Henri Duhem

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Henri Duhem

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Henri Duhem, Autoportrait (1915), aquarelle,
musée de la Chartreuse de Douai.

Nom de naissance Henri Aimé Duhem
Naissance 7 avril 1860
Douai (Nord)
Décès 24 octobre 1941
Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes)
Nationalité Drapeau : France Française
Activités Peintre
Maîtres Émile Breton
Mouvement artistique Postimpressionnisme
Récompenses Commandeur de la Légion d'honneur en 1932,
Officier des Palmes académiques,
Membre correspondant de l'Académie des beaux-arts en 1926.

Henri Duhem[1], né à Douai le 7 avril 1860 et mort à Juan-les-Pins le 24 octobre 1941, est un peintre français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Portrait de Marie Duhem (1898), aquarelle, musée de la Chartreuse de Douai.

Descendant d'une vieille famille flamande, Henri Duhem naît à Douai le 7 avril 1860. Avocat au barreau de la Cour de Douai à partir de 1883, il s’adonne parallèlement à sa passion pour le dessin et l’aquarelle. En 1887, il s’inscrit au cours de dessin d'Henri Harpignies à Paris et, à la même période, se lie d’amitié avec le peintre Émile Breton qui l’initie à la peinture à l’huile. C’est chez la nièce de ce dernier, Virginie Demont-Breton, fille du peintre Jules Breton, et elle-même artiste peintre installée à Wissant, qu’il rencontre, en 1889, une jeune femme peintre, Marie Sergeant[2] (1871-1918), qu'il épouse l'année suivante[3]. De leur union naît un garçon, Rémy (1891-1915). C'est l'époque du groupe de Wissant (encore appelé École de Wissant) : autour des Demont-Breton, chaque été pendant plusieurs années, les Duhem, installés dans leur maison de campagne à Camiers, retrouvent tout un groupe d’amis venus peindre, sur le motif, la campagne du boulonnais et le littoral de la Côte d’Opale. Parmi les plus assidus, l’on compte Georges Maroniez, Francis Tattegrain, Fernand Stiévenart ou encore Félix Planquette[4].

Désormais artiste reconnu, Henri Duhem abandonne sa carrière d’avocat en 1893 pour se consacrer uniquement à son art. Compagnon des postimpressionnistes, critique d’art auteur d’ouvrages sur l'art[5] et ami personnel[6] d' Auguste Rodin, de Camille Pissarro et d'Henri Le Sidaner, Henri Duhem est aussi, comme Gustave Caillebotte, un collectionneur d'art passionné. Il acquiert de nombreuses œuvres de ses contemporains et de leurs précurseurs immédiats, et réussit à former un ensemble représentatif comprenant des peintures et des sculptures d'Eugène Boudin, Eugène Carrière, Camille Corot, Paul Gauguin, Armand Guillaumin, Constantin Meunier, Claude Monet, Camille Pissarro, Auguste Renoir, Auguste Rodin, Albert Lebourg, Henri Le Sidaner et Alfred Sisley[7].

Avec son épouse, il effectue de nombreux voyages en Italie, en Hollande, en Belgique, en Angleterre, en Afrique du Nord et se rend régulièrement à Paris à l’occasion des Salons. Chaque été, il séjourne à Camiers, dans sa maison de campagne, où il aime à planter son chevalet en compagnie de son épouse. Il expose de plus en plus à l’étranger, notamment Chicago, Prague ou encore Madrid, encouragé et soutenu par Camille Pissarro. Ainsi, en avril 1902, Camille Pissarro écrit à Henri Duhem : « Je suis allé une deuxième fois au salon. J'ai pu voir à mon aise votre beau tableau de moutons parqués dans la plaine. J'ai été heureux de voir que vous aimez la nature simple et harmonieuse, contrairement aux fracas de vos voisins, que vous ne cherchez pas à éblouir par une exécution fulgurante si attirante au gros public »[8].

Durant la Première Guerre mondiale, il perd son fils Rémy, peintre lui aussi, tué à l’assaut des Éparges, le 20 juin 1915. Marie Duhem, très affectée par la mort de son fils, meurt à Douai, en 1918, pendant l'occupation allemande. Henri Duhem, resté seul, s'occupe d'abord de l'administration de la ville de Douai lors de sa libération au sein de la Délégation Spéciale. Il veille aussi à la reconstitution des collections du musée de Douai. Ses souvenirs douloureux, liés à la perte de son fils et de sa femme, sont consignés dans un récit intitulé La Mort du foyer (Éditions Figuière, 1922). En 1924, le critique d’art Camille Mauclair publie un ouvrage évoquant l’œuvre des deux disparus.

Pendant l’entre-deux-guerres, Henri Duhem reste actif sur le plan artistique : il participe notamment à la création du salon des Tuileries en 1923. Il partage dès lors sa vie entre Douai et Paris, où il réside dans le XVIe arrondissement, et fait la connaissance d’Anatole de Monzie, homme politique et amateur d’art, qui l’encourage à poursuivre son œuvre dessinée et peinte.

Sa santé se dégradant, et face à la menace d’une Seconde Guerre mondiale, Henri Duhem quitte définitivement le Nord en 1937 pour s’installer à Juan-les-Pins, à la villa « Mont Riant ». Il y meurt le 24 octobre 1941, pendant l’Occupation allemande. Il lègue sa collection de tableaux à sa fille adoptive, Nelly Sergeant-Duhem, qui, répondant aux vœux de son père, donne l’ensemble de cette collection à l'Académie des beaux-arts en 1985. Elle est ainsi conservée au musée Marmottan à Paris. On peut y découvrir des œuvres comme la Promenade près d'Argenteuil peinte en 1875 par Claude Monet ou Bouquet de fleurs peint en 1897 à Tahiti par Paul Gauguin.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Profondément attaché aux thèmes artésiens et du boulonnais, très lié aux peintres de l’École d’Étaples, Henri Duhem n’en mène pas moins une carrière parisienne remarquée. Jusqu’en 1914, il présente régulièrement des œuvres au Salon de la Société nationale des beaux-arts. Deux expositions personnelles lui sont consacrées à Paris, toutes deux sous le patronage du critique d'art Roger Marx : une en 1904, à la galerie Druet, une autre en 1908, à la galerie Georges Petit. En 1926, il est élu membre correspondant de l’Académie des beaux-arts et, en 1932, il est promu au grade de commandeur de la Légion d'honneur.

Son art est à rapprocher de l'intimisme de son ami Henri Le Sidaner. D’une facture postimpressionniste, ses œuvres expriment la poésie latente des choses, à travers des thèmes simples : troupeaux de moutons, bords de cours d'eau et canaux, moulins, paysages de neige, meules et travaux des champs, avec un jeu sur la sensibilité des effets dus aux modifications de la lumière ; effets de l'aube ou du soir.

Ses nombreuses aquarelles permettent également de reconstituer le Douai d'avant le démantèlement et d'avant les bouleversements dus à la guerre : il a notamment illustré l’ouvrage Douai, son histoire militaire, ses fortifications[9].

Collections publiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Duhem et Jules Cavrois, En canot de Douai au Helder : çà et là, éditions Marpon et Flammarion, 1881.
  • Collectif, Douai, son histoire militaire, ses fortifications, éditions Dechristé, ill. Duhem, 1892.
  • Henri Duhem, Renaissances, éditions Clerget, 1897.
  • Henri Duhem, Impressions d’Art Contemporain, éditions Figuière, 1913.
  • Henri Duhem, La Mort du foyer, éditions Figuière, 1922.
  • Camille Mauclair, Marie Duhem, Rémy Duhem : hommage, éditions Jacomet, 1924.
  • Adrien Demont, Souvenances, éditions de la Nouvelle Société Anonyme du Pas-de-Calais, 1927.
  • Henri Duhem, Ève ou l'épicier, éditions de la Flandre, 1935.
  • Marianne Delafond, La Donation Duhem ; Musée Marmottan ; Paris, éditions du Musée Marmottan, Paris, 1987.
  • Jacqueline Chœur, trois articles : La Maison Duhem, in la revue Les Amis de Douai,1986, p. 57 à 61 ; Rencontre avec les Duhem, in les Mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Douai, 1992-1995, 5ème série (1996), p. 71 à 79, Les correspondants des Duhem, in les Mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Douai, 1992-1995, 5ème série (1996), p. 81 à 86.
  • Sylvie Carlier, Le couple Henri et Marie Duhem à Douai au 10 rue d'Arras, in la revue Les Amis de Douai, 2001, p. 22 à 24.
  • Sylvie Carlier, Henri Le Sidaner - Henri Duhem : témoignage d'une amitié à travers leur correspondance, in Henri Le Sidaner en son jardin de Gerberoy 1901-1939 (ouvrage collectif), éditions Monelle Hayot, 2001, p. 27 à 35.
  • Collectif, 60 figures douaisiennes du XXe siècle, éditions des Archives communales de Douai, 2006.
  • Gérald Schurr et Pierre Cabanne, Dictionnaire des Petits Maîtres de la Peinture : 1820-1920, Les Éditions de l’Amateur, 2008.
  • Jean-Marie Ball, Annette Bourrut Lacouture et Philippe Gallois, L'École de Wissant et ses Peintres, publié par l'Association Art et Histoire de Wissant, 2012.
  • Visages de Terre et de Mer - Regards de peintres à Wissant à la fin du 19è siècle, ouvrage collectif, Michèle Moyne-Charlet, Anne Esnault, Annette Bourrut Lacouture, Yann Gobert-Sergent, Jean-Marie Ball, Philippe Gallois, Brigitte Potiez-Soth, édition du Pas-de-Calais, SilvanaEditoriale, août 2014, 135 pages, (ISBN 9788836629299).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Né Henri Aimé Duhem.
  2. Née Sergent.
  3. La rencontre de Henri et Marie Duhem l'été 1889 est racontée par Adrien Demont, dans son ouvrage Souvenances, page 314 et suivantes (éditions de la Nouvelle Société Anonyme du Pas-de-Calais, 1927). Ainsi, selon Adrien Demont: « Ce fut par une après-midi d'été que Mademoiselle Marie Sergeant arriva. Nous étions tous en train de peindre sur la route de Marquise quand passa le petit omnibus de Duval qui l'amenait accompagnée de Madame Sergeant, sa mère. Nous leur fîmes un salut amical de la main et ce rapide instant suffit à Henri Duhem pour être frappé de la beauté et du charme de Mademoiselle Marie ».
  4. Ce groupe de Wissant est évoqué par Adrien Demont, dans son ouvrage Souvenances, au chapitre XVI intitulé « Wissant - La mer - Le Typhonium » (page 310 et suivantes). Une publication récente évoque très précisément ce groupe : il s'agit de l'ouvrage collectif de Jean-Marie Ball, Annette Bourrut Lacouture et Philippe Gallois, L'École de Wissant et ses peintres, publié par l'Association Art et Histoire de Wissant, 2012.
  5. Renaissances, éditions Fernand Clerget, 1897 ; Impressions d’art contemporain, éditions Figuière, 1913.
  6. Ces amitiés sont préciséments évoquées par Jacqueline Chœur, à travers la correspondance de Henri Duhem conservée aux Archives Duhem du musée de la Chartreuse de Douai, dans son article intitulé Les correspondants des Duhem, in les Mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Douai, 1992-1995, 5ème série (1996), p. 81 à 86.
  7. On retrouve un catalogue précis des œuvres collectionnées par les Duhem dans l'ouvrage de Marianne Delafond, La Donation Duhem ; Musée Marmottan ; Paris, éditions du Musée Marmottan, Paris, 1987.
  8. Cette lettre de Camille Pissarro, datée du 27 avril 1902, est citée par Jacqueline Chœur dans son article Rencontre avec les Duhem, in les Mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Douai, 1992-1995, 5ème série (1996), p. 75 et 76. Elle est conservée dans les Archives Duhem du musée de la Chartreuse de Douai.
  9. Éditions Dechristé, 1892.
  10. Cette oeuvre est une aquarelle gouachée : elle intègre l'exposition du Musée du Touquet "Henri Le Sidaner et ses amitiés artistiques" du 5 avril 2014 au 28 septembre 2014.
  11. Notice sur le site du musée d'Orsay.
  12. Notice sur le site du musée d'Orsay.
  13. Photographie probablement prise en juin 1910, à la suite de la remise des insignes de Chevalier de la Légion d'honneur à Henri Duhem ; un tirage papier de cette photographie est conservé aux Archives Municipales de Douai sous la cote Fi 1578.

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