Affaire Marković

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L'affaire Markovic est une affaire criminelle sur laquelle certains milieux parisiens tentèrent de greffer un scandale visant Georges Pompidou.

Historique[modifier | modifier le code]

L'affaire criminelle[modifier | modifier le code]

Le 1er octobre 1968, le corps décomposé d'un homme, enveloppé dans une housse de matelas, est retrouvé dans un lieu de décharge à Élancourt (Yvelines). Il est rapidement identifié grâce à ses empreintes digitales connues de la police car il a été fiché en raison d'un certain nombre d'interpellations[1] : il s'agit de Stevan Markovic.

Markovic, citoyen yougoslave né à Belgrade le 18 mai 1937, a été pendant deux ans « l'homme à tout faire »[2] d’Alain Delon et Nathalie Delon[3]. Réfugié politique depuis 1958, il a été plusieurs fois emprisonné pour vols, violences et infraction à la législation sur les étrangers[4]. Peu de temps auparavant, l'acteur s'est séparé de lui en raison de diverses indélicatesses et de la suspicion d'une aventure survenue avec son épouse Nathalie. Cependant Markovic habite toujours l'ancien hôtel particulier de Delon, avenue de Messine.

Une première autopsie indique que la victime a succombé à des coups portés à la tête et à la nuque par un objet contondant. De nombreuses plaies et ecchymoses sont relevées sur le visage. La mort remonte à la nuit du 22 au 23 septembre. Les enquêteurs sont conduits à penser qu'il s'agit d'une bagarre qui a mal tourné. Un ami de la victime, Uros Milisevic, explique qu'il a vu pour la dernière fois Markovic le 22 septembre à 19 heures. Celui-ci est monté dans un taxi avenue de Messine. Un homme d'une cinquantaine d'années se trouvait déjà dans le taxi.

Le 3 octobre, deux inspecteurs se rendent à Saint-Tropez pour interroger Alain Delon qui y tourne La Piscine. L'acteur donne des explications sur ses relations avec Markovic. Il confirme « la personnalité envahissante et le comportement devenu inacceptable » du jeune Yougoslave et explique « l'avoir rejeté de sa vie » et « ne plus vouloir avoir de rapport avec lui ».

Le 5 octobre, le frère de la victime Alexander Markovic se présente au 127 rue Saint-Honoré, siège du Service régional de police judiciaire de Versailles[5]. Se disant capitaine de la marine yougoslave, il remet au commissaire Jean Samson, chargé de l'enquête, trois lettres que lui a adressées Stevan. La dernière a été postée le 25 septembre. Elle est écrite en serbo-croate et contient des « passages verbeux et terriblement confus ». Elle mentionne notamment : « Quoi qu'il advienne, et pour tous les ennuis qui pourraient m'être causés, adressez-vous à Alain Delon, à sa femme et à son associé, “François Marc Antony” un Corse, vrai gangster, demeurant 42, boulevard des Gobelins »[6]. Il s'agit de François Marcantoni. Celui-ci réside en fait 42 boulevard Gouvion-Saint-Cyr. Il est âgé de 49 ans au moment des faits. C'est un ancien malfaiteur qui est passé « de la résistance au grand banditisme »[4]. Proche des milieux du show-business, c'est un personnage pittoresque, « très truand d'après-guerre ». C'est un ami d'Alain Delon. Il est cousin de Jean-Charles Marchiani, membre des services français d'espionnage (SDECE)[réf. nécessaire].

Le 12 octobre, Alain et Nathalie Delon sont longuement interrogés par les enquêteurs. François Marcantoni est lui aussi entendu. Aucune charge n'est retenue contre eux. Marcantoni évoquera ses rapports avec Markovic devant la presse : « Pour moi, c'était un raté. Chez Delon, il ne m'a jamais été présenté, je l'ai vu comme un valet. Je ne m'occupais pas de lui, je n'ai eu aucune affaire avec lui. aucune altercation, jamais. »[7]

Le 28 octobre, une nouvelle autopsie du corps de Markovic est réalisée. Elle fait apparaître que la victime a été tuée d'une balle de 9 mm tirée dans la nuque. Les enquêteurs abandonnent alors l'hypothèse d'une rixe pour s'orienter vers celle d'un règlement de comptes[8].

Les rumeurs[modifier | modifier le code]

L'hypothèse d'un chantage[modifier | modifier le code]

Dès la mi-octobre, les quotidiens commencent à évoquer avec insistance le carnet d'adresses de Markovic. Le Figaro décrit ainsi la victime : « Repris de justice, Markovic avait cependant réussi à se faire de nombreuses relations dans les milieux de la politique, du spectacle et de la chanson. C'est ainsi que l'on évoque les noms de plusieurs actrices, de chanteuses, celui de la femme d'un ancien membre du gouvernement et ceux d'un député, de deux hauts fonctionnaires et de plusieurs vedettes »[9]. Le Monde parle de « la promesse d'un scandale en raison des relations que la victime avait pu nouer dans les milieux du spectacle, des rencontres qu'elle avait pu faire dans le monde de la politique comme de ses liaisons avec de “mauvais garçons” »[6]. L'hypothèse d'un chantage organisé par la victime est abondamment citée. Quelques jours plus tard, Le Figaro est plus précis en citant les possibles mobiles du crime : « escroquerie, chantage, trafic d'influence ou peut-être règlement de comptes “politique” »[10].

La mise en cause de Claude et Georges Pompidou[modifier | modifier le code]

La presse évoque des rumeurs, suscitées par le mutisme des enquêteurs. Celles-ci vont bon train. Le « tout-Paris » parle de l’affaire Markovic. Michel Jobert, proche collaborateur de Georges Pompidou, évoque quelques jours après la découverte du corps de Markovic, « deux professionnels de l'information » chuchotant dans un cocktail : « Ce sont les Pompidou qui vont trinquer[11] ! » Des photos circulant sous le manteau montreraient des personnalités de la politique, des médias, du spectacle et autres en train de se livrer à des « partouzes »; sur certaines photos, on peut, toujours selon la rumeur, reconnaître Claude Pompidou, l’épouse de Georges Pompidou alors ancien premier ministre, remercié quelques mois plus tôt par le général de Gaulle. Le journal Minute daté du 17 octobre consacre une couverture et plusieurs pages à l'affaire[12]. On y lit notamment que « le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin se fait tenir heure par heure au courant de l'enquête.» Incidemment, le journal indique qu'Alain Delon vient d'assister à la première de Phèdre, à l'Opéra, « comme Mme Pompidou en robe-bermuda rose ». Sans citer celle-ci, Le Figaro du 25 octobre explique « Stevan Markovic recrutait des jeunes femmes pour les "festivités" auxquelles participaient certaines personnalités du spectacle et de la politique. C'est au cours de ces réunions que le Yougoslave réussissait à prendre des clichés compromettants qu'il monnayait ensuite au prix fort[13]».

Le 30 octobre, après la deuxième autopsie, les journalistes évoquent une piste liée au trafic de drogue. Selon Uros Milisevic et Claudie Hoss, elle aussi amie proche de la victime, Markovic aurait revendu plusieurs kilos d'amidon (selon les versions, il aurait pu également s'agir de talc ou de bicarbonate) à des trafiquants en faisant passer ce produit pour de l'héroïne. Cette hypothèse ne sera jamais jugée sérieuse par le juge Patard. Un mobile plus mystérieux est également cité, lié à la mort aux États-Unis du précédent secrétaire d'Alain Delon : Milos Milosevic, yougoslave lui aussi, a été retrouvé sans vie le 31 janvier 1966 au côté du corps de sa maîtresse, l'ex-femme de l'acteur Mickey Rooney. Cependant la vengeance d'une victime d'un chantage photographique de Markovic est toujours mise en avant avec insistance[8][14]. Une information passée quasiment inaperçue mentionne parallèlement que le fameux carnet d'adresses retrouvé avenue de Messine et présenté comme celui de Stevan Markovic appartient en fait à Nathalie Delon[14].

L'action du SDECE[modifier | modifier le code]

Le 21 octobre, Jean-Charles Marchiani, qui fait partie de la base Paris du SDECE (dite base « Bison »), rencontre l'une de ses informatrices, Madame Kamenka. Il s'agit d'une journaliste qui a travaillé pour les services français à Alger et qui, à son retour à Paris, a repris contact avec son ancien officier traitant afin d'être réembauchée. Elle entretient des liens avec une personne soupçonnée de faire partie du KGB. Du reste la DST a prévu de l'appréhender, mais le général Guibaud, patron du SDECE est intervenu pour qu'elle ne soit pas inquiétée[15].

Connue sous le nom de code « Karamel », cette source douteuse a été confiée à Marchiani en septembre 1968. Celui fait partie du service 6 de la base « Bison », chargé de traiter les « honorables correspondants. » Karamel fait état de photographies compromettantes prises au cours de soirées libertines auxquelles participait Markovic et qui risquaient d'être mises en circulation. On y reconnaitrait diverses personnalités parisiennes ainsi que la femme de l'ancien Premier ministre. Les services yougoslaves, selon elle, s'y intéresseraient beaucoup[4][16].

Pour Marchiani, Karamel ne fait que rapporter les ragots qui circulent dans Paris. Il transmet une note à la direction du SDECE en commentant de manière défavorable la crédibilité de l'information. Quelques jours plus tard, il décide de prévenir Anne-Marie Dupuy, qui fut chef de cabinet de Georges Pompidou et qui gère toujours certains dossiers de l'ancien Premier ministre. Elle le reçoit avec méfiance, prend une copie de sa note mais ne juge pas opportun de rapporter les faits à Pompidou[4][17],[18][5].

Les allégations d'Akov[modifier | modifier le code]

Fin octobre, le juge d'instruction René Patard reçoit une lettre adressée à Alain Delon par un Yougoslave détenu à la prison de Fresnes. L'auteur se nomme Boriboj Akov (Akow). Âgé de 25 ans, il est emprisonné pour vol, recel et détention d'armes. Sa lettre, datée du 10 octobre, a été interceptée par les services pénitentiaires. Elle est rédigée en français, alors que, selon Georges Pompidou, Akov n'est qu'un « petit voyou illettré », indicateur de police par surcroît[19]. Akov s'exprime comme un ami de la famille Delon, indique avoir appris le décès de Markovic et déclare « compatir à l'émotion » que doit ressentir Alain Delon[4]. Le 30 octobre, l'inspecteur Georges Manceau se rend à Fresnes pour interroger Akov. Celui-ci livre, sur le comportement de Markovic, un témoignage qui correspond aux rumeurs qui agitent le Tout-Paris. Markovic photographierait ses conquêtes féminines dans des poses lascives, afin de les faire chanter. Les deux Yougoslaves auraient participé à des « parties fines » en compagnie de femmes de la haute bourgeoisie. Akov va plus loin : il aurait accompagné Markovic à une « partouze » organisée dans une villa de Montfort-l'Amaury, à laquelle participait également « la femme du premier ministre. »[4]

Ces allégations sont tellement énormes que le policier invite Akov à la prudence et lui demande de fournir des preuves de ce qu'il avance. Akov se ravise alors et se contente de déclarations anodines sur procès-verbal. Manceau rend compte de l'entretien au commissaire Samson puis prend quelques jours de congé. À son retour, il constate que son bureau a été forcé et que les notes qu'il a prises - hors procès-verbal - au cours de l'entretien ont disparu. Le commissaire Samson lui explique que c'est lui qui les a subtilisées afin de les transmettre en urgence au ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin[20]. Celui-ci a donc été informé dès le 30 octobre des « révélations » d'Akov. Il s'en entretient par téléphone avec René Capitant, ministre de la Justice, lequel déteste Pompidou. Selon Marcellin, Capitant s'esclaffe en apprenant la mise en cause de Madame Pompidou[19].

La dimension politique[modifier | modifier le code]

Les atermoiements de Couve de Murville[modifier | modifier le code]

Le premier ministre Maurice Couve de Murville est informé et le secrétaire général de la présidence Bernard Tricot se déplace en hélicoptère le 1er novembre à Colombey pour mettre le général de Gaulle au courant. Selon Alain de Boissieu, gendre du général, celui-ci accueille la nouvelle plutôt fraîchement, regrettant qu'on le dérange pour des « ragots »[21]. Au lendemain de la Toussaint, de Gaulle réunit Marcellin, Couve et Capitant à l'Élysée pour évoquer l'affaire. Il prend la décision de laisser au seul Premier ministre Maurice Couve de Murville le soin d'informer Pompidou. Il est également décidé de laisser la justice suivre son cours.

Le Premier ministre n'a pas le courage de mettre au courant son prédécesseur des prétendues révélations d'Akov[22] et de l'enquête en cours. Le lundi 4 novembre, Bernard Tricot informe Jacques Foccart de la situation et lui fait part de son embarras devant l'inertie de Couve de Murville[23]. Celui-ci, en accord avec Capitant et de Gaulle, a finalement décidé de charger Pierre Somveille, directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur, d'informer Pompidou[22]. Somveille, très embarrassé, remettra le rendez-vous à deux reprises.

La réaction de Georges Pompidou[modifier | modifier le code]

Georges Pompidou a bien évidemment entendu parler de l'affaire par la presse. « Je connaissais un peu Delon, mais pas assez pour me passionner pour son sort, loin de là. J'avais bien noté l'allusion à la femme d'un ancien ministre. Je m'étais même posé la question, essayant de savoir à qui cela pouvait s'appliquer, évoquant un ou deux noms... Comme je n'ai aucun goût pour les ragots et, pour principe, de me mêler que de ce qui me regarde, j'oubliai toutes ces histoires dont personne ne me parlait d'ailleurs, pour m'occuper de mes propres affaires[19]. »

Ce même lundi 4 novembre, il interpelle goguenard Jean-Luc Javal, un de ses anciens collaborateurs présent dans ses bureaux, boulevard de Latour-Maubourg : « Dites-moi, Javal, vous qui êtes toujours au courant de tout, qui est cet homme politique important, dont parle la presse et qui serait mêlé à l'affaire Markovitch[11] ? » Javal a été mandaté par Pierre Juillet pour faire part à Georges Pompidou des rumeurs qui courent au sujet de son épouse[24]. « Il faut que vous sachiez quelque chose que personne n'ose vous dire, » répond-il, « la femme d'un ancien ministre dont tout le monde parle à propos de l'affaire Markovitch, c'est votre femme et ce que je puis vous assurer, c'est que dans les dîners en ville, dans les salles de rédaction, il n'est question que de cela[19] ».

Georges Pompidou est profondément affecté par l'annonce de l'implication de son épouse dans le dossier Markovic. Il en veut beaucoup à tous ceux qui ne l'ont pas informé de la situation. Il écrira dans ses mémoires : « J'étais indigné. Ainsi Couve n'avait même pas eu le courage de me prévenir ! Ainsi ces hommes, dont plusieurs connaissaient bien mon ménage, avaient plus ou moins cru à la véracité des faits puisqu'ils jugeaient que l'enquête pouvait se poursuivre dans cette voie ! Ainsi le Général lui-même, qui connaissait ma femme depuis si longtemps, n'avait pas tout balayé d'un revers de main[19] ! » Le 6 novembre, il fait de vifs reproches aux "barons" du gaullisme avec qui il déjeune : Jacques Chaban-Delmas, Roger Frey, Olivier Guichard, Henry Rey et Jacques Foccart. « C'est une affaire que je ne laisserai pas passer comme cela. (...) Notre honneur est en jeu, c'est ce que nous avons de plus sacré. Je tiens à dire que si c'est nécessaire, c'est moi qui vengerai l'honneur de ma femme[23]». Il reçoit le lendemain Pierre Somveille, qui, très mal à l'aise, lui fait part du témoignage d'Akov[25].

La riposte[modifier | modifier le code]

Pompidou organise sa riposte. À sa demande il est reçu le 8 novembre par le général de Gaulle et exprime son indignation. De Gaulle explique qu'il n'a jamais cru à ces rumeurs et qu'il a demandé à le faire prévenir. Après l'entretien, Pompidou résume à Jacques Foccart la réaction de de Gaulle : « Le général semblait peiné de tout cela, conscient que son Premier ministre et d'une façon générale un peu tout le monde, n'avaient pas fait tout ce qu'il fallait vis-à-vis de moi[23]. » Avec le concours actif de son entourage (Michel Jobert, Édouard Balladur, Marie-France Garaud, Anne-Marie Dupuy et Simonne Servais) Pompidou s'attaque à tous les aspects du dossier : police, justice, politique et presse. Méthodiquement, il rencontre un grand nombre de journalistes à qui il explique les détails et les invraisemblances du dossier. Il les laisse libres de leur appréciation en précisant qu'ils ne pourront pas prétendre avoir mal été informés par lui[25]. Il prend contact avec Raymond Marcellin qui lui jure qu'il ne croit « pas un mot de ces infamies » et prend l'engagement de l'aider « au maximum[19]. » Michel Jobert suit les développements politiques de l'affaire et Marie-France Garaud, grâce à ses contacts dans la magistrature, recueille tous les éléments relatifs à la procédure judiciaire.

Les suites de l'enquête[modifier | modifier le code]

Le 5 novembre, le juge Patard entend Akov à Fresnes. Celui-ci maintient avoir participé pendant l'été 1966 à une soirée dans une villa de Montfort-l'Amaury. Il déclare cependant n'y avoir rien vu d'anormal et nie avoir évoqué « la femme du Premier ministre. » Ce procès-verbal d'audition, qui réduit à néant les précédentes déclarations d'Akov, n'aura aucune publicité médiatique. La villa de Montfort-l'Amaury où aurait eu lieu la soirée est identifiée comme étant celle de l'industriel Ambroise Roux. Celui-ci démontre que la description des lieux faite par Akov n'a aucun rapport avec la réalité et indique ne pas connaître madame Pompidou[4].

La police procède à de multiples auditions parmi les milieux yougoslaves de Paris. Les enquêteurs ont identifié et entendu le chauffeur de taxi qui a embarqué Markovic avenue de Messine le 22 septembre. Celui-ci a indiqué avoir déposé ses deux passagers vers 19 heures 30, à l'angle de l'avenue de la Grande-Armée et de la rue de Presbourg[26]. Il aurait identifié sur photo son deuxième passager qui aurait pu être François Marcantoni[27], cependant cette information mérite d'être confirmée.

Alexander Markovic, frère de la victime, se constitue partie civile. L'avocat Roland Dumas s'est rendu à Belgrade pour se faire désigner comme avocat de la famille[20].

Les conclusions de Pompidou[modifier | modifier le code]

Début décembre, Georges Pompidou rencontre à nouveau le Général de Gaulle pour lui faire part des informations en sa possession. Bernard Tricot a été convoqué, à la demande de Pompidou qui n'a pas apprécié le comportement de celui-ci depuis le début de l'affaire.

L'ancien Premier ministre démonte « le mécanisme de l'opération policière et judiciaire[19]. » Il met en évidence les invraisemblances et les contradictions des déclarations d'Akov. Il explique que celui-ci a rencontré, peu avant l'envoi de sa lettre à Alain Delon, le policier dont il est l'indicateur. Il indique que le commissaire Samson a mentionné l'existence de cette lettre bien avant qu'elle ne soit reçue par le juge Patard. Il évoque "l'orientation singulière des interrogatoires, menés comme s'il n'y avait pas à rechercher un assassin mais la preuve du dévergondage des Pompidou[19]". Il fait part également du curieux comportement de Jacques Aubert, secrétaire général pour la police au ministère de l'Intérieur. Celui-ci a selon lui colporté des ragots auprès des journalistes. De Gaulle, apparemment impressionné, demande à Tricot de convoquer René Capitant. Celui-ci sera fermement prié de réorienter l'enquête vers la recherche des assassins de Markovic. En quittant Pompidou, de Gaulle lui conseille de « traiter ces racontars par le mépris[19]. »

L'intervention de Jean-Marcel Jeanneney[modifier | modifier le code]

Le 6 décembre, Jean-Marcel Jeanneney est nommé ministre de la Justice par intérim à la suite de l'hospitalisation de René Capitant, victime d'un infarctus. Il prend connaissance du dossier Markovic et le communique à Pompidou. Celui-ci y découvre de nombreuses notes anonymes concernant son propre couple, ses relations, les lieux qu'il fréquente, des enquêtes de voisinage. Il y trouve également la confirmation des informations qu'il a reçues de Pierre Arpaillange, directeur de cabinet de René Capitant, par l'intermédiaire de Marie-France Garaud : Akov a envoyé sa lettre à Delon immédiatement après avoir reçu la visite du policier dont il est l'indicateur, et celle de son avocat maître Jean Hug, présumé proche de l'avocat gaulliste Pierre Lemarchand. Selon ce dernier, maître Hug est surtout l'ami de Marcel Ceccaldi. Cet avocat proche de l'extrême-droite, qui est par ailleurs le défenseur de Marcantoni, aurait utilisé son collègue pour nuire à Pompidou[20]. Le dossier transmis par Jeanneney permet à Pompidou de voir clair dans le montage mis en place contre lui[23]. Cependant les rumeurs continuent de courir et des photographies grossièrement truquées, mettant prétendûment en scène Claude Pompidou circulent dans Paris.

Le 3 janvier, Georges Pompidou adresse ses vœux au général de Gaulle. Il lui fait part de son amertume face à la campagne de rumeurs dont il fait l'objet et répète : « Comment fut-il possible que des hommes qui ont été ministres à mes côtés, qui connaissaient mon ménage depuis des années et des années, aient pu réagir aussi faiblement, aussi honteusement, j'ose le dire, en présence des calomnies scandaleuses, invraisemblables, exprimées dans les conditions les plus anormales par des indicateurs de police de bas étage et évidemment inspirés ? (...) » De Gaulle répond : « (...) Mais je voudrais beaucoup que vous ne vous laissiez pas impressionner par les ragots, même s'ils sont grotesques et infâmes, que l'on a dirigés contre vous. (...) »

L'instruction du juge Patard[modifier | modifier le code]

Les déclarations d'Alexander Markovic[modifier | modifier le code]

Le 9 janvier, le frère de la victime assisté de son avocat Me Roland Dumas est entendu par le juge Patard. Il lui explique qu'en 1967, accompagné de Stevan, il avait participé à un déjeuner chez les Delon, en compagnie des Pompidou. Un septième convive, qui aurait pu être François Marcantoni, était également présent. Le dîner se serait tenu dans la cuisine des Delon. En dépit du caractère manifestement fantaisiste de cette déposition, le nom des Pompidou figure désormais dans la procédure judiciaire.

Georges Pompidou explique aux journalistes qu'il n'a rencontré Alain Delon qu'à deux reprises, toujours en présence de dizaines d'autres personnes : chez Pierre Lazareff à Louveciennes et lors de la réception donnée à l'occasion de la sortie du film Paris brûle-t-il ?[28] Alain Delon confirme ces informations, précisant qu'il avait pu rencontrer M. et MMe Pompidou dans des manifestations artistiques, mais n'avait jamais eu « l'honneur de les recevoir »[29].

L'arrestation de François Marcantoni[modifier | modifier le code]

Le 16 janvier, le juge Patard lance un mandat d'arrêt contre Marcantoni. Celui-ci est arrêté à Cannes, transféré par avion militaire à Villacoublay puis, sous bonne escorte, est conduit à Versailles où il est inculpé de complicité d'assassinat par le juge puis écroué. Le 22 janvier, Patard convoque Alain Delon qui sera entendu le lendemain, placé en garde à vue et longuement interrogé, ainsi que plusieurs membres de son entourage. Il sera libéré le 25 janvier après 35 heures de garde à vue. Dans les semaines qui suivent, Marcantoni sera confronté sans résultat probant à divers témoins et à des relations de Markovic. Le chauffeur de taxi dans lequel est monté Markovic le 22 septembre ne le reconnaitra pas comme l'homme qu'il a pris en charge rue Lafayette et qui lui a demandé de se rendre au 22 avenue de Messine[30]. Pour sa part, Marcantoni nie avoir participé à un déjeuner avec les Delon, les Pompidou, Stevan et Alexander Markovic : « Est-ce que vous imaginez que le Premier ministre aurait accepté de manger avec moi et, mieux encore, avec une canaille comme Markovic[31] ? »

Le juge Patard refuse à plusieurs reprises les demandes de mise en liberté de Marcantoni. Il organise de nombreuses confrontations et auditionne à nouveau Alain Delon, Claudie Hoss, Alexander Markovic, Nathalie Delon, Marie Laforêt, Nicoletta, Mireille Darc[32], Jean-Pierre Melville[33].

La demande d'audition de Claude et Georges Pompidou[modifier | modifier le code]

Le 4 mars, à l'issue d'une audition de François Marcantoni, maître Ceccaldi, l'un de ses avocats, demande au juge Patard de convoquer M. et MMe Pompidou. Cette requête a officiellement pour objet de confirmer les dénégations de son client quant au prétendu déjeuner dans la cuisine des Delon. Cependant l'initiative de Me Ceccaldi n'est pas sans arrière-pensée politique et ne peut manquer de faire du tort à Georges Pompidou.

L'information est relayée par l'Agence centrale de presse, qui appartient à Gaston Defferre, maire de Marseille, membre de la SFIO (qui deviendra le parti socialiste) et farouche opposant au général de Gaulle. Elle est reprise le jour même par les radios publiques, dont France Inter qui la diffuse à plusieurs reprises, notamment par le journaliste Yves Mourousi[34], sur un ton que Jacques Chirac qualifiera « de jubilation »[19]. France Inter fait partie de l'ORTF qui se trouve à l'époque sous la tutelle du ministère de l'Information. Elle est étroitement contrôlée depuis la grève générale de mai 1968 qui a provoqué le licenciement de 54 journalistes, d'autres ayant été mutés ou priés de prendre leur retraite[35].

Jacques Chirac, fidèle de Pompidou, appelle immédiatement Joël Le Theule, ministre de l'Information, et le somme avec indignation de mettre fin sans délai à cette diffusion. Il est en effet convaincu que la radio publique a été dûment autorisée, voire incitée, à diffuser l'information. Michel Jobert contacte le directeur de cabinet de Couve de Murville, Bruno de Leusse, et lui fait une « scène violente », l'accusant d'être responsable du « coup de l'ACP »[22]. À 19 heures, le secrétariat de Georges Pompidou publie un communiqué dénonçant « une série de rumeurs mensongères complaisamment répandues depuis plusieurs semaines à des fins totalement étrangères à l'intérêt de la justice. » Il conclut : « Le secrétaire de l'ancien Premier ministre du Général de Gaulle fait connaître que M. Pompidou et son épouse ignorent tout des causes et des circonstances de ce fait divers[25]. »

Le soutien du général de Gaulle[modifier | modifier le code]

Le soir même, la présidence de la République indique que le Général et Mme de Gaulle convient à dîner huit jours plus tard M. et Mme Pompidou. Le 12 mars, René Capitant redevenu garde des Sceaux, publie un communiqué à propos de l'affaire : « Des rumeurs mensongères ont été perfidement répandues autour de l'affaire Markovitch, en vue de nuire à certaines personnes. La justice a pour devoir de rechercher les auteurs et les complices de l'assassinat de Stevan Markovitch. Elle ne se laissera pas égarer par des manœuvres dont le but est manifestement étranger à sa mission[36]. »

Le dîner à l'Élysée réunit les couples de Gaulle, Debré et Pompidou. Il se tient dans une ambiance que Georges Pompidou qualifiera de « morne »[19]. Cependant l'invitation réhabilite l'ancien Premier ministre devant l'opinion.

Perquisitions et expertises[modifier | modifier le code]

Le 16 avril, le juge Patard accompagné du procureur Jean-Jacques Lajaunie et du commissaire Redonnet perquisitionnent la résidence de Marcantoni à Goussainville (Eure-et-Loir). Celle-ci n'est distante que de 34 km d'Elancourt, où a été retrouvé le corps de Markovic. Des munitions y sont saisies ainsi que des documents et des courriers, en particulier des cartes de visite au nom de « Marc Anthony ». Cette orthographe correspond (le « h » en moins) à la manière dont Markovic écrivit, peu avant sa mort, le nom de Marcantoni dans les lettres le mettant en cause[37].

Le magistrat instructeur ne trouve pas trace de l'emballage d'un matelas et un sommier qui furent livrés à François Marcantoni dans le courant du mois de juin 1968[38]. Les expertises ont en effet démontré que la housse et la toile de jute enveloppant le cadavre de Markovic ont été fabriquées pour les matelas de marque Treca. Ces emballages sont utilisés depuis moins d'un an. Les policiers ont interrogé les revendeurs de la marque ayant vendu les 865 matelas correspondant entre le 1er décembre 1967 et le 26 septembre 1968. Le 10 avril, un antiquaire parisien leur a appris qu'il a vendu un matelas Treca et un sommier à François Marcantoni pour sa résidence de Goussainville. L'ensemble a été livré à l'acheteur le 14 juin 1968[4]. Le livreur de ce matelas a fourni une précision intéressante : lorsqu'il effectua la livraison, il pratiqua au couteau deux entailles dans la toile de jute pour pourvoir accéder aux poignées. Or le sac de jute recouvrant le corps porte deux entailles semblables[39]. L'expertise menée par la police scientifique et par la société Treca est communiquée début juin au juge Patard. Elle conclut : « Les housses en jute et en plastique qui entouraient le cadavre de Stevan Markovitch, ont pu contenir le sommier et le matelas appartenant à François Marcantoni. En outre, les étiquettes en tissu de la marque fabricante cousues à même le matelas et le sommier de Marcantoni ont été arrachées. » D'autre part, il ressort des expertises que les deux housses ont bien été fabriquées par la maison Treca ; qu'elles habillent exactement le matelas (housse en plastique) et le sommier (housse en jute) livrés à la résidence de François Marcantoni et que ces deux housses « linceul » sont bien celles avec lesquelles Treca enveloppe les literies de type Pullmann CAD et Grand Impérial, correspondant à la literie de Marcantoni[40].

Les initiatives de maître Isorni[modifier | modifier le code]

Le 6 mai, l'avocat Jacques Isorni, que Marcantoni vient de désigner comme nouveau défenseur aux côtés de Marcel Ceccaldi, Guy Vaschetti et du bâtonnier Fournier, tente de redonner à l'affaire une orientation politique. Il remet un courrier au juge Patard et déclare à la presse : « La défense va veiller à ce que François Marcantoni ne soit pas le bouc émissaire dans un règlement de comptes entre hommes politiques[41]. » Le 16 mai, il fait savoir qu'il a renouvelé la demande d'audition de M. et Mme Pompidou, en expliquant : « L'audition de ces deux témoins permettait d'établir la mauvaise foi de la partie civile qui accuse notre client. »

Jacques Isorni a été le défenseur du maréchal Pétain, de Robert Brasillach et de l'un des conjurés au procès de l'attentat du Petit Clamart contre De Gaulle. C'est un anti-gaulliste notoire. Son intervention a lieu en pleine campagne électorale. De Gaulle ayant démissionné après l'échec du référendum du 27 avril 1969, Georges Pompidou s'est déclaré candidat.

Le secrétariat de M. Pompidou réplique en dénonçant des « procédés dégradants et misérables » et le ministère de la Justice qualifie l'entreprise de « manœuvre dont le mobile est manifestement politique »[29]. Pour sa part, le juge Patard a répondu par la négative à la requête de maître Isorni en lui notifiant que « la réalité de ce déjeuner - d'ailleurs démentie - n'intéresse en aucun cas l'objet de l'information. » Cependant l'affaire Markovic fait à nouveau la une de la presse qui y mêle explicitement le nom de Pompidou. Des tracts et des montages photographiques font à nouveau leur apparition, ce qui affecte profondément le candidat dans les dernières semaines de la campagne. Pierre Mazeaud et Maurice Schumann seront témoins de l'émotion de Georges Pompidou dans ces circonstances difficiles[25]. Ces dernières péripéties seront sans effet sur le résultat de l'élection : il sera élu le 15 juin à une confortable majorité.

Marcantoni reste en prison jusqu'au 4 décembre 1969, date à laquelle il est libéré moyennant une caution de 60 000 francs.

Épilogue judiciaire[modifier | modifier le code]

Le 29 août 1975, le juge Jean Ferré qui instruit l'affaire à la suite du juge Patard, rend une ordonnance renvoyant François Marcantoni devant la chambre d'accusation en vue de sa comparution devant la cour d'assises des Yvelines. L'instruction n'a guère progressé depuis 1969. Elle s'est résumée à une nouvelle analyse de la housse enveloppant le corps de la victime : elle permet d'affirmer que la housse correspond à un matelas acheté entre mai et juin 1968 - date à laquelle Marcantoni avait acheté son matelas, - et que, des seize acheteurs de matelas à cette époque, seul l'inculpé connaissait Stevan Markovic.

Les charges ne se limitent pas à la housse du matelas. Le système de défense de Marcantoni tourne autour de deux arguments. L'un consiste à opposer un alibi à une rencontre entre Stevan et lui le 22 septembre, l'autre à faire admettre qu'il n'a jamais eu avec la victime des rapports suivis et qu'il n'a pas été en contact avec elle dans les temps qui ont précédé sa disparition. Or l'enquête a démontré que l'alibi était inopérant et que la négation des rapports avec la victime était inexacte.

Il y a enfin les lettres adressées par la victime à son frère peu avant sa mort, dénotant une hostilité entre François Marcantoni et lui-même, liée à un contentieux non précisé. Markovic y a révélé sa crainte que Marcantoni ne lui tende un piège[42].

Pour sa part, le parquet général se prononce pour un non-lieu, considérant que les charges contre l'inculpé sont insuffisantes.

Le 12 janvier 1976, la Chambre d'accusation rend un arrêt de non-lieu en faveur de Marcantoni, infirmant l'ordonnance du juge Ferré[43]. Roland Dumas, avocat du frère de la victime, forme aussitôt un pourvoi en cassation contre cet arrêt. Le pourvoi est rejeté le 27 juin 1977 par la chambre criminelle de la Cour de cassation, présidée par Pierre Mongin[44] . François Marcantoni sera cependant débouté deux ans plus tard de sa demande d'indemnisation pour les dix mois et dix-sept jours passés en détention[45].

Le rôle des différents protagonistes[modifier | modifier le code]

Les griefs de Pompidou[modifier | modifier le code]

Pompidou était persuadé qu'il avait été victime d'un complot destiné à briser ses ambitions politiques. L'industriel Michel Bolloré dont il était proche l'entendit ainsi mentionner les principaux responsables de l' «affaire» : « René Capitant par bêtise, Louis Vallon par méchanceté et Couve a laissé faire[25]. » Ces accusations méritent d'être nuancées. Ainsi Marie-France Garaud atteste que Capitant s'est comporté dans cette affaire en « homme d'honneur »[46].

Dans ses mémoires, Georges Pompidou exprime son ressentiment à l'égard d'un certain nombre de fonctionnaires et d'hommes politiques[19]. Certains d'entre eux virent ainsi leur carrière politique définitivement ou provisoirement bloquée pendant sa présidence. Ainsi Joël Le Theule n'eut plus aucune responsabilité ministérielle jusqu'en 1978 et Pompidou rompit tout contact avec Maurice Couve de Murville, qui ne fut jamais invité à l'Elysée sous sa présidence[47]. Selon de nombreux témoignages, Pompidou conserva sur lui jusqu'à sa mort une feuille gainée cuir comportant les noms de ceux qui s'étaient mal comporté à son égard.

Pompidou met en cause nommément le commissaire Jean Samson, le juge René Patard et le procureur Jean-Jacques Lajaunie, coupables à ses yeux d'avoir systématiquement cherché à orienter l'enquête contre lui et son épouse. Il accuse Jacques Aubert, Secrétaire général pour la police au Ministère de l'Intérieur, d'avoir colporté des ragots auprès des journalistes. Il soupçonne également des agents du SDECE de « jouer, en ordre dispersé, un rôle mal défini. » Il évoque la responsabilité des services secrets yougoslaves et affirme qu'Alexander Markovic était un de leurs agents. Il mentionne un certain nombre de « personnages déplaisants » dont les avocats Roland Dumas, Pierre Lemarchand, Marcel Ceccaldi et Jacques Isorni. Il critique le comportement de Bernard Tricot. Il cite Gilbert Grandval, gaulliste de gauche proche de Capitant et Vallon, parmi ceux qui ont profité de la situation pour l'accabler en répétant : « Pompidou est fini. »

En revanche, il ne garde apparemment aucun grief contre Raymond Marcellin, qu'il conserva jusqu'en 1974 comme ministre de l'Intérieur. Il nomma Michel Debré ministre de la Défense Nationale, alors que ce dernier avait publiquement pronostiqué : « Pauvre Georges, il ne s'en relèvera pas ! »[48] Enfin il permit à Pierre Messmer d'intégrer en 1972 Edgar Faure dans son gouvernement, alors que ce dernier avait eu un comportement ambigu à son égard[48]. De même, la carrière de Bruno de Leusse n'eut pas à souffrir des accusations de Michel Jobert.

Suite à cette affaire, Pompidou se considère délié de tout devoir envers de Gaulle. Le soutien de l'opinion, qui voyait en Pompidou le successeur du Général, l'absence de faits probants, ainsi que la démission de de Gaulle suite au référendum du 27 avril 1969, firent avorter la conjuration.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Devenu président de la République, Georges Pompidou nommera Alexandre de Marenches à la tête du SDECE afin de le réformer profondément. Assisté de Michel Roussin, son directeur de cabinet, Alexandre de Marenches en expulsera les « barbouzes » et quelques éléments turbulents, comme Jean-Charles Marchiani.

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Claude Clément, La vérité sur l'affaire Markovitch, Paris, éditions Fernand Lanore,‎ 1976, 252 p.
  2. L'ordonnance de renvoi du juge Ferré en date du 29.08.1975 évoque un « familier dont les occupations allaient de la conduite occasionnelle d'une voiture à celle de doublure dans certains films » (citée par Jean-Pax Méfret, La sale affaire Markovic, Paris, Pygmalion, 2007) ; Alain Delon parle de sa « doublure-lumière » (L'Express 10.03.1969).
  3. Cf. par ex. Jean-Baptiste de Montvalon, « Depuis 1969, à chaque élection présidentielle son "coup fourré" », Le Monde, no 29 avril,‎ 2006 (lire en ligne)
  4. a, b, c, d, e, f, g et h Jean-Pax Méfret, La sale affaire Markovic, Paris, Pygmalion,‎ 2007, 233 p. (ISBN 978-2-7564-0442-4)
  5. a et b Claude Cancès, La Brigade mondaine, Paris, Pygmalion,‎ 2014, 280 p. (ISBN 2756410640)
  6. a et b « Une lettre révèle que la victime se savait menacée », Le Monde,‎ 17 octobre 1968 (lire en ligne)
  7. « Je ne connais personne dans cette affaire déclare M. Marcantoni », Le Monde,‎ 5 novembre 1968 (lire en ligne)
  8. a et b article non signé, « La nouvelle autopsie révèle que le jeune Yougoslave a été assassiné d'une balle de pistolet de fort calibre », Le Monde,‎ 30 octobre 1968
  9. Jean-Louis Meteye, « Un ami intime de Markovic recherché par les enquêteurs », Le Figaro, no 7504,‎ 14 octobre 1968
  10. Jean-Louis Meteye, « Treize suspects, mais les mobiles du meurtre ne sont pas élucidés », Le Figaro, no 7509,‎ 21 octobre 1968
  11. a et b Michel Jobert, Mémoires d'avenir, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle,‎ 1974, 310 p. (ISBN 2-246-00149-8)
  12. article non signé, « Révélations sur le scandale du gorille d'Alain Delon », Minute, no 340,‎ 17-23 octobre 1968
  13. article non signé, « Je vous garantis que Stevan sera vengé, déclare le frère de la victime à un journal italien », Le Figaro, no 7513,‎ 25 octobre 1968
  14. a et b Jean-Louis Meteye, « Le meurtre de Stevan Markovic, un roman policier dont les rebondissements ne dissipent hélas aucun mystère », Le Figaro, no 7517,‎ 30 octobre 1968
  15. Jean Rochet, 5 ans à la tête de la DST 1967-1972 - La mission impossible, Paris, Plon,‎ 1985, 341 p. (ISBN 2-259-01271-X)
  16. Michel Legris et Kosta Kristitch, « Une ténébreuse affaire », Le Monde,‎ 11 mars 1972
  17. Aude Terray, Claude Pompidou l'incomprise, Paris, Éditions du Toucan,‎ 2010, 320 p. (ISBN 2810003807)
  18. Frédéric Abadie et Jean-Pierre Corcelette, Georges Pompidou 1911-1974, Paris, Nouveau Monde éditions,‎ 2007, 300 p. (ISBN 2847362738)
  19. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Georges Pompidou, Pour rétablir une vérité, Paris, Flammarion,‎ 1982, 298 p.
  20. a, b et c Pierre Lemarchand, « Barbouze » du Général, Paris, Le Cherche midi,‎ 2005, 226 p. (ISBN 2-74910-413-0)
  21. Alain Frerejean, C'était Georges Pompidou, Paris, Fayard,‎ 2011
  22. a, b et c Georges Suffert, « interview de Maurice Couve de Murville du 28 juillet 1972 », Le Point,‎ 26 septembre 1975
  23. a, b, c et d Jacques Foccart, Le Général en mai - Journal de l'Élysée II, Paris, Fayard / Jeune Afrique,‎ 1998, 791 p. (ISBN 2-213-60057-0)
  24. Jacques Chirac, Chaque pas doit être un but, Paris, NiL Éditions,‎ 2009, 503 p. (ISBN 978-2-84111-393-4)
  25. a, b, c, d et e Éric Roussel, Georges Pompidou, Paris, Perrin,‎ 2004, 686 p. (ISBN 2-262-02168-6)
  26. « L'information reprend mercredi », Le Monde,‎ 10 septembre 1969 (lire en ligne)
  27. « Les enquêteurs vont procéder à de nouvelles auditions », Le Monde,‎ 20 novembre 1968 (lire en ligne)
  28. Pierre Viansson-Ponté, « Georges Pompidou et l'"affaire" », Le Monde,‎ 30 septembre 1975
  29. a et b Jean-Marc Théolleyre, « La déclaration de Me Isorni à propos de M. Pompidou provoque une série de ripostes », Le Monde,‎ 19 mai 1969 (lire en ligne)
  30. « MARCANTONI N'ÉTAIT PAS DANS LE TAXI QUI A CONDUIT MARKOVITCH À SON DERNIER RENDEZ-VOUS confirme le chauffeur », Le Monde,‎ 27 mars 1969 (lire en ligne)
  31. François Marcantoni, La conjuration, Paris, Olivier Orban,‎ 1976, 371 p.
  32. « LES AUDITIONS ET CONFRONTATIONS SE POURSUIVENT », Le Monde,‎ 28 juin 1969 (lire en ligne)
  33. « M. Jean-Pierre Melville est entendu », Le Monde,‎ 17 septembre 1969 (lire en ligne)
  34. Patrick Girard, La République des coups bas, Paris, Jean-Claude Gawsewitch,‎ 2012, 256 p. (ISBN 2350133095)
  35. Jean-Jacques Cheval, Mai 68, un entre deux dans l’histoire des médias et de la radio en France, juillet 2008, Bordeaux, Groupe de recherches et d'études sur la radio, http://www.grer.fr/upload/articles_en_ligne/Mai_68_un_entre_deux_dans_l%5C-histoire_des_medias_et_de_la_radio_en_France.pdf
  36. « M. Capitant : La justice ne se laissera pas égarer par des manoeuvres », Le Monde,‎ 13 mars 1969 (lire en ligne)
  37. « DES EXPERTISES VONT ÊTRE ORDONNÉES APRÈS LES DÉCOUVERTES FAITES RÉCEMMENT CHEZ MARCANTONI », Le Monde,‎ 5 mai 1969 (lire en ligne)
  38. « La perquisition à Goussainville n'a donné aucun résultat », Le Monde,‎ 18 avril 1969 (lire en ligne)
  39. « Marcantoni avait été en possession d'une housse de matelas de la même marque que celle dans laquelle fut retrouvée la victime », Le Monde,‎ 17 avril 1969 (lire en ligne)
  40. « LES HOUSSES OUI ENVELOPPAIENT LE CORPS DE MARKOVITCH CORRESPONDENT AU SOMMIER ET AU MATELAS DE MARCANTONI. », Le Monde,‎ 14 juin 1969 (lire en ligne)
  41. « L'affaire Markovitch Me ISORNI, NOUVEAU DÉFENSEUR DE MARCANTONI PARLE D'UN « RÈGLEMENT DE COMPTES ENTRE HOMMES POLITIQUES » », Le Monde,‎ 7 mai 1969 (lire en ligne)
  42. « Le juge d'instruction se prononce pour le renvoi de M. Marcantoni devant la cour d'assises LE POISON POLITIQUE », Le Monde,‎ 29 août 1975
  43. « NON-LIEU EN FAVEUR DE FRANÇOIS MARCANTONI », Le Monde,‎ 13 janvier 1976 (lire en ligne)
  44. « Rejet du pourvoi en cassation du frère de Stefan Markovitch. », Le Monde,‎ 29 juin 1977 (lire en ligne)
  45. « M. FRANÇOIS MARCANTONI NE SERA PAS INDEMNISÉ POUR SA DÉTENTION EN 1969 », Le Monde,‎ 22 juin 1979 (lire en ligne)
  46. Marie-France Garaud, La fête des fous - Qui a tué la Ve République ?, Paris, Plon,‎ 2006, 279 p. (ISBN 2-259-20259-4)
  47. Anne Dulphy et Christine Manigand, « Entretien avec Jean-Bernard Raymond », Histoire@Politique - Presses de Sciences Po, no 16,‎ 2012 (lire en ligne)
  48. a et b Michel Jobert, L'autre regard, Paris, Bernard Grasset,‎ 1976, 407 p.

Bibliographie[modifier | modifier le code]