La Femme et le Pantin (film, 1935)

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La Femme et le Pantin

Titre original The Devil Is a Woman
Réalisation Josef von Sternberg
Scénario John Dos Passos
Sam Winston
Acteurs principaux
Sociétés de production Paramount Pictures
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Drame
Sortie 1935
Durée 79 minutes (h 19)

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

La Femme et le Pantin (The Devil Is a Woman) est un film américain réalisé par Josef von Sternberg, sorti en 1935. Septième et dernier film pour le couple Marlène Dietrich / Josef von Sternberg après L'Ange bleu, Cœurs brûlés, Agent X 27, Shanghaï Express, Blonde Vénus et L'Impératrice rouge.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Inspiré du roman de Pierre Louÿs, La Femme et le Pantin, le film raconte la rivalité d'un jeune homme, Antonio Galvan, et d'un homme plus âgé, Don Pascual, dans la tentative d'obtenir les faveurs de la belle et capricieuse Concha Perez.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Tournage[modifier | modifier le code]

Titre du film pendant le tournage : Capriccio espagnol, Carnival in Spain.

Lors de la scène du carnaval - et de la première apparition de Dietrich - c'est le réalisateur lui-même qui tire à la carabine pour crever les ballons derrière lesquelles se cache la star. « Pas un tremblement de paupières, pas le plus léger tiraillement dans le large sourire éblouissant ne furent enregistrés par la caméra en un moment ou n'importe quelle autre femme que cette extraordinaire créature aurait tremblée de peur » (von Sternberg). À la demande de Marlène, la scène fut refaite plusieurs dizaines de fois (« non, on la refait, mon œil gauche cillait ; non, ma lèvre supérieure a tremblé ».) Le perfectionnisme du duo artistique est ici à son apogée[1].

Marlène Dietrich retrouve Lionel Atwill, avec qui elle a tourné le Cantique des cantiques en 1933.

Joel Macrea fit un essai pour le film ; von Sternberg le fit répété une cinquantaine de fois la même scène - demander une tasse de café - puis le refusa et le fit remplacé par César Roméro !

La fille de Marlène estime que ce film marque une rupture, car ensuite, « Dietrich ne recréa plus jamais son image - elle ne fit que la perpétuer. »

Critiques[modifier | modifier le code]

A la sortie du film[modifier | modifier le code]

Ce film fut, à l'époque de sa sortie, un échec critique et financier, et solda la fin du duo artistique von Sternberg / Dietrich. Von Sternberg aura par la suite de plus en plus de mal à réaliser des films, et Marlene, si elle va encore tourner dans vingt-sept films, deviendra moins intéressée par le cinéma, et sera même qualifiée de « poison du boxe office » à la fin de la décennie 1930.

À la sortie du film, le critique du New York Journal American écrit que « l'intrigue est (...) absurde, (...) artificielle et fait abus des répétitions. »

En revanche, le New York Times trouve que « Depuis l'Ange Bleu, c'est la meilleure production du tandem Sternberg-Dietrich. »[2] Il indique aussi que le spectateur sera comblé par « l'exquis raffinement dont témoigne la réalisation de Strenberg et par l'extraordinaire beauté des décors et de la prise de vue. »

Beaucoup de critiques de l'époque boudèrent ce film et n'en parlèrent même pas.

Depuis[modifier | modifier le code]

Nombre de spécialistes estiment aujourd'hui que ce film donne la meilleur photographie de Dietrich qu'il soit, avec Shanghaï Express (1932), et qu'il est plus réussi qu'on ne l'a pensé à l'époque de sa sortie.

  • Pour Patrick Brion : « C'est la plus belle adaptation [du roman, et] Marlene Dietrich y est resplendissante. »[3]
  • Pour Thierry de Navacelle, « La photographie est d'une beauté incroyable. Le film tourne autour de Dietrich, toujours plus ravissante, époustouflante de vie et d'insouciance. »[4]
  • Pour Vincent Pinel, ce dernier film du duo von Sternberg / Dietrich est aussi celui « où le délire décoratif, poussé à l'extrême, aboutit à un cinéma proprement abstrait. » [5]
  • Pour Homer Dickens : « Les prise de vue de La Femme et le Pantin sont d'une extraordinaire qualité. »[6]
  • Pour Jean Tulard, ce film est une « superbe adaptation de Pierre Louÿs et l'apogée du mythe de la femme fatale symbolisée par Marlene. »[7]
  • Déjà, en 1959, le critique Henri Agel évoquait « une adaptation onirique et funèbre du roman de Pierre Louÿs. » [8]

Dans son autobiographie, l'actrice écrit : « La Femme et le Pantin reste pour beaucoup un film tourné en couleurs. Ce ne fut bien sûr, pas le cas, mais les images qu'il [von Sternberg] créa sont tellement riches de lumières, d'ombres et de demi-teintes, qu'on le croit en couleur. »[9] Le visionnage du film lui donne entièrement raison.

Parlant du film, la fille de Dietrich explique : « Des livres ont été écrits, des conférences ont été données sur ce film (...) Toutes ces études si poussées ne montrent qu'une chose à mes yeux : c'est que le matériau est d'une telle richesse que, mis en pâture à des générations de critiques et d'analystes, les interprétations les plus contradictoires pourraient toujours être, tout à tour, tenues pour vraies. »[10]

Autour du film[modifier | modifier le code]

John Dos Passos fut contacté pour adapter le livre de Louÿs car les producteurs étaient convaincus qu'il était Espagnol.

Ce film donne à Marlène Dietrich l'occasion de chanter deux chansons de Leo Robin et Ralph Rainger : If It Isn't Pain Then It Isn't Love et Three Sweethearts Have I.

De toute sa filmographie, c'était le film préféré de Marlène Dietrich, le seul dont elle détenait une copie[11].

Le personnage de Don Pascual faisant partie de Garde civile espagnole et considérant qu'il déshonorait cette institution, le gouvernement espagnol demanda à la Paramount Pictures de retirer le film et de détruire tous les négatifs, ce qui fait que ce film a été longtemps rare.

Lionel Atwill ressemble beaucoup au réalisateur du film Josef Von Sternberg ; certains voient une dimension autobiographique dans ce film.

Les tensions, disputes et réconciliations entre Sternberg et Dietrich furent nombreux au cours du tournage. Par voie de presse, le réalisateur fit finalement savoir - alors que le tournage n'était pas achevé - que ce film serai son dernier avec la star : « Miss Dietrich et moi avons parcouru ensemble tout le chemin possible. (...) Tout ce que j'ai dit à propos de Miss Dietrich, je l'ai dit avec ma caméra. »[12]

Après que cette information a été rendue publique, l'Allemagne essaya de récupérer l'actrice. Sur les conseils de Goebbels, ministre de la propagande du IIIème Reich, les journaux allemands publièrent l'éditorial suivant : « Applaudissons Marlene Dietrich ! Celle-ci a enfin congédié le metteur en scène juif Josef von Sternberg, qui lui a toujours confié des rôles de prostituées et autres femmes déchues, mais jamais de personnages susceptibles d'apporter de la dignité à cette grande citoyenne et représentante du IIIème Reich. Maintenant Marlene devrait revenir dans sa Patrie, pour y assumer son rôle historique de chef de file de l'industrie cinématographique allemande, et cesser de se laisser manipuler par les Juifs d'Hollywood ! »[13] En réaction, l'actrice fit savoir qu'elle demandait la nationalité américaine, rompant ainsi avec son pays d'origine. Cela lui sera reproché par la suite. Marlene deviendra citoyenne américaine en juin 1939, quelque temps avant le début de la deuxième Guerre Mondiale.

C'est la 3e adaptation du roman, après The Woman and the Puppet, de Reginald Barker (1919), La Femme et le Pantin de Jacques de Baroncelli (1929), et avant La Femme et le Pantin de Julien Duvivier (1959) avec Brigitte Bardot et Cet obscur objet du désir de Luis Buñuel (1977), avec Carole Bouquet et Angela Molina[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Maria Riva, Marlène Dietrich par sa fille, Flammarion 1992, p. 368 et 370.
  2. Homer Dickens, op. cit., p. 120.
  3. Patrick Brion, Regards sur le cinéma américain, 1932-1963, éditions de la Martinière, 2001, p. 95.
  4. Thierry de Navacelle, Sublime Marlene, éditions ramsay, 1982, p. 71.
  5. Vincent Pinel, le siècle du cinéma, éditions Bordas, 1994, p. 158.
  6. Homer Dikens, Marlene Dietrich, éditions Henri Veyrier, 1974, p. 120.
  7. Tulard Jean, Guide des films, Robert Laffont, collection Bouquins, 2002, tome 2, p. 1147.
  8. Cité par Vincent Pinel, op.cit., p. 159.
  9. Marlene D. par Marlene Dietrich, éditions Grasset, 1984, p. 69.
  10. Maria Riva, op.cit., p. 370.
  11. "« Quel travail extraordinaire ! Chaque visage est plus beau que le précédent ! » dit-elle au réalisateur après la projecteur du film monté. Cité par Maria Riva, op. cit.
  12. Maria Riva, op. cit., p. 381.
  13. Cité par Maria Riva, op. cit., p. 382.
  14. Patrick Brion, op.cit.

Lien externe[modifier | modifier le code]