Station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute

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Station hertzienne
de Pierre-sur-Haute
Image illustrative de l'article Station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute
La station hertzienne de Pierre-sur-Haute. On distingue les deux tours militaires, la tour relais de TDF au centre, les bâtiments de vie, ainsi qu'une hélistation.

Construction 1961
Contrôlé par Drapeau de la France France
Effectifs ± 20
Coordonnées 45° 39′ 11″ nord, 3° 48′ 30″ est

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Station hertziennede Pierre-sur-Haute

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Station hertziennede Pierre-sur-Haute

La station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute est un site de trente hectares voué aux communications interarmées françaises, situé sur les communes françaises de Sauvain et de Job, en région Auvergne-Rhône-Alpes, au niveau de Pierre-sur-Haute, point culminant des monts du Forez et du département de la Loire, à 1 634 m d'altitude. En périphérie de sa vocation militaire, le site comporte une tour hébergeant un relais hertzien civil appartenant à TDF surmontée d'un radar de la direction générale de l'Aviation civile (DGAC). Dans la nomenclature des stations hertziennes, elle porte le no 11.804.

Histoire[modifier | modifier le code]

La station de télégraphie optique à ses tout débuts, à côté de la croix.
La même station construite en dur en 1920.

Sur les terrains que l'armée française a achetés en 1907 et qui deviendront ce site, elle construit en 1913 un télégraphe optique consistant en un modeste bâtiment en pierre surmonté du dispositif de communication optique[1].

Lors de la guerre froide, en 1961, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) donne à l'armée française pour mission de construire l'une des 82 stations de son réseau de transmission, le réseau ACE High du Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (Allied Command Europe). Son nom de code est FLYZ[2]. À partir de 1974, la responsabilité du site passe de l'armée de terre à l'armée de l'air. Dès 1988, l'OTAN envisage le démantèlement du réseau ACE High avec comme conséquence la création de nouveaux plans de fréquences nationaux.

La station hertzienne de l'OTAN utilisait des liaisons radio troposphériques et du matériel américain : ce sont des bonds radio de l'ordre de 300 km, les plus longs atteignant plus de 450 km (entre la station du sommet de Mossy Hill — UMSH[2],[3],[4], district de Virkie, dans le sud de l'île de Mainland dans l'archipel des Shetland, Écosse, Royaume-Uni, installation fermée en 1991 — et celle du pic Lysenuten — NLYZ[2],[3], à Vindafjord, comté de Rogaland, Norvège). En raison des caractères des transmissions troposphériques, ces liaisons fonctionnaient en diversité spatiale et de fréquences.

La station de Pierre-sur-Haute qui servait de relais entre, au sud, celle du Lachens (FNIZ[2] — qui domine le camp militaire de Canjuers aux confins des départements des Alpes-Maritimes, du Var et des Alpes-de-Haute-Provence) et, au nord, celle du mont Août (FAOZ[2] — à Broussy-le-Grand dans le département de la Marne), reposait sur quatre émetteurs de 10 kW chacun (deux par sens de liaison) et sur seize récepteurs (huit par sens de liaison).

Le site dispose de groupes électrogènes qui le rendent autonome en cas de nécessité[1]. Dans les années 1970, une ligne moyenne tension (15 kV) fut créée et l'OTAN remplaça ce matériel par une centrale électrique comportant deux groupes à temps zéro[Note 1] de 450 kVA.[réf. souhaitée]

Pour assurer le contrôle du trafic aérien, un radar secondaire avec interrogation sélective, dit « mode S », a été installé sur la tour hertzienne de 55 m appartenant à TDF[5]. Le radar de la DGAC est opérationnel depuis le [6],[7].

Rôle[modifier | modifier le code]

La station de Pierre-sur-Haute appartient à l'armée de l'air française et dépend de la base aérienne 942 Lyon-Mont Verdun, à 80 km du site. C'est l'une des quatre stations hertziennes de l'axe nord-sud, communiquant en permanence avec les trois autres : Lacaune, La Borne à Henrichemont et la base aérienne de Brétigny[8]. Elle relaie donc les communications interarmées, portant principalement sur le commandement des unités opérationnelles. Ainsi, si l'arme nucléaire française était utilisée, il est possible que l'ordre de mise à feu transite par ce relais[1].

Elle dépendait du Commandement air des systèmes de surveillance d'information et de communications (CASSIC) depuis sa création le , puis, à compter du , de la direction interarmées des réseaux d'infrastructure et des systèmes d'information (DIRISI) et de sa direction centrale au Kremlin-Bicêtre[8],[Note 2].

Dirigées par un major, une vingtaine de personnes se relaient sur le site pour son fonctionnement ainsi que pour sa défense : électromécaniciens, mécaniciens, cuisiniers[1].

Infrastructures[modifier | modifier le code]

Implantation et accès[modifier | modifier le code]

Antennes militaires de Pierre-sur-Haute.
Snowkite au sommet de Pierre-sur-Haute. Au premier plan au centre, la tour de télécommunications (non militaire) de TDF, surmontée du radôme de la DGAC.

La station est située à 1 634 m[10] d'altitude, sur un terrain de trente hectares partagé entre les communes de Sauvain et de Job, la limite entre leurs départements respectifs, la Loire et le Puy-de-Dôme, traversant le site. Son périmètre est délimité par une haute enceinte en bois et en métal, les militaires et employés accédant à la station par l'héliport et par une route de quatre kilomètres interdite à la circulation civile, depuis le col du Béal à 1 390 m d'altitude. Cette route est inutilisable lors d'un enneigement de plus de deux mètres : la variante pour parvenir à la base est alors le chemin des crêtes praticable avec des engins à chenilles[1], celui-ci étant doté de poteaux guidant les usagers même en cas d'épaisse couche de neige. Le site est également accessible depuis la station de sports d'hiver de Chalmazel par le téléski de Pierre-sur-Haute, qui monte à proximité immédiate du sommet où est située l'installation militaire, alors même que la route qui y mène pourrait être fermée.

Installations de surface[modifier | modifier le code]

Les infrastructures les plus visibles sont deux tours en béton d'une trentaine de mètres de hauteur qui assurent l'émission et la réception hertzienne depuis 1991. Chaque tour a la même fonction. La deuxième tour sert en cas de défaillance de la première[11]. Cet équipement est prévu pour résister au souffle d'une explosion nucléaire[1].

La surface construite de l'ensemble des bâtiments est de l'ordre de 1 500 m2[1]. Quelques bâtiments servent de garages et de lieux de vie, avec cuisine, salle de restauration et chambres. Ils sont reliés par environ 400 mètres de tunnels qui évitent en hiver, surtout les plus froids, des déplacements à travers plusieurs mètres de neige[1].

L'enceinte du site héberge également la croix de Pierre-sur-Haute, située dans la partie de la station relevant de la commune de Job.

Installations en sous-sol[modifier | modifier le code]

Le cœur du site est la partie enterrée, vouée aux traitements des messages : à raison d'au moins deux Mb/s, les communications provenant des tours sont analysées, puis y sont redirigées pour être transmises[1].

Les installations en sous-sol sont classées comme « infrastructure de haute sécurité », sous protection nucléaire, bactériologique et chimique. Dans le jargon militaire, le site est dit « durci » : par exemple, il dispose d'une enceinte de béton armé avec protection des impulsions électromagnétiques par une cage de Faraday, les locaux sont en surpression, et certaines salles sont des salles blanches[1]. Le sous-sol est pourvu d'une réserve en eau et en électricité, ainsi que d'une climatisation autonome[1].

Polémique[modifier | modifier le code]

La chaîne de télévision régionale TL7 avait diffusé, fin 2004, de nombreuses informations relatives au site, dans le cadre d'un documentaire autorisé par l'Armée de l'air[12].

Début , la Direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI), service de renseignement de la police française, demande à la Fondation Wikimedia, dans le cadre d'une enquête préliminaire pour « compromission » conduite par la section antiterroriste du Parquet de Paris[13], la suppression d'un article (créé en juillet 2009) de Wikipédia en français concernant la station militaire, parce qu'il contiendrait par exemple certains « taux de résistance de matériaux »[14] et plus généralement « des informations militaires classées relatives à la chaîne de transmission d'ordre de mise à feu nucléaire »[15]. La Fondation refuse la suppression totale de l'article et demande à la DCRI de préciser les passages litigieux pour cibler les modifications[13]. La DCRI refuse, et convoque Rémi Mathis, alors président de l'association Wikimédia France, qui dispose des outils d'administrateur sur la version francophone de l'encyclopédie Wikipédia. Mis « en garde contre le risque d’engagement de poursuites judiciaires »[15], Rémi Mathis supprime l'article le et en avertit les autres administrateurs. Cette suppression paraissant contraire aux règles et aux usages de l'encyclopédie[Note 3], l'article est restauré dès le lendemain par une contributrice résidant en Suisse, elle aussi administratrice. L'association Wikimédia France proteste en diffusant un communiqué de presse en français[16] et en anglais[17].

L'action de la DCRI et ses suites provoquent une attention médiatique nationale et internationale, entraînant un effet Streisand sur l'article, augmenté depuis, créé dans plusieurs autres langues, et largement consulté[18],[19],[20],[21],[22]. Le Syndicat des commissaires de la Police nationale (SCPN) évoque alors, sans que cela engage la DCRI, l'éventualité d'un blocage de l'article par décision judiciaire : « Nous avons des moyens juridiques en France, il faudrait que les différents opérateurs internet reçoivent l'ordre judiciaire de bloquer l'accès aux pages concernées »[14], précise le secrétaire général du syndicat, Emmanuel Roux[23],[24]. Reporters sans frontières (RSF) déplore ce qui semble être « un précédent regrettable »[25].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les groupes électrogènes dits « à temps zéro » démarrent automatiquement en cas de coupure et sont associés à un dispositif d'alimentation sans interruption comportant notamment un ensemble de batteries et un onduleur qui permet de suppléer aux groupes pendant le temps de leur démarrage. La coupure électrique dure donc « zéro seconde » d'où le nom de ce dispositif.
  2. Le Commandement des forces aériennes (CFA) stationné à Metz a absorbé en 2007 le CASSIC et en 2008 le Commandement des forces de protection et de sécurité de l'Armée de l'air (CFPSAA), ces deux anciens commandements devenant des brigades sous les ordres du général commandant les forces aériennes, le CFPSAA devenant alors la Brigade des forces de sécurité et d'intervention (BFSI). De ce fait, les activités militaires de la station de Pierre-Haute seraient désormais sous l'autorité directe du Commandement des forces aériennes, devant le chef des armées le président de la République et son ministre de la défense. Toutefois d'autres réformes dans la chaîne de commandement des armées ont eu lieu dans le cadre de la réforme Armées 2000, et le site relèverait plutôt des missions de l'actuelle Direction générale des systèmes d'information et de communication] (DGSIC) créée en 2006 et elle-même placée depuis février 2011 dans une direction interministérielle ayant des compétences tant militaires (pour les systèmes de communication de la défense) que civiles (le renseignement intérieur, notamment pour la DCRI)[9].
  3. « La Wikimedia Foundation est habituée à collaborer sur requête judiciaire avec les autorités des différents pays de diffusion de Wikipédia. Elle reçoit des centaines de demandes de retrait de contenu chaque année, et coopère de son mieux pour régler ce genre de problèmes lorsque les requêtes sont claires et juridiquement motivées. […] Wikimédia France ne comprend pas et n’admet pas que l’on utilise intimidation et méthodes expéditives contre un bénévole œuvrant pour un accès libre et gratuit à la connaissance pour le plus grand nombre. […] Ces intimidations ne sont certainement pas nécessaires pour faire respecter le secret militaire en France et cette vision d’un internet à réguler brutalement n’est et ne sera jamais notre vision et celle partagée par les contributeurs de Wikipédia. » Association « Wikimédia France ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Paul-Émile Liogier, « La base militaire de Chalmazel »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) [[vidéo]], sur le site de la chaîne Télévision Loire 7, (consulté le 6 avril 2013).
  2. a, b, c, d et e (en) « Troposcatter Communication Networks », (consulté le 21 octobre 2017). Carte montrant la localisation des stations françaises FAOZ, FLYZ, FNIZ et FROZ, britannique UMSH et norvégienne NLYZ, dans le réseau ACE High.
  3. a et b (de) « Das ACE High System », (consulté le 21 octobre 2017). Contient une carte créée par l'OTAN, aujourd'hui déclassifiée.
  4. (en) « Mossy Hill », sur Shetlopedia (consulté le 21 octobre 2017).
  5. « Support no 449668 situé à Pierre-sur-Haute, sur la commune de Job », sur un site de l'Agence nationale des fréquences (consulté le 21 octobre 2017).
  6. no 26 de la lettre mensuelle de la direction des Services de la navigation aérienne, (lire en ligne).
  7. no 29 de la lettre mensuelle de la direction des Services de la navigation aérienne, (lire en ligne)
  8. a et b « Histoire succincte des "SSIC" (systèmes de surveillance, d'information et de communications) de l'armée de l'air », sur le site de l'Association nationale air des télécommunications et du contrôle (consulté le 21 octobre 2017).
  9. « La direction générale des systèmes d’information de communication », sur le site du ministère de la Défense, (consulté le 21 octobre 2017).
  10. [PDF] IGN - Réseau Géodésique Français, site 6317901
  11. Nicolas Daugeron, Etablissement du Génie de Lyon BA942, Station de Pierre sur Haute - Rénovation des infrastructures de l’axe Nord/Sud in le magazine d'information du groupe SPAC, p. 13, [lire en ligne], consulté le=21 octobre 2017.
  12. Guerric Poncet, « Wikipédia et DCRI : la chaîne locale "s'attend" à être censurée », sur le site du magazine Le Point, (consulté le 21 octobre 2017).
  13. a et b Anne-Claire Huet, « Le retrait de l'article Wikipedia demandé dans le cadre d'une enquête préliminaire », sur le site de la chaîne LCI, (consulté le 21 octobre 2017)
  14. a et b Guerric Poncet, « Un syndicat de police évoque le filtrage de Wikipédia », sur le site du magazine Le Point, (consulté le 21 octobre 2017).
  15. a et b « La DCRI accusée d'avoir fait supprimer «sous la menace» un article sur Wikipédia », sur le site du quotidien Libération, (consulté le 21 octobre 2017).
  16. « La DCRI menace un administrateur de Wikipédia pour supprimer un article », blog de Wikimédia France, 6 avril 2013.
  17. « French homeland intelligence threatens a volunteer sysop to delete a Wikipedia Article », blog de Wikimédia France, 6 avril 2013.
  18. C'est l'article le plus consulté de la Wikipédia francophone les 6 et 7 avril 2013, selon les statistiques de consultation de Wikipédia en français
  19. « La DCRI accusée d'avoir illégalement forcé la suppression d'un article de Wikipédia », Le Monde, (consulté le 6 avril 2013).
  20. « Retour de flamme sur Wikipedia », France Inter - blog Net Plus Ultra, (consulté le 6 avril 2013).
  21. Pierre-Carl Langlais, « La DCRI censure une page de Wikipédia : succès assuré », blog Rue89, (consulté le 6 avril 2013).
  22. Tristan Vey, « La DCRI fait pression sur un bénévole pour supprimer une page Wikipédia », le Figaro, (consulté le 6 avril 2013).
  23. Julien Lausson, « DCRI / Wikipédia : désabusée, la police évoque le blocage des pages », sur le site Numerama de la Sarl PressTIC, (consulté le 21 octobre 2017).
  24. Marc Rees, « DCRI : Un syndicat de police envisage le blocage des pages de Wikipedia. DCRI et des claques », le site d'informations Next INpact, (consulté le 21 octobre 2017).
  25. Guerric Poncet, « RSF dénonce les « manœuvres de la DCRI » contre Wikipédia », sur le site du magazine Le Point, (consulté le 21 octobre 2017).