Giulio Romano

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Giulio Romano
Giulio Pippi, Jules Romain

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Gravure de Jean-Louis Potrelle (1825)
d'après un autoportrait perdu.

Nom de naissance Giulio di Pietro di Filippo de Gianuzzi
Naissance vers 1492-1499
Rome
Décès 1er novembre 1546
Mantoue
Activités Peinture, architecture
Maîtres Raphaël
Élèves Raffaellino del Colle, Benedetto Pagni, Fermo Guisoni.
Mouvement artistique Maniérisme
Influença Le Primatice

Œuvres réputées

Palais du Te

Giulio di Pietro di Filippo de Gianuzzi, dit Giulio Pippi[1], puis Giulio Romano, connu en France sous le nom francisé de Jules Romain, né à Rome vers 1492 ou 1499 et mort à Mantoue le 1er novembre 1546, est un peintre, architecte et décorateur italien du XVIe siècle, l'un des premiers artistes maniéristes de la Renaissance et l'élève favori de Raphaël.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Giulio Romano est né et a grandi à Rome, via Macel dei Corvi près de la colonne Trajane, au moment même où l'on redécouvre la ville antique. Son nom de famille est Gianuzzi, mais on le surnomme d'abord Pippi, diminutif provenant du nom de son oncle Filippo ; plus tard il adoptera Romano, en référence à sa ville natale. Sa date de naissance est incertaine : Vasari, avec qui il était très lié, suggère 1492 puisqu'il écrit qu'« il est mort dans sa cinquante-quatrième année »[2].

Rome et Raphaël[modifier | modifier le code]

Comme apprenti, il entre au service de l'atelier de Raphaël. Sous les ordres du pape Léon X, il exécute, d'après les dessins de son maître, la plus grande partie des fresques des loggias du Vatican, dans les stanze, un groupe de figures faisant partie de la fresque dite de L'Incendie de Borgo, et l'essentiel des compositions de la chambre dite de Constantin. Il collabore aussi à la décoration du plafond de la villa Farnesina. Il hérite, avec Giovan Francesco Penni, de l'atelier de Raphaël à la mort de celui-ci en 1520, et achève les compositions non terminées du maître, en particulier son Couronnement de la Vierge (dit Madonna di Monteluce, commandé dès 1503) et sa Transfiguration (commencée par Raphaël en 1518).

Un scandale ?[modifier | modifier le code]

I Amanti, encre et fusain signé Giulio Romano (Musée des beaux-arts de Budapest).

Peu après la mort du pape Léon, Giulio Romano aurait commis une suite de dessins érotiques inspirée des « amours des dieux » ovidiennes. Est-ce le fruit d'une commande privée du marquis Frédéric II de Mantoue et destinée à l'un de ses cabinets ? Étaient-ce des dessins préparatoires à une série de toiles ou de fresques ?[3] Toujours est-il que certains de ces dessins, exécutés à la plume[4], provoquèrent la colère du nouveau pape, Adrien VI dit le Flamand, de mœurs austères, qui suspendit les commandes en cours faites à tous les élèves de Raphaël. En 1523, un nouveau pape est élu, Clément VII, qui, loin de tempérer les foudres vaticanes, relance la procédure judiciaire à propos de ces dessins, laquelle sera suspendue à la suite d'événements politiques, dont le sac de Rome, et avant tout grâce à l'influence de la famille Médicis, décidée à protéger Giulio mais aussi ses amis impliqués dans cette affaire. On compte au rang de ses proches le poète Pierre l'Arétin et le graveur Marcantonio Raimondi, le premier composant 16 sonnets[5] qui évoquent le désir et les pratiques sexuelles sans ambages, le second les illustrant de manière explicite à partir des encres de Giulio. Ce travail effectué au départ dans le plus grand secret, et connu sous le nom de I Modi[6] (que l'on peut traduire par « Les Positions ») valu à Raimondi une peine d'emprisonnement. Ces estampes furent durant près de trois siècles reprises, imitées, détournées et renvoient à l'histoire des représentations érotiques en Occident[7].

L'architecte-émissaire de Mantoue[modifier | modifier le code]

Quelques années avant le sac de Rome de 1527 et sans doute pour fuir la cour papale où il n'est plus le bienvenu, Giulio, recommandé par son ami le comte écrivain Baldassare Castiglione, rejoint la ville de Mantoue, où il passe le restant de sa carrière. Giulio fit énormément pour l'embellissement de Mantoue, il fut avec son équipe, l'émissaire en charge des grands travaux de la ville.

Il bénéficia durant toute cette période du mécénat de la famille Gonzague en la personne du marquis Frédéric II qui lui commande le palais du Te, que Giulio réalise de 1526 à 1534 tant pour la décoration intérieure que l'architecture.

Salle des géants, Palais du Te.

Cette résidence princière devient rapidement un modèle du genre pour l'art maniériste, avec l'utilisation, pour la première fois, d'une architecture à colonnes baguées à bossages, ainsi que la construction, en dehors de Rome, d'un nymphée dans le jardin. Les façades extérieures jouent aussi sur l'emploi d'un ordre dit rustique avec ses effets bosselés et un jeu sur les ruines en simulant l'écroulement de certaines parties. À l'intérieur, Giulio et son atelier peignent à fresque les murs de motifs ayant recours aux faux semblants, au clair-obscur et aux allégories, souvent antiquisants, notamment un Banquet de Psyché et un putti urinant plein d'humour, ou une monumentale Lutte des géants et des dieux qui met en scène le combat mythologique avec de vigoureux effets de raccourcis.

Durant l'occupation du nord de l'Italie par les troupes de Charles Quint, celui-ci vient à Mantoue et Giulio dut, selon Vasari, et sur l'ordre de Frédéric II, réalisé quantité de peintures décoratives, fresques, et autres aménagements destinés à des fêtes, joutes et tournois, travaux d'embellissements qui plurent beaucoup à l'empereur.

La réputation de Giulio dépasse bientôt les frontières : le roi François Ier appelle Giulio à travailler pour la cour de France, il s'y rend mais n'y reste pas, car c'est finalement l'un de ses jeunes collaborateurs sur le chantier du Palais du Te, Le Primatice, qui répond à cet appel et devient l'un des principaux protagonistes de l'école de Fontainebleau aux côtés de Rosso.

Dernières années[modifier | modifier le code]

En 1537, il réalise onze panneaux pour le cabinet des Césars de Federico Gonzaga au palais ducal de Mantoue, où ils étaient placés sous des portraits d'empereurs peints par Titien, lequel avait réalisé le portait de Giulio en 1536.[8]

Son protecteur Frédéric meurt en 1540. Son art devient plus austère vers la fin de sa carrière, à tendance antiquisante marquée comme les travaux de sa propre maison à Rome, ou plus lourde comme les fresques de la cathédrale de Vérone[9]. Vasari encore, qui le fréquente durant ces années-là, entretenant une correspondance avec lui, le décrivant comme étant une personne profondément aimable.

Il meurt à Mantoue, y ayant créé l'un des centres les plus brillants du maniérisme et son élève Giovanni Battista Bertani fut nommé comme son successeur auprès du duc.

Marié, Giulio eut un garçon et une fille, Virginia, laquelle survécut.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Vierge à l'Enfant
1520-1522, Offices
non datées 
  • La Circoncision, transposé de bois sur toile, 1 150 × 122 cm, Musée du Louvre, Paris

Galerie[modifier | modifier le code]

Quelques œuvres.

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Giulio Romano » (voir la liste des auteurs)
  • G. K. Loukomski, Jules Romain, Paris, Vincent, Fréal & Cie, 1932.
  • (it) Ernst H. Gombrich, L'opera di Giulio Romano, Modène, Panini, 1984.
  • Gérard-Julien Salvy , Giulio Romano. Une manière extravagante et moderne, Paris, Lagune, 1994.
  • Laura Angelucci, Roberta Serra (dir.), Giulio Romano : exposition, Musée du Louvre, Paris, du 11 octobre 2012 au 14 janvier 2013.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cet identifiant apparaît par exemple dans la base Arts graphiques du musée du Louvre.
  2. Les Vies..., op. cit., partie V, notice 2.
  3. Une toile, Gli Amanti (v. 1525), tableau exposé au musée de l'Ermitage, semble appartenir à cette époque.
  4. L'un d'entre eux est conservé au musée des beaux-arts de Budapest, intitulé Amants, signé et sans doute réalisé avant l'année 1530 (130 x 206 mm, inv. 2419).
  5. I Sonneti lussuriosi, dont une première édition parut en 1524 puis en 1527, d'après Jean-Frédéric Waldeck qui vers 1825 eut accès aux gravures conservées au British Museum. En 1839, Jeanron et Léopold Leclanché firent paraître une nouvelle édition des Vies de Vasari, ajoutant un commentaire sur cette affaire des sonnets (Paris, chez Just Tessier, p. 33-71).
  6. I Modi: the sixteen pleasures. An erotic album of the Italian renaissance / Giulio Romano … [et al.], traduit de l'italien et commenté par Lynne Lawner, Northwestern University Press, 1988 (ISBN 0-7206-0724-8).
  7. Fondation Bodmer - La bibliothèque Gérard Nordmann, « Éros invaincu »., lire la présentation.
  8. Vincent Pomarède, 1001 peintures au Louvre : De l’Antiquité au XIXème siècle, Musée du Louvre Editions,‎ 2005, 589 p. (ISBN 2-35031-032-9), p.308
  9. Sylvie Béguin, article « Romain, Jules », in Encyclopaedia Universalis, 2008, p. 4757.
  10. Sainte famille, J. Paul Getty Museum

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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