Sexualité des personnes âgées

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Plusieurs enquêtes sur la sexualité à un âge avancé positionnent celui-ci comme facteur déterminant de la diminution de l’activité sexuelle, un constat qui se retrouve dans plusieurs contextes nationaux[1],[2]. À la vieillesse est associée une perte progressive du désir et une diminution ou disparition de l’activité sexuelle, en continuité avec le retrait progressif des activités sociales associé à la « déprise ». Bien qu’elle puisse faire l’objet d’un certain déni[3], la sexualité des personnes âgées est de plus en plus abordée dans l’espace public : On y fait la promotion d'une sexualité active en âge avancé, on aborde la hausse d'infections transmises sexuellement, la question de la sexualité et de la vie en institution, on conteste les présupposés d'asexualité des personnes âgées, etc. (i.e. BBC News, CBS News, La Presse, Canoe, L'Obs Plus, Huffington Post). Ces discours participent des injonctions sociales qui font de l’activité sexuelle l’un des indicateurs de l’épanouissement personnel, maintenant étendu aux aînés et renforcé par différents produits, médicaments et traitements disponibles[4].

État des recherches sur l'expérience de la sexualité et du vieillissement[modifier | modifier le code]

Les recherches incitent à se départir d’une image misérabiliste de la sexualité des aînés[4]. Certaines études quantitatives et qualitatives rapportent une amélioration de la satisfaction sexuelle avec l’âge et des données tel que: la moitié des femmes seraient sexuellement actives jusqu’à un âge avancé, malgré une libido parfois faible[5]. Un autre exemple a trait aux veuves : certaines se distancient de toute sexualité après la perte du conjoint, d’autres trouvent un nouveau partenaire masculin, et d’autres encore refusent le cadre conjugal qui impliquerait de prendre soin d’un homme et développent des relations non cohabitantes ou des relations avec d’autres femmes[6]. D’autres différences émergent par rapport au corps et à la sexualité : non seulement les femmes, mais également les hommes gais subissent une forte pression face aux stéréotypes de beauté associés à la jeunesse[7]. En général, les gais, les lesbiennes et bisexuels souffrent d’une invisibilité dans les institutions qui s’occupent des personnes âgées[8],[9].

Processus biologiques[modifier | modifier le code]

La sexualité se différencie de la procréation entre autres parce qu'elle ne se limite pas en âge. Les humains voient généralement leur libido baisser avec l'avancée en âge. Celle-ci baisserait plus rapidement pour les femmes que pour les hommes. (voir la page Sexuality in older age) Les recherches mentionnées ci-haut montrent toutefois que la question n'est pas aussi simple au niveau de l'expérience vécue.

Représentations et stéréotypes[modifier | modifier le code]

Dans les représentations sociales, la sexualité et la vieillesse sont, généralement, considérées comme incompatibles, ce qui fait de la sexualité des personnes âgées un impensable[10].

Les stéréotypes du « vieillard lubrique » et de la « sorcière libidineuse » sont associés aux personnes âgées très actives sexuellement; ils font l’objet de représentations peu flatteuses[11],[12]. Depuis les années 2000, on emploie couramment le terme « cougar » pour désigner les femmes qui fréquentent des hommes plus jeunes qu'elles de plusieurs années. Plusieurs personnages et émissions de télévision portent sur le sujet (l'émission The Cougar, l'épisode Cougars (30 Rock), l'émission Cougar Town). Le thème d'une très grande différence d'âge a aussi récemment été l'objet du film Gérontophilia.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bajos, N., Bozon, M. (dir.), Enquête sur la sexualité en France. Pratiques, genre et santé, Paris, La Découverte, 2008.
  2. Tessler Lindau S., Schumm L. P., Laumann E. O., Levinson W., O'Muircheartaigh C. A., Waite L. J. « A Study of Sexuality and Health among Older Adults in the United States », The new england journal of medicine, no 357, 2007, pp. 762-774.
  3. Trincaz, J. « Les fondements imaginaires de la vieillesse dans la pensée occidentale », L’Homme, no 147, 1998, pp. 167-189.
  4. a et b Bessin, M., Blidon, M. « Déprises sexuelles : penser le vieillissement et la sexualité », Genre, sexualité & société [En ligne], 6 | Automne 2011.
  5. Trompeter S. E., Bettencourt R., Barrett-Connor, E. « Sexual Activity and Satisfaction in Healthy Community-dwelling Older Women », The American Journal of Medicine, vol. 125, no 1, 2012, pp. 37-43.
  6. Plaud, C., Sommier, B. « Veuves joyeuses ou honteuses ? Sexualité ou a-sexualité après 60 ans à la suite de la perte du conjoint », Genre, sexualité & société [En ligne], 6 | Automne 2011.
  7. Slevin, K. F., Linneman, T. J., « Old Gay Men's Bodies and Masculinities », Men and Masculinities, no 12, 2010, pp. 483-507.
  8. Chamberland, L. « “Plus on Vieillit, Moins Ça Paraît” : Femmes Âgées, Lesbiennes Invisibles », Canadian Journal of Community Mental Health, vol. 22, no 2, 2003, pp. 85-103.
  9. Veilleux, D. Vieillir en marge, les réseaux informels et formels des lesbiennes âgées, sous la direction de Pacom Diane, University of Ottawa, M.A. Thesis, 1998.
  10. Leroy, A. M. Penser la sexualité des personnes âgées, L'Harmattan, 2020, pp. 11-15 : « Penser la sexualité des personnes âgées », sur liseuse.harmattan.fr (consulté le )
  11. Papet, E. « La vieille amoureuse », Vacarme, no 1.
  12. Dunn-Lardeau, B. « La vieille femme chez Marguerite de Navarre », Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, vol. 61, no 2, 1999, pp. 375-398.