Armée du duché de Varsovie

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5e Régiment d'infanterie du duché de Varsovie, grenadiers et drapeau. (peinture de J. Chelminski).

L'armée du Duché de Varsovie fait référence aux forces militaires du Duché de Varsovie. Cette armée est en grande partie basée sur les légions polonaises au service de la France sous la Révolution et l'Empire.

Elle affiche un effectif de 30 000 hommes qui sera porté jusqu'à 100 000 durant les hostilités. Elle comprend des unités d'infanterie, cavalerie et artillerie. Les coutumes et traditions napoléoniennes engendrèrent quelques tensions sociales mais on leur attribue aussi une modernisation bénéfique et des réformes utiles.

Organisation[modifier | modifier le code]

Seal of the Minister of War of the Duchy of Warsaw

Le cadre de l'armée du duché de Varsovie est formé par les légionnaires des Légions polonaises au service de la France[1],[2]. Viennent s'y ajouter les anciens membres de l'Armée du Commonwealth Polono-Lithuanien qui répondentà l'appel aux armes lancé par Józef Poniatowski ainsi que la jeunesse patriotique[3].

En 1808, après la première période critique, et le Duché moins exposé, ceux qui demanderont à être démobilisés le seront[3]. Au début des années 1809, puis 1812, l'armée va se développer fortement avec des vagues de recrues venues de populations polonaises installées dans des territoires sous domination étrangère et qui espèrent s'en libérer[3]. La dernière période de recrutement important se situe à l'automne et hiver 1813 quand le Duché organisera sa propre défense après le désastre de la Campagne de Russie[3].

À sa création, l'armée aligne 30 000 hommes (pour une population de 2,6 millions d'habitants)[4],[5]. La taille de cette armée entrainera une charge très lourde pour les finances du duché[5]. Sa taille sera plusieurs fois accrue. Elle est doublée en 1809[5]. Plusieurs régiments seront pris en solde par les français[5],[note 1]. En 1812, l'armée en mettra en ligne près de 100 000 hommes, plus que l'Armée de la République des Deux Nations n'aura pu en aligner[6]. À l'automne de 1813, l'armée reconstituée alignera près de 20 000[3] ou 40,000 hommes[7], selon les sources.

On estime qu'entre 180 000 et 200 000 hommes ont servi dans cette armée durant sa brève existence[5].

À côté de l'armée du Duché de Varsovie, il ne faut pas oublier que des polonais ont servi la France dans d'autres unités; la plus notable étant la Légion de la Vistule[8]. En complément à l'armée régulière, une garde nationale pouvait être appelée, comme cela le fût en 1809 et 1811[8].

Les plus connus des commandants de l'armée du Duché de Varsovie sont le prince Józef Poniatowski (qui la commande pendant la plus grande partie de son existence)[9] et Jan Henryk Dąbrowski[8].

Composition[modifier | modifier le code]

Général de brigade et colonel du 17e régiment de lanciers.
Lancier du Duché de Varsovie (à droite. Celui de gauche est un Lancier de la Vistule).
Reconstitution (2006) (4e R.I. du Duché de Varsovie)

1807[modifier | modifier le code]

L'Armée du Duché de Varsovie se compose à sa création, de 3 légions[10],[note 2] regroupant les unités suivantes[note 3]. Ces légions seront ensuite renommées "divisions"[11].

1re Légion
4 régiments d'infanterie (numérotés de 1 à 4), à deux bataillons chacun.
2 régiments de cavalerie (1 lanciers et un chasseurs à cheval, numérotés 1 et 2).
1 bataillon d'artillerie, composé de 3 batteries d'artillerie à pied (de 6 pièces, sur le modèle français), une demi-compagnie de sapeurs et une compagnie du Train[12].
2e Légion
4 régiments d'infanterie (numérotés de 5 à 8).
2 régiments de cavalerie (1 lanciers et un chasseurs à cheval, numérotés 3 et 4).
1 bataillon d'artillerie, aussi composé de 3 batteries d'artillerie à pied (de 6 pièces, sur le modèle français), un quart de compagnie de sapeurs et une demi-compagnie du Train[12].
3e Légion
4 régiments d'infanterie (numérotés de 9 à 12).
2 régiments de cavalerie (1 chasseurs à cheval et un lanciers, numérotés 5 et 6).
1 bataillon d'artillerie, toujours composé de 3 batteries d'artillerie à pied (de 6 pièces, sur le modèle français), un quart de compagnie de sapeurs et une demi-compagnie du Train[12].

L'armée dispose en plus d'une batterie d'artillerie à cheval, levée à ses frais par le comte Wladimir Potocki. Cette compagnie aligne 4 pièces d'artillerie[13].

1809[modifier | modifier le code]

En 1809, à son entrée en guerre, elle se compose des 3 divisions déjà mentionnées. Celles-ci n'aligne chacune que trois régiments d'infanterie, le quatrième servant en Espagne (les 4e, 7e et 9e régiments). Chaque division a ses deux régiments de cavalerie, 3 compagnies d'artillerie à pied. les éméments des trois compagnies de sapeurs et des trois compagnies du Train sont réparties entre elles. Une seconde batterie d'artillerie à cheval sera levée, toujours par un particulier (dans ce cas, il s'agit de Roman Soltyk).

Après l'occupation de la Galicie, l'armée du duché de Varsovie intègre de nombreux volontaires, issus de la population et des prisonniers autrichiens d'origine polonaise, ce qui permet de créer l'Armée franco-galicienne.

Armée franco-galicienne
Cette armée se compose d'unités nouvellement constituées. Elle aligne 6 régiments d'infanterie et 10 régiments de cavalerie. Parmi ces derniers, il y a deux régiments de hussards et un régiment de cuirassiers à deux escadrons.

À la fin des combats, ces unités rejoignent l'armée du duché de Varsovie qui aligne désormais :

1812[modifier | modifier le code]

En 1812, elle aligne :

16 régiments de cavalerie à 4 escadrons (portés à 20 avec les 4 régiments de lanciers levés en Lithuanie)[21]
22 régiments d'infanterie à trois bataillons (5 nouveaux régiments sont levés en Lithuanie). Mais trois d'entre eux sont toujours en Espagne[18].
1 régiment d'artillerie à pied, de 8 compagnies de campagne et 8 compagnies de place[22].
1 régiment d'artillerie à cheval de 2 escadrons de 2 compagnies[22].

L'armée du Duché de Varsovie dispose aussi d'un bataillon de sapeurs (5 compagnies et une de pontonniers)[22].

Les troupes polonaises sont réparties dans diverses unités pour cette campagne. La plus grande partie se trouve dans le Ve corps de la Grande Armée, sous le forme de 3 divisions (16e à 18e). Dans le 9e corps et dans le 10e corps, on trouve à chaque fois 3 régiments d'infanterie du duché. La cavalerie est, elle aussi, dispersée entre diverses unités[23].

1813[modifier | modifier le code]

En 1813, plusieurs unités de cavalerie légère sont prévues, des Krakus. Un seul régiment verra réellement le jour[24],[25].

Culture, formation et durée du service[modifier | modifier le code]

L'Armée va être au centre d'un choc des cultures entre les anciennes coutumes polonaises et les traditions démocratiques françaises. Les premières voient par exemple les tentatives de restreindre l'accès aux postes d'officier à la noblesse[8]. Les secondes se manifestent, au travers de l'expérience des vétérans des légions polonaises, par des aspirations et motivations bien supérieures des simples soldats d'origine paysanne, en comparaison de l'armée du vieux Commonwealth[3],[26]. La fonction éducative de l'armée sera vu comme un succès majeur, bien qu'inattendu[26].

L'armée verra son efficacité accrue par son adaptation à l'organisation à la française de ses unités et l'adoption de ses règles tactiques[26]. Globalement, la période du Duché de Varsovie marque une période de modernisation de l'armée polonaise avec une nouvelle doctrine et règles comme le rédigera Ignacy Prądzyński[8].

La durée des services est fixée à 6 ans, par tirage au sort parmi l'ensemble des citoyens âgés de 21 à 28 ans[8]. L'armée bénéficie de nouvelles écoles, avec une formation de trois ans, quatre pour l'Artillerie et le Génie[8].

Globalement, les polonais sont considérés par les français comme très motivés et très efficaces[5].

Les opérations de l'armée du Duché de Varsovie[modifier | modifier le code]

Le 8e régiment d'infanterie à la bataille de Raszyn (1809). Peinture de J. Chelminski.

Campagne de Prusse et de Pologne (1807)[modifier | modifier le code]

À peine formée, l'armée du nouveau duché est rapidement engagée dans cette campagne. Elle participe au siège de Dantzig.

Guerre d'Espagne (1808-1814)[modifier | modifier le code]

Trois régiments d'infanterie, une batterie d'artillerie ainsi que des éléments du Train et du Génie sont envoyés en Espagne. Ils y combattront jusqu'à l'évacuation de l'Espagne et la bataille de Toulouse.

Guerre de la Cinquième Coalition (1809)[modifier | modifier le code]

L'armée polonaise menace la Galicie autrichienne et est opposée à une armée composé du VIIe corps autrichien. Elle résiste à Raszyn mais doit reculer et laisser prendre Varsovie.

Poniatowski lance alors son armée sur la Galicie autrichienne où la population lui est globalement acquise.

Campagne de Russie (1812)[modifier | modifier le code]

Dans la Campagne de Russie[8], elle forme le 5e Corps de la Grande Armée[27]. Elle supporte près de 70 % de pertes dans cette campagne[7].

Campagne de Saxe (1813)[modifier | modifier le code]

Après les défaites de 1812, le duché est occupé par les adversaires de Napoléon[25],[28],[29]. Reconstituée, mais réduite en taille, l'armée du duché participe à la campagne et à son point culminant, la bataille de Leipzig. Elle subit une perte irréparable quand le Prince Poniatowski y trouve la mort[28],[30].

Tandis que certaines garnisons de places fortes résistent, une grande partie de l'armée suit Napoléon regagnant la France[25],[29].

Campagne de France (1814)[modifier | modifier le code]

Désorganisée après la mort de Poniatowski, l'armée aligne encore en 1814 près de 8 000 hommes dans les territoires sous contrôle français. Elle est intégrée à l'armée française et disparaît à la première abdication[25],[28],[29].

Après le Traité de Fontainebleau, la plupart des soldats polonais deviennent captifs des russes[31].

Les uniformes de l'armée du duché de Varsovie[modifier | modifier le code]

Les détails ci-dessous sont donnés à titre général. Il y a de nombreuses variations selon les unités. Pour prendre un exemple, l'habit de l'infanterie est de bleu foncé. sauf pour le 13e régiment qui utilise des uniformes blancs[note 4].

Infanterie[modifier | modifier le code]

coiffures
La coiffure la plus fréquente est le chapska portant l'aigle polonaise en blanc) sur le devant. Les plumets varient selon les unités. Certains régiments portent le shako.
Les grenadiers portent aussi le chapska, mais certains régiments leur ont donné le bonnet à poils (sans plaque). Les voltigeurs portent le shako ou le chapska.
Habit
Il s'agit de l'habit-veste dit "kurtka", de couleur bleu foncé. Les revers sont de la couleur distinctive, ainsi que le col, les retroussis et les parements.
Les fusiliers portent des simples pattes d'épaules ou des épaulettes blanches. Épaulettes rouge pour les grenadiers, vertes et jaune pour les voltigeurs.
Pantalon
Le pantalon est en toile blanche, l'été. L'hiver, le pantalon, plus épais, est en laine, bleu.
Les guêtres et les chaussures sont noir.
Equipement.
La bufflèterie est en cuir blanchi. La giberne est noire.
Le sac est d'un modèle similaire au sac français.
Les fusils sont de diverses origine, la courroie, en cuir blanc.

Cavalerie[modifier | modifier le code]

Lanciers[modifier | modifier le code]

Chasseurs à cheval[modifier | modifier le code]

Hussards[modifier | modifier le code]

Cuirassiers[modifier | modifier le code]

Krakus[modifier | modifier le code]

Artillerie[modifier | modifier le code]

État-Majors[modifier | modifier le code]

Généraux[modifier | modifier le code]

Personnel d'État-Major[modifier | modifier le code]

Drapeaux et étendards[modifier | modifier le code]

Infanterie
Cavalerie

Musiciens[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jan Vladislav Chelminski et A. Malibran, L'Armée du Duché de Varsovie : ou la contribution polonaise dans les rangs de la Grande Armée, Paris, LCV,‎ 18 octobre 2000 (1re éd. 1913), 304 p. (ISBN 978-2-914288-02-6) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Otto Von Pivka, Napoleon's Polish Troops, Oxford, Osprey Publishing Ltd, coll. « Men at Arms »,‎ 2005 (1re éd. 1974), 48 p. (ISBN 978-085045198-6) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il s'agit des 4e, 7e et 9e régiments d'infanterie, envoyés en Espagne dés 1809.
  2. Dans la terminologie de l'époque, une "légion" est une unité regroupant ensemble infanterie, cavalerie et artillerie.
  3. Les régiments sont numérotés à la file, contrairement à l'habitude française qui numérote par arme. C'est ce qui explique, par exemple, que l'unique régiment de cuirassiers porte le n° 14.
  4. À sa création, en 1809, ce régiment a utilisé ce qu'il a pu trouver, ici du drap déniché dans des dépôts autrichiens.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Piotr Stefan Wandycz, The United States and Poland, Harvard University Press,‎ 1980 (ISBN 978-0-674-92685-1, lire en ligne), p. 53
  2. Paul Robert Magocsi, Jean W. Sedlar et Robert A. Kann, Charles Jevich, Joseph Rothschild, A History of East Central Europe, University of Washington Press,‎ 1974 (ISBN 978-0-295-95358-8, lire en ligne), p. 29
  3. a, b, c, d, e et f (en) « Wojsko polskie », Napoleon.org.pl (consulté le 11 mai 2012)
  4. Jacek Jędruch, Constitutions, elections, and legislatures of Poland, 1493–1977: a guide to their history, University Press of America,‎ novembre 1982 (lire en ligne), p. 206
  5. a, b, c, d, e et f Paul Robert Magocsi, Jean W. Sedlar et Robert A. Kann, Charles Jevich, Joseph Rothschild, A History of East Central Europe, University of Washington Press,‎ 1974 (ISBN 978-0-295-95358-8, lire en ligne), p. 48
  6. William Fiddian Reddaway, The Cambridge History of Poland, CUP Archive,‎ 1971 (lire en ligne), p. 232
  7. a et b William Fiddian Reddaway, The Cambridge History of Poland, CUP Archive,‎ 1971 (lire en ligne), p. 233
  8. a, b, c, d, e, f, g et h Juliusz Bardach, Boguslaw Lesnodorski, and Michal Pietrzak, Historia panstwa i prawa polskiego (Warsaw: Paristwowe Wydawnictwo Naukowe, 1987, p.356-357
  9. Norman Davies, Heart of Europe: The Past in Poland's Present, Oxford University Press,‎ 23 août 2001 (ISBN 978-0-19-280126-5, lire en ligne), p. 162
  10. Chelminski & Malibran, "L'armée du Duché de Varsovie...", page 44-45.
  11. Chelminski & Malibran, op.cit., page 44.
  12. a, b et c Chelminski & Malibran, op.cit., page 274.
  13. Chelminski & Malibran, op. cit., page 275.
  14. (en) « Kirasjerzy », Napoleon.org.pl (consulté le 11 mai 2012)
  15. (en) « Ułani », Napoleon.org.pl (consulté le 11 mai 2012)
  16. (en) « Huzarzy », Napoleon.org.pl (consulté le 11 mai 2012)
  17. (en) « Szaserzy », Napoleon.org.pl (consulté le 11 mai 2012)
  18. a et b (en) « Piechota », Napoleon.org.pl (consulté le 11 mai 2012)
  19. (en) « Artyleria konna », Napoleon.org.pl (consulté le 11 mai 2012)
  20. (en) « Artyleria piechoty », Napoleon.org.pl (consulté le 11 mai 2012)
  21. Chelminski & Malibran, op.cit., page 119.
  22. a, b et c Chelminski & Malibran, op. cit., page 98.
  23. Chelminski & Malibran, op. cit., page 104-105.
  24. (en) « Napoleon.org.pl », Napoleon.org.pl (consulté le 11 mai 2012)
  25. a, b, c et d John R. Elting, Swords Around A Throne, Da Capo Press,‎ 22 mars 1997, 380-3812 p. (ISBN 978-0-306-80757-2, lire en ligne)
  26. a, b et c William Fiddian Reddaway, The Cambridge History of Poland, CUP Archive,‎ 1971, 229– p. (lire en ligne)
  27. Otto Pivka, Napoleon's Polish Troops, Osprey Publishing,‎ 20 mars 2012 (ISBN 978-1-78096-549-9, lire en ligne), p. 19
  28. a, b et c Norman Davies, God's Playground, a History of Poland: 1795 to the present, Columbia University Press,‎ 1982 (ISBN 978-0-231-05353-2, lire en ligne), p. 269
  29. a, b et c Otto Pivka, Napoleon's Polish Troops, Osprey Publishing,‎ 20 mars 2012, 22–23 p. (ISBN 978-1-78096-549-9, lire en ligne)
  30. Ronald Pawly et Patrice Courcelle, Napoleon's Polish Lancers of the Imperial Guard, Osprey Publishing,‎ 21 août 2007 (ISBN 978-1-84603-256-1, lire en ligne), p. 4
  31. David Laven et Lucy Riall, Napoleon's Legacy: Problems of Government in Restoration Europe, Berg,‎ 1 février 2000 (ISBN 978-1-85973-249-6, lire en ligne), p. 116

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • Série d'ouvrages sur les uniformes du duché, par un éditeur polonais [1]. Nota : les textes sont en polonais mais avec un résumé en anglais.


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