Dominique Dufour de Pradt

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Abbé Dominique-Dufour de Pradt (Album du Centenaire)

Dominique Frédéric Dufour de Pradt (né le 23 avril 1759 à Allanche, en Auvergne et décédé à Paris le 18 mars 1837), fils d'Isaac Dufour, seigneur de Pradt, et de Madeleine de Lastic-Fournels, est un diplomate et un historien des relations internationales. On lui trouve comme nom complet Dominique-Georges-Frédéric de Riom de Prolhiac de Fourt, baron de Pradt.

Il est évêque de Poitiers en 1805, puis archevêque de Malines en 1809, aumônier de Napoléon Ier, ambassadeur de France à Varsovie en 1812, grand chancelier de la Légion d’Honneur en 1814, sénateur de l'Empire.

Biographie[modifier | modifier le code]

États généraux de 1789[modifier | modifier le code]

Dufour de Pradt entra dans les ordres, et devint grand vicaire de son parent, cardinal de la Rochefoucauld, archevêque de Rouen.

Très apprécié dans la société aristocratique, l'abbé de Pradt fut élu, le 23 mars 1789, député du clergé du bailliage de Caux à Caudebec aux États généraux de 1789. Il se montra opposé à la réunion de son ordre et siégea dans la Constituante parmi les députés les plus hostiles au nouvel ordre de choses. Évitant de paraître à la tribune de l'Assemblée, il lança fréquemment de sa place, à l'appui des discours de Maury et de Cazalès, de véhémentes interruptions ou d'amers sarcasmes. Il signa les diverses protestations de la minorité ; puis, pressentant les dangers personnels que son attitude pouvait lui faire courir, il se hâta d'émigrer à la fin de la session, et s'établit à Hambourg, où il collabora au journal d’Amable de Baudus, le Spectateur du Nord.

En 1798, il publia dans cette ville, sous le voile de l'anonymat, un premier ouvrage intitulé : Antidote au Congrès de Rastadt, où le gouvernement républicain de la France était violemment pris à partie ainsi que les puissances qui traitaient avec lui. L'Antidote fut peu lu et ne produisit qu'un médiocre effet en France, mais il eut plusieurs éditions en Allemagne. Deux ans plus tard, l'auteur fit paraître, toujours sans y attacher son nom, une brochure intitulée : La Prusse et la neutralité. Le système politique de cette puissance était fortement blâmé par l'abbé de Pradt, qui conseillait à tous les monarques de l'Europe de former contre la première République française une nouvelle et définitive coalition.

Premier aumônier de Napoléon Ier[modifier | modifier le code]

Cependant, après le coup d'État du 18 brumaire, il exprima le désir de rentrer en France : par l'entremise de son parent, le général Duroc, depuis maréchal du palais de Napoléon Ier, l'abbé de Pradt obtint l'autorisation de revenir à Paris et fut présenté au premier Consul. La conversation spirituelle et animée de l'abbé, des éloges adroits et l'apparence d'un entier dévouement, dont, d'ailleurs, le général Duroc se portait garant, séduisirent Bonaparte qui nomma d'abord l'abbé de Pradt son premier aumônier et qui le combla ensuite de faveurs.

Après avoir assisté au couronnement de l'Empereur en décembre 1804, l'abbé de Pradt reçut le titre de baron de l'Empire, avec une gratification de 40 000 francs, fut élevé au siège épiscopal de Poitiers (24 frimaire), et sacré par le pape Pie VII en personne, le 2 février 1805. Le nouvel évêque n'en resta pas moins attaché à Napoléon en qualité de premier aumônier. Il se plaisait alors à dire à ceux qui le félicitaient sur sa faveur et ses dignités, qu'il était en effet devenu « l'aumônier du dieu Mars ». Il accompagna l'Empereur à Milan, lorsque celui-ci se fit couronner roi d'Italie, et officia pontificalement à cette cérémonie. En 1808, il l'accompagna encore à Bayonne, et se trouva chargé de négociations délicates avec les ministres espagnols. Le dernier résultat de ces conférences, en privant momentanément une branche de la maison de Bourbon du trône d'Espagne, « dut, écrit non sans ironie un biographe, affliger profondément un homme aussi dévoué à cette illustre maison », mais, Napoléon, satisfait de ses services, accorda une nouvelle gratification de 50 000 francs à l'évêque de Poitiers, et le nomma, en février 1809, archevêque de Malines, et [officier de la Légion d'honneur]. Deux ans après, le prélat fut envoyé auprès du pape Pie VII à Savone. Le zèle et le talent qu'il déploya dans ces négociations, pour faire ouvrir le concile de Paris (1811), furent très appréciés du gouvernement impérial.

Il se rendit ensuite dans son nouveau diocèse, où les chanoines refusèrent de le reconnaître comme archevêque, jusqu'à ce qu'il pût produire ses lettres d'institution. Elles avaient été expédiées par la chancellerie apostolique et signées par le pape, mais dans une forme inusitée, qui déplut à Napoléon, et qui fut jugée incompatible avec les libertés de l'Église gallicane. Renvoyées à Rome, ces lettres n'en revinrent plus.

En 1812, l'archevêque de Malines eut ordre de suivre l'Empereur à Dresde. La guerre contre la Russie était décidée, et les talents diplomatiques du prélat devaient être employés sur un nouveau théâtre. Nommé ambassadeur de France dans le duché de Varsovie, on lui adjoignit M. Aubernon. Il accepta, dit-il, à contrecœur, un poste qu'il occupa pendant toute la campagne : « La foudre fût tombée à mes pieds, a-t-il écrit dans son Histoire de l'ambassade de Pologne, que je n'eusse pas senti un froid plus mortel courir dans mes veines, que ne fut celui dont je fus saisi par l'annonce de ma nomination ». Cette fois ses services furent loin d'être aussi favorablement appréciés que précédemment.

Après la retraite de Russie, Napoléon, à son passage à Varsovie, fit appeler auprès de lui son ambassadeur, et une disgrâce complète suivit cette entrevue. Rappelé, selon son désir, de l'ambassade de Pologne, l'archevêque apprit à Paris que la grande aumônerie lui avait été enlevée, et il reçut en même temps l'ordre de quitter la capitale et de retourner dans son diocèse.

Il partit aussitôt pour Malines, et ne revint à Paris qu'au commencement de 1814, pour assister aux graves événements de cette année. Ce fut alors que l'archevêque de Malines composa son Histoire de l'ambassade de Pologne, qu'il crut cependant ne devoir publier que l'année suivante, après le départ de Napoléon pour l'île Sainte-Hélène[1]. Cette brochure eut sous la Restauration française huit éditions successives.

Restauration française[modifier | modifier le code]

Admis dans l'intimité de M. de Talleyrand, M. de Pradt, lors de l'entrée des Russes à Paris, se prononça comme lui pour le rétablissement du gouvernement royal et le rappel immédiat des Bourbons. Après son retour en mai 1814, Louis XVIII confirma M. de Pradt dans le poste de chancelier[note 1] de la Légion d'honneur, auquel l'avait élevé le 7 avril précédent le Gouvernement provisoire. Mais le public vit avec quelque étonnement un prélat chargé de fonctions étrangères à l'Église, aussi ne les remplit-il que peu de temps et il quitta son poste dès le mois de novembre suivant.

Une nouvelle disgrâce, dont on ne connaît pas exactement les motifs, l'éloigna pendant plusieurs mois de la scène politique : il se retira dans ses terres en Auvergne et y demeura pendant les Cent-Jours.

Il eut pour successeur, lors de la seconde Restauration, le maréchal Macdonald dans le poste de chancelier, et ne fut plus appelé à aucune fonction publique.

Il imagina de traiter de son archevêché de Malines avec le nouveau roi des Pays-Bas, et, moyennant une rente viagère de 12 000 francs, il céda tous ses droits à ce siège, droits que les dispositions moins bienveillantes de la cour de Rome et le refus de nouvelles institutions rendaient assez précaires.

Puis il se jeta dans l'opposition libérale, et, pour occuper ses loisirs, composa un certain nombre d'écrits sur tous les sujets, remarquables par une rare fécondité d'idées, un style brillant et imagé et des rapprochements parfois intéressants. Traduit devant la cour d'assises du département de la Seine (1820) pour une brochure hardie sur la loi des élections, il eut pour défenseur Dupin, et fut acquitté.

Le 17 novembre 1827, il fut élu[note 2] député du 1er arrondissement du Puy-de-Dôme (Clermont-Ferrand), contre M. de Chabrol[note 3], préfet de la Seine. Il prit place au côté gauche et défendit de sa parole et de son vote les idées constitutionnelles. Son ambition parlementaire ayant éprouvé de graves mécomptes, il se décida à donner sa démission le 13 avril 1828, par une lettre insérée dans le Courrier français, et qui fit du bruit.

Après la révolution de Juillet 1830, l'abbé de Pradt revint à des opinions royalistes (légitimistes). Il s'occupait à réunir les matériaux d'une histoire de la Restauration, lorsqu'il succomba, après quelques jours de maladie, à une attaque d'apoplexie. Il fut assisté à ses derniers moments par Mgr de Quélen, archevêque de Paris.

Publications[modifier | modifier le code]

  • De l’État de la culture en France et des améliorations dont elle est susceptible, Paris : Impr. de Guillemet, chez Maradan, 1802, 2 vol. in-8°, LXIV-XII-242 p. et 276 p. Tome I en ligne Tome II en ligne
  • Voyage agronomique en Auvergne, précédé d’observations générales sur la culture de quelques départements du centre de la France, Paris, 1803, in-8° ; nouvelle édition (augmentée du Tableau des améliorations introduites et des établissements formés depuis quelques années dans l’Auvergne), Paris : Pichon et Didier, 1828, in-8°, 260 p. Texte en ligne
  • Histoire de l'ambassade dans le grand-duché de Varsovie en 1812, Paris, 1815
  • Du Congrès de Vienne, Paris, 1815-1816
  • Mémoires historiques sur la révolution d'Espagne, Perronneau, 1816
  • Des Colonies et de la révolution actuelle de l'Amérique, Paris, 1817
  • L'Europe après le Congrès d'Aix-la-Chapelle, faisant suite au congrès de Vienne, Paris, F. Béchet aîné, et Bruxelles, Lecharlier, Demat, 1819
  • Les Quatre Concordats, Paris 1819-1820
  • Le Congrès de Carlsbad, Paris 1819-1820
  • De la Belgique depuis 1789 jusqu'en 1794, Paris 1820
  • Du Jésuitisme ancien et moderne, 1825
  • La France, l'émigration et les colonies, 1826
  • Voyage agronomique en Auvergne, Pichon, Paris 1828.
  • De la Presse et du Journalisme, 1832, etc.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il n'était pas grand chancelier mais « commissaire pour remplir les fonctions attribuées au grand chancelier ».
  2. Par 190 voix (355 votants, 398 inscrits).
  3. 157 voix.

Références[modifier | modifier le code]

  1. On y lisait entre autres le passage suivant : « Le génie de Napoléon, fait à la fois pour la scène du monde et pour les tréteaux, représentait un manteau royal joint à un habit d'Arlequin. Le dieu Mars n'était plus qu'une espèce de Jupiter Scapin, tel qu'il n'en avait point encore paru sur la scène du monde. »
  2. « Ordre royal de la Légion d'honneur », dans Almanach royal et national pour l'an MDCCCXXXIV, Paris, A. Guyot et Scribe,‎ 1834, p. 216.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]