Nabucco

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Nabucco
Nabuchodonosor
Image décrite ci-après
Les jardins suspendus de Babylone
Gravure coloriée du XIXe siècle

Genre Opéra
Nbre d'actes 4 parties
Musique Giuseppe Verdi
Livret Temistocle Solera
Langue
originale
Italien
Sources
littéraires
Nabuchodonosor (1836) drame
d'Auguste Anicet-Bourgeois
et Francis Cornue
Partition
autographe
Archives Ricordi Milan
Création
Teatro alla Scala Milan
Drapeau: Royaume lombard-vénitien Royaume lombard-vénitien
Création
française

Théâtre-Italien Paris
Représentations notables
Personnages
  • Nabucco, roi de Babylone (Baryton)
  • Abigaïlle, esclave, présumée fille de Nabucco (Soprano)
  • Ismaël, neveu du roi des Hébreux, amoureux de Fenena (Ténor)
  • Zaccaria, Grand prêtre de Jérusalem (Basse)
  • Le Grand prêtre de Belos à Babylone (Basse)
  • Abdallo, vieil officier au service de Nabucco (Ténor)
  • Anna, sœur de Zaccaria (Soprano)
  • Fenena, fille de Nabucco (Mezzo-soprano)
  • Soldats babyloniens, soldats hébreux, lévites, vierges juives, femmes babyloniennes, mages, grands du royaume de Babylone, Peuple (chœur)

Nabucco (titre initial : Nabuchodonosor) est un opéra en quatre parties de Giuseppe Verdi sur un livret de Temistocle Solera[1], tiré de Nabuchodonosor (1836), drame d'Auguste Anicet-Bourgeois et Francis Cornue et créé le à la Scala de Milan[1]. Il évoque l'épisode biblique de l'esclavage des juifs à Babylone symbolisé par le chœur de la troisième partie, le Va, pensiero des hébreux auxquels s'identifiait la population milanaise alors sous occupation autrichienne.

Création[modifier | modifier le code]

Le à la Scala de Milan[1].

Distribution[modifier | modifier le code]

Représentations successives[modifier | modifier le code]

Le , Riccardo Muti dirige Nabucco au Teatro dell'Opera di Roma, dans une mise en scène de Jean-Paul Scarpitta, avec Leo Nucci (Nabucco) et Dmitri Beloselski (Zacharia), à l'occasion du 150e anniversaire de l'Unité italienne[2]. La représentation est retransmise par la chaîne de télévision franco-allemande de service public Arte[3].

Réception[modifier | modifier le code]

La critique[modifier | modifier le code]

Argument[modifier | modifier le code]

À Jérusalem puis à Babylone vers 587 av. J.-C..

Première partie : Jérusalem[modifier | modifier le code]

  • À l'intérieur du temple de Salomon

Remplis d'angoisse et de terreur, les Hébreux supplient Yahvé de leur venir en aide face aux troupes babyloniennes. Le grand prêtre Zaccaria a pris en otage Fenena, la fille de Nabucco, roi de Babylone. Zaccaria exhorte son peuple à espérer en l'aide divine : Fenena pourrait constituer un gage de paix entre les Hébreux et les Babyloniens. Ismaël, neveu du roi des Hébreux, annonce que l'avance de Nabucco et de ses soldats ne connaît désormais plus de frein. Zaccaria incite les Hébreux à repousser l'ennemi et, après avoir confié Fenena à Ismaël, il s'éloigne avec tous les Hébreux pour défendre la ville et le temple. Ismaël et Fenena, secrètement amoureux l'un de l'autre, sont restés seuls. Ismaël rappelle comment Fenena l'avait fait évader de prison à Babylone lorsqu'il s'y était rendu comme ambassadeur. Maintenant, c'est Ismaël qui est résolu à libérer à son tour Fenena et à fuir avec elle. Les deux jeunes gens sont en train d’organiser la fuite, quand pénètre dans le temple Abigaïlle, fille supposée de Nabucco, dirigeant une troupe de Babyloniens. Elle aussi est amoureuse d’Ismaël, et elle menace Fenena de rapporter à son père d’avoir tenté de fuir avec un étranger: mais finalement elle est prête à garder le silence aussi longtemps qu'Ismaël renonce à Fenena. Mais ceux-ci refusent de succomber au chantage. Nabucco, à la tête de son armée, ayant osé faire irruption dans le temple et décidé à piller la ville, Zaccaria menace de tuer Fenena. Alors que le grand prêtre est sur le point de porter à Fenena un coup mortel, Ismaël s'interpose, retenant la main de Zaccaria et délivrant Fenena. Nabucco donne alors l'ordre de piller le temple et d'emprisonner les Hébreux. Zaccaria et les Hébreux maudissent Ismaël qui, en délivrant Fenena, a trahi la patrie.

Deuxième partie : L'impie[modifier | modifier le code]

Abigaïlle, seule dans les appartements royaux, tient dans ses mains un parchemin volé à Nabucco, et qui témoigne de ses origines humbles d'esclave. Sa colère éclate dans une fureur irrépressible à la nouvelle que Fenena, nommée régente par son père, a ordonné de libérer tous les Hébreux. Maintenant, Abigaïlle est déterminée à tout faire pour s'emparer du trône. Zaccaria, prisonnier des Assyriens, entre dans une salle du palais, suivi d'un Lévite portant les Tables de la Loi et se retire après avoir demandé à Dieu de parler à travers ses lèvres. Ismaël, convoqué par le grand prêtre pour répondre de sa trahison, est maudit par les Lévites, mais Anna, la sœur de Zaccaria, le défend ; le jeune homme n’a en effet pas sauvé la vie d'une infidèle, mais celle d’une Juive, puisque la fille du roi ennemi s'est, pendant ce temps, convertie à la religion hébraïque. La situation a empiré: en une succession rapide d'événements, Abigaïlle fait irruption sur la scène avec son entourage et demande à Fenena la couronne, mais Nabucco, que l’on croyait mort dans la bataille, arrive et se saisit de la couronne. Puis il commence à se moquer du Dieu Belos, ce qui pousserait les prisonniers à le trahir, et aussi plus tard le Dieu des Hébreux. À la suite de la déclaration de Fenena qui divulgue sa propre conversion, il lui demande de façon imposante de s’agenouiller et de l’adorer, non pas comme un roi, mais comme un Dieu, un Dieu unique, menaçant de mort Zaccaria et les Hébreux s’ils ne se plient pas à sa volonté. Immédiatement après, le Dieu des Hébreux lui lance un éclair à la tête, la couronne tombe au sol et le roi commence à montrer des signes d'aliénation mentale. La couronne tant convoitée est rapidement recueillie par Abigaïlle.

Troisième partie : La prophétie[modifier | modifier le code]

Abigaïlle, assise sur le trône à côté de la statue d'or de Belos, dans les jardins suspendus de Babylone, reçoit l'hommage de ses sujets. Quand le grand prêtre lui remet la condamnation à mort des Hébreux, la reine feint hypocritement de ne pas être certaine du sort à leur réserver. À l'arrivée du roi déchu - dans d'humbles vêtements et l'air égaré - l'usurpatrice change d'attitude et s'adresse à lui avec une arrogance ironique, donnant l'ordre de le reconduire dans ses appartements. Elle le prévient qu'elle est désormais la gardienne de son siège et l'invite péremptoirement à apposer le sceau royal sur la sentence de mort des Hébreux. Le vieux roi hésite, Abigaïlle le menace, l'accusant de lâcheté et à la fin Nabucco cède. Mais il est pris d'un doute : qu'en sera-t-il de Fenena ? Abigaïlle, implacable, affirme que personne ne pourra sauver l'enfant et lui rappelle qu'elle aussi est sa fille. Mais le roi lui avoue qu'elle est seulement une esclave. Elle tire de son sein le parchemin qui atteste de son origine et le réduit en lambeaux. Le roi, trahi et détrôné, en entendant le son des trompes qui annoncent l'imminence du supplice des Hébreux, appelle ses gardes, mais ceux-ci viennent l'arrêter, obéissant aux ordres de la nouvelle reine. Déconcerté et impuissant, Nabucco demande en vain à Abigaïlle un geste de pardon et de pitié pour la pauvre Fenena.

Sur les bords de l'Euphrate les Hébreux, vaincus et prisonniers, se rappellent avec nostalgie et douleur leur chère patrie perdue (chœur : Va, pensiero, sull' ali dorate). Le grand prêtre Zaccaria les incite à ne pas pleurer comme des femmes et prophétise une sévère punition pour leur ennemi : le Lion de Judée vaincra les Assyriens et détruira Babylone.

Quatrième partie : L'idole brisée[modifier | modifier le code]

  • Appartements du palais royal de Babylone

Nabucco, seul dans une salle du palais se réveille d'un cauchemar en entendant des cris et, les prenant pour des appels à la guerre, rassemble ses preux pour marcher sur Jérusalem. Entendant en lui d'autres voix qui répètent le nom de Fenena, il s'avance à la fenêtre et voit avec horreur sa fille enchaînée. Désespéré, il court à la porte, tente en vain de l'ouvrir et, réalisant enfin qu'il est prisonnier, s'adresse au Dieu de Judée, invoquant son aide et implorant son pardon. Comme en réponse à sa prière, surgit son fidèle officier Abdallo avec une poignée de soldats. Abdallo lui restitue son épée et lui offre de l'aider à reconquérir son trône.

Dans les jardins suspendus de Babylone passe le triste cortège des Hébreux conduits au supplice. Zaccaria rassure Fenena en l'incitant à conquérir la palme du martyre ; l'enfant se prépare à jouir de la joie céleste. L'atmosphère mystique est troublée par l'arrivée de Nabucco qui, à la tête de ses troupes, ordonne de briser la statue de Belos. "Miraculeusement", l'idole tombe d'elle-même. Tous crient au "divin prodige", Nabucco redonne la liberté aux Hébreux, annonce que la perfide Abigaïlle s'est empoisonnée et ordonne au peuple d'Israël de construire un temple pour son dieu grand et fort, seul digne d'être adoré. Pendant que tous, Hébreux et Assyriens, s'agenouillent, invoquant l'"immense Jéhovah", entre Abigaïlle soutenue par deux guerriers : elle confesse sa faute et implore le pardon des hommes et de Dieu avant de tomber inanimée. Zaccaria adresse à Nabucco la dernière prophétie : « Servendo a Jeovha sarai de' regi il re ! ».

Analyse[modifier | modifier le code]

Au-delà de l'aspect politique (les Hébreux représentant le peuple italien oppressé par l'Autriche), la critique a montré que Nabucco est, partiellement au moins, une splendide variation musicale sur la folie du roi Saul d'Alfieri, qui avait déjà inspiré Verdi dans son adolescence (I deliri di Saul, cantate perdue)[4].

Orchestration[modifier | modifier le code]

Commentaires[modifier | modifier le code]

Nabucco, un « opéra politique »[modifier | modifier le code]

Verdi est un compositeur « engagé ». À l'époque où le compositeur écrit la musique de Nabucco, la population milanaise est sous domination autrichienne. Il faut voir cet opéra comme l'appel d'un peuple pour son indépendance avec, comme point culminant, le fameux « Va, pensiero », connu également sous le nom de « chœur des esclaves », véritable hymne à la liberté (les paroles et leur traduction).

Œuvre symbole de l'unification de l'Italie il est donné sous la direction de Riccardo Muti le au Teatro dell'Opera di Roma en présence de Giorgio Napolitano, président de la République italienne et de Silvio Berlusconi, président du Conseil à l'occasion du 150e anniversaire de l'Unité italienne (17 mars 1861). Cette représentation de Va, pensiero donne lieu à réactions de la salle, sur lesquelles réagit Riccardo Muti[5],[6], qui exceptionnellement accorde un bis du chant, en demandant à l'assistance de se joindre au chœur[7].

Autour de Nabucco[modifier | modifier le code]

  • Le deuxième Nabuchodonosor est un ballet en cinq parties composé par Antonio Cortese, directeur de la Scala de Milan et qu'il présenta pour la première fois durant l'automne 1838.
  • L'air du chœur des esclaves hébreux (Va, pensiero) fut à plusieurs reprises pressenti pour être l'hymne national italien.
  • Nabuchodonosor a donné son nom à un format de bouteilles en verre de 15 L. Plus grand que le balthazar (12 L) mais plus petit que le Salomon (18 L).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Duault, Sylviane Falcinelli, Pierre Flinois, Gilles de Van, Elisabeth Giuliani, Jacques Gheusi, Alain Arnaud, Jacques Bourgeois, Sergio Segalini, Michel Pazdro, Claire Collart, Elisabeth Giuliani, Luciano Berio, Nabucco dans L'Avant-Scène Opéra, Éditions Premières Loges, Paris, 1994, 120 p. (ISBN 2-84385-069-X)
  • Leclercq, Fernand, Nabucco dans Guide des opéras de Verdi, Jean Cabourg, directeur de la publication, Fayard, collection Les indispensables de la musique, Paris, 1990, p. 45-95 (ISBN 2-213-02409-X)
  • Michel Orcel, Verdi. La vie, le mélodrame, Grasset, Paris, 2001, p. 35-44.
  • Harrewood, Nabucco, dans Tout l'opéra, de Monteverdi à nos jours (Kobbé), Robert Laffont, Collection Bouquins, 1993, p. 357-359 (ISBN 2-221-07131-X)
  • Kaminski, Piotr, Nabucco'dans Mille et un opéras, Fayard, collection Les indispensables de la musique, Paris, 2004, p. 1569-1571 (ISBN 978-2-213-60017-8)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c François-René Tranchefort, L'Opéra, Éditions du Seuil,‎ 1983, 634 p. (ISBN 2-02-006574-6), p. 184
  2. lefigaro.fr Un Nabucco chargé d'électricité, Christian Merlin, Le Figaro, .
  3. [1]
  4. Michel Orcel, Verdi. La vie, le mélodrame op. cit.
  5. Traduction de l'intervention de Riccardo Muti : « Oui, je suis d'accord avec ça, "Longue vie à l'Italie" mais... Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Chœur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et perdue". Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théâtre de la capitale, et avec un Chœur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble. [applaudissements] Mais au tempo s'il vous plaît ! [rires de la salle] »
  6. Recension de l'allocution de Riccardo Muti, Agoravox, 31 mars 2011, consulté le 6 février 2014.
  7. (en)Muti Leads Encore in Rome, The New York Times, 13 mars 2011, consulté le 6 février 2014.

Sources[modifier | modifier le code]

  • (it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Nabucco » (voir la liste des auteurs)
  • Istituto nazionale di studi verdiani
  • Ouvrages cités

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]