauvages, et le parc national n'échappe pas à ce constat. Le renard polaire (Vulpes lagopus), est la seule espèce de mammifère présente naturellement en Islande, et ces renards sont assez nombreux à Þingvellir[8]. Le vison d'Amérique (Neovison vison), introduit en 1931 en Islande et ayant réussi à s'échapper des fermes à fourrure se rencontre de nos jours autour de Þingvellir[8]. La souris sylvestre (Apodemus sylvaticus), importée dès la colonisation de l'Islande par les Vikings, est aussi très commune dans la région[8].

Le lac Þingvallavatn est très profond, et donc attire moins les oiseaux que d'autres comme le lac Mývatn, dans le nord du pays[9]. Cependant, on peut rencontrer 52 espèces d'oiseaux, telles que le harle huppé (Mergus serrator), l'oie cendrée (Anser anser), le garrot d'Islande (Bucephala islandica), le plongeon huard (Gavia immer), le cygne chanteur (Cygnus cygnus), le harelde kakawi (Clangula hyemalis), le canard colvert (Anas platyrhynchos), et le fuligule morillon (Aythya fuligula)[10]. Le plongeon catmarin (Plongeon catmarin) et le grèbe esclavon (Podiceps auritus) sont aussi observés, bien que plus rares[10]. On trouve enfin quelques oiseaux non aquatiques tels que le faucon gerfaut (Falco rusticolus), le faucon émerillon (Falco columbarius), le lagopède alpin (Lagopus muta), le pluvier doré (Pluvialis apricaria), la bécassine des marais (Gallinago gallinago), le courlis corlieu (Numenius phaeopus), le chevalier gambette (Tringa totanus), phalarope à bec étroit (Phalaropus lobatus) ainsi que quelques barges à queue noire (Limosa limosa), huîtriers pie (Haematopus ostralegus), pluviers grand-gravelot (Charadrius hiaticula) et hiboux des marais (Asio flammeus)[10].

Le lac abrite trois espèces de poissons sur les cinq espèces de poissons d'eau douce d'Islande[11]. Ces espèces sont l'omble chevalier (Salvelinus alpinus), la truite (Salmo trutta) et l'épinoche (Gasterosteus aculeatus)[11]. Ces espèces ont évolué depuis 10 000 ans en s'adaptant à l'environnement du lac, et montrent maintenant un degré de polymorphisme unique[5]. Ainsi, l'omble chevalier existe maintenant dans le lac sous quatre morphotypes différents : piscivore, planctonivore, et deux morphotypes benthivores[5]. Une autre spécificité du lac est la découverte en 2004 et 2006 de deux espèces d'amphipodes d'eau douce endémiques : Crymostygius thingvallensis, unique représentant des Crymostygiidae et Crangonyx islandicus, tous deux appartenant au sous-ordre des Gammarideas[12]. Ces espèces, probablement d'origine très ancienne, auraient réussi à survivre durant les glaciations dans des refuges sous-glaciaires[12].

Flore[modifier | modifier le code]

Géranium des bois à Þingvellir

La limite entre le climat froid tempéré et le climat arctique est autour de 300 - 400 m d'altitude dans cette partie du pays, ce qui correspond aussi à la limite pour le développement des bouleaux (Betula pubescens principalement)[V 1]. Avant la colonisation de l'Islande, les zones en dessous de cette limite étaient couvertes de forêts de bouleau, avec des sous-bois riches[V 2]. Les activités humaines ainsi que le pâturage ont rapidement et fortement affecté cet écosystème très fragile[V 2]. Ceci a favorisé une érosion des sols qui a aussi contribué à fragiliser la végétation et empêcher sa reprise[V 2]. La création du parc national au début du siècle a permis à la forêt comme celle de Þingvallaskógar de se développer à nouveau et maintenant, l'essentiel de la surface initiale du parc est recouvert d'arbres[V 2]. Ceci est aussi lié à un plan d'afforestation d'espèces non endémiques telles que des conifères commencé en 1899, ce qui marquait aussi le début de l'afforestation en Islande[M 3]. L'afforestation dans le parc a maintenant cessé, étant considéré comme une altération non justifiée du paysage et de l'écosystème du parc[M 3]. Les bouleaux du parc atteignent en moyenne une taille de 3 m[V 3]. Les sous-bois sont assez riches, avec principalement du géranium des bois (Geranium sylvaticum), diverses fleurs de la famille des hieracium et taraxacum, de la renoncule âcre (Ranunculus acris), de la ronce des rochers (Rubus saxatilis) et de l'alchémille commune (Alchemilla vulgaris)[V 4].

Les zones incluses lors de l'extension du parc en 2004, quant à elles, sont majoritairement recouvertes d'une lande où les mousses dominent. Les mousses sont des plantes pionnières, colonisant les champs de lave récents, mais sont aussi majoritaires sur les hauteurs du parc[V 3]. Le genre Racomitrium est le plus représenté[V 3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Parc national de Þingvellir *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Pays Drapeau de l'Islande Islande
Subdivision Bláskógabyggð, Árnessýsla, Suðurland
Type Culturel
Critères (iii) (vi)
Superficie 9 270 ha
Numéro
d’identification
1152
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
Année d’inscription 2004 (28e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO
Article connexe : Histoire de l'Islande.

Fondation du parlement[modifier | modifier le code]

Selon le Landnámabók, la colonisation de l'Islande commença en 874 lorsque Ingólfr Arnarson devint le premier colon permanent en Islande[H 1]. Durant les années qui suivirent, l'île se peupla peu à peu. Initialement, plusieurs assemblées locales étaient organisées autour d'un chef (goði)[H 2]. Mais les colons venaient d'horizons différents (tels que la Norvège, Écosse, Irlande) et avaient ainsi des coutumes différents[U 2]. De plus, les assemblées n'avaient pas forcément de lien familial pour en assurer la cohésion, et au contraire, des familles pouvaient être dispersées à travers le pays[U 2]. Enfin, les descendants de Ingólfr Arnarson, dominaient le sud-ouest de l'Islande, et étaient devenus la famille la plus puissante d'Islande, de sorte que les autres chefs ressentirent le besoin de limiter l'expansion de la puissance de cette famille. Ainsi, à mesure de la croissance de la population, il devint évident que l'île avait besoin d'une assemblée générale[13]. L'état libre islandais est fondé.

Grímur Geitskör fut désigné pour trouver un endroit convenable où tenir l'assemblée[13]. Au même moment, un fermier qui habitait à Bláskógar (qui était alors le nom de la région de Þingvellir) fut déclaré coupable de meurtre[13]. Sa condamnation consistait au paiement d’une amende et à l’abandon de ses terres. C’est sur ces terres, qui devinrent propriété publique, qu’on décida d’établir l’Alþing, assemblée composée de 36 chefs locaux, qui se réunit pour la première fois en 930[14]. En effet, cette région rassemblait tout ce dont l'assemblée avait besoin (du bois pour le feu et une prairie pour les chevaux) et était facilement accessible des régions les plus peuplées[13]. Le goði le plus éloigné, dirigeant l'est du pays, devait voyager durant 17 jours, les montagnes et rivières formant d'importants obstacles[15]. Le seul aménagement nécessaire fut le détournement de la rivière Öxará vers la plaine, afin d'approvisionner le site de l'assemblée en eau[U 2].

Le parlement pendant l’État libre islandais[modifier | modifier le code]

Réunion de l'Alþing au rocher de la loi

Le parlement se réunissait pendant environ deux semaines, autour du solstice d'été[H 3]. La place centrale de ces événements était le rocher de la loi (Lögberg)[H 4]. La localisation exacte du rocher en question est soumise à débat, un possible site étant Hallurinn, mais il est aussi possible que cela soit la faille Almannagjá[16]. Chaque assemblée commençait avec une procession vers ce lieu, et c'est ici qu'étaient faites les annonces publiques[H 4]. C'est aussi là que le diseur de loi (Lögsögumaðr) récitait chaque année un tiers de la loi, afin de les garder en mémoire[H 5]. Il fallut en effet attendre 1117-1118 pour que ces lois soient mises à l'écrit, dans un texte appelé Grágás[U 3]. Un autre site important était le conseil des lois (Lögrétta) qui au XIIIe siècle était devant le rocher de la loi, mais était probablement ailleurs auparavant[U 2]. Ce conseil était constituée probablement autour de 150 hommes dont une quarantaine de Godi[H 5]. C'est le conseil qui devaient établir les lois, mais aussi régler les disputes[U 3]. Enfin, la dernière institution de l'Alþing était les cinq cours, une pour chacune des quatre division du pays (ouest, nord, est et sud[U 2]) et une pour le pays entier[U 3]. Le rôle des cours étaient aussi de régler les conflits : dans les quatre cours locales, il fallait un accord des 36 juges pour prendre une décision, et en cas d'absence de consensus, c'est la cour nationale qui jugeait à la majorité[U 3].

C'est donc en ce lieu qu'étaient prises toutes les décisions importantes. Ce fut en particulier le cas pour la christianisation de l'Islande. Ainsi Gissur le blanc et Hjalti Skeggjason, deux goðar convertis et ayant promis au roi norvégien Olaf Tryggvason d'évangéliser le pays, s'exprimèrent en l'an 999 ou 1000 lors de la session de l'Alþing[H 6]. Le diseur de loi païen Þorgeir Þorkelsson fut chargé de prendre la décision, et le lendemain, il annonça au rocher de la loi que l'Islande devenait chrétienne mais que les anciennes traditions étaient conservées et le culte païen pouvait être exercé en privé[H 7]. La première église de Þingvellir fut construite peu de temps après[U 4]. Elle était, semble-t-il assez grande et richement ornée, gage de son importance[U 4]. C'est ici que se tenait le conseil en cas de mauvais temps[U 2]. Juste à côté de l'église se trouvait la demeure de l'évêque de Skálholt qui dirigeait le conseil à partir de la christianisation[U 4].

En périphérie des sessions de l'Alþing, Þingvellir devenait un lieu plein de vie pendant ces deux semaines, avec probablement 500 fermiers sur les 4 000 que comptait l'île[15]. Il y avait aussi des tanneurs, des brasseurs, des marchands, des clowns[15]. Durant ces deux semaines, Þingvellir devenait une sorte de capitale[15]. En particulier, le site tient une place très importante dans la culture médiévale islandaise[U 5]. Les habitations de l'époque étaient construites avec des murs en pierre et tourbe, typiquement dans un style de maisons longues viking[U 6].

La domination étrangère[modifier | modifier le code]

À partir du XIIe siècle, mais surtout dans la première moitié du XIIIe siècle, l'Alþing commença à perdre son influence, à cause d'importants conflits entre les différents chefs[U 3]. En parallèle, la puissance du royaume norvégien avait considérablement accrue, et les norvégiens considéraient que l'Islande était d'une façon ou d'une autre sous leur autorité, étant les principaux colonisateurs[U 3]. Ainsi, en 1262, les principaux chefs déclarèrent allégeance au roi norvégien : l'Islande devait donc payer des taxes à la Norvège en l'échange de sa protection, mais restait maître de ses lois[U 3]. En 1281, après de longs débats à l'Alþing, le texte de loi final, le Jónsbók, liant les deux pays fut accepté, puis modifié en 1294[U 5]. Bien que l'Alþing continua à être tenu, une partie de ses pouvoirs étaient maintenant dans les mains du roi norvégien, en particulier le pouvoir judiciaire et exécutif[U 5]. De plus, une grande partie des participants de l'Alþing était maintenant nommé par le roi, tel que l'homme de loi (lögmaður), remplaçant le diseur de loi[U 5].

À partir de la fin du XIVe siècle, la Norvège rejoint la Suède et le Danemark dans l'union de Kalmar, et le pouvoir se concentre officieusement entre les mains du Danemark[U 5]. Ceci réduit de nouveau considérablement le pouvoir de l'Alþing, même si ce dernier pouvait encore créer quelques lois[U 5]. Mais au XVIIIe siècle, ce pouvoir disparut à son tour, entrant dans l'absolutisme danois[U 5]. Les lois étaient alors seulement annoncées au islandais à Þingvellir, et quelques jugements y étaient prononcés[U 5]. Des importants séismes détruisirent en partie le site de l'assemblée en 1798, et l'Alþing fut donc transféré à Reykjavik, et dissoute 2 ans plus tard[U 5].

Þingvellir resta un lieu calme, loin des chemins battus pour quelque temps[17]. Mais au XIXe siècle, le site devient un symbole pour le mouvement national romantique et indépendantiste islandais[U 4]. Un des héros national de ce mouvement est le poète Jónas Hallgrímsson qui dans un poème publié en 1835 raconte que l'âme et l'esprit de l'Islande repose à Þingvellir[U 4]. Un grand nombre d'artistes peignirent les paysages de la plaine, tels que le français Auguste Mayer en 1836, le danois Emmanuel Larsen en 1846, l'anglais William Gershom Collingwood en 1897[U 4]. Les nationalistes proposèrent de rétablir l'Alþing dans la plaine, qui est le seul site où les dirigeants pourraient être investi de la conscience nationale[U 4]. Mais en 1843, par décret, le roi danois rétablit l'Alþing à Reykjavik, mais sans aucun pouvoir[17]. En 1848, des rassemblements commencèrent à Þingvellir, le premier aboutissant à une pétition afin de rétablir les droits de l'assemblée[17]. Il y eut 25 rassemblements majeurs jusqu'en 1907[U 7].

En 1874 eut lieu dans la plaine le festival national, commémorant le millénaire de la colonisation de l'île[U 8]. À cette occasion, le roi danois accorde à l'Islande sa propre constitution, redonnant pouvoir à l'Alþing[U 8]. Ceci marqua un des premiers pas vers l'indépendance islandaise. En 1930, un nouveau festival est tenu, commémorant la création de l'Alþing[U 8] : entre 30 000 et 40 000 personnes sont réunies, ce qui représente une proportion considérable de la population islandaise[18]. Enfin, le 17 juin 1944, un nouveau festival est organisé à Þingvellir, au cours duquel a lieu la déclaration d'indépendance de l'Islande[U 8]. L'Alþing se réunit alors au rocher de la loi et déclara la nouvelle constitution islandaise[U 8].

Þingvellir, symbole du nationalisme islandais[modifier | modifier le code]

Gestion et administration[modifier | modifier le code]

Le parc est géré par la commission Þingvellir (Þingvallanefnd), un organisme dépendant du gouvernement islandais[M 1].

La gestion du parc est fondée sur une division en zones, permettant de concilier la protection de la nature et du patrimoine historique avec le tourisme[M 4]. Le champ de lave couvert de bouleaux constitue la plus vaste zone du parc[M 4]. Aucune infrastructure n'y est autorisée, sauf les sentiers qui sont entretenus, et certains doivent être modifiés pour permettre l'accès aux personnes à mobilité réduites[M 5]. Les forêts de conifères sont confinées et la végétation de bouleaux éventuellement encouragée pour reconstituer l'écosystème originel[M 5]. À Arnarfell, un effort est fait pour limiter les effets de l'érosion des sols, en particulier par la restauration de la végétation originelle[M 6]. Les rives du lac constituent une autre zone, considérée comme sensible; des infrastructures (parking et sentiers) peuvent y être aménagées dans l'objectif de canaliser les touristes et donc minimiser les altérations du paysage[M 5]. Sur le lac lui-même, la pêche est autorisée tout comme la navigation avec des bateaux non motorisés[M 6]. La zone de Leirar, regroupant les principales infrastructures touristiques est considérée comme un site non fragile, et donc des éventuelles extensions de ces infrastructures sont possibles[M 5]. Il en va de même pour le site de Hakið, situé en haut de la faille, à la condition que toute infrastructure ne doit pas être visible depuis le site du parlement[M 7]. Au niveau du site du parlement, les bâtiments historiques sont entretenus afin de conserver leur aspect d'origine[M 8]. Les activités agricoles des quelques fermes en activité subsistant au sud-ouest du parc sont permises mais leur impact sur la nature est surveillé[M 9].

Tourisme[modifier | modifier le code]

Le parc national de Þingvellir est un des sites les plus connus de l'Islande. Avec la chute Gullfoss et les geysers de la vallée de Haukadalur, ils forment le cercle d'or.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d p. 5
  2. p. 7
  3. a et b p. 21
  4. a et b p. 12
  5. a, b, c et d p. 13
  6. a et b p. 16
  7. p. 15
  8. p. 14
  9. p. 17
  1. a et b p. 15
  2. a, b, c, d, e et f p. 29-32
  3. a, b, c, d, e, f et g p. 33-35
  4. a, b, c, d, e, f et g p. 40-45
  5. a, b, c, d, e, f, g, h et i p. 36-38
  6. p. 17-28
  7. p. 9-10
  8. a, b, c, d et e p. 46
  • (en) Kristján Saemundsson, « Geology of the Thingvallavatn area », Oikos, vol. 64,‎ 1992, p. 40-68 (lire en ligne)
  1. a, b, c et d p. 41
  2. p. 43
  3. a et b p. 47
  4. a et b p. 48-49
  5. a, b et c p. 53
  6. a, b et c p. 54-55
  7. p. 55
  8. p. 63
  9. p. 66
  10. p. 64
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  1. p. 106
  2. a, b, c et d p. 111
  3. a, b et c p. 115
  4. p. 115-116
  • (en) Guðmundur Hálfdanarson, « Þingvellir: An Icelandic “Lieu de Mémoire” », History and Memory, vol. 12,‎ 2000, p. 4-29 (lire en ligne)
  • (en) Gunnar Karlsson, The history of Iceland, Minneapolis, University of Minnesota Press,‎ 2000 (ISBN 0-8166-3588-9)
  1. p. 12
  2. p. 19
  3. p. 20
  4. a et b p. 22
  5. a et b p. 24
  6. p. 33
  7. p. 34
  • Autres
  1. voire la carte sur le site du parc de Þingvellir
  2. a, b, c et d (en)Agust Gudmundsson, « Tectonics of the thingvellir fissure swarm, sw iceland », Journal of Structural Geology, vol. 9,‎ 1987, p. 61-69 (lire en ligne)
  3. a, b, c, d et e (en)Markús Á. Einarsson, « Climatic Conditions of the Thingvallavatn Area », Oikos, vol. 64,‎ 1992, p. 96-104 (lire en ligne)
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  14. (en)Jesse Byock, « The icelandic Althing - Dawn of Parliamentary Democracy », Heritage and Identity: Shaping the Nations of the North,‎ 2002 (lire en ligne)
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  16. (en) « The Law Rock », sur Thingvellir (consulté le 6 décembre 2011)
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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