Prieuré Saint-Gabriel de Saint-Gabriel-Brécy

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Prieuré Saint-Gabriel
Prieuresaintgabriel logis.jpg
Le logis seigneurial.
Présentation
Type
Style
Construction
Ordre religieux
Patrimonialité
Localisation
Adresse
Coordonnées

Le prieuré Saint-Gabriel est un ancien monastère bénédictin, fondé en 1058, qui se dresse à Saint-Gabriel-Brécy au sein de la commune nouvelle de Creully sur Seulles dans le département du Calvados, en région Normandie.

Le prieuré fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840, délimité par arrêté du . Sont protégés : l'église ; la tour sur plan carré ; la porterie ; le cellier formé par un bâtiment à deux nefs de cinq travées et les petits corps de logis en retour d'équerre[1].

Localisation[modifier | modifier le code]

Le prieuré est situé à 300 mètres au nord de l'église de Saint-Thomas-de-Cantorbery de Saint-Gabriel-Brécy, dans le département français du Calvados. La Seulles, fleuve côtier qui a son embouchure à Courseulles-sur-Mer, longe le prieuré situé en cuvette.

Historique[modifier | modifier le code]

En 1058 Jean de Ravenne, l'abbé bénédictin de Fécamp envoie trois moines à Saint-Gabriel, à la demande de Richard, seigneur de Creully pour y fonder un prieuré[2],[3].

Quarante personnes signent en 1058 la charte donnant naissance au prieuré Saint-Gabriel. Parmi eux Jean de Ravenne, abbé de Fécamp, le duc Guillaume le Conquérant et son épouse Mathilde. Cette fondation coûte trois cent douze livres deux sols, deux chevaux et vingt-quatre moutons. Le prieuré est doté de terres et de prés dans plus de vingt-quatre paroisses de Ouistreham à Port-en-Bessin, plusieurs moulins dont deux à Saint-Gabriel même, deux pêcheries dont une à Saint-Gabriel[4].

Le prieuré suit la règle de saint Benoît ora et labora (prière et travail). Le prieur veille à la distribution d'une livre de pain à la porterie pour les pauvres, chaque jeudi de la Saint-Luc () à la Saint-Clair (). Il préside la tenue de la foire le jour de la Saint-Gabriel (). Ce jour-là commencent les séances au cours desquelles il rend la justice tant pour les causes criminelles (il a le droit de vie et de mort) que pour les autres causes. Le prieuré dispose également d'un champ du gibet, etc.

La guerre de Cent Ans provoque la destruction de bâtiments qui seront ensuite réparés. Puis le roi d'Angleterre, Henri V, maintient le prieuré dans ses droits temporels. Cependant à la fin du Moyen Âge les moines abandonnent la vie commune, vivant dans des logis séparés tout en maintenant la vie liturgique et de prière.

Les guerres de religion et le régime de la commende donnent naissance à une nouvelle organisation du prieuré à partir de 1674 : les moines retournent à Fécamp tandis que les terres sont confiées à la gestion d'un fermier général. La messe, elle, est célébrée le dimanche par des moines venus de l'abbaye de Saint-Vigor à Bayeux.

À la Révolution, le prieuré, vendu comme bien national, est transformé en ferme. La commune achète la tour. L'État devient propriétaire de l'église en 1844 après l'avoir classé Monument historique dans sa première liste en 1840.

En , monsieur et madame Emmanuel Fauchier Delavigne achètent le prieuré. Après de très gros travaux, ils y ouvrent, en 1929, le premier Centre d'apprentissage horticole privé. Le lycée agricole a été repris en par l'institut Lemonnier de Caen. Le prieuré fut libéré au soir du par les soldats du régiment Tyne and Tee et il abrita des réfugiés caennais durant la bataille de Caen.

En 2003 une Association culturelle du prieuré Saint-Gabriel est créée pour animer le site. Le , l'État rétrocède la propriété de la chapelle au département du Calvados.

Armoiries[modifier | modifier le code]

Les armoiries de Saint-Gabriel et de Fécamp sont sculptées sur les pierres du prieuré Saint-Gabriel[note 1].

Armoiries de Saint-Gabriel.
Armoiries de Fécamp.

Description des bâtiments[modifier | modifier le code]

Tour-porterie[modifier | modifier le code]

Élégant bâtiment du XIIIe siècle, encadré de contreforts plat. Le passage est voûté sur croisée d'ogives retombant aux quatre angles sur de fines colonnes à chapiteaux sculptés[6]. Une hôtellerie, aujourd’hui disparue, lui était accolée. La corniche sous le toit est sculptée de petits arcs en tiers-points.

Réfectoire[modifier | modifier le code]

Salle voûtée sur croisée d’ogives, construite à la fin du XIIIe siècle. Elle accueillait les moines bénédictins pour leur repas.

Salle de justice[modifier | modifier le code]

Construite vers la fin du XVIe siècle, cette salle de style Renaissance comporte des fenêtres à meneaux et une grande cheminée où l’on distingue des graffitis de bateaux.

Tour de justice[modifier | modifier le code]

Donjon carré du XVe siècle qui servait de prison. Les murs sont encadrés de contreforts plats, des meurtrières permettent l’éclairage de l’escalier à vis.

Colombier[modifier | modifier le code]

Le colombier a aujourd’hui disparu. Son emplacement était proche du pédiluve.

Chapelle[modifier | modifier le code]

Vers 1140 est construite l'église prieurale, dans le même temps que l'église du village. Les deux églises seront consacrées en par l'évêque de Sion en Valais. L'autel majeur est dédié à la Sainte Trinité et à saint Michel, tandis que l'église du village l'est à saint Thomas Becket. L’église est un élégant témoignage de l’art roman normand. Il ne reste aujourd’hui que le chœur depuis la destruction de la nef en 1750.

Une fausse voûte sexpartite en assure la couverture. La fenêtre nord est décorée de têtes monstrueuses à becs courbés appelées beakheads. Le gisant anonyme d’un ancien prieur témoigne de la période bénédictine. L’abside est éclairée par une baie gothique tandis que la voûte est ornée d’une Annonciation, probablement du XIVe siècle.

Liste des prieurs[modifier | modifier le code]

  • 1058-1069 : Turquetil, prieur
  • En 1106 : Nicolas, prieur
  • 1188-1219 : Roger, prieur
  • 1188-1219 : Julien, prieur présent sous l’abbé de Fécamp, Raoul, prieur
  • En 1231 : Geoffroy de Caen, prieur
  • En 1255 : Gervais de Norrey, prieur
  • 1286-1288 : Richard de Plumetot, prieur
  • En 1317 : Guillaume Champion, prieur
  • 1331-1346 : Geoffroy de La Palue, prieur
  • En 1362 : Henri Goribout, sous–prieur
  • En 1370 : Pierre de Joinville, prieur
  • En 1374 : Guillaume de Blangy, prieur
  • En 1392 : Raoul Flament, prieur
  • 1423-1424 : Thomas Langlois, prieur et Robert de Franqueville, sous-prieur
  • 1425-1430 : Philippe de Plumetot, prieur
  • En 1430 : Robert de Franqueville, sous-prieur
  • 1438-1459 : Guillaume Étienne, prieur
  • En 1462 : Radulphe Coreul, prieur
  • 1468-1480 : Robert Desmarets, prieur
  • 1483-1489 : Pierre Duchâtelet, prieur

Personnalités[modifier | modifier le code]

Le Lycée Agricole[modifier | modifier le code]

Sous contrat avec le ministère de l'Agriculture, cet établissement faisant partie de l’Institut Lemonnier depuis la rentrée scolaire 2018 appartient au réseau CNEAP (Comité de l’Enseignement Agricole Privé) Il accueille des élèves pour des formations dans les secteurs de l’horticulture, de l’aménagement de l’espace et des services et de la vente. Le Lycée propose des formations du CAP au bac professionnel dans trois secteurs :

  • horticulture :
    • productions florales,
    • maraîchage ;
  • services aux personnes et vente en espace rural (CAPa SAPVER).

Elle prépare les élèves aux diplômes suivants :

  • bac pro « Productions Horticoles » ;
  • CAPA « Métiers de l'Agriculture » spécialité Horticulture ;
  • CAPA « Services aux personnes et vente en espace rural » ;
  • BEP agricole « Productions Végétales, travaux horticoles ».

Le potager est certifié AB (pour « agriculture biologique ») depuis le après une période de conversion de deux ans.

L’Association culturelle du prieuré Saint-Gabriel[modifier | modifier le code]

Créée le , l’Association culturelle du Prieuré Saint-Gabriel a pour objectif d'«organiser toute activité favorisant la valorisation et l'animation du prieuré Saint-Gabriel afin d'assurer son rayonnement, notamment dans les domaines culturels et artistiques». Depuis le le conseil général du Calvados, devenu propriétaire de la chapelle par transfert de l’État, a confié l’ouverture et l’animation de la chapelle à cette association. Le prieuré est membre de l’Association Abbayes normandes – Route historique. L’Association organise en particulier chaque année au cours de l’été une exposition dont le thème se rapporte au site.

  • 2003 : « Natures silencieuses » une exposition du photographe normand, Olivier Mériel.
  • 2004 : « La vie au quotidien sous l’Occupation dans nos villages du Bessin ».
  • 2005 : Doisneau des champs, reportage photographique par Robert Doisneau sur l’École d’horticulture en 1947.
  • 2006 : « La vie des moines au prieuré de Saint-Gabriel durant le Moyen Âge ».
  • 2007 : « Au temps des fermiers généraux ».
  • 2008 : « Si le Prieuré m’était conté, 1058 – 2008 » à l’occasion des 950 ans de la fondation du Prieuré, exposition complétée par la représentation d’un conte historique, et un colloque.
  • 2009 : « Regards sur les pommes », ainsi qu’une causerie sur « Les mots de la pomme »et à l’automne une exposition «  La pomme au logis », avec de vraies pommes.
  • 2010 : « Mathilde, duchesse et reine », avec deux stage de broderie et une conférence sur « Mathilde, une femme d’exception ».
  • 2011 : « Terre de moines, pierres d’abbaye », photos de David Bordes, dans le cadre de Happy Birthday Normandie.
  • 2012 : « Thomas Becket, un homme d’honneur ».
  • 2013 : « La voute et la vasque » a recueilli le label Normandie impressionniste.
  • 2014 : « La pierre de Creully ».
  • 2015 : « Secrets de murs » consacrées aux graffiti.
  • 2016 : « L'art roman dans le Bessin » avec une présentation en 3D. L'exposition a obtenu le label Normandie médiévale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. On retrouve, sur un des contreforts du château de Banville-en-Villiers (Villiers-le-Sec), un ange portant des armoiries du XVe siècle, qui semble être en lien avec le prieuré. Les deux sites sont distants d'à peine 1,8 kilomètre[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Restes du prieuré de Saint-Gabriel », notice no PA00111668, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Manon Six, « Le Prieuré de Saint-Gabriel, I : la fondation et l'exploitation rurale XIe – XVe siècles », Annales de Normandie, t. 52, nos 2-3,‎ .
  3. Manon Six, « Le Prieuré de Saint-Gabriel, II : L'organisation interne et les relations avec le monde séculier, XIe – XVe siècles », Annales de Normandie, t. 52, nos 2-3,‎ .
  4. Actes du Colloque historique du publiés en 2011.
  5. Pierre Brunet (introduction) et Bernard Gourbin, Fermes-manoirs du Bessin, Bayeux, Éditions OREP, , 80 p. (ISBN 978-2-8151-0207-0), p. 77.
  6. Jean-Pierre Panouillé, Les châteaux forts dans la France du Moyen Âge, Ouest-France, (ISBN 978-2-7373-4424-4), p. 73.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arcisse de Caumont, Statistique monumentale du Calvados, t. 1, Caen, Hardel, (lire en ligne), p. 306-312
  • Statistique monumentale du Calvados tome 1, Arcisse de Caumont, L. Jouan, 1898
  • Trois mois avec les Anglais, (A Saint-Gabriel, Calvados) , Marcelle Fauchier Delavigne
  • Lucien Musset, Normandie romane 1, éd. Zodiaque, La Pierre qui vire, 1975 Fauchier Delavigne, réédition SAEP, 1984.
  • Le prieuré de Saint-Gabriel, dom Jacques Dubois, OSB, SAEP, 1985.
  • Le Prieuré Saint-Gabriel, Association culturelle du Prieuré Saint-Gabriel, MOSAÏQUE, édité en Normandie., 2009.
  • Prieuré Saint-Gabriel, un élan monastique normand au XIe siècle, Pierre Bouet, Véronique Gazeau, Isabelle Havard, Manon Six, Claudie Fauchier Delavigne, Actes du colloque tenus le , éd. Cahiers du temps, 2011.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]